Art & Culture

Décès de Joe Ouakam: le Sénégal rend hommage à un artiste multifaces

Son vrai nom était Issa Samb, mais il avait choisi le pseudo de Joe Ouakam du nom de son quartier d'origine à Dakar. Le monde de l'art sénégalais rend hommage à cet artiste singulier décédé mardi 25 avril, à l'âge de 72 ans, et inhumé ce mercredi.

Avec sa pipe, ses petites lunettes et son look d'artiste, Joe Ouakam était un personnage taciturne, qui aimait observer et analyser le sens des symboles. Plus jeune, il avait étudié le droit et la philosophie à l'université de Dakar.

Joe Ouakam était un artiste transversal : il était à la fois poète, dramaturge, sculpteur et peintre. Il a joué dans de nombreux films. Il a notamment fait une prestation remarquée dans Hyènes, de Djibril Diop Mambéty, figure du cinéma sénégalais.

Son dernier combat, c'était de préserver sa cour, un des derniers îlots de verdure au centre-ville de Dakar, menacée d'être détruite pour laisser place à la construction d'un immeuble. Sa cour abrite un arbre centenaire. C'est un lieu de mémoire. C'est aussi un laboratoire de création : l'atelier Agit Art. Joe Ouakam y accrochait de nombreuses oeuvres.

Et ce laboratoire était aussi ouvert aux autres artistes à la recherche d'échanges, comme l'explique le conteur Massamba Gueye. « Joe Ouakam avait créé un cadre où tout le monde pouvait venir créer son spectacle, s’inspirer, tourner son clip, venir manger quand on n’avait rien à manger, raconte-t-il. C’était un lieu de référence. Par exemple, pour créer un décor pour un spectacle de conte ou bien un spectacle de théâtre. Si on était en cours d’inspiration, il fallait y aller. C’est pourquoi pour moi, c’est un héritage, un patrimoine qu’il faut conserver. »

RFI

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Corporate-Ressources humaines: un DRH peut-il rester humain? le Film

 

Corporate-Ressources humaines: un DRH peut-il rester humain? le Film


Sorti le 5 avril, le film Corporate pose la question: dans une grande entreprise, un DRH peut-il rester humain ? Les réponses des praticiens.

Le film de Nicolas Silhol réunit un casting convaincant : Lambert Wilson, Alice de Lencquesaing, Violaine Fumeau, Stéphane De Groodt et Céline Sallette.
Claire Nicol 2016


Les pratiques des grands groupes français ressemblent- elles vraiment à ce monde inhumain que décrit Corporate ? Sorti en salles le 5 avril, le film a suscité un tollé chez les directeurs de ressources humaines (DRH), qui l'ont découvert lors d'une projection privée et d'une rencontre avec le réalisateur et le scénariste.
L'histoire se déroule dans une entreprise dont le DRH dévoile à ses équipes les nouveaux objectifs, à l'occasion d'un séminaire à Chamonix. Des salariés devront partir. Mais à aucun moment il n'est question de plan social, d'accompagnement du personnel ou d'indemnités de départ. Les managers qui participent à ce séjour de team building - avec raid en traîneaux à chiens - doivent comprendre par eux-mêmes qu'il leur faudra pousser des salariés à considérer qu'ils n'ont plus leur place dans la société, et à démissionner. Sauf que l'un d'eux finira par se défenestrer sur son lieu de travail.


« Management par la terreur »


" En tant que responsables des ressources humaines, nos adhérents ont été heurtés par la vision du film très négative, froide et cynique sur l'entreprise, réagit Bénédicte Ravache, secrétaire générale de l'Association nationale des directeurs de ressources humaines (ANDRH). Et encore plus sur la fonction RH telle qu'elle est présentée. " Caricatural ? Le réalisateur, Nicolas Silhol, est loin d'être étranger au monde de l'entreprise. Fils d'un professeur de management à Polytechnique et HEC spécialisé en gestion des ressources humaines, il dit avoir beaucoup discuté avec lui de ces enjeux. Et pour son film il s'est directement inspiré de l'épisode des suicides à France Télécom, en 2008-2009, avant que l'ancien opérateur public ne prenne le nom d'Orange.


A l'époque, 16 000 suppressions d'emplois avaient été mises en œuvre, d'une façon ou d'une autre. Une trentaine de salariés avait craqué, et mis fin à leurs jours. L'action intentée contre la société et son PDG de l'époque, Didier Lombard, n'a toujours pas abouti. La contestation, par deux autres dirigeants de l'entreprise (dont le DRH), de leur mise en examen pour complicité de harcèlement moral a ralenti la procédure. Reste l'expression utilisée, dans la lettre laissée par l'un de ces salariés qui se sont donné la mort, gravée dans les mémoires : « management par la terreur ». Une expression qui a résonné aussi à La Poste, chez Renault et même à Pôle Emploi.
Pour Jean-Claude Delgenes, président fondateur du cabinet Technologia, qui est intervenu chez Renault après la série de suicides au Technocentre de Guyancourt, « il y a eu des dérives dans certaines entreprises, et pourtant il n'existe toujours pas de charte éthique de la profession de DRH ». Une initiative qui aurait pourtant pu permettre des clarifications, alors même que « la profession de DRH est celle où il y a le plus de risques psychosociaux ».


La solitude des managers


« Beaucoup de cadres nous disent qu'ils ont un problème d'éthique, car on leur demande de faire mieux avec moins, explique Jean-Claude Barboul, secrétaire général de la CFDT-Cadres. Et les outils technologiques ne font qu'accélérer le système. » Résultat : les managers se sentent souvent seuls, « ils se plaignent de ne pas avoir d'appui et de ne pas être consultés, car les décisions sont prises ailleurs », souligne ce dirigeant. Son syndicat a même créé une hot-line pour que les adhérents puissent partager avec des « écoutants » professionnels les dilemmes auxquels ils sont confrontés. Dans un manifeste, il a aussi proposé « un droit à la démission légitime, inspiré de la clause de conscience des journalistes, qu'Emmanuel Macron a repris dans son programme ».


Présidente de la Commission innovation sociale et managériale du Medef, Armelle Carminati-Rabasse s'inquiète des résultats d'une étude de France Stratégie sur la qualité du management, en France et dans l'Union européenne. « Même si beaucoup de patrons rénovent leurs pratiques managériales, nous continuons à ne pas déléguer suffisamment, à ne pas savoir complimenter, ou pratiquer les rémunérations variables. » Plus de marge de manœuvre pour les managers ? Peut-être. Un plus d'humanité aussi, sans aucun doute.


Corporate, un film glaçant

« Si l'histoire est fictive, les méthodes de management sont réelles », prévient Nicolas Silhol avant de dérouler l'action de Corporate, son premier long-métrage. Un titre aux résonances internationales qui s'inscrit pourtant dans la réalité bien française de ce monde parfois impitoyable de l'entreprise. Si, dans un premier temps, ce film fait écho à la série de suicides qui a touché France Télécom, le propos n'est pas de viser une entreprise en particulier, mais bien d'interroger la responsabilité de chacun dans ce « système de management par la terreur ». Et pour une fois de ne pas axer son action sur le salarié victime de ces méthodes, mais sur celui qui a accepté de faire « le sale boulot », comme ce fut le cas pour Emilie Tesson-Hansen, appelée la « killeuse » par sa hiérarchie. Mais face à la pression de l'inspection du travail, cette dernière va se retourner contre sa responsable des ressources humaines. Reste à Emilie, interprétée par Céline Sallette, à sauver sa peau. Jusqu'où restera-t-elle « corporate » ? Glaçant. Laure Croiset

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Omar Ba, le peintre dakarois qui a réussi à Genève, au culot-Par Olivier Caslin

 

Omar Ba, le peintre dakarois qui a réussi à Genève, au culot-Par Olivier Caslin

Issu d'un quartier populaire de Dakar, ce peintre de 40 ans installé en Suisse a acquis une reconnaissance internationale.
Rejoindre l'atelier d'Omar Ba a tout du parcours du combattant ! Bien loin des rives du Léman, dont les eaux scintillent sous les étoiles des hôtels de standing, l'artiste sénégalais s'est installé aux limites de Genève, en direction de la frontière française toute proche, dans la grisaille d'une zone commerciale aux bâtiments cubiques et anonymes.


Seul point de repère, un numéro 43, taille XXL, dont les néons rouges accrochés au mur en béton tranchent un peu avec la monotonie des lieux. Même passé le sas d'entrée, le long couloir fait penser à la galerie d'un bunker. Jusqu'à ce qu'une porte s'ouvre sur le sourire d'Omar Ba, aussi large que ses épaules dignes d'une troisième ligne de rugby.
Hommage aux femmes d'Afrique


Quelques minutes à peine et la Suisse est déjà loin, pour laisser place à un territoire aux contours plus confus sous les volutes âcres d'encens. Bestiaire africain suspendu aux cloisons, meubles laqués écarlates d'Extrême-Orient, tapis persans un peu élimés pour habiller les sols nus couleur de ciment. Le monde d'Omar. Son chez-lui, au sens propre, puisque c'est dans son atelier que vit l'artiste peintre. Quand il n'est pas à Dakar auprès des siens ou à sillonner la planète pour accompagner ses toiles. Avant de s'envoler pour quelques jours à Madrid, il est justement à l'ouvrage, sur son exposition prochaine à Bruxelles.


Il veut raconter des histoires et tisser un fil rouge entre le Nord et le Sud.


En soufflant sur son thé vert un peu trop chaud, il contemple sa dernière œuvre en cours de réalisation : une « pietà » noire et vêtue d'un ample drapé indigo. « Elle regarde l'avenir en pensant à ses enfants », explique Omar, qui s'est inspiré d'une photo de sa mère. Un hommage à ces femmes d'Afrique inquiètes en voyant ceux qui partent « et qui souvent meurent au fond des océans ».


Un mentor suisse


Omar Ba savoure son thé autant que la vie qui lui sourit. Né il y a quarante ans entre un père fonctionnaire de police et une mère au foyer, il aurait dû être mécanicien du côté de la commune dakaroise de Yoff. Il a préféré tout laisser tomber pour tenter l'école des beaux-arts de la capitale sénégalaise. Au culot ! Comme quelques années plus tard quand, remarqué à Lausanne par l'un des plus grands galeristes genevois, il demande immédiatement une avance de 2 000 francs suisses (1 860 euros), qu'il rembourse dans la foulée une fois sa première toile vendue.
Car, entre-temps, Omar Ba a pris de la hauteur et son nom gagné en notoriété. Durant ses quatre années aux Beaux-Arts, il acquiert la certitude de vouloir être artiste et privilégie la peinture comme mode d'expression. Dès sa première exposition, son travail séduit l'œil d'un artiste suisse de passage, Claude Sandoz, qui lui propose de le ramener dans ses bagages.
« trop brouillon », selon ses professeurs


Le temps d'envoyer un dossier d'inscription à la Haute École d'arts et de design de Genève et le Sénégalais quitte, à 26 ans, la Petite-Côte et son soleil pour débarquer un soir de novembre aux pieds des Alpes. « Il pleuvait. C'était horrible », plaisante aujourd'hui Omar. Ce ne sera pas sa seule déconvenue : en plus des rudesses du climat, il fait face à la froideur de ses professeurs peu sensibles à son art, trop « brouillon ».


Sur les conseils de son mentor il s'arme alors de patience et d'un calepin sur lequel il note tout, ses rencontres de hasard, ses impressions et son cafard. Marié en 2006 à une artiste iranienne et père d'un petit garçon, il sort de l'abstraction. Commence à dessiner des personnages, précise son sujet, sa grammaire, qu'il conjugue de moins en moins à l'imparfait, à mesure qu'il s'imprègne de sa nouvelle culture.


Le début du succès


En découvrant l'Europe, il jette un nouveau regard, plus distancié, sur l'Afrique. Omar veut rendre ses peintures narratives pour « raconter des histoires et tisser un fil rouge entre le Nord et le Sud ». Assoiffé de connaissances et de « reconnaissance », pour lui-même et pour ses frères et sœurs d'Afrique, il travaille sur les tirailleurs sénégalais, les décorations militaires... « Des sujets forts mais jamais évoqués ici », rappelle Barth Johnson, directeur de la galerie genevoise Art Bärtschi, qui représente cet « excellent coloriste » depuis 2009.
J'ai eu peur de me détacher de l'Afrique. Les images s'effaçaient. Je me suis rendu compte que je devais y retourner régulièrement.


Omar prend de l'assurance, gagne en confiance, change de dimension. Fini les formats verticaux qui ne devaient pas dépasser les 60 cm de largeur, « pour pouvoir passer la porte de l'atelier », désormais il voit grand. Et le monde de l'art avec lui. Le voilà référencé par des galeries parisiennes, milanaises... Ses œuvres peintes sur carton se monnaient à cinq chiffres.
Un tourbillon qui menace de balayer sa vie, jusqu'à lui faire perdre l'essentiel ? « À un moment, j'ai eu peur de me détacher de l'Afrique. Les images s'effaçaient. Je me suis rendu compte que je devais y retourner régulièrement », affirme l'artiste, qui, depuis cinq ans, repasse régulièrement par Dakar.


Passages à Dakar


Au point d'y rester désormais plusieurs mois chaque année, de s'y être remarié et d'y avoir installé un second atelier. En 2013, il a même exposé dans la galerie Le Manège à Dakar, la première fois dans sa ville natale depuis la présentation de ses travaux de fin d'études en 2002.
« Un véritable succès », assure, pas peu fier, celui qui était encore un parfait inconnu dans son pays deux ans plus tôt. Aujourd'hui, il rêve d'exposer dans les plus grands musées du monde, de laisser sa trace sur le marché artistique international. Comme son aîné et modèle Ousmane Sow.


http://www.jeuneafrique.com/mag/421144/culture/omar-ba-peintre-dakarois-a-reussi-a-geneve-culot/


dans wikipedia on lira ceci


Depuis son arrivée à Genève, Omar Ba a définitivement abandonné la peinture abstraite pour se dédier à une peinture figurative et narrative.
Le foisonnement est à l'honneur avec cet artiste. Il emploie des techniques et des matières très variées (peinture à huile, encre de Chine, gouache et crayon). Il détache souvent d'un fond noir des figurations politiques et sociales à interprétations multiples.


Ses sources d'inspiration sont la culture africaine, les problématiques liées au pouvoir et à l'autorité. Son support favori est le carton ondulé. Il préfère peindre sur un carton que sur une toile car c'est un support solide, qui peut être fixé au mur et au sol. Il a l'impression d'avoir la maîtrise totale de ce support. Il peut marcher sur le carton, le rouler, le transporter facilement, sans abîmer son travail. Ses œuvres font appel à une iconographie riche et à un bestiaire pluriel et hybride. Plusieurs œuvres présentent un effacement des frontières entre l'humain, l'animal et le végétal. Ses peintures montrent des portraits officiels, un bestiaire imaginaire inoffensif et inquiétant, des êtres hybrides mi-homme, mi-bête.


Son vocabulaire symbolique s'exprime en utilisant de larges aplats de couleur, souvent sur un fond noir avec des courbes ondulantes. De nombreuses scènes sont dessinées au trait en pointillé.
Chaque œuvre regorge d'un maximum de détails, elle semble présenter plusieurs œuvres en une seule Il s'intéresse à la dualité du monde, aux rapports entre le Nord et le Sud, notamment entre l'Europe et l'Afrique. Passionné par l'actualité internationale, il revisite en permanence l'histoire, pour mieux comprendre ce qui se passe autour de lui. Il s'intéresse à la place de l'humain, de l'animal; aux liens entre progrès et nature et entre tradition et modernité.


« Omar Ba élabore ses œuvres comme des interrogations sur la société actuelle, globalisée, mais qui a oublié ses racines et les valeurs traditionnelles. Refusant les illusions du bonheur matériel qui menace et ruine peu à peu la planète, la pensée de l'artiste cherche également à décrypter les stéréotypes issus des relations séculaires, bien que compliquées, entre le monde occidental et le continent africain. [...] Les compositions sont dynamiques, chargées et entremêlent des éléments colorés semblant des brasiers venus illuminer soudainement la surface sombre du fond. Par-delà les barrières culturelles et sociales, son art cherche à éveiller en chacun de nous un souvenir lointain, une vision intime ou à susciter une réflexion sur le monde actuel. Son œuvre foisonne de signes fréquents et familiers. [...] Dans l'œuvre d'Omar Ba, ce sont donc bien des univers opposés qui se retrouvent : règne humain et règne animal, progrès et nature, modernité et tradition, Occident et Afrique, inhumanité et respect sont les critères de la représentation qui cherche à atteindre, au-delà de ces oppositions, un terrain neutre permettant la réflexion. » Extraits du texte de Klara Tuszynski, Ébène d'ici et d'ailleurs, dans le catalogue de l'exposition Omar Ba, Art Bärtschi & Cie, Genève, Suisse et Galleria Giuseppe Pero, Milan, Italie, 2010.

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L’Afrique, invité d’honneur à Art Paris Art Fair

Quelle est la valeur marchande des artistes africains et de la diaspora admirés à « Afriques Capitales » à La Villette ou très attendus pour les expositions à venir dans la capitale française ? Avec son focus « L’Afrique à l’honneur », la foire internationale d’art moderne et contemporain « Art Paris Art Fair » qui se tient jusqu’au 2 avril au Grand Palais avec 139 galeries de 29 pays sert cette année de baromètre pour un marché encore très balbutiant en Afrique, mais de plus en plus dynamique en Europe et en particulier en France.

Et oui, en France, l’année 2017 semble être dédiée aux créations venant de, ou inspirées de l’Afrique. Pourtant, à Art Paris, la grande foire pour l’art moderne et contemporain, aucun drapeau aux couleurs africaines ne flotte devant le Grand Palais. Même après avoir franchi les portes d’entrée majestueuses de la grande nef, il n’y a nulle part des signes ostentatoires d’un focus Afrique à l’horizon. Au contraire, la galerie Claude-Bernard nous accueille avec les œuvres de l’artiste français d’origine chinoise Gao Xingjan ; à côte, la galerie Omagh rend hommage au nouveau réaliste franco-américain Arman, célèbre pour ses « accumulations » ; et la galerie Dil consacre un solo show au peintre expressionniste français Bernard Buffet.

À l’encontre d’une Afrique exotique

Les artistes du Focus Afrique sont dispersés un peu partout dans le Grand Palais, à l’image de la galerie Nathalie Obadia où des photographies du monument malien Seydou Keïta côtoient les tirages de Laure Prouvost, artiste française vivant à Londres, lauréate du prestigieux Turner Prize en 2013. Marie-Ann Yemsi, la commissaire invitée de ce focus « L’Afrique à l’honneur » souhaite aller à l'encontre d’une Afrique exotique :

« Il s’agit pour moi d’offrir de nouvelles perspectives sur le continent africain. En France, on a accumulé un retard sur le regard qu’on porte sur ce continent. On est encore dans une ’exotisation’, dans une Afrique plus fantasmée qu’une Afrique réelle. Ces projections, ces idées erronées ou préconçues rejaillissent aussi sur les artistes contemporains du continent africain. »

« Zulu Kids » de Namsa Leuba

Parmi les vingt galeries invitées et engagées en faveur d’artistes africains se trouve Art Twenty One, de Nigeria. Venue exprès de Lagos pour le focus Afrique, la galerie présente à Art Paris les photographies plus qu’étonnantes de Namsa Leuba, une des nouvelles stars de la jeune génération de la scène africaine. Née en 1982 en Suisse, avec un père suisse et une mère guinéenne, elle travaille beaucoup sur l’identité africaine et l’art de trouver son propre chemin entre des cultures superposées.

Dans la série Zulu Kids (à partir de 7000 euros par photographie, éditée en 5 exemplaires), elle s’est rendue en Afrique du Sud pour faire poser des enfants sur des socles, après avoir créé à la fois des costumes et une mise en scène spectaculaire. « Elle crée en quelque sorte une tradition « vintage ». Elle étudie les traditions des statues en Afrique de l’Ouest et leur rôle dans les cérémonies. Comme en Afrique du Sud, il n’y a pas cette tradition, elle a transposé cet héritage sur la culture sud-africaine en créant quelque chose totalement fictive. »

« Imaginary Trip » de Gosette Lubondo

Daudi Karungi, directeur et fondateur de la galerie Afriart à Kampala participe également pour la première fois à une foire en France. Basé en Ouganda, il présente la jeune artiste congolaise Gosette Lubondo et son Imaginary Trip. « Elle essaie de faire renaître la vie dans une station de train abandonnée comme il y en a beaucoup en Afrique. Quand les Belges ont quitté le Congo, le réseau ferroviaire a été délaissé. Alors l’artiste essaye de recréer la vie d’autrefois. »

La tension des identités est également palpable dans la série Mangbetu du jeune Congolais Eddy Kamuanga Illunga. A 26 ans, il vit entre Bruxelles et Kinshasa où il a son atelier. «Mangbetu est un peuple du nord-est du Congo qui a énormément souffert de la colonisation. À cause de leurs longues têtes, leur beauté et la splendeur de leurs coiffes, ils ont été souvent représentés pendant la colonisation sur des affiches, sur la monnaie ou les cartes postales. Ils ont connu un certain « succès » en Europe et ont été appelés « Mangbetu » par les Belges. Quand j’ai découvert ce peuple complètement créé par la colonisation, j’ai décidé de remettre cela en question et de travailler sur cela. »

« Pourquoi un tel engouement pour l’Afrique ? »

L’actuel engouement envers les artistes africains lui laisse perplexe : « Cela me faire plaisir, mais en même temps, je me pose la question, pourquoi il y a un tel engouement pour l’Afrique dans la scène artistique aujourd’hui ? Jusque-là, je n’ai pas trouvé de réponse. »

Entre temps, ses peintures acryliques à 16 000 euros ont été déjà toutes vendues, mais il en reste encore des tirages à 650 euros. Pour Elisabeth Lalouschek, la directrice artistique de l’October Gallery de Londres, depuis 1979 une des pionnières dans l’art d'avant-garde transculturel, jusqu’ici, les œuvres des artistes africains ne font pas objet de spéculation : « les prix ont évolué lentement, mais sûrement ». Et c’est vrai, même les tarifs pour les valeurs sûres au stand de la galerie d’André Magnin, Magnin-A, n’apparaissent pas astronomiques avec un J-P Mika du Congo pour 30 000 euros ou des masques « bidons » de la star Romuald Hazoumé du Bénin pour 16 000 euros. Seul prix à six chiffres : l’installation monumentale Elf rien a foutre (2005) de l’artiste béninois mise à prix pour 180 000 euros.

Jean de La Fontaine et l’Orient

Katia Kameli, artiste franco-algérienne née en 1973, explore souvent les entre-deux. Dans la grande exposition Afriques Capitales, à La Villette, elle présente une installation vidéo. The Storyteller montre un conteur interprétant à sa manière les films de Bollywood. A Art Paris, elle nous surprend avec un collage d’iconographies sur la fable La Tortue et les deux Canards de Jean de La Fontaine.

« Dans Stream of Stories, je retrace les sources orientales des fables de La Fontaine, un auteur qui fait partie de la base de l’éducation française. Sauf, on nous parle souvent des influences d’Esope et des Grecs, mais on ne nous parle pas du tout des influences orientales. Et ces fables viennent de l’Inde. Panchatantra avait écrit un recueil d'allégories animalières à destination des princes. Ensuite elles ont été traduites vers le perse, puis du perse vers l’arabe et puis de l’arabe en 53 autres langues qui sont venues jusqu’à nous, en Europe et dont s’est inspiré La Fontaine.  Dans mon collage de différentes iconographies, tout cela est mêlé dans une image qui nous mène vers l’Orient. »

La France en retard

Avec la multiplication des événements consacrés à l’art venu d’Afrique, la scène artistique française pourrait se croire avant-garde dans la matière. Mais, à l’instar de Mohau Modisakeng et son travail sur la violence infligée aux corps noirs, un artiste qui représentera l’Afrique du Sud à la prochaine Biennale de Venise et qui est montré pour la première fois en France grâce à la galerie Whatiftheworld, la commissaire Marie-Ann Yemsi rappelle que la France est plutôt en retard par rapport à d’autres pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni ou l’Allemagne. Même Africa Remix, l’exposition légendaire de 2004, conçue comme Afriques Capitales par Simon Njami, a été d’abord montrée à Düsseldorf en Allemagne, avant d’atterrir à Londres et Paris :

« Comme j’ai des origines allemandes – je suis née en Allemagne, mon père est camerounais et je vis en France où j’ai étudié - je peux assez bien percevoir les différences. D’une manière assez incroyable, la France a beaucoup de retard et elle a beaucoup de mal à faire face à l’histoire. Je pense que l’Allemagne a entrepris ce regard et a pris conscience de sa responsabilité, y compris dans l’histoire coloniale. Cela l’a libérée et l’a permis à regarder ce continent autrement. C’est vrai, énormément d’initiatives et de regards sur ces artistes et de projets ont lieu en Allemagne. Ce qui fait que l’Allemagne a certainement une longueur d’avance par rapport à la France. »

RFI

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A nos sœurs et frères-Ne
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