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Omar Ba, le peintre dakarois qui a réussi à Genève, au culot-Par Olivier Caslin

Avr 06, 2017 Hit: 102 Écrit par 
Omar Ba, le peintre dakarois qui a réussi à Genève, au culot-Par Olivier Caslin

 

Omar Ba, le peintre dakarois qui a réussi à Genève, au culot-Par Olivier Caslin

Issu d'un quartier populaire de Dakar, ce peintre de 40 ans installé en Suisse a acquis une reconnaissance internationale.
Rejoindre l'atelier d'Omar Ba a tout du parcours du combattant ! Bien loin des rives du Léman, dont les eaux scintillent sous les étoiles des hôtels de standing, l'artiste sénégalais s'est installé aux limites de Genève, en direction de la frontière française toute proche, dans la grisaille d'une zone commerciale aux bâtiments cubiques et anonymes.


Seul point de repère, un numéro 43, taille XXL, dont les néons rouges accrochés au mur en béton tranchent un peu avec la monotonie des lieux. Même passé le sas d'entrée, le long couloir fait penser à la galerie d'un bunker. Jusqu'à ce qu'une porte s'ouvre sur le sourire d'Omar Ba, aussi large que ses épaules dignes d'une troisième ligne de rugby.
Hommage aux femmes d'Afrique


Quelques minutes à peine et la Suisse est déjà loin, pour laisser place à un territoire aux contours plus confus sous les volutes âcres d'encens. Bestiaire africain suspendu aux cloisons, meubles laqués écarlates d'Extrême-Orient, tapis persans un peu élimés pour habiller les sols nus couleur de ciment. Le monde d'Omar. Son chez-lui, au sens propre, puisque c'est dans son atelier que vit l'artiste peintre. Quand il n'est pas à Dakar auprès des siens ou à sillonner la planète pour accompagner ses toiles. Avant de s'envoler pour quelques jours à Madrid, il est justement à l'ouvrage, sur son exposition prochaine à Bruxelles.


Il veut raconter des histoires et tisser un fil rouge entre le Nord et le Sud.


En soufflant sur son thé vert un peu trop chaud, il contemple sa dernière œuvre en cours de réalisation : une « pietà » noire et vêtue d'un ample drapé indigo. « Elle regarde l'avenir en pensant à ses enfants », explique Omar, qui s'est inspiré d'une photo de sa mère. Un hommage à ces femmes d'Afrique inquiètes en voyant ceux qui partent « et qui souvent meurent au fond des océans ».


Un mentor suisse


Omar Ba savoure son thé autant que la vie qui lui sourit. Né il y a quarante ans entre un père fonctionnaire de police et une mère au foyer, il aurait dû être mécanicien du côté de la commune dakaroise de Yoff. Il a préféré tout laisser tomber pour tenter l'école des beaux-arts de la capitale sénégalaise. Au culot ! Comme quelques années plus tard quand, remarqué à Lausanne par l'un des plus grands galeristes genevois, il demande immédiatement une avance de 2 000 francs suisses (1 860 euros), qu'il rembourse dans la foulée une fois sa première toile vendue.
Car, entre-temps, Omar Ba a pris de la hauteur et son nom gagné en notoriété. Durant ses quatre années aux Beaux-Arts, il acquiert la certitude de vouloir être artiste et privilégie la peinture comme mode d'expression. Dès sa première exposition, son travail séduit l'œil d'un artiste suisse de passage, Claude Sandoz, qui lui propose de le ramener dans ses bagages.
« trop brouillon », selon ses professeurs


Le temps d'envoyer un dossier d'inscription à la Haute École d'arts et de design de Genève et le Sénégalais quitte, à 26 ans, la Petite-Côte et son soleil pour débarquer un soir de novembre aux pieds des Alpes. « Il pleuvait. C'était horrible », plaisante aujourd'hui Omar. Ce ne sera pas sa seule déconvenue : en plus des rudesses du climat, il fait face à la froideur de ses professeurs peu sensibles à son art, trop « brouillon ».


Sur les conseils de son mentor il s'arme alors de patience et d'un calepin sur lequel il note tout, ses rencontres de hasard, ses impressions et son cafard. Marié en 2006 à une artiste iranienne et père d'un petit garçon, il sort de l'abstraction. Commence à dessiner des personnages, précise son sujet, sa grammaire, qu'il conjugue de moins en moins à l'imparfait, à mesure qu'il s'imprègne de sa nouvelle culture.


Le début du succès


En découvrant l'Europe, il jette un nouveau regard, plus distancié, sur l'Afrique. Omar veut rendre ses peintures narratives pour « raconter des histoires et tisser un fil rouge entre le Nord et le Sud ». Assoiffé de connaissances et de « reconnaissance », pour lui-même et pour ses frères et sœurs d'Afrique, il travaille sur les tirailleurs sénégalais, les décorations militaires... « Des sujets forts mais jamais évoqués ici », rappelle Barth Johnson, directeur de la galerie genevoise Art Bärtschi, qui représente cet « excellent coloriste » depuis 2009.
J'ai eu peur de me détacher de l'Afrique. Les images s'effaçaient. Je me suis rendu compte que je devais y retourner régulièrement.


Omar prend de l'assurance, gagne en confiance, change de dimension. Fini les formats verticaux qui ne devaient pas dépasser les 60 cm de largeur, « pour pouvoir passer la porte de l'atelier », désormais il voit grand. Et le monde de l'art avec lui. Le voilà référencé par des galeries parisiennes, milanaises... Ses œuvres peintes sur carton se monnaient à cinq chiffres.
Un tourbillon qui menace de balayer sa vie, jusqu'à lui faire perdre l'essentiel ? « À un moment, j'ai eu peur de me détacher de l'Afrique. Les images s'effaçaient. Je me suis rendu compte que je devais y retourner régulièrement », affirme l'artiste, qui, depuis cinq ans, repasse régulièrement par Dakar.


Passages à Dakar


Au point d'y rester désormais plusieurs mois chaque année, de s'y être remarié et d'y avoir installé un second atelier. En 2013, il a même exposé dans la galerie Le Manège à Dakar, la première fois dans sa ville natale depuis la présentation de ses travaux de fin d'études en 2002.
« Un véritable succès », assure, pas peu fier, celui qui était encore un parfait inconnu dans son pays deux ans plus tôt. Aujourd'hui, il rêve d'exposer dans les plus grands musées du monde, de laisser sa trace sur le marché artistique international. Comme son aîné et modèle Ousmane Sow.


http://www.jeuneafrique.com/mag/421144/culture/omar-ba-peintre-dakarois-a-reussi-a-geneve-culot/


dans wikipedia on lira ceci


Depuis son arrivée à Genève, Omar Ba a définitivement abandonné la peinture abstraite pour se dédier à une peinture figurative et narrative.
Le foisonnement est à l'honneur avec cet artiste. Il emploie des techniques et des matières très variées (peinture à huile, encre de Chine, gouache et crayon). Il détache souvent d'un fond noir des figurations politiques et sociales à interprétations multiples.


Ses sources d'inspiration sont la culture africaine, les problématiques liées au pouvoir et à l'autorité. Son support favori est le carton ondulé. Il préfère peindre sur un carton que sur une toile car c'est un support solide, qui peut être fixé au mur et au sol. Il a l'impression d'avoir la maîtrise totale de ce support. Il peut marcher sur le carton, le rouler, le transporter facilement, sans abîmer son travail. Ses œuvres font appel à une iconographie riche et à un bestiaire pluriel et hybride. Plusieurs œuvres présentent un effacement des frontières entre l'humain, l'animal et le végétal. Ses peintures montrent des portraits officiels, un bestiaire imaginaire inoffensif et inquiétant, des êtres hybrides mi-homme, mi-bête.


Son vocabulaire symbolique s'exprime en utilisant de larges aplats de couleur, souvent sur un fond noir avec des courbes ondulantes. De nombreuses scènes sont dessinées au trait en pointillé.
Chaque œuvre regorge d'un maximum de détails, elle semble présenter plusieurs œuvres en une seule Il s'intéresse à la dualité du monde, aux rapports entre le Nord et le Sud, notamment entre l'Europe et l'Afrique. Passionné par l'actualité internationale, il revisite en permanence l'histoire, pour mieux comprendre ce qui se passe autour de lui. Il s'intéresse à la place de l'humain, de l'animal; aux liens entre progrès et nature et entre tradition et modernité.


« Omar Ba élabore ses œuvres comme des interrogations sur la société actuelle, globalisée, mais qui a oublié ses racines et les valeurs traditionnelles. Refusant les illusions du bonheur matériel qui menace et ruine peu à peu la planète, la pensée de l'artiste cherche également à décrypter les stéréotypes issus des relations séculaires, bien que compliquées, entre le monde occidental et le continent africain. [...] Les compositions sont dynamiques, chargées et entremêlent des éléments colorés semblant des brasiers venus illuminer soudainement la surface sombre du fond. Par-delà les barrières culturelles et sociales, son art cherche à éveiller en chacun de nous un souvenir lointain, une vision intime ou à susciter une réflexion sur le monde actuel. Son œuvre foisonne de signes fréquents et familiers. [...] Dans l'œuvre d'Omar Ba, ce sont donc bien des univers opposés qui se retrouvent : règne humain et règne animal, progrès et nature, modernité et tradition, Occident et Afrique, inhumanité et respect sont les critères de la représentation qui cherche à atteindre, au-delà de ces oppositions, un terrain neutre permettant la réflexion. » Extraits du texte de Klara Tuszynski, Ébène d'ici et d'ailleurs, dans le catalogue de l'exposition Omar Ba, Art Bärtschi & Cie, Genève, Suisse et Galleria Giuseppe Pero, Milan, Italie, 2010.

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