Art & Culture

Afrique: le cinéaste et ethnologue Jean Rouch aurait eu 100 ans aujourd'hui

Il était né le 31 mai 1917 à Paris. Cinéaste et ethnologue français, ancien ingénieur des ponts et chaussées amoureux de l’Afrique, Jean Rouch a laissé derrière lui une œuvre-fleuve, plus de « 140 films qui s’enchaînent ». On commémore ce mercredi les cent ans de sa naissance.

Jean Rouch avait attrapé le virus de cinéma sur un chantier au Niger, dans les années 1940, en assistant à un rituel pour Dongo, le génie du tonnerre qui venait de foudroyer dix ouvriers. Avec une caméra légère, l’ingénieur - occidental et rationaliste - se met alors à parcourir l’Afrique dans tous les sens.

C'est le début d’une filmographie qui va chroniquer tous les changements survenus en Afrique de l’Ouest, de la colonisation aux Indépendances, et débusquer derrière l’histoire factuelle une mythologie vivante : rites de possession, magie et surnaturel, comme dansAu pays des mages noirs,Bataille sur le grand fleuve, ou encoreLes Maîtres fous, qui fait scandale en 1952.

Rendre le cinéma à ceux qu’on filme

Jean Rouch filme comme il respire, tourne avec les moyens du bord, entouré de ses copains, complices et co-réalisateurs Damouré, Lam et Tallou, que l’on retrouve dans Moi, un Noir, en 1958. Car pour Jean Rouch, faire du cinéma est d’abord et avant tout rendre le cinéma à ceux qu’on filme.

L'ethnologue et cinéaste français meurt finalement le 18 février 2004, des suites d’un accident de voiture dans ce pays qu’il adorait, le Niger, à l'âge de 86 ans. Il aura inspiré des centaines de cinéastes dans le monde, et surtout en Afrique. Ci-dessous, voici le témoignage de deux d'entre eux, recueilli par Radio France Internationale.

RFI

«I Am Not a Witch» de R. Nyoni: «Les camps de sorcières existent en Afrique»

Il fallait oser le faire, une comédie sur un camp de sorcières en Zambie, petit pays de 15 millions d’habitants en Afrique australe. Avec son premier long-métrage, la Zambienne Rungano Nyoni a charmé le public et les critiques au Festival de Cannes. Présenté dans la Quinzaine des réalisateurs, I Am Not a Witch (« Je ne suis pas une sorcière ») raconte l’histoire d’une fille de 9 ans, Shula, envoyée dans un camp de sorcières parce qu’on l’accuse d’en être une. Entretien avec sa réalisatrice.

RFI : Pourquoi était-il si important pour vous de raconter cette histoire,I Am Not a Witch ?

Rungano Nyoni :Il y a beaucoup de raisons à cela. Ce film réunit tous les thèmes dont je voulais parler : la question de la liberté, quel prix doit-on être prêt à payer pour être libre ? Je voulais aussi parler des choses que la société vous impose, mais dont des règles sont complètement absurdes.

Ces camps de sorcières existent-ils réellement ?

Oui, cela existe dans la vraie vie. Mon film est une exagération de ce qui se passe réellement. Donc, vous trouvez des choses réelles dans le film, d’autres sont agrandies. Ces camps de sorcières existent sous différentes formes dans différents pays en Afrique. Au Ghana se situe l’un des plus anciens camps de sorcières. C’est là que j’ai fait ma recherche. En Zambie, il y a un camp de sorcières informel.

Comment les gens sur place ont-ils réagi par rapport au tournage de votre film ?

Malheureusement, ils n’ont pas la chance de voir le film. Ils savent que je présente mon film à Cannes et que le sujet est sur la situation de ces femmes. Ils comprennent l’idée du film et que c’est une sorte de fable et pas un documentaire. Ce film est le résultat de mon imagination.

Le fait de ridiculiser ces camps de sorcières pourrait-il poser des problèmes ?

Je ne pense pas ridiculiser l’idée de ces camps de sorcières. Je n’ai rien contre les croyances des gens et il y a beaucoup de choses que je ne peux pas expliquer. Mais je suis complètement contre des choses qui sont dirigées contre une partie de la population au nom d’une race ou d’un sexe. C’est ça qui rend l’idée de camp de sorcières absurde : ce sont uniquement des femmes, qui sont accusées d'être des « sorcières » - surtout des femmes âgées. Je suis complètement contre cette pratique. De là, il n’y a pas de problème pour moi avec l'idée de me moquer de cette pratique, parce qu’il s’agit d’une pratique idiote et horrible.

Vous montrez dans votre film que beaucoup de choses sont impactées par l’existence de ce système de sorcières : la santé, l’économie, la justice, la politique, le tourisme… Pour le reste de la population, le système semble fonctionner. Alors, comment changer le système ?

L'une des choses que je voulais faire avec ce film, c'était parler d’un sujet grave, mais d’utiliser la forme de la comédie pour faire entrer les gens dans l’histoire. Pour cela, j’utilise aussi des absurdités. Mon film n’est pas un drame réaliste, mais les absurdités sont basées sur des choses réelles. J’essaie d’obtenir l’engagement du public d’une manière différente. Il y a des documentaires qui existent pour parler de la vraie vie de la sorcellerie. Dans une fiction, on peut manipuler le monde comme on veut, selon ses désirs. C’est une autre manière de parler du sujet. Comme je parle aujourd’hui avec vous ici à Cannes des camps de sorcières, dont beaucoup de gens ignoraient l’existence. Pour cela, il y a une certaine confusion : les choses sont-elles réelles ou pas ? Parce que c’est la première fois qu’on parle des camps de sorcières et pourtant ils existent depuis très longtemps. Donc, mon film est certainement une bonne chose.

Vous êtes née à Lusaka, en Zambie. Où avez-vous appris à faire du cinéma ?

Je suis zambienne, mais je suis partie au Pays de Galles à l’âge de 9 ans. C’est là où j’ai grandi. Je n’ai jamais appris le cinéma avec quelqu’un, je l’ai appris en autodidacte en faisant des films. Je suis aussi comédienne pour le théâtre. De là vient ma relation avec le cinéma. Sinon, j’ai appris le cinéma en regardant des films, en faisant des courts-métrages, des stages, et en allant à beaucoup de festivals.

Vous allez hors de Zambie pour y tourner des films sur la Zambie. Quelle est aujourd’hui la situation en Zambie pour un réalisateur ?

Je me rends régulièrement en Zambie, parfois deux fois par an. Aujourd’hui, je connais la situation sur place beaucoup mieux qu’à l’époque où je faisais mon court-métrage [Mwansa the Great, 2011, primé dans beaucoup de festivals, ndlr]. A l’époque, c’était très difficile de trouver l’équipement pour tourner le film. Aujourd’hui, c’est devenu beaucoup plus facile. Il y a une télévision qui produit des films, des fictions. Il y a une très petite industrie qui se développe. Il est très difficile de trouver des acteurs professionnels, donc j’étais obligée de tourner avec des amateurs. Nous n’avons pas une véritable école de cinéma, mais il y a une école fondée avec des fonds européens pour des jeunes en difficultés. Cela existe depuis deux ans. Sinon, les gens font comme moi, ils sortent et tournent des films.

Samedi 24 juin 2017 à Ivry-Sur–Seine-Conférence musicale : Kémi Bassene nous prolonge le greffage Islam-Russie-Afrique-question d'influence-avec la présence de Wassis DIOP

 

Samedi 24 juin 2017 à Ivry-Sur–Seine-Conférence musicale : Kémi Bassene nous prolonge le greffage Islam-Russie-Afrique-question d'influence-avec la présence de Wassis DIOP

Né à Dakar, Kemi Bassène est musicologue. Egalement artiste et photographe, son travail est actuellement visible à la Biennale de Dakar.

 Samedi 24 juin à 16h - Conférence musicale 2/2 par Kemi Bassène, accompagné de Wasis Diop, musicien.


Gratuit


Réservation indispensable : 01 49 60 25 06 /
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
www.credac.fr

M° ligne 7, Mairie d'Ivry / RER C, Ivry-sur-Seine

L'islam et la Russie, le spirituel et la résistance comme structures des musiques noires.
Conférence musicale par Kemi Bassène


À travers sa littérature (Tolstoï en particulier) et son idéologie socio-économique, la Russie a influencé les luttes d'indépendance en Afrique par une résistance non violente (avec Ahmadou Bamba au Sénégal et Gandhi en Afrique du Sud) puis par une lutte armée avec un intermédiaire désigné : Cuba. La musique grégorienne russe a également influencé la musique gouvernementale révolutionnaire cubaine qui a son tour retrouvera une nouvelle rythmique en Afrique.
L'islam a quant à lui infiltré l'Afrique noire dès le 8e siècle, a voyagé comme esthétique immatérielle avec la traite transatlantique et inspiré par sa puissance syllabique toutes les musiques noires américaines


Seconde conférence musicale le 24 juin à 16h accompagnée par Wasis Diop, musicien.
de 16h-18h
CREDAC 3 eme étage
25-29 RUE RASPAIL
94200 IVRY SUR SEINE réservation 0149602506


Son ordinateur posé sur la table, la grande veste noire dans un corps frêle, les cheveux, les chaussettes multicolores sous un pantalon replié, c'est Kémi BASSENE, un genre, un artiste assumé.


Il nous reçoit avec un bonjour agréable.


Chacun se dit mais qu'est-ce qu'il va nous dire, nous apprendre. Kemi se lance, il nous dit que sa conférence est musicale et il va parler du greffage musical ; c'est quoi ?
C'est-à-dire qu'il va tenter de montrer et démontrer l'influence de la culture russe dans divers domaines en Afrique surtout dans la musique. Pour nouer des relations entre l'URSS et l'Afrique, les communistes sont passés par la médiation de CUBA avec Fidel Castro qui a passé la main à Ché JEWARA qui est lui est descendu jusqu'en GUINEE.


Beaucoup de pays africains avaient pris le tournant révolutionnaire pour accéder à la liberté, à l'indépendance, ils ont voulu la décolonisation en choisissant aussi des partenaires forts puissants comme les communistes.
Beaucoup de figures ont été marquées par cette influence, Ghandi en Afrique du Sud, Cheikh Amadou Bamba au Sénégal, Nasser en Egypte. Un auteur comme Tolstoï y est pour quelque chose.


L'Egypte, le Mozambique, le Congo, la Guinée Conakry, le Ghana, le Cap vert, le Mali, le Sénégal, etc, tous ont adopté l'idéologie communiste et ont intégré les sonorités russes dans leur musique. Il suffira d'écouter Franco et ces rythmes cubains-africains et russes.
Fella, Ndiaga Mbaye etc, on pourra ajouter les Amazones ainsi que le Bembeya jazz national qui ont su intégrer une rythmique révolutionnaire.
Des musiciens fonctionnaires qui font de la musique révolutionnaire pour accompagner l'idéologie politique en vigueur.
Kemi nous invite à visiter les relations entre la musique et l'islam ou le disco.


Aux USA dans les années 1975 le disco était perçu par les chrétiens comme le diable qui adoucit les cœurs et désoriente la foi (fornication), donc les fidèles invitaient les coreligionnaires à se retrouver au stade avec leurs disques pour les brûler.
Pour les croyants la musique est sexuée, elle est même femme et c'est pourquoi beaucoup ( islam et catholiques intégristes) refuse la musique.


En Mauritanie les hommes pouvaient faire de la musique mais dans les arrières cours.


Les immigrés turcs pour passer du bon temps devaient se mettre dans la peau de femme pour se défouler.


La musique sénégalaise à travers le rapp, mais surtout les anciens musiciens comme Ndiaga MBAYE ont avec l'instrument le xalam su introduire des sonorités étrangères et chanté la résistance « Gnani gbagne na, nieti abdou, etc ».
Kemi nous apprend même que le mot musique n'est pas défini dans les langues africaines pour la nommer les gens passent par l'instrument ( le xalam, le tabal, le riti, etc).
Kemi en sa qualité de chercheur s'est posé la question de la musique pure ou la musique halal, il réfléchit sur les langues comme support de culture et de musique quand on sait que l'Afrique n'a su garder que 1500 langues sur 5000 qui existaient avant.
Il nous a parlé des khassaïdes, de la musique high life de ces femmes qui chantent à présent et qui sont tolérées au Sénégal. Le Baay fall grand chanteur qui chante tout le temps des khassaïdes pour faire louange au chef spirituel

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La seconde partie de ce cycle de conférences sera le samedi 24 juin 2017 à Ivry sur Seine de 16hà 18H.


Il y aura la présence du grand musicien WASSIS DIOP, il faudra y aller non seulement pour soutenir ce chercheur qui nous montre le non visible ou qui nous initie à mieux écouter pour retrouver les influences si lointaines des sonorités africaines.

Conférence musicale originale par Kemi Bassene franco-sénégalais-L’islam et la Russie, le spirituel et la résistance comme structures des musiques noires et portrait

samedi 20 mai 2017  c'est gratuit et c'est un sujedt original  ....

Conférence musicale originale par Kemi Bassene


L'islam et la Russie, le spirituel et la résistance comme structure à suivre des musiques noires et portrait


À travers sa littérature (Tolstoï en particulier) et son idéologie socio-économique, la Russie a influencé les luttes d'indépendance en Afrique par une résistance non violente (avec Ahmadou Bamba au Sénégal et Gandhi en Afrique du Sud) puis par une lutte armée avec un intermédiaire désigné : Cuba. La musique grégorienne russe a également influencé la musique gouvernementale révolutionnaire cubaine qui a son tour retrouvera une nouvelle rythmique en Afrique. L'islam a quant à lui infiltré l'Afrique noire dès le 8e siècle, a voyagé comme esthétique immatérielle avec la traite transatlantique et inspiré par sa puissance syllabique toutes les musiques noires américaines.


Seconde conférence musicale le 24 juin à 16h accompagnée par Wasis Diop, musicien.


Conférence gratuite le Samedi 20 mai 2017

de 16h-18h
CREDAC 3 eme étage
25-29 RUE RASPAIL
94200 IVRY SUR SEINE réservation 0149602506

Les racines musulmanes de la Russie
Olivier Tallès,


CHEZ LES PETITS PEUPLES DE RUSSIE (3/5) Avec près de 20 millions de fidèles, la Russie est le premier pays musulman d'Europe.
Les Tatars aiment le rappeler aux étrangers : sur les bords de la Volga, l'islam ne s'est pas imposé par le sabre mais par le travail de missionnaires qui ont pénétré le territoire de l'actuel Russie dès la fin du VIIe siècle. Avant la christianisation des Russes à la fin du Xe siècle, les Bulgares de la Volga embrassent la religion du prophète en 922. Un choix qui sera renforcé trois siècles plus tard par la conversion à l'islam des conquérants mongols de la Horde d'or.
Aujourd'hui, la Russie compte entre 15 et 20 millions de musulmans dispersés dans le Caucase du Nord, le long de la Volga et de l'Oural. Reconnu comme « religion traditionnelle », l'islam occupe la deuxième place après le christianisme orthodoxe. Moscou qui revendique une relation privilégiée avec le monde arabe a obtenu le statut de membre observateur au sein de l'Organisation de la coopération islamique.


Les trois tendances de l'islam de Russie


Le renouveau des années 1990 a fait émerger trois grandes tendances chez les musulmans de Russie. L'islam des aïeux d'abord. Populaire et rural, représenté par les confréries soufies au Caucase du Nord, il se rencontre surtout chez les personnes âgées. Les « modernistes » ensuite. « Ils sont souvent issus de ce courant. Plutôt urbains, ils privilégient le modèle laïc », observe Xavier Le Torrivellec, chercheur associé à l'École des hautes études en sciences sociales.
Ces deux tendances entrent en concurrence avec un islam urbain, plus identitaire et parfois radical, dans lequel on peut retrouver l'influence wahhabite. Les salafistes attirent notamment les jeunes déboussolés du Caucase du Nord. Seize ans après la fin officielle de la deuxième guerre de Tchétchénie, des combattants islamistes radicaux continuent d'attaquer les confréries soufies, de harceler les forces de l'ordre, voire de poser des bombes.
Olivier Tallès


http://www.la-croix.com/Monde/Les-racines-musulmanes-Russie-2016-08-03-1200779831
Kemi Bassene, l'art décolonisé


Par Sabine Cessou RFI


L'artiste Kemi Bassene se propose de décoloniser en décloisonnant tout, aussi bien les disciplines que les expériences. ©KemiBassene
Artiste photographe, commissaire et critique d'art basé à Paris, Kemi Bassene, 44 ans, n'est pas seulement le petit-fils de Mama Casset, précurseur de la photographie au Sénégal. Il se propose de décoloniser en décloisonnant tout, aussi bien les disciplines que les expériences. Voilà pourquoi il va représenter l'Inde, lors d'un événement artistique qui se déroulera en octobre en Corée du Sud.


Habillé de noir, il n'est pas seulement Parisien. Avec son bonnet diola, il n'est pas strictement Casamançais. Ses trois prénoms déclinent une façon multiple d'être Sénégalais : l'un musulman, Mouhamadou, lui vient du versant wolof et saint-louisien de sa famille maternelle. L'autre chrétien, Alain, lui a été donné par son père, un Diola. Le troisième, casamançais, Eukemi – transformé en Kemi – l'ancre dans une culture et un territoire.
Son principal héritage n'en est pas moins celui de son grand-père maternel, Mama Casset, qui l'a élevé à Dakar. Photographe, comme les Maliens Malick Sidibé et Seydou Keïta, plus connus que lui par la suite, son studio de la Médina ayant brûlé en 1978, Mama Casset, auquel la Revue noire a consacré un ouvrage en 1994, était aussi un militaire, expert en cartographie aérienne.


« Il m'a mis à la photo vers l'âge de 6 ans, à un régime militaire à 7 ans, m'a initié au maniement des armes vers 10 ans et m'a confié des responsabilités avant cet âge, comme l'argent pour les fournitures du studio. Je prenais les photos d'identité de nos clients. Il m'offrait chaque année soit un appareil photo, soit un perroquet, qu'il allait acheter au marché Kermel. »


Kemi Bassene, qui fait aussi de la musique, partage les passions de sa grand-mère – couture et cuisine. Après le lycée « Van Vo » à Dakar, il pense monter une entreprise culturelle qui regrouperait toutes ces disciplines. Il passe une licence de droit à Evreux, étudie l'art et la politique à Newark, dans le New Jersey, puis fait une école de commerce à Rouen, s'inscrit en musicologie et à l'école de jazz Arpège à Paris. Il alterne les métiers, chef de rayon, théâtre, compositeur, et travaille dix ans pour le ministère de l'Agriculture sur des logiciels pointus de cartographie, avant de rencontrer Bruno Le Maire. Cet homme politique de droite, nommé ministre de l'Agriculture en 2009, l'emploie comme assistant pendant deux ans.


Tracer non pas sa route, mais son carrefour


Intéressé par les « intersections culturelles et architecturales », il pratique tout en même temps. Pense photo quand il écrit et littérature lorsqu'il sculpte. « J'ai une volonté farouche de tout décloisonner moi-même, sans nier une harmonie compatible avec cette grande communauté de gens culturellement soumis à laquelle j'appartiens. Mais je refuse ce retard qu'on prête à l'Africain et que lui-même entretient, se négligeant au point de suivre les chemins qu'on lui trace. »


La pièce qu'il a présentée lors de la dernière Biennale des arts de Dakar était intitulée « Intersectionnalité ». Sous forme d'une table servant d'échiquier, il a voulu mesurer la distance parcourue depuis l'invention de ce jeu en Inde. Sa reine n'est autre que Victoria, le roi un ordinateur et le fou, un éléphant... « Comment tordre le cou à cette idée du choc des civilisations ?, questionne-t-il. Le monde ne se présente pas en rangs serrés de civilisations qui se côtoient. Les choses ne se sont jamais passées comme ça : il y a toujours eu des carrefours où les populations se sont mélangées, croisées, regardées ».


En Corée du Sud, il installera en octobre une mosquée dans les airs, une œuvre intitulée Suspended Place : « Dans les limbes de la connaissance, portes closes, la mosquée ne touche pas le sol, déconnectée de ses fidèles. Je réfléchis sur l'espace actuel de l'islam, à la fois digitalisé, rêvé, physique et territorial - impliquant un long et coûteux voyage... » Cette œuvre sera exposée à Séoul dans le cadre d'une rencontre annuelle de l'Asian Arts Space Network, un réseau dans lequel il représente... l'Inde, au nom d'un collectif auquel il participe.


Le versant africain de l'Inde


Sa rencontre avec l'un des co-fondateurs de la Clark House Initiative à Bombay a marqué une bifurcation essentielle dans sa vie. Il est sur la même longueur d'onde que cette plate-forme curatoriale indienne, qui l'invite à réfléchir à la « décolonisation de l'art contemporain ». Il y monte sa première exposition solo en 2013, intitulée Nine – une série de neuf portraits rouges comme la lumière d'une chambre noire, évoquant l'exil et la psychologie du migrant.
Il compare l'Inde et l'Afrique à l'infini. « L'Inde s'oublie comme colonie, elle ne cultive pas cette mémoire. L'Afrique, au contraire, l'entretient. Gandhi, qui a découvert son esprit de lutte en Afrique du Sud, sans être l'ami des Africains, a réussi à construire un Etat-nation. Mais l'Inde dravidienne (non blanche) des Intouchables n'y a jamais eu sa place. Elle s'est inspirée des luttes africaines pour s'ériger contre la domination blanche et hindouiste. L'Inde a toujours été la terre du million de religions, la plus aboutie étant le bouddhisme, qui rappelle l'Afrique du bois sacré dans ses préceptes, ses principes ».


Mobile et insaisissable, grave et drôle, léger et érudit, Kemi Bassene est aussi global et sahélien. Il ne se réfère pas au passé et ne conserve pas d'archives. « Le passé, pour moi, est fini. J'ai dit passé, et non histoire », souligne-t-il. L'histoire, il passe de longs moments à la méditer, pour en tirer ses propres conclusions. « On peut tout déléguer, sauf ses propres responsabilités, dit-il. La critique de cet impérialisme dans lequel l'Afrique de l'Ouest se complaît viendra forcément de l'intérieur. Quand on regarde bien, même la valeur de l'art fonctionne comme le franc CFA. Elle reste fixée à l'extérieur... » Admirateur du philosophe français Jacques Derrida, il se revendique comme lui « ouvert et libre ». Mais sa grande référence reste Alioune Diop, fondateur de la revue Présence africaine, qu'il décrit comme « le premier Africain à vouloir fédérer les pensées des peuples soumis dans une dimension culturelle, voire artistique ».


http://www.rfi.fr/hebdo/20170217-portrait-kemi-bassene-art-photographie-sculpture-litterature-pensee

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Epouses africaines
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