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Publié dans Art & Culture

La lucrative carrière posthume des stars de la musique

Mar 10, 2018
La lucrative carrière posthume des stars de la musique

40 ans après la mort de Claude François le 11 mars 1978 , s'il y a bien un secteur qui ne connaît pas la crise dans l'industrie de la musique, c'est celui des carrières posthumes des stars de la chanson. Réussir sa carrière musicale de son vivant est une chose mais pour les ayants droits d'un artiste, faire perdurer et faire fructifier l'héritage d'un chanteur disparu est tout aussi important et peu s'avérer particulièrement lucratif.

La mort de Johnny Halliday le 6 décembre dernier a bouleversé la France, mais pas seulement. Elle a aussi complètement chamboulé le classement des meilleures ventes du site iTunes. Au lendemain de sa mort, les chansons du rockeur ont immédiatement trusté les 10 premières places du classement pendant plusieurs jours.

Le phénomène n’est pas nouveau. A la mort de Mickael Jackson en 2009, celle de David Bowie ou de Prince en 2016, leurs ventes d’albums ont explosé dans les jours qui ont suivi. Tant et si bien qu’aujourd’hui, la vie posthume des stars de la musique n’a jamais été aussi rentable.

Les artistes et leur entourage l’ont bien compris.Bien avant sa mort, Johnny Halliday avait par exemple plusieurs sociétés chargées de gérer les revenus artistiques de la star. Elyette Boudou, la grand-mère de Laeticia Halliday est ainsi en charge des entreprises Mamour SARL, Pimiento Music et Artistes et promotion qui gèrent les droits d’auteurs et les produits dérivés. Des sociétés qui devraient rapporter de l’argent au clan Halliday bien longtemps après la mort du chanteur. Un album posthume est d’ailleurs en préparation.

Elvis, un artiste plus rentable mort que vivant

Les premiers ayants droits à avoir flairé l’intérêt financier de continuer à utiliser l’image et l'œuvre d’un chanteur disparu sont ceux d’Elvis Presley. Après la mort du « King » en 1977, les droits d’auteurs rapportent gros, mais le merchandising et les produits à l’effigie de la star viennent encore s’ajouter à ces revenus. Les ayants droits créent la société Elvis Presley Enterprise et décident d’ouvrir au public Graceland, la résidence du chanteur à Memphis, qui devient un lieu de pèlerinage obligé pour les fans moyennant au minimum 40$ l’entrée. En 2017, tous revenus confondus, Elvis a permis à ses héritiers d’empocher 35 millions de dollars selon le magazine Forbes. Depuis sa mort, le chanteur a gagné beaucoup plus d’argent qu’il ne l’a fait de son vivant et ce juteux business lui a permis de dominer pendant plus de 30 ans le classement des personnalités décédées les mieux payées, jusqu’en 2009 et la mort d’un certain Michael Jackson.

A sa mort, le « Roi de la pop » laisse derrière lui 500 millions de dollars de dettes mais cela n’effraie pas les ayants droits de la star. L’une des premières initiatives de ses héritiers a été de lancerThis is it. Le film, qui réunit des images des dernières répétitions du spectacle du chanteur a rapporté 200 millions de dollars. Dans la foulée, les avocats des ayants droits du chanteur ont signé un autre contrat de 200 millions prévoyant la sortie de sept albums posthumes sur 10 ans incluant une soixantaine d’inédits. Depuis cinq ans, Mickael Jackson est également la célébrité décédée qui rapporte le plus d’argent à ses héritiers avec en moyenne 75 millions de dollars annuels. Largement suffisant pour éponger les dettes colossales du chanteur, d’autant que le dixième anniversaire de sa mort en 2019 devrait encore booster les revenus.

Claude François, un pionnier en France

En France, les ayants droits de Claude François ont été parmi les premiers à devoir gérer et faire fructifier l’héritage de leur père après son décès brutal en 1978, en s’inspirant de l’exemple d’Elvis. C’est Claude François Junior, le fils aîné du chanteur qui gère aujourd’hui le patrimoine musical de l’interprète d’Alexandrie, Alexandraavec l'aide du spécialiste de la chanson française Fabien Lecoeuvre qui conseille les ayants droits de Cloclo depuis 26 ans.

« C’est très particulier comme activité, on ne gère pas une carrière posthume comme on gère la carrière d’un artiste vivant,explique Fabien Lecoeuvre qui s'est également occupé de la carrière posthume de Joe Dassin pendant cinq ans. Il faut partir sur les bases de ce que l’artiste de son vivant a déjà imposé artistiquement. Il ne faut jamais trahir le sens premier de sa démarche artistique.ensuite, il faut avoir ce que l’on pourrait appeler de l’ADN à côté de soit. C’est à dire qu’il faut impérativement avoir un parent à ses côtés. Vis à vis du public, il faut obligatoirement avoir un "morceau d’ADN" parce que sinon vous n’avez pas réellement de légitimité ». 

« Faire du neuf avec du vieux »

« Ensuite il faut très bien connaître l'œuvre de l'artiste, son répertoire, pour pouvoir imaginer des événements tout au long de sa carrière posthume comme par exemple des téléfilms, un film, des timbres, sortir des intégrales, des best of... Une carrière posthume c’est toujours refaire avec du vieux du neuf », poursuit Fabien Lecoeuvre.

Faire du neuf avec du vieux peut en effet rapporter gros.La chansonMy Way, à elle seule, générerait un million d’euros de droits par an. Sans compter les ventes de disques, les passages à la radio ou les projets artistiques impliquant l’image de Cloclo qui pourraient d’après certaines estimations faire grimper les revenus à près de 10 millions d’euros les meilleures années.

Une somme colossale pour un chanteur français décédé il y a 40 ans que Claude François Junior se refuse toutefois de confirmer. « C’est un chiffre d’affaire à six zéros, plusieurs millions par an quand on compte tout : les ventes de disques, les droits d’exploitation, d’utilisation dans des films, des publicités, les reprises comme le disque de M. Pokora », a-t-il tout juste concédé dans une interview au journalLe Parisien.

Diversifier les revenus

Mais pour bâtir une solide carrière posthume à un artiste, se contenter de la vente de ses disques ne suffit pas. D’abord parce que le marché du CD est en perte de vitesse continue, mais surtout parce qu’il y a beaucoup d’autres domaines très lucratifs à explorer.

« Je donne l’autorisation d’utiliser son répertoire, son image, son histoire dans un film, une publicité, un spectacle, a expliqué Claude François Junior au Parisien.L’idée est de créer des événements ou de l’actualité, mais pas trop. S’il y a des choses tous les ans, vous êtes sûrs de planter un projet sur deux. Je cautionne un projet tous les cinq ans ». C’est ainsi que Claude François a beaucoup fait parler de lui dans les années 2000 grâce à deux films : la comédiePodiumde Yann Moix et le biopicCloclo de Florent Siri. Des projets particulièrement rentables pour les héritiers du chanteur.

Disparue en 1987, Dalida ne joue, financièrement, pas tout à fait dans la même cour mais, son frère et héritier, Orlando, en bon businessman se démène pour faire fructifier l’héritage de la chanteuse. Dans les vingt ans qui ont suivi la disparition de l’interprète de Bambino, 200 nouveaux produits ont vu le jour (rééditions d’albums, remix…). Orlando fait encore mieux en vendant à la société Pathé les droits l’autorisant à produire un film sur la vie de sa sœur. Sorti en salle en 2017, le film Dalida de Liza Azuelos a rapporté 4,6 millions d’euros au box-office.

Aller au-delà de la mort

Le revers de la médaille est évidemment d’en faire trop, de se lancer dans un projet qui fait un flop ou de tomber ans le mauvais goût. « Il faut une stratégie différente par artiste, détaille Fabien Lecoeuvre. Par exemple je ne peux pas appliquer la stratégie que j’applique pour Claude François à Joe Dassin. Joe Dassin est un immense vendeur de disques mais à l’inverse de Claude François, il ne vend pas d’image. Il n’est pas "collectionné" comme Johnny ou Cloclo, il n'y a qu'une dizaine de chanteurs en France qui sont "collectionnés". Ça dépend donc aussi du public. Il faut savoir qui on représente ».

« En 26 ans sur Claude François, on m’a proposé tout et rien. On m’a proposé des fois de mettre des bouteilles de vin avec la photo de Claude François, on m’a proposé des cigarettes ou à l’époque des Minitel rose, des sites de rencontre, énumère-t-il. Tout cela c’est refusé évidemment et à côté de cela beaucoup de choses, notamment des pubs sont acceptées ».En faire trop ne semble en tout cas pas effrayer Fabien Lecoeuvre pour qui « quand les choses sont faites pour les artistes de manières posthume, cela correspond toujours à une demande du public ».

La demande n'est cependant pas toujours au rendez-vous, et à force de vouloir s’évertuer à maintenir vivante la mémoire d’artistes disparus, certains ont fini par se dire qu’ils pouvaient carrément les ramener à la vie. En janvier 2017, le spectacle Hit Paradea voulu rassembler sur scène rien de moins que Dalida, Mike Brant, Sacha Distel et Claude François sous forme d’hologrammes. Un tour de force au succès plus que mitigé. Le public n’a pas répondu présent et le spectacle a connu plusieurs problèmes techniques. A tel point que la tournée dans toute la France prévue après les dates parisiennes qui se sont tenues au début de l’année 2017 ont finalement été purement et simplement annulées. Si les fans restent nostalgiques des meilleures années de leurs idoles, pas sûr pour autant qu’ils aient vraiment envie de les voir revenir à la vie.

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