Art & Culture

«Paris-Cotonou-Paris»: Dominique Zinkpé fait rayonner les artistes béninois

Les artistes béninois percent cette année un peu partout : à la foire « Art Paris » en passant par la grande exposition « Afriques Capitales » à La Villette, jusqu’au Parcours des Mondes et à la foire d’art contemporain africaine Akaa. Et Dominique Zinkpé y est pour beaucoup. Cet artiste contemporain béninois de 48 ans expose dans le monde entier, mais vit et travaille toujours au Bénin. Il y a deux ans, il a pris la direction du Centre Arts et Cultures de Lobozounpka, à Cotonou. Créé en 2014 par l’initiative du galeriste parisien Robert Vallois, le Centre est financé à hauteur de 200 000 euros par an par le Collectif des antiquaires de Saint-Germain-des-Près. Avec ses résidences artistiques et ses 20 000 visiteurs annuels, l’institution a réussi à contribuer au rayonnement de l’art contemporain béninois. Entretien avec Dominique Zinkpé à l’occasion du lancement de la saison « Paris-Cotonou-Paris » à la galerie Vallois.

RFI : Quelle est pour vous la plus grande réussite du Centre Arts et Cultures de Lobozounpka, à Cotonou, jusqu’ici ?

RFI : Quelle est pour vous la plus grande réussite du Centre Arts et Cultures de Lobozounpka, à Cotonou, jusqu’ici ?

Dominique Zinkpé : C’est de montrer au Bénin beaucoup d’artistes plasticiens béninois, mais aussi européens. Mais le plus formidable est de réussir à montrer le travail des artistes plasticiens béninois aussi assez souvent en France. Aujourd’hui, il y a plus de 20 artistes qui ont accès à une grande galerie et aussi aux foires d’art. Donc le Centre a permis la circulation de l’art contemporain béninois – peut-être pas dans le monde entier – mais à Paris, un peu à New York, à Cuba… On est très content de cela.

Avec votre Centre, mais aussi avec la création de la Fondation Zinsou à Cotonou et l’existence d’artistes contemporains béninois sur le marché de l’art, peut-on dire que le Bénin s’est imposé sur la carte mondiale de l’art contemporain ?

Absolument, parce qu’on a eu la chance d’avoir au même moment beaucoup d’énergies : la Fondation Zinsou fait de très bonnes et très professionnelles expositions. Notre centre réussit à emmener jusqu’à dix artistes par an pour les présenter dans les foires d’art. Donc il y a un regard et le Bénin est mis en lumière. Actuellement, il y a une attention particulière sur la création contemporaine béninoise et les artistes en profitent. Leurs créations sont de plus en plus nobles et intelligentes, parce qu’il y a des opportunités et un regard porté sur leur travail. C’est formidable.

Qu’est-ce que relient des artistes comme le Sud-Africain Bruce Clark, les Béninois Kifuli Dossou et Stéphane Vlavonou alias Psychoffi ou la Française Daphné Bitchatch pour être invité en résidence au centre ? 


Nous partageons la même passion. Nous avons quelque chose en commun qui est déjà l’expression, réussir à dire, à montrer et surtout à partager ses pensées. Ce sont tous des artistes qui ont quelque chose à dire et peut-être aussi des fois des choses à revendiquer, à remarquer, à dénoncer. Derrière la création, il y a un propos, une conviction et un engagement. Ce n’est pas pour se faire plaisir en tant que peintre ou sculpteur avec des natures mortes ou des scènes de la vie quotidienne. Ces artistes font des recherches pour questionner le monde dans lequel nous vivons actuellement. C’est ça que nous avons en commun.

« Elégante » (2016), œuvre de l’artiste béninois Gérard Quenum, exposée dans « Paris-Cotonou-Paris », à la Galerie Vallois.

Siegfried Forster / RFI

On connaît vos créations, vos voitures remplies de choses et de sens, le Taxi Taf-Taf exposé aux biennales… Avec la direction du Centre, avez-vous le sentiment de mettre à disposition un taxi collectif pour l’art contemporain entre le Bénin et la France ?

Oui, parce que c’est une sorte de conviction. Même si je fais mes créations personnelles, le fait de travailler au Centre est pour moi aussi une création. Je suis tellement heureux de voir réussir des artistes et de pouvoir organiser la sortie d’artistes béninois ailleurs ou d’accompagner des jeunes artistes pour améliorer leur création. C’est aussi une forme de création. Pour moi, il est important que l’art plastique évolue dans ma région, mon pays.

Votre centre pluridisciplinaire accueille l’art plastique, mais aussi la musique, la danse, le théâtre, le cinéma... Le Béninois Sylvestre Amoussou vient de remporter l’Étalon d’argent de Yennenga au Festival panafricain de cinéma (Fespaco) au Burkina Faso. Comment interagissent ces arts dans votre Centre ?

Le Centre est une plateforme pour accueillir différents projets. Je suis très heureux pour Sylvestre Amoussou. Il a tourné son film L’Orage africain, un continent sous influence en grande partie au Centre. Quant au mélange des arts, ce sont tous des artistes avec presque les mêmes envies, chacun dans son domaine : développer l’Afrique. Les penseurs, les créateurs essaient au quotidien de faire grandir l’Afrique, de donner une fierté à l’Afrique. C’est cela qui nous réunit.

« Soupirs » (détail) (2006), œuvre de l’artiste française Daphné Bitchatch, exposée dans « Paris-Cotonou-Paris », à la Galerie Vallois.

Siegfried Forster / RFI

Le problème du cinéma en Afrique est souvent l’absence de salles. Pour l’art contemporain, c’est souvent le manque de collectionneurs, de galeries, de musées et de marché de l’art. Où on est aujourd’hui au Bénin ?


Cela commence à peine à se développer. Cela balbutie un peu, mais pour le moment, les collectionneurs ne comptent pas encore à [vraiment] acquérir nos œuvres. Mais aujourd’hui, ils sont curieux, [ils réfléchissent à] acheter des Dominique Zinkpé, des Charly D’almeida, des Tchif, des Romuald Hazoumé…, parce qu’ils sont tous présentés dans des grandes galeries en Europe. Il y a un intérêt immédiat. Ce qui est juste dommage : on n’a pas une galerie digne de ce nom, mais il y a aujourd’hui des collectionneurs qui vont acheter les artistes directement dans leur studio, chez eux. On travaille pour avoir une galerie noble. Je suis un artiste béninois international, il y a des gens qui viennent chez moi et qui m’achètent des œuvres, qui me payent cash ou qui me font un virement. Il y a quelques années, cela n’existe pas. Et ça, c’est fabuleux.

La programmation à la galerie Vallois est intitulée Paris-Cotonou-Paris. Est-ce vraiment un échange artistique ou plutôt en sens unique ?

La présence des artistes béninois dans les foires, les galeries, les musées en Europe commence tout doucement à se renforcer. C’est vrai, ce n’est qu’un début, mais depuis trois ans, toutes les choses qu’on a faites et aussi nos ventes, ça monte. Même dans les ventes aux enchères, les artistes béninois commencent à être remarqués.

Une œuvre de Dominique Zinkpé devant le Centre Arts et Cultures de Lobozounpka à Cotonou.

Galerie Vallois

Le site du Centre Arts et Cultures de Lobozounpka, à Cotonou, au Bénin.
Paris-Cotonou-Paris, une année sous le signe du Bénin, exposition à la Galerie Vallois, Paris, jusqu’au 31 mars.
Art Paris, foire internationale d’art, du 30 mars au 2 avril au Grand Palais, Paris.
Afriques Capitales, du 29 mars au 28 mai à La Villette, Paris.

RFI

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Khoudia Diop, la peau noire démontre est différente mais aussi belle ; son esthétique affole la toile

 

Dans un contexte international où les normes esthétiques s'uniformisent de plus en plus, Khoudia Diop incarne une autre vision de la beauté

Si sa carnation intensément noire fût l'objet de railleries par le passé, aujourd'hui c'est cette spécificité qui rend Khoudia Diop si singulière et envoûtante. La jeune femme, surnommée « déesse de la mélanine » (en référence à ce pigment fabriqué par les cellules de la peau et à laquelle il donne sa coloration plus ou moins foncée), a été repérée il y a quelques temps lors de sa participation à une campagne baptisée "The Colored Girl Project", visant à célébrer la beauté des femmes noires. Le jeune mannequin vit désormais entre Paris et New York, fort de son succès naissant. En effet, depuis l'ouverture de son compte Instagram il y a à peine sept semaines, melaniin.goddess compte déjà plus de 217 000 abonnés.

Khoudia Diop fait désormais partie de ces personnes qui prennent le contre-pied de la tendance actuelle -qui tend vers l'uniformisation des apparences- en faisant valoir leurs différences, leurs originalités qui les définissent comme des êtres humains uniques. En arrivant à transformer sa singularité autrefois moquée, en une force certaine, Khoudia Diop, porte-étendard de la diversité, devient un modèle pour toutes les femmes, qui n'ont plus qu'à assumer leur différence pour en faire une qualité !

Khoudia Diop : Le mannequin qui affole la Toile avec sa MAGNIFIQUE peau noire


Depuis quelques semaines, une jeune française d'origine sénégalaise fait sensation sur le web. Tu en as peut-être entendu parler. Son nom ? Khoudia Diop. Sa particularité ? Une magnifique peau noire qui n'est pas sans rappeler celle d'Alek Wek, le top britannique d'origine sud-soudanaise, dont la carrière a été lancée en 1997. Entre Paris et New-York, voici 3 raisons pour lesquelles Khoudia Diop fait autant parler d'elle.

1. Elle est magnifique et porte un message puissant

Teint foncé et uniforme, sourire ultra brite. Celle qui s'auto-proclame « déesse de la mélanine » a dépassé les jugements négatifs que certains ont pu porter à son encontre et décide de se lancer dans le mannequinat pour représenter les beautés noires comme elle.
« Au cours de mon enfance, j'ai été confrontée à des gens qui me harcelaient. Quand j'ai pris de l'âge, j'ai appris à m'aimer davantage chaque jour et à ne pas prêter attention aux personnes négatives. »
« Le message que j'ai pour mes sœurs est que peu importe à quoi tu ressembles, l'important est de se sentir belle à l'intérieur. »
Khoudia Diop s'accepte pleinement et aimerait que les autres femmes arrivent toutes à avoir confiance en elle. Mais le chemin est encore long. Les femmes noires, en particulier celles au teint foncé ne sont pas autant représentées que les autres.
— J'adore @thick_east_african_girl merci encore !
2. Elle est une représentation de la diversité des femmes noires
Au-delà d'un buzz, si on parle autant de Khoudia Diop, c'est parce qu'elle fait exception et que donc la représentation des femmes noires dans toute leur diversité n'est pas acquise. Pire, elle est rendue difficile à cause du racisme. De Diandra Forrest à Khoudia Diop, en passant par Winnie Harlow, les choses avancent. La marque française Louboutin a récemment étendu la gamme de teintes pour sa collection Nude, passant de 5 à 7 teintes de peau et offrant ainsi la possibilité aux femmes foncées de porter les célèbres chaussures à la semelle rouge.
— Des jambes plus longues ? Oui, s'il-vous-plaît. Commandez les teintes nude (lien dans notre bio)
Dans cette même idée, « The Colored Girl Project » a vu le jour avec pour but de célébrer toutes les femmes noires. Khoudia Diop y a participé justement. C'est d'ailleurs ce projet qui l'a révélée sur la Toile.
— Elle incarne la Nature, vous pouvez ressentir Gaia en plongeant dans son regard, vous pouvez voir la terre dans sa teinte.

3. Elle participe à briser les diktats de la mode


Les publicités, films, etc. devraient être un reflet de la société. Comme tu le sais, ce n'est pas le cas. Ce manque de représentativité fait penser à une frange de la population qu'elle n'existe pas. Un type de beauté noire est sur-représentée, celui des femmes au teint clair. Dans la mode, c'est un peu différent mais si des initiatives telles que la Black Fashion Week d'Adama Paris ont vu le jour pour pallier ce manque, c'est que le chemin est encore long. Des voix s'élèvent également. Des voix très influentes telles que celle de Lupita Nyongo, en particulier lors de son célèbre discours célébrant la beauté noire. A son échelle, Khoudia Diop participe à cette prise de parole nécessaire.
« [Je fais ce métier] parce que j'ai la peau noire et riche en mélanine et aussi parce que je veux inspirer les jeunes filles et leur dire qu'elles sont toutes des déesses à l'intérieur et d'apparence. »

En quelques décennies, des actions positives et solidaires ont vu le jour pour que toutes les femmes, quelle que soit leur couleur de peau ou la texture de leurs cheveux, puissent être représentées dans la mode, le cinéma, la télévision, la publicité. Malheureusement, il subsiste des initiatives racistes pour convaincre la gent féminine qu'elle doit se conformer à un type de femme. Si elles ne correspondent pas au modèle imposé, alors cela voudra dire qu'elles ne sont pas belles, n'ont pas de valeur. Peut-être que tu te souviens du scandale qui a éclaté en 2008 autour d'une campagne L'Oréal dans laquelle Beyoncé tenait le premier rôle. La marque de cosmétiques avait été accusée d'avoir blanchi la peau de Queen B. Mais parallèlement à cela, aux Etats-Unis, on a assisté aussi à une autre « mode » adoptée par les stars cette fois et qui consistait à foncer leur peau. Ce fut le cas pour Christina Aguilera ou Jessica Simpson. Entre publicitaires qui veulent blanchir la peau des femmes et des femmes qui veulent adopter un teint plus foncé, tout ce qu'on retient c'est qu'il semblerait que sous les feux des projecteurs, être soi-même reste très compliqué.

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En tout cas, à son jeune âge, Khoudia Diop s'accepte pleinement et a l'intelligence et la sagesse de prôner un message fort pour toutes les femmes, pour qu'on cesse de les comparer, et pour qu'elles s'acceptent toutes, ensemble, telles qu'elles sont, sans excuses. Magnifique inspiration.

Tamara Argentin Rédactrice pour la rubrique "Icônes ». Journaliste rédactrice et Community Manager, l'écriture est ma passion. J'espère qu'à travers mes mots je saurai vous inspirer et vous permettre de vous élever.


http://femmedinfluence.fr/khoudia-diop-le-mannequin-qui-affole-la-toile/

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"Les Figures de l'ombre", l'histoire vraie de mathématiciennes noires de la Nasa,

 

"Les Figures de l'ombre", l'histoire vraie de mathématiciennes noires de la Nasa, 

Ce film nous permet de comprendre le racisme et la ségrégation y compris à l'Université aux USA. P B Cissoko

Katherine Johnson Dorothy Vaughan Mary Jackson


Nommés à trois reprises aux Oscars, "Les Figures de l'ombre" sort ce mercredi dans les cinémas français. Twentieth Century Fox France

 

Nommé aux Oscars le mois dernier, le biopic de Theodore Melfi sort ce mercredi 8 mars sur les écrans français. "Les Figures de l'ombre" met en lumière l'histoire méconnue, mais authentique, de trois mathématiciennes afro-américaines qui ont joué un rôle essentiel dans la conquête spatiale à l'aube des années 60.


Katherine Johnson, Dorothy Vaughan et Mary Jackson sont sorties de l'anonymat cinquante ans après leur exploit, grâce au film "Les Figures de l'ombre".
Au début des années 60, les États-Unis sont en pleine guerre froide et en retard sur les Russes au niveau de la conquête spatiale.

En février 1962, John Gleen devient le premier Américain à effectuer un vol orbital autour de la Terre, dix mois après le Soviétique Youri Gagarine.


Une prouesse technique qui n'aurait pas été possible sans l'aide de Katherine Johnson et ses collègues Dorothy Vaughan et Mary Jackson. Génies des maths, ces trois Afro-américaines, dont les capacités sont sous-exploitées, travaillent au sein d'un groupe de calculatrices humaines au centre de recherche de Langley en Virginie.
La première est appelée directement à rejoindre le groupe de travail sur l'espace, en charge de la gestion des vols spatiaux habités. Première femme afro-américaine à travailler au sein de cette équipe, elle est complètement ignorée par ses collègues masculins et blancs.
Dorothy Vaughan, qui se bat elle pour que son statut de superviseure d'équipe soit officiellement reconnu, se démarque en apprenant, seule, à se servir de l'ordinateur IBM 7090, là où les techniciens ont échoué.


Quant à Mary Jackson, qui rêve de devenir ingénieure, elle obtient d'un juge le droit de suivre des cours du soir dans une école exclusivement réservée aux blancs.
Un casting hollywoodien


Basé sur l'ouvrage "Hidden Figures" de Margot Lee Shetterly, à partir d'entretiens, de recherches approfondies et d'archives, le long-métrage réunit un beau casting.
Taraji P. Henson, héroïne de la série télévisée "Empire", a décroché le premier-rôle, celui de Katherine Johnson. Octavia Spencer ("La Couleur des sentiments") incarne son amie Dorothy Vaughan. Un rôle qui lui a valu de décrocher une nomination aux Oscars en février dernier. Kevin Costner, Kirsten Dunst et Jim Parsons de "The Big Bang Theory" participent également au film.


A noter que "Les Figures de l'ombre" possède deux points communs avec "Moonlight", Oscar 2017 du meilleur film : les acteurs Janelle Monae et Mahershala Ali. Ils incarnent respectivement Mary Jackson et Jim Johnson, un militaire américain qui rencontre Katherine Johnson lors d'une fête familiale.
Le long-métrage compte également au générique la présence de l'artiste Pharrell Williams, producteur qui a également supervisé la musique du film.
Depuis sa sortie le 6 janvier dans les salles nord-américaines, "Les Figures de l'ombre" affiche un beau succès au box-office. Le biopic a remporté 193,6M$ à travers le monde, dont 158,7M aux Etats-Unis.


Pour regarder sa bande-annonce : Youtu.be/YhOI3idTasA


http://www.leparisien.fr/laparisienne/societe/culture/les-figures-de-l-ombre-l-histoire-vraie-de-mathematiciennes-de-la-nasa-arrive-en-france-06-03-2017-6737106.php

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Fespaco: à la recherche de l’homme moderne dans le cinéma africain

Dans les films africains du Fespaco, l’image de l’homme est souvent dévastatrice. Son royaume est la violence et le viol est partout. Presque la moitié des films en lice pour l’Étalon d’or qui sera décerné ce samedi 4 mars au plus grand festival de cinéma africain, place la violence sexuelle plus ou moins au centre du récit. Sans parler de la cruauté qui peuple deux tiers des longs métrages dans la catégorie phare. Des actes de barbarie commis exclusivement par le genre masculin. À la recherche de l’homme moderne, du monstre psychopathe de « A Mile In My Shoes » de Saïd Khallaf, jusqu’à Tabu, l’amant de « Félicité » d’Alain Gomis.

de notre envoyé spécial,

Dans les films du Fespaco, définir un homme semble souvent simple. Au choix : il drague des filles, conduit une grosse cylindrée, se drogue, fait du commerce illicite, abuse des prostituées, torture les hommes, viole les femmes, bref : il a du mal à contrôler ses pulsions et son penchant pour la barbarie… Et il croit surtout à la justice par balle, incapable de trouver un mode d'action plus moderne ou civilisé.

Les hommes et la violence

Ainsi la logique des jeunes réalisateurs ivoiriens d’Innocent malgré tout devient presque naturelle. Pour eux, il était nécessaire d’abasourdir les spectateurs avec des scènes de tortures ininterrompues où l’on regarde avec effroi pendant une demi-heure comment des sbires se déchaînent au commissariat contre un innocent. « Tout le monde sait que ces choses existent dans le monde et personne n’ose en parler. Le monde d’aujourd’hui est devenu trop violent. Et les hommes sont en majorité à la base de ce genre de choses. C’est important pour nous de montrer ce point-là », explique Jean De Dieu Kouamé Konan. Et son coréalisateur Samuel Codjovi rajoute : « C’est la mentalité actuelle. C’est l’éducation. On nous a éduqués beaucoup dans cette violence. Moi, je crois qu’il y a quand même des solutions. Il y a des hommes qui sont contre la violence. On peut changer le monde, par exemple à travers des films. C’est pour cela qu’on montre la violence. »

Des hommes en régression

La violence à l’écran comme antidote de la violence dans la vie ? Dans les films en lice, on rencontre surtout des hommes en régression, mous ou violents. Dans le fascinant portrait du monstre psychopathe d’A Mile In My Shoes, le Marocain Saïd Khallaf esquisse un homme abusé qui n’a jamais pu terminer son enfance. Dans Thom du réalisateur burkinabè Tahirou Tasséré Ouedraogo, l’« émancipation » du père millionnaire et du fils à papa se limite à se disputer la même femme, Jones, une prostituée de luxe endettée qui n’arrive pas à sortir du milieu. Dans Aicha du Tanzanien Chande Omar, une femme mariée partie en ville est victime d’un viol collectif lors d’une visite dans son village natal. Un crime organisé par un ami d’enfance sanguin et narcissique pour se « venger » d’avoir pris un râteau. Du coup, le mari, pharmacien et normalement urbain éclairé, retombe aussi dans un réflexe ancestral. Sa première réaction face à sa femme défigurée ? Renvoyer la faute sur son épouse et la quitter.

Le père et la pierre

Kinfe Banbu met en scène le père d’une fille violée qui tombe aveuglement dans la violence contre les trois violeurs présumés de sa fille Fré : un stylo dans l’œil, des os et l’appareil génital cassés par une barre de fer, une tête éclatée par une pierre. Est-ce vraiment nécessaire de traduire cette violence au premier degré à l’écran ? Le réalisateur éthiopien se sent en phase avec son public et réconforté par les réactions des spectateurs au Fespaco. Ces derniers ont applaudi chaque explosion de violence, comme l’expression d’une justice véritable : « En Éthiopie, on entend tout le temps parler de viols collectifs dans les médias. C’est la raison pour laquelle je voulais faire ce film. Il y a une situation très difficile dans notre pays et il n’existe pas de lois justes. »

Dans L’Interprète, la femme agit, les hommes réagissent. La gent masculine s’apparente à des êtres manipulables tournant autour des femmes. Comment voit le réalisateur ivoirien Olivier Meliche Kone le rôle de l’homme dans notre époque actuelle ? « En général, les hommes sont forts et la femme dominée, mais dans ce film, on a voulu montrer une autre facette de l’homme. Dans le couple, c’est le mari David qui a tous les soucis. Malgré tout, il fait profil bas pour donner une sensation de couple. On a vraiment essayé que les clichés tombent. »

« Nous, les hommes, on n’est rien »

Le réalisateur tunisien Mohamed Zran pousse la réflexion encore plus loin. Dans Lilia, une fille tunisienne, il dessine le portrait du corps, des gestes et des mouvements d’une femme moderne en Tunisie, entre Madame Bovary et Camille Claudel. Reste à savoir comment définir le rôle de l’homme pour que toute cette société tunisienne puisse être libre. « Pour être un homme libre et moderne, il faut tout d’abord être une femme libre, sourit Mohamed Zran. Il faut la femme. La femme est fondatrice de tout. Nous, les hommes, on n’est rien. Nous sommes des enfants d’une femme. Donc, la femme est la clé d’une société moderne. »

Comment trouver sa place dans la société ?

L’Algérien Sidali Fattar nous raconte dans Les Tourments l’histoire d’un père en retraite qui a trois fils et une fille : un repenti revenu du maquis, un immigré clandestin en Norvège, le troisième, licencié, se trouve au chômage. Et la fille est liée avec un homme corrompu et cynique. Une panoplie de problèmes pour interpeller la société algérienne après les années noires et poser la question clé : comment trouver sa place dans l’Algérie d’aujourd’hui ? Parmi les fils, aucun n’est porteur d’émancipation ou de modernité. Que serait un homme moderne dans l’Algérie d’aujourd’hui ? « L’homme moderne est d’abord un homme libre, affirme Sidali Fattar. Un homme qui a des principes de liberté, bref de démocratie. C’est ça un homme moderne. Mais, évidemment, cette liberté n’est pas seule. Ce n’est pas la liberté uniquement de l’individu. L’homme moderne est la liberté institutionnalisée. Et cela, c’est un travail très long. »

Tabu, le frigoriste de Félicité

Ce qui nous ramène à Félicité du Franco-Sénégalais Alain Gomis ou plus précisément à Tabu, le frigoriste, interprété par Papi Mpaka. Paradoxalement, même si tout le monde parle depuis le Grand prix du jury à la Berlinale de la performance éblouissante de Félicité, alias Véronique Beya Mputu, derrière cette mère courage africaine à Kinshasa se cache peut-être le seul rôle d’homme parmi les 20 films de la compétition capable de s’inscrire dans un projet d’un homme moderne vivant dans ce monde violent et chaotique décrit par le Fespaco.

Car Tabu, le frigoriste souvent bourré, ce lourdaud-poétique et amoureux de Félicité ne lâche rien de ses rêves. Et ce n’est peut-être pas un hasard : le seul moment où le public du ciné Burkina a applaudi lors de la projection de Félicité, c’était quand Tabu a enfin réussi à réparer le frigo maudit de Félicité. Après avoir conquis avec ses mots et ses actes le cœur de sa bien-aimée. Dans un univers sans pitié, il réussit à survivre sans avoir recours à la violence. Pour lui, l’argent n’est pas une fin en soi. Jamais il ne vit aux dépens des autres. Bien au contraire, quand l’accident de moto arrive, c’est lui qui porte le fils avec sa jambe amputée à la maison et le remet sur les rails. Tabu assume parfaitement ses contradictions, garde jalousement sa liberté, et avance malgré tout.

Fiable, généreux, amoureux de sa liberté

« Je parle d’un personnage que je connais et que j’aime beaucoup, explique Alain Gomis au micro de RFI.FR. D’abord, c’est quelqu’un de fiable, généreux et quelqu’un qui est à la fois amoureux de sa liberté et qui essaye de se débrouiller et voir comment garder sa liberté. C’est quelqu’un qui essaie de fuir ses responsabilités, mais qui est rattrapé par ses responsabilités. C’est quelqu’un qui se demande s’il a envie de fonder une famille ou pas. J’ai l’impression que je rencontre [avec lui, ndlr] des tabous : est-ce qu’on a encore envie de s’engager ? Arrive-t-on encore à supporter sur ses épaules le poids d’une famille, d’une société, etc. ? J’ai l’impression d’avoir beaucoup cette espèce de flottement, un pas en avant, un pas en arrière, on s’engage, on ne s’engage pas. Donc oui, j’ai l’impression de vieillir et de grandir avec ce genre d’hommes-là. »

Apparaît alors en filigrane un homme capable de soulever un frigo et de souffler en même temps un poème à l’oreille de sa femme. Un homme avançant vers une humanité moderne.

RFI

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A nos sœurs et frères-Ne
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