Art & Culture

Omar Ba, le peintre dakarois qui a réussi à Genève, au culot-Par Olivier Caslin

 

Omar Ba, le peintre dakarois qui a réussi à Genève, au culot-Par Olivier Caslin

Issu d'un quartier populaire de Dakar, ce peintre de 40 ans installé en Suisse a acquis une reconnaissance internationale.
Rejoindre l'atelier d'Omar Ba a tout du parcours du combattant ! Bien loin des rives du Léman, dont les eaux scintillent sous les étoiles des hôtels de standing, l'artiste sénégalais s'est installé aux limites de Genève, en direction de la frontière française toute proche, dans la grisaille d'une zone commerciale aux bâtiments cubiques et anonymes.


Seul point de repère, un numéro 43, taille XXL, dont les néons rouges accrochés au mur en béton tranchent un peu avec la monotonie des lieux. Même passé le sas d'entrée, le long couloir fait penser à la galerie d'un bunker. Jusqu'à ce qu'une porte s'ouvre sur le sourire d'Omar Ba, aussi large que ses épaules dignes d'une troisième ligne de rugby.
Hommage aux femmes d'Afrique


Quelques minutes à peine et la Suisse est déjà loin, pour laisser place à un territoire aux contours plus confus sous les volutes âcres d'encens. Bestiaire africain suspendu aux cloisons, meubles laqués écarlates d'Extrême-Orient, tapis persans un peu élimés pour habiller les sols nus couleur de ciment. Le monde d'Omar. Son chez-lui, au sens propre, puisque c'est dans son atelier que vit l'artiste peintre. Quand il n'est pas à Dakar auprès des siens ou à sillonner la planète pour accompagner ses toiles. Avant de s'envoler pour quelques jours à Madrid, il est justement à l'ouvrage, sur son exposition prochaine à Bruxelles.


Il veut raconter des histoires et tisser un fil rouge entre le Nord et le Sud.


En soufflant sur son thé vert un peu trop chaud, il contemple sa dernière œuvre en cours de réalisation : une « pietà » noire et vêtue d'un ample drapé indigo. « Elle regarde l'avenir en pensant à ses enfants », explique Omar, qui s'est inspiré d'une photo de sa mère. Un hommage à ces femmes d'Afrique inquiètes en voyant ceux qui partent « et qui souvent meurent au fond des océans ».


Un mentor suisse


Omar Ba savoure son thé autant que la vie qui lui sourit. Né il y a quarante ans entre un père fonctionnaire de police et une mère au foyer, il aurait dû être mécanicien du côté de la commune dakaroise de Yoff. Il a préféré tout laisser tomber pour tenter l'école des beaux-arts de la capitale sénégalaise. Au culot ! Comme quelques années plus tard quand, remarqué à Lausanne par l'un des plus grands galeristes genevois, il demande immédiatement une avance de 2 000 francs suisses (1 860 euros), qu'il rembourse dans la foulée une fois sa première toile vendue.
Car, entre-temps, Omar Ba a pris de la hauteur et son nom gagné en notoriété. Durant ses quatre années aux Beaux-Arts, il acquiert la certitude de vouloir être artiste et privilégie la peinture comme mode d'expression. Dès sa première exposition, son travail séduit l'œil d'un artiste suisse de passage, Claude Sandoz, qui lui propose de le ramener dans ses bagages.
« trop brouillon », selon ses professeurs


Le temps d'envoyer un dossier d'inscription à la Haute École d'arts et de design de Genève et le Sénégalais quitte, à 26 ans, la Petite-Côte et son soleil pour débarquer un soir de novembre aux pieds des Alpes. « Il pleuvait. C'était horrible », plaisante aujourd'hui Omar. Ce ne sera pas sa seule déconvenue : en plus des rudesses du climat, il fait face à la froideur de ses professeurs peu sensibles à son art, trop « brouillon ».


Sur les conseils de son mentor il s'arme alors de patience et d'un calepin sur lequel il note tout, ses rencontres de hasard, ses impressions et son cafard. Marié en 2006 à une artiste iranienne et père d'un petit garçon, il sort de l'abstraction. Commence à dessiner des personnages, précise son sujet, sa grammaire, qu'il conjugue de moins en moins à l'imparfait, à mesure qu'il s'imprègne de sa nouvelle culture.


Le début du succès


En découvrant l'Europe, il jette un nouveau regard, plus distancié, sur l'Afrique. Omar veut rendre ses peintures narratives pour « raconter des histoires et tisser un fil rouge entre le Nord et le Sud ». Assoiffé de connaissances et de « reconnaissance », pour lui-même et pour ses frères et sœurs d'Afrique, il travaille sur les tirailleurs sénégalais, les décorations militaires... « Des sujets forts mais jamais évoqués ici », rappelle Barth Johnson, directeur de la galerie genevoise Art Bärtschi, qui représente cet « excellent coloriste » depuis 2009.
J'ai eu peur de me détacher de l'Afrique. Les images s'effaçaient. Je me suis rendu compte que je devais y retourner régulièrement.


Omar prend de l'assurance, gagne en confiance, change de dimension. Fini les formats verticaux qui ne devaient pas dépasser les 60 cm de largeur, « pour pouvoir passer la porte de l'atelier », désormais il voit grand. Et le monde de l'art avec lui. Le voilà référencé par des galeries parisiennes, milanaises... Ses œuvres peintes sur carton se monnaient à cinq chiffres.
Un tourbillon qui menace de balayer sa vie, jusqu'à lui faire perdre l'essentiel ? « À un moment, j'ai eu peur de me détacher de l'Afrique. Les images s'effaçaient. Je me suis rendu compte que je devais y retourner régulièrement », affirme l'artiste, qui, depuis cinq ans, repasse régulièrement par Dakar.


Passages à Dakar


Au point d'y rester désormais plusieurs mois chaque année, de s'y être remarié et d'y avoir installé un second atelier. En 2013, il a même exposé dans la galerie Le Manège à Dakar, la première fois dans sa ville natale depuis la présentation de ses travaux de fin d'études en 2002.
« Un véritable succès », assure, pas peu fier, celui qui était encore un parfait inconnu dans son pays deux ans plus tôt. Aujourd'hui, il rêve d'exposer dans les plus grands musées du monde, de laisser sa trace sur le marché artistique international. Comme son aîné et modèle Ousmane Sow.


http://www.jeuneafrique.com/mag/421144/culture/omar-ba-peintre-dakarois-a-reussi-a-geneve-culot/


dans wikipedia on lira ceci


Depuis son arrivée à Genève, Omar Ba a définitivement abandonné la peinture abstraite pour se dédier à une peinture figurative et narrative.
Le foisonnement est à l'honneur avec cet artiste. Il emploie des techniques et des matières très variées (peinture à huile, encre de Chine, gouache et crayon). Il détache souvent d'un fond noir des figurations politiques et sociales à interprétations multiples.


Ses sources d'inspiration sont la culture africaine, les problématiques liées au pouvoir et à l'autorité. Son support favori est le carton ondulé. Il préfère peindre sur un carton que sur une toile car c'est un support solide, qui peut être fixé au mur et au sol. Il a l'impression d'avoir la maîtrise totale de ce support. Il peut marcher sur le carton, le rouler, le transporter facilement, sans abîmer son travail. Ses œuvres font appel à une iconographie riche et à un bestiaire pluriel et hybride. Plusieurs œuvres présentent un effacement des frontières entre l'humain, l'animal et le végétal. Ses peintures montrent des portraits officiels, un bestiaire imaginaire inoffensif et inquiétant, des êtres hybrides mi-homme, mi-bête.


Son vocabulaire symbolique s'exprime en utilisant de larges aplats de couleur, souvent sur un fond noir avec des courbes ondulantes. De nombreuses scènes sont dessinées au trait en pointillé.
Chaque œuvre regorge d'un maximum de détails, elle semble présenter plusieurs œuvres en une seule Il s'intéresse à la dualité du monde, aux rapports entre le Nord et le Sud, notamment entre l'Europe et l'Afrique. Passionné par l'actualité internationale, il revisite en permanence l'histoire, pour mieux comprendre ce qui se passe autour de lui. Il s'intéresse à la place de l'humain, de l'animal; aux liens entre progrès et nature et entre tradition et modernité.


« Omar Ba élabore ses œuvres comme des interrogations sur la société actuelle, globalisée, mais qui a oublié ses racines et les valeurs traditionnelles. Refusant les illusions du bonheur matériel qui menace et ruine peu à peu la planète, la pensée de l'artiste cherche également à décrypter les stéréotypes issus des relations séculaires, bien que compliquées, entre le monde occidental et le continent africain. [...] Les compositions sont dynamiques, chargées et entremêlent des éléments colorés semblant des brasiers venus illuminer soudainement la surface sombre du fond. Par-delà les barrières culturelles et sociales, son art cherche à éveiller en chacun de nous un souvenir lointain, une vision intime ou à susciter une réflexion sur le monde actuel. Son œuvre foisonne de signes fréquents et familiers. [...] Dans l'œuvre d'Omar Ba, ce sont donc bien des univers opposés qui se retrouvent : règne humain et règne animal, progrès et nature, modernité et tradition, Occident et Afrique, inhumanité et respect sont les critères de la représentation qui cherche à atteindre, au-delà de ces oppositions, un terrain neutre permettant la réflexion. » Extraits du texte de Klara Tuszynski, Ébène d'ici et d'ailleurs, dans le catalogue de l'exposition Omar Ba, Art Bärtschi & Cie, Genève, Suisse et Galleria Giuseppe Pero, Milan, Italie, 2010.

L’Afrique, invité d’honneur à Art Paris Art Fair

Quelle est la valeur marchande des artistes africains et de la diaspora admirés à « Afriques Capitales » à La Villette ou très attendus pour les expositions à venir dans la capitale française ? Avec son focus « L’Afrique à l’honneur », la foire internationale d’art moderne et contemporain « Art Paris Art Fair » qui se tient jusqu’au 2 avril au Grand Palais avec 139 galeries de 29 pays sert cette année de baromètre pour un marché encore très balbutiant en Afrique, mais de plus en plus dynamique en Europe et en particulier en France.

Et oui, en France, l’année 2017 semble être dédiée aux créations venant de, ou inspirées de l’Afrique. Pourtant, à Art Paris, la grande foire pour l’art moderne et contemporain, aucun drapeau aux couleurs africaines ne flotte devant le Grand Palais. Même après avoir franchi les portes d’entrée majestueuses de la grande nef, il n’y a nulle part des signes ostentatoires d’un focus Afrique à l’horizon. Au contraire, la galerie Claude-Bernard nous accueille avec les œuvres de l’artiste français d’origine chinoise Gao Xingjan ; à côte, la galerie Omagh rend hommage au nouveau réaliste franco-américain Arman, célèbre pour ses « accumulations » ; et la galerie Dil consacre un solo show au peintre expressionniste français Bernard Buffet.

À l’encontre d’une Afrique exotique

Les artistes du Focus Afrique sont dispersés un peu partout dans le Grand Palais, à l’image de la galerie Nathalie Obadia où des photographies du monument malien Seydou Keïta côtoient les tirages de Laure Prouvost, artiste française vivant à Londres, lauréate du prestigieux Turner Prize en 2013. Marie-Ann Yemsi, la commissaire invitée de ce focus « L’Afrique à l’honneur » souhaite aller à l'encontre d’une Afrique exotique :

« Il s’agit pour moi d’offrir de nouvelles perspectives sur le continent africain. En France, on a accumulé un retard sur le regard qu’on porte sur ce continent. On est encore dans une ’exotisation’, dans une Afrique plus fantasmée qu’une Afrique réelle. Ces projections, ces idées erronées ou préconçues rejaillissent aussi sur les artistes contemporains du continent africain. »

« Zulu Kids » de Namsa Leuba

Parmi les vingt galeries invitées et engagées en faveur d’artistes africains se trouve Art Twenty One, de Nigeria. Venue exprès de Lagos pour le focus Afrique, la galerie présente à Art Paris les photographies plus qu’étonnantes de Namsa Leuba, une des nouvelles stars de la jeune génération de la scène africaine. Née en 1982 en Suisse, avec un père suisse et une mère guinéenne, elle travaille beaucoup sur l’identité africaine et l’art de trouver son propre chemin entre des cultures superposées.

Dans la série Zulu Kids (à partir de 7000 euros par photographie, éditée en 5 exemplaires), elle s’est rendue en Afrique du Sud pour faire poser des enfants sur des socles, après avoir créé à la fois des costumes et une mise en scène spectaculaire. « Elle crée en quelque sorte une tradition « vintage ». Elle étudie les traditions des statues en Afrique de l’Ouest et leur rôle dans les cérémonies. Comme en Afrique du Sud, il n’y a pas cette tradition, elle a transposé cet héritage sur la culture sud-africaine en créant quelque chose totalement fictive. »

« Imaginary Trip » de Gosette Lubondo

Daudi Karungi, directeur et fondateur de la galerie Afriart à Kampala participe également pour la première fois à une foire en France. Basé en Ouganda, il présente la jeune artiste congolaise Gosette Lubondo et son Imaginary Trip. « Elle essaie de faire renaître la vie dans une station de train abandonnée comme il y en a beaucoup en Afrique. Quand les Belges ont quitté le Congo, le réseau ferroviaire a été délaissé. Alors l’artiste essaye de recréer la vie d’autrefois. »

La tension des identités est également palpable dans la série Mangbetu du jeune Congolais Eddy Kamuanga Illunga. A 26 ans, il vit entre Bruxelles et Kinshasa où il a son atelier. «Mangbetu est un peuple du nord-est du Congo qui a énormément souffert de la colonisation. À cause de leurs longues têtes, leur beauté et la splendeur de leurs coiffes, ils ont été souvent représentés pendant la colonisation sur des affiches, sur la monnaie ou les cartes postales. Ils ont connu un certain « succès » en Europe et ont été appelés « Mangbetu » par les Belges. Quand j’ai découvert ce peuple complètement créé par la colonisation, j’ai décidé de remettre cela en question et de travailler sur cela. »

« Pourquoi un tel engouement pour l’Afrique ? »

L’actuel engouement envers les artistes africains lui laisse perplexe : « Cela me faire plaisir, mais en même temps, je me pose la question, pourquoi il y a un tel engouement pour l’Afrique dans la scène artistique aujourd’hui ? Jusque-là, je n’ai pas trouvé de réponse. »

Entre temps, ses peintures acryliques à 16 000 euros ont été déjà toutes vendues, mais il en reste encore des tirages à 650 euros. Pour Elisabeth Lalouschek, la directrice artistique de l’October Gallery de Londres, depuis 1979 une des pionnières dans l’art d'avant-garde transculturel, jusqu’ici, les œuvres des artistes africains ne font pas objet de spéculation : « les prix ont évolué lentement, mais sûrement ». Et c’est vrai, même les tarifs pour les valeurs sûres au stand de la galerie d’André Magnin, Magnin-A, n’apparaissent pas astronomiques avec un J-P Mika du Congo pour 30 000 euros ou des masques « bidons » de la star Romuald Hazoumé du Bénin pour 16 000 euros. Seul prix à six chiffres : l’installation monumentale Elf rien a foutre (2005) de l’artiste béninois mise à prix pour 180 000 euros.

Jean de La Fontaine et l’Orient

Katia Kameli, artiste franco-algérienne née en 1973, explore souvent les entre-deux. Dans la grande exposition Afriques Capitales, à La Villette, elle présente une installation vidéo. The Storyteller montre un conteur interprétant à sa manière les films de Bollywood. A Art Paris, elle nous surprend avec un collage d’iconographies sur la fable La Tortue et les deux Canards de Jean de La Fontaine.

« Dans Stream of Stories, je retrace les sources orientales des fables de La Fontaine, un auteur qui fait partie de la base de l’éducation française. Sauf, on nous parle souvent des influences d’Esope et des Grecs, mais on ne nous parle pas du tout des influences orientales. Et ces fables viennent de l’Inde. Panchatantra avait écrit un recueil d'allégories animalières à destination des princes. Ensuite elles ont été traduites vers le perse, puis du perse vers l’arabe et puis de l’arabe en 53 autres langues qui sont venues jusqu’à nous, en Europe et dont s’est inspiré La Fontaine.  Dans mon collage de différentes iconographies, tout cela est mêlé dans une image qui nous mène vers l’Orient. »

La France en retard

Avec la multiplication des événements consacrés à l’art venu d’Afrique, la scène artistique française pourrait se croire avant-garde dans la matière. Mais, à l’instar de Mohau Modisakeng et son travail sur la violence infligée aux corps noirs, un artiste qui représentera l’Afrique du Sud à la prochaine Biennale de Venise et qui est montré pour la première fois en France grâce à la galerie Whatiftheworld, la commissaire Marie-Ann Yemsi rappelle que la France est plutôt en retard par rapport à d’autres pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni ou l’Allemagne. Même Africa Remix, l’exposition légendaire de 2004, conçue comme Afriques Capitales par Simon Njami, a été d’abord montrée à Düsseldorf en Allemagne, avant d’atterrir à Londres et Paris :

« Comme j’ai des origines allemandes – je suis née en Allemagne, mon père est camerounais et je vis en France où j’ai étudié - je peux assez bien percevoir les différences. D’une manière assez incroyable, la France a beaucoup de retard et elle a beaucoup de mal à faire face à l’histoire. Je pense que l’Allemagne a entrepris ce regard et a pris conscience de sa responsabilité, y compris dans l’histoire coloniale. Cela l’a libérée et l’a permis à regarder ce continent autrement. C’est vrai, énormément d’initiatives et de regards sur ces artistes et de projets ont lieu en Allemagne. Ce qui fait que l’Allemagne a certainement une longueur d’avance par rapport à la France. »

RFI

«Paris-Cotonou-Paris»: Dominique Zinkpé fait rayonner les artistes béninois

Les artistes béninois percent cette année un peu partout : à la foire « Art Paris » en passant par la grande exposition « Afriques Capitales » à La Villette, jusqu’au Parcours des Mondes et à la foire d’art contemporain africaine Akaa. Et Dominique Zinkpé y est pour beaucoup. Cet artiste contemporain béninois de 48 ans expose dans le monde entier, mais vit et travaille toujours au Bénin. Il y a deux ans, il a pris la direction du Centre Arts et Cultures de Lobozounpka, à Cotonou. Créé en 2014 par l’initiative du galeriste parisien Robert Vallois, le Centre est financé à hauteur de 200 000 euros par an par le Collectif des antiquaires de Saint-Germain-des-Près. Avec ses résidences artistiques et ses 20 000 visiteurs annuels, l’institution a réussi à contribuer au rayonnement de l’art contemporain béninois. Entretien avec Dominique Zinkpé à l’occasion du lancement de la saison « Paris-Cotonou-Paris » à la galerie Vallois.

RFI : Quelle est pour vous la plus grande réussite du Centre Arts et Cultures de Lobozounpka, à Cotonou, jusqu’ici ?

RFI : Quelle est pour vous la plus grande réussite du Centre Arts et Cultures de Lobozounpka, à Cotonou, jusqu’ici ?

Dominique Zinkpé : C’est de montrer au Bénin beaucoup d’artistes plasticiens béninois, mais aussi européens. Mais le plus formidable est de réussir à montrer le travail des artistes plasticiens béninois aussi assez souvent en France. Aujourd’hui, il y a plus de 20 artistes qui ont accès à une grande galerie et aussi aux foires d’art. Donc le Centre a permis la circulation de l’art contemporain béninois – peut-être pas dans le monde entier – mais à Paris, un peu à New York, à Cuba… On est très content de cela.

Avec votre Centre, mais aussi avec la création de la Fondation Zinsou à Cotonou et l’existence d’artistes contemporains béninois sur le marché de l’art, peut-on dire que le Bénin s’est imposé sur la carte mondiale de l’art contemporain ?

Absolument, parce qu’on a eu la chance d’avoir au même moment beaucoup d’énergies : la Fondation Zinsou fait de très bonnes et très professionnelles expositions. Notre centre réussit à emmener jusqu’à dix artistes par an pour les présenter dans les foires d’art. Donc il y a un regard et le Bénin est mis en lumière. Actuellement, il y a une attention particulière sur la création contemporaine béninoise et les artistes en profitent. Leurs créations sont de plus en plus nobles et intelligentes, parce qu’il y a des opportunités et un regard porté sur leur travail. C’est formidable.

Qu’est-ce que relient des artistes comme le Sud-Africain Bruce Clark, les Béninois Kifuli Dossou et Stéphane Vlavonou alias Psychoffi ou la Française Daphné Bitchatch pour être invité en résidence au centre ? 


Nous partageons la même passion. Nous avons quelque chose en commun qui est déjà l’expression, réussir à dire, à montrer et surtout à partager ses pensées. Ce sont tous des artistes qui ont quelque chose à dire et peut-être aussi des fois des choses à revendiquer, à remarquer, à dénoncer. Derrière la création, il y a un propos, une conviction et un engagement. Ce n’est pas pour se faire plaisir en tant que peintre ou sculpteur avec des natures mortes ou des scènes de la vie quotidienne. Ces artistes font des recherches pour questionner le monde dans lequel nous vivons actuellement. C’est ça que nous avons en commun.

« Elégante » (2016), œuvre de l’artiste béninois Gérard Quenum, exposée dans « Paris-Cotonou-Paris », à la Galerie Vallois.

Siegfried Forster / RFI

On connaît vos créations, vos voitures remplies de choses et de sens, le Taxi Taf-Taf exposé aux biennales… Avec la direction du Centre, avez-vous le sentiment de mettre à disposition un taxi collectif pour l’art contemporain entre le Bénin et la France ?

Oui, parce que c’est une sorte de conviction. Même si je fais mes créations personnelles, le fait de travailler au Centre est pour moi aussi une création. Je suis tellement heureux de voir réussir des artistes et de pouvoir organiser la sortie d’artistes béninois ailleurs ou d’accompagner des jeunes artistes pour améliorer leur création. C’est aussi une forme de création. Pour moi, il est important que l’art plastique évolue dans ma région, mon pays.

Votre centre pluridisciplinaire accueille l’art plastique, mais aussi la musique, la danse, le théâtre, le cinéma... Le Béninois Sylvestre Amoussou vient de remporter l’Étalon d’argent de Yennenga au Festival panafricain de cinéma (Fespaco) au Burkina Faso. Comment interagissent ces arts dans votre Centre ?

Le Centre est une plateforme pour accueillir différents projets. Je suis très heureux pour Sylvestre Amoussou. Il a tourné son film L’Orage africain, un continent sous influence en grande partie au Centre. Quant au mélange des arts, ce sont tous des artistes avec presque les mêmes envies, chacun dans son domaine : développer l’Afrique. Les penseurs, les créateurs essaient au quotidien de faire grandir l’Afrique, de donner une fierté à l’Afrique. C’est cela qui nous réunit.

« Soupirs » (détail) (2006), œuvre de l’artiste française Daphné Bitchatch, exposée dans « Paris-Cotonou-Paris », à la Galerie Vallois.

Siegfried Forster / RFI

Le problème du cinéma en Afrique est souvent l’absence de salles. Pour l’art contemporain, c’est souvent le manque de collectionneurs, de galeries, de musées et de marché de l’art. Où on est aujourd’hui au Bénin ?


Cela commence à peine à se développer. Cela balbutie un peu, mais pour le moment, les collectionneurs ne comptent pas encore à [vraiment] acquérir nos œuvres. Mais aujourd’hui, ils sont curieux, [ils réfléchissent à] acheter des Dominique Zinkpé, des Charly D’almeida, des Tchif, des Romuald Hazoumé…, parce qu’ils sont tous présentés dans des grandes galeries en Europe. Il y a un intérêt immédiat. Ce qui est juste dommage : on n’a pas une galerie digne de ce nom, mais il y a aujourd’hui des collectionneurs qui vont acheter les artistes directement dans leur studio, chez eux. On travaille pour avoir une galerie noble. Je suis un artiste béninois international, il y a des gens qui viennent chez moi et qui m’achètent des œuvres, qui me payent cash ou qui me font un virement. Il y a quelques années, cela n’existe pas. Et ça, c’est fabuleux.

La programmation à la galerie Vallois est intitulée Paris-Cotonou-Paris. Est-ce vraiment un échange artistique ou plutôt en sens unique ?

La présence des artistes béninois dans les foires, les galeries, les musées en Europe commence tout doucement à se renforcer. C’est vrai, ce n’est qu’un début, mais depuis trois ans, toutes les choses qu’on a faites et aussi nos ventes, ça monte. Même dans les ventes aux enchères, les artistes béninois commencent à être remarqués.

Une œuvre de Dominique Zinkpé devant le Centre Arts et Cultures de Lobozounpka à Cotonou.

Galerie Vallois

Le site du Centre Arts et Cultures de Lobozounpka, à Cotonou, au Bénin.
Paris-Cotonou-Paris, une année sous le signe du Bénin, exposition à la Galerie Vallois, Paris, jusqu’au 31 mars.
Art Paris, foire internationale d’art, du 30 mars au 2 avril au Grand Palais, Paris.
Afriques Capitales, du 29 mars au 28 mai à La Villette, Paris.

RFI

Khoudia Diop, la peau noire démontre est différente mais aussi belle ; son esthétique affole la toile

 

Dans un contexte international où les normes esthétiques s'uniformisent de plus en plus, Khoudia Diop incarne une autre vision de la beauté

Si sa carnation intensément noire fût l'objet de railleries par le passé, aujourd'hui c'est cette spécificité qui rend Khoudia Diop si singulière et envoûtante. La jeune femme, surnommée « déesse de la mélanine » (en référence à ce pigment fabriqué par les cellules de la peau et à laquelle il donne sa coloration plus ou moins foncée), a été repérée il y a quelques temps lors de sa participation à une campagne baptisée "The Colored Girl Project", visant à célébrer la beauté des femmes noires. Le jeune mannequin vit désormais entre Paris et New York, fort de son succès naissant. En effet, depuis l'ouverture de son compte Instagram il y a à peine sept semaines, melaniin.goddess compte déjà plus de 217 000 abonnés.

Khoudia Diop fait désormais partie de ces personnes qui prennent le contre-pied de la tendance actuelle -qui tend vers l'uniformisation des apparences- en faisant valoir leurs différences, leurs originalités qui les définissent comme des êtres humains uniques. En arrivant à transformer sa singularité autrefois moquée, en une force certaine, Khoudia Diop, porte-étendard de la diversité, devient un modèle pour toutes les femmes, qui n'ont plus qu'à assumer leur différence pour en faire une qualité !

Khoudia Diop : Le mannequin qui affole la Toile avec sa MAGNIFIQUE peau noire


Depuis quelques semaines, une jeune française d'origine sénégalaise fait sensation sur le web. Tu en as peut-être entendu parler. Son nom ? Khoudia Diop. Sa particularité ? Une magnifique peau noire qui n'est pas sans rappeler celle d'Alek Wek, le top britannique d'origine sud-soudanaise, dont la carrière a été lancée en 1997. Entre Paris et New-York, voici 3 raisons pour lesquelles Khoudia Diop fait autant parler d'elle.

1. Elle est magnifique et porte un message puissant

Teint foncé et uniforme, sourire ultra brite. Celle qui s'auto-proclame « déesse de la mélanine » a dépassé les jugements négatifs que certains ont pu porter à son encontre et décide de se lancer dans le mannequinat pour représenter les beautés noires comme elle.
« Au cours de mon enfance, j'ai été confrontée à des gens qui me harcelaient. Quand j'ai pris de l'âge, j'ai appris à m'aimer davantage chaque jour et à ne pas prêter attention aux personnes négatives. »
« Le message que j'ai pour mes sœurs est que peu importe à quoi tu ressembles, l'important est de se sentir belle à l'intérieur. »
Khoudia Diop s'accepte pleinement et aimerait que les autres femmes arrivent toutes à avoir confiance en elle. Mais le chemin est encore long. Les femmes noires, en particulier celles au teint foncé ne sont pas autant représentées que les autres.
— J'adore @thick_east_african_girl merci encore !
2. Elle est une représentation de la diversité des femmes noires
Au-delà d'un buzz, si on parle autant de Khoudia Diop, c'est parce qu'elle fait exception et que donc la représentation des femmes noires dans toute leur diversité n'est pas acquise. Pire, elle est rendue difficile à cause du racisme. De Diandra Forrest à Khoudia Diop, en passant par Winnie Harlow, les choses avancent. La marque française Louboutin a récemment étendu la gamme de teintes pour sa collection Nude, passant de 5 à 7 teintes de peau et offrant ainsi la possibilité aux femmes foncées de porter les célèbres chaussures à la semelle rouge.
— Des jambes plus longues ? Oui, s'il-vous-plaît. Commandez les teintes nude (lien dans notre bio)
Dans cette même idée, « The Colored Girl Project » a vu le jour avec pour but de célébrer toutes les femmes noires. Khoudia Diop y a participé justement. C'est d'ailleurs ce projet qui l'a révélée sur la Toile.
— Elle incarne la Nature, vous pouvez ressentir Gaia en plongeant dans son regard, vous pouvez voir la terre dans sa teinte.

3. Elle participe à briser les diktats de la mode


Les publicités, films, etc. devraient être un reflet de la société. Comme tu le sais, ce n'est pas le cas. Ce manque de représentativité fait penser à une frange de la population qu'elle n'existe pas. Un type de beauté noire est sur-représentée, celui des femmes au teint clair. Dans la mode, c'est un peu différent mais si des initiatives telles que la Black Fashion Week d'Adama Paris ont vu le jour pour pallier ce manque, c'est que le chemin est encore long. Des voix s'élèvent également. Des voix très influentes telles que celle de Lupita Nyongo, en particulier lors de son célèbre discours célébrant la beauté noire. A son échelle, Khoudia Diop participe à cette prise de parole nécessaire.
« [Je fais ce métier] parce que j'ai la peau noire et riche en mélanine et aussi parce que je veux inspirer les jeunes filles et leur dire qu'elles sont toutes des déesses à l'intérieur et d'apparence. »

En quelques décennies, des actions positives et solidaires ont vu le jour pour que toutes les femmes, quelle que soit leur couleur de peau ou la texture de leurs cheveux, puissent être représentées dans la mode, le cinéma, la télévision, la publicité. Malheureusement, il subsiste des initiatives racistes pour convaincre la gent féminine qu'elle doit se conformer à un type de femme. Si elles ne correspondent pas au modèle imposé, alors cela voudra dire qu'elles ne sont pas belles, n'ont pas de valeur. Peut-être que tu te souviens du scandale qui a éclaté en 2008 autour d'une campagne L'Oréal dans laquelle Beyoncé tenait le premier rôle. La marque de cosmétiques avait été accusée d'avoir blanchi la peau de Queen B. Mais parallèlement à cela, aux Etats-Unis, on a assisté aussi à une autre « mode » adoptée par les stars cette fois et qui consistait à foncer leur peau. Ce fut le cas pour Christina Aguilera ou Jessica Simpson. Entre publicitaires qui veulent blanchir la peau des femmes et des femmes qui veulent adopter un teint plus foncé, tout ce qu'on retient c'est qu'il semblerait que sous les feux des projecteurs, être soi-même reste très compliqué.

À LIRE AUSSI : 12 citations motivantes du grand Michael Jordan

En tout cas, à son jeune âge, Khoudia Diop s'accepte pleinement et a l'intelligence et la sagesse de prôner un message fort pour toutes les femmes, pour qu'on cesse de les comparer, et pour qu'elles s'acceptent toutes, ensemble, telles qu'elles sont, sans excuses. Magnifique inspiration.

Tamara Argentin Rédactrice pour la rubrique "Icônes ». Journaliste rédactrice et Community Manager, l'écriture est ma passion. J'espère qu'à travers mes mots je saurai vous inspirer et vous permettre de vous élever.


http://femmedinfluence.fr/khoudia-diop-le-mannequin-qui-affole-la-toile/

AUDIO

Epouses africaines
  https://youtu.be/bbus9GJ3OxA Ces femmes qui refusent de participer au budget familial ...
Rentrée Scolaire :
  VOICI LE LIEN https://youtu.be/V7rGqslDhOA ...
La chronique de Pape
https://www.youtube.com/watch?v=fAvdWQuvIqc   https://www.youtube.com/watch?v=fAvdWQuvIqc ...
A nos sœurs et frères-Ne
  https://youtu.be/hrqEGnjyNMk Pensez aux images sui tournent sur les réseaux sociaux ; ...

Video galleries

logotwitterFacebook