Art & Culture

Le Sénégalais Mohamed Mbougar Sarr lauréat du prix Littérature-monde 2018

Un jeune écrivain sénégalais, Mohamed Mbougar Sarr, s'est vu décerner le prix Littérature-monde 2018 pour son ouvrage "Silence du choeur", publié chez Présence Africaine, à l'occasion du festival Etonnants Voyageurs qui se tient ce week-end à Saint-Malo (ouest de la France). 

Dans ce livre, l’écrivain né en 1990plante le décor dans un village sicilien où se retrouvent assignés à résidence 72 jeunes gens, migrants ou réfugiés, dont l’arrivée va bousculer la vie de la commune et susciter la multiplication des interactions entre habitants et nouveaux venus.

Le prix Littérature-monde étranger est attribué à l’écrivain islandais Einar Mar Gudmundsson pour « Les rois d’Islande », paru chez Zulma, qui conte la saga d’une famille islandaise.

Dotés de 3.000 euros, ces deux prix seront remis dimanche dans le cadre du festival.

Ces prix ont été créés en 2014, à l’initiative du festival et de l’Agence Française de Développement (AFD), une institution financière publique, créée en 1941 par le général de Gaulle et qui intervient dans le monde entier.

Parmi les autres prix remis à Saint-Malo, le prix des « gens de mer », doté de 3.000 euros, a distingué David Fauquemberg pour son roman « Bluff », publié aux éditions Stock, un roman de mer et d’aventure en Nouvelle-Zélande.

Présidé cette année par la navigatrice Isabelle Autissier, le jury du prix « Gens de Mer » est composé de personnalités du monde littéraire et maritime.

Le prix Compagnie des Pêches 2018, doté de 1.500 euros, va à Michel Moutot, journaliste à l’AFP, pour son roman « Séquoias », publié au Seuil, une histoire de baleiniers et de chercheurs d’or dans l’Amérique du XIXè siècle.

Enfin, le prix du Beau Livre/Thermes Marins 2018, doté de 1.500 euros, est attribué à Daphné Buiron et Stéphane Dugast pour leur ouvrage « L’Astrolabe, le passeur de l’Antactique » publié aux éditions EPA/Hachette Livre. Cet ouvrage illustré retrace l’histoire du célèbre brise-glace français qui a permis pendant près de 30 ans aux scientifiques de rallier la base scientifique de Dumont-d’Urville, en Terre Adélie.

Dès son premier roman, Terre ceinte, Mohamed Mbougar Sarr frappait fort en obtenantle prix Ahmadou-Kourouma. Dans son nouveau livre, Silence du chœur, il s’inspire du drame des migrants en Sicile. 

Il attend sagement dans la librairie Présence africaine, à quelques pas de la Sorbonne (Paris). Mohamed Mbougar Sarr a un côté bon élève. Sûrement des restes de son passage par le Prytanée militaire de Saint-Louis.

À 27 ans, il publie son deuxième roman, Silence du chœur. Un pavé de plus de 400 pages qui raconte l’arrivée dans un petit village sicilien d’un groupe de migrants venus d’Afrique subsaharienne. Sarr déplie son long corps fin et propose de s’installer à la terrasse d’un café. Il détache ses mots avec application, et son vocabulaire est précieux. Il sourit, se détend et lâche avec un naturel dévoilant un certain sens de l’autodérision : « Désolé, parfois on se met à jouer son propre rôle. Dans mon cas, celui du jeune auteur. »

Les portes de la librairie Présence africaine, où se nichent les éditions du même nom, il les a poussées en 2014, un manuscrit à la main. Celui de Terre ceinte, son premier roman. « C’était un rêve prétentieux et risqué. » Quand il rencontre « Madame Diop », la veuve d’Alioune Diop, le fondateur de la maison, il se sent pris d’un vertige. La femme incarne ce qui le travaille alors depuis déjà quelques années : les lettres.

Mon père est médecin. Je suis le fils d’un littéraire contrarié

Né à Dakar en 1990, élevé à Diourbel, il est habité par la littérature. « Il y a eu tous ces très mauvais poèmes griffonnés pendant le Prytanée », détaille-t‑il. Vers 17 ans, il collabore avec le journal de son école. À partir de 2010, ses valises posées en France pour entrer en hypokhâgne, il lit frénétiquement. Il cherche, les yeux dans le vide, ce qui a bien pu le pousser à l’écriture. « Mon père est médecin. Je suis le fils d’un littéraire contrarié », lâche-t‑il sur un ton peu assuré.

Présence africaine accepte Terre ceinte « après quelques mois d’attente assez éprouvants ». Depuis la parution de ce premier roman, Sarr passe beaucoup de temps à en faire la promotion. « Une facette méconnue du travail d’auteur, grisante au début, un peu fatigante parfois… »

Une médaille de bronze en Côte d’Ivoire

À l’heure où nous le rencontrons, Sarr, qui vit entre autres d’une bourse d’État sénégalaise entre Paris et Beauvais avec sa petite amie, une « lectrice pointue » française, revient de Côte d’Ivoire, où il a participé à un concours de nouvelles en présentant Ndënd, courte histoire d’un musicien, qui lui a valu une médaille de bronze.

Il s’apprête à partir en Bretagne pour animer un atelier d’écriture avec les employés d’une grande entreprise française. Il trouve tout de même du temps pour écrire. La nuit – « au stylo et au papier pour les premières pages », sur son ordinateur ensuite –, dans le silence.

Je veux, je dois garder un pied dans la théorie. C’est ce savoir qui enrichit la fiction

Terre ceinte a reçu un succès critique et le prix Ahmadou-Kourouma. Le ministère de l’Éducation nationale sénégalais en a passé commande. Sarr ne cache pas sa satisfaction, mais ne feint pas le talent inné du démiurge. « Écrire, c’est beaucoup de travail. »

Il tient un blog, écrit des nouvelles. L’une d’elle, La Cale, lui a valu le prix Stéphane-Hessel en 2014. Il rédige aussi une thèse, dans laquelle il étudie la parution concomitante, autour de l’année 1968, d’ouvrages majeurs de la littérature ouest-africaine de Yambo Ouologuem, Ahmadou Kourouma et Malick Fall.

Le jeune auteur a déjà soutenu un mémoire, sur Léopold Sédar Senghor. « Le socialisme africain, quand tu es un jeune Sénégalais, tu ne peux pas ne pas y réfléchir, lâche-t‑il en tirant sur son bracelet de petites perles en bois. Étudier, notamment la sociologie, c’est important pour moi. Je veux, je dois garder un pied dans la théorie. C’est ce savoir qui enrichit la fiction. »

Une conscience du monde

En parlant, il mime une mise en boîte avec des gestes saccadés. Ses études le ramènent aussi à son pays natal et lui permettent de mieux comprendre les relations entre l’ancienne puissance coloniale et le continent. Une relation dont il sait que son travail est tributaire.

Sans se dire engagé, Sarr concède : « Oui, mes romans sont traversés par des questions, disons… politiques. » Ils portent une conscience du monde, jouent avec les codes du réalisme et de la fiction.

 Broderie autour du conflit malien

Terre ceinte, qui recelait encore les hésitations d’un premier roman, se déroulait dans une ville imaginaire que Sarr a appelée Kalep, contraction de Kidal et d’Alep. Des jeunes gens y entrent en résistance contre des jihadistes imposant un ordre terrible et brutal. Le roman, broderie autour du douloureux conflit malien, est aussi l’éloge d’une subversion où quête du bonheur et pratique politique ne font qu’un.

Silence du chœur, dont il a commencé la rédaction dès 2015, n’est pas une suite, mais a quelque chose de la réplique. En abordant la question de la fuite et du déplacement vers le Nord, il évoque bien entendu le problème des guerres du Sud.

« L’idée d’écrire Silence du chœur m’est venue en Sicile. J’y ai rejoint un ami dans une région où beaucoup de migrants débarquent. Je voulais voir cela de mes yeux, sans être certain que cela finirait par donner un livre. J’ai passé une quinzaine de jours là-bas à observer la situation, à rencontrer des gens. »

Un humanisme aux allures de sédition politique

Dans ce deuxième roman, le narrateur s’efface. Non pas derrière un héros, mais derrière une multiplicité de personnages : habitants du village sicilien et nouveaux arrivants. Fiction à plus d’un titre – il n’y a que le nom « Sicile » qui renvoie à la réalité, et si le nom du village, Altino, existe bien, c’est sur le continent et non sur l’île –, le roman garde quelque chose de l’étude raisonnée des rapports sociaux.

Comme Terre ceinte, il est baigné d’une lumière optimiste. Celle de la solidarité qui ressurgit dans les moments les plus durs, celle d’un humanisme quasi instinctif qui prend des allures de sédition politique.

Si ses livres résonnent avec l’actualité, le terme suscite chez Sarr une petite grimace. « Tout ce flot d’informations, cette vitesse, ce bruit… Les annonces se suivent, et on oublie ce qui s’est passé la veille… On ne s’arrête plus. » L’écrivain a besoin des informations, il ne le cache pas : « C’est dans des articles, sur des blogs que j’ai pu me renseigner sur les actions de résistance à Kidal, qui m’ont inspiré pour mon livre. »

Quand j’ai terminé ma première version, le livre faisait pas loin de 800 pages. Il ne fallait pas affiner, il fallait élaguer !

Mais il veut prendre le temps de s’arrêter, de sonder son sujet en profondeur, de s’offrir l’espace nécessaire à sa compréhension. « Quand j’ai terminé ma première version, le livre faisait pas loin de 800 pages. Il ne fallait pas affiner, il fallait élaguer ! J’ai profité d’une résidence d’écriture, en 2016, pour trancher et polir. » Il poursuit : « Il faut bien des incises. C’est là, dans les incises, qu’on crée le mythe. »

Animé par les mythes, il est persuadé que notre monde en manque. Même s’il cultive une certaine modestie, il n’en est pas moins ambitieux. Il entend bien participer à la connaissance de notre monde.

Extrait

«Pourquoi es-tu parti de chez toi ? » C’est pour un réfugié une question difficile. On ne la lui épargnera donc jamais. Tout le monde la lui pose. Il l’entend lorsqu’il passe ses commissions. Les personnes émues par sa présence la lui adressent. Celles qui lui sont hostiles aussi. Ces trois différents interlocuteurs lui posent cette même question dans laquelle, tout dissemblables qu’ils puissent être, ils se retrouvent pourtant.

Prenons l’exemple des deux premiers types d’interlocuteurs, à savoir : le représentant d’une commission et la personne bienveillante émue par le réfugié. Devant eux, ce dernier dispose de deux types de réponses : les réponses qui commencent par « parce que » ou « à cause de » d’une part, et celles qui commencent par « pour » ou « afin » de l’autre.

Devant la commission ou devant la personne bienveillante assoiffée d’émotion, le migrant peut insister sur la cause de son départ ou sur son but, sur le motif ou le mobile, sur la raison ou l’objectif. Selon l’option qu’il choisira, il ne sera pas vraiment le même type d’immigré.

 

Jeune Afrique

Cannes 2018-La chanteuse burundaise Khadja Nin une voie engagée et Kristen Stewart-USA

 

Cannes 2018 : sur le visage de Cate Blanchett, un sourire de reine mère...


Pour cette 71e édition du Festival, l'actrice australienne préside un jury majoritairement féminin.
LE MONDE | Par Clarisse Fabre

Cannes 2018-La chanteuse burundaise Khadja Nin une voie engagée et Kristen Stewart

Le monde noir n'a pas à rougir et il faut continuer à se faire voir, s'exprimer, se dire, comme disait Aissa maiga la couleur de peau n'est pas un métier.P B Cissoko


Benjamine de huit enfants, Khadja Nin, 58 ans, a étudié très tôt la musique, avant de s'installer en Europe. Elle a été révélée par ses compositions, notamment « Sambolera Mayi Son », cocktails de pop occidentale et de rythmes africains et afro-cubains.


Ambassadrice de l'Observatoire sur les migrations, Khadja Nin a été distinguée par le prix de l'Action Féminine 2016, décerné par l'Union des Femmes Africaines.
Passeport artiste 27/6 /1959 Burundi Pays: Burundi Qualité: Chanteuse


Khadja Nin est née le 27 juin 1959 au Burundi. Son père est diplomate. Cadette d'une famille de huit enfants, elle pratique très tôt le chant et la musique comme la plupart d'entre eux. Elle grandit à Bujumbura où elle devient dès l'âge de sept ans une des principales voix de la chorale de son école et de la cathédrale de la ville.


Biographie:


Elle monte son premier vrai groupe en 1973 avant de partir étudier à Kinshasa (Zaïre) en 1975. Après un mariage en 1978, elle s'installe définitivement en Belgique en 1980 avec son fils de deux ans et son mari. Ce dernier décède peu de temps après.


Biographie suite :


Elle monte son premier vrai groupe en 1973 avant de partir étudier à Kinshasa (Zaïre) en 1975. Après un mariage en 1978, elle s'installe définitivement en Belgique en 1980 avec son fils de deux ans et son mari. Ce dernier décède peu de temps après.


Après quelques emplois de choriste et de figuration, elle rencontre son producteur, le guitariste Nicolas Fiszman en 1985. Avec lui, elle écrit une vingtaine de titres. Après avoir signé en 1991 avec BMG, un premier album voit le jour en 1992.


Entièrement en swahili (principale langue parlée en Afrique de l'est), ces douze premiers titres mêlent avec mélancolie des thèmes brésiliens, afro-cubains et africains ainsi qu'un peu de rock avec le titre "Mulofa".


Café au lait


Khadja Nin décrit elle-même sa musique comme de "la musique ni blanche ni noire, mais café au lait".


En 1994, sort son deuxième album "Ya Pili", qui justement signifie "Le second". Plus encore que le premier, il mélange pop occidentale et rythmes africains et afro-cubains. Les textes sont toujours en swahili, excepté un en anglais et un en français. Dans ce deuxième album, on trouve le titre "Sambolera Mayi Son" qui deux ans plus tard, lui ouvrira les portes du succès. Cette chanson qui évoque une mère contant le monde à son enfant, illustre bien les préoccupations de Khadja Nin face à l'état du monde, thème très présent dans ses textes.


En 1996, "Sambolera" est consacré tube de l'été par la chaîne de télévision française TF1 qui diffuse plusieurs fois par jour le clip. Les ventes explosent, et le troisième album sorti dans la foulée avec onze titres anciens et nouveaux, est double Disque d'or deux mois après le début de la campagne de promotion (200.000 albums vendus). Khadja Nin considère "comme une vraie chance pour un artiste africain ce choix de TF1".


Sur la pente ascendante, Khadja sort un nouvel album en octobre 98 intitulé "Ya..." (De vous à moi). Elle y chante en swahili mais aussi en kirundi, langue parlée dans son pays d'origine, et aborde des sujets qui lui tiennent à cœur, les enfants de la rue, les situations de guerre, la lutte contre les inégalités. Elle signe là un vibrant hommage à Mandela en même temps qu'une chanson sur la condition de mère, "Mama", sortie en simple et filmée pour le besoin d'un clip par la grande comédienne Jeanne Moreau.
Co-star
En 1999, Khadja Nin se produit en première partie de Sting lors d'une série de concerts à New York. Elle est également accompagnée de Cheb Mami également invité par la star anglaise. Le trio se produite le 10 janvier 2000 sur la scène parisienne de Bercy.


Désormais, la chanteuse vit à Monaco. Après des tentatives avortées de retourner vivre dans son pays, elle espère toujours que ce jour arrive.


L'actrice américaine Kristen Stewart


Kristen Stewart s'est fait connaître mondialement avec la saga « Twilight » (2008-2012). Elle a débuté au cinéma en 2002, à l'âge de 11 ans, en jouant la fille de Jodie Foster dans le thriller « Panic Room » de David Fincher.


Ces dernières années, Kristen Stewart, 28 ans, est venue à Cannes pour plusieurs films dont « Sur la route » de Walter Salles (2012), ainsi que « Sils Maria » (2014) et « Personal Shopper » (2016), deux films réalisés par le Français Olivier Assayas.
lacroix

Une hôtesse enlève ses talons, suivie d'une autre. Elles ne peuvent pas s'asseoir dans le Grand Théâtre Lumière et vont rester debout, près de la sortie, pendant toute la cérémonie d'ouverture du Festival de Cannes. Une comédienne se cale contre le mur à côté d'elles : elle s'est incrustée sans carton d'invitation en se collant derrière le cinéaste Martin Scorsese... Mardi 8 mai, vers 19 heures, la montée des marches de la 71e édition cannoise s'achève, fidèle à elle-même. Elle a paru toujours très longue malgré l'absence de selfies, désormais interdits.


 « Les réalisatrices restent très minoritaires dans les sélections »


Mais c'est ailleurs que l'on guette le vrai changement : huit mois après le scandale de l'affaire Weinstein, du nom du producteur américain accusé d'agressions sexuelles par de nombreuses actrices, le Festival ne peut plus tout à fait être le même. Cannes n'était-il pas le « terrain de jeu » d'Harvey Weinstein, comme l'a souligné un journaliste du Guardian, dans un article paru le 4 mai ? Edouard Baer, animateur en chef de la soirée, se contente d'une petite allusion. Evoquant les carrières au cinéma, l'acteur distingue « ceux qui ont couché, ceux qui ont refusé de coucher » ou « ceux qui ont couché avec la mauvaise personne ».
Les VIP sont prévenus : avec leur badge d'accréditation, ils reçoivent un fac-similé de billet d'entrée, orné d'un nœud papillon et de cet avertissement : « Comportement correct exigé. Ne gâchons pas la fête, stop au harcèlement. » Suit le numéro de la hotline pour « toute victime ou témoin de violences sexistes ou sexuelles ».


Une montée des marches 100 % féminine


Le délégué général du Festival, Thierry Frémaux, avait déjà annoncé, le 7 mai, sur France Inter, une montée des marches 100 % féminine pour le samedi 12 mai. Et, pour la première fois, lors de la cérémonie d'ouverture, le « patron » du Festival est venu présenter lui-même le jury de la 71e édition, paritaire et divers. Cinq femmes et quatre hommes venant des cinq continents : l'acteur taïwanais Chang Chen, la chanteuse burundaise Khadja Nin, le réalisateur russe Andreï Zviaguintsev, etc.
Puis vint le tour de la présidente du jury, Cate Blanchett. Est-ce parce que sa réputation de féministe est faite ? Ou parce qu'elle a tout récemment dévoilé dans Variety que Weinstein l'avait harcelée, elle aussi ? « Comme la plupart des prédateurs, il s'attaquait principalement aux gens vulnérables », a-t-elle déclaré. Toujours est-il que l'actrice australienne, bientôt 49 ans et l'une des mieux payées au monde, n'a rien dit sur les femmes, même si elle a commencé son discours d'ouverture en saluant « Mesdames, mesdames, mesdames, messieurs... ». Mais quelque chose se lisait sur son visage : sur la scène du Grand Théâtre Lumière, elle avait ce sourire de reine mère veillant sur son royaume, alors qu'elle déclarait ouverte la 71e édition aux côtés de Martin Scorsese. Qu'elle dépassait d'une tête.


http://www.lemonde.fr/festival-de-cannes/article/2018/05/09/comportement-correct-exige-a-l-ouverture-du-festival-de-cannes_

La lucrative carrière posthume des stars de la musique

40 ans après la mort de Claude François le 11 mars 1978 , s'il y a bien un secteur qui ne connaît pas la crise dans l'industrie de la musique, c'est celui des carrières posthumes des stars de la chanson. Réussir sa carrière musicale de son vivant est une chose mais pour les ayants droits d'un artiste, faire perdurer et faire fructifier l'héritage d'un chanteur disparu est tout aussi important et peu s'avérer particulièrement lucratif.

La mort de Johnny Halliday le 6 décembre dernier a bouleversé la France, mais pas seulement. Elle a aussi complètement chamboulé le classement des meilleures ventes du site iTunes. Au lendemain de sa mort, les chansons du rockeur ont immédiatement trusté les 10 premières places du classement pendant plusieurs jours.

Le phénomène n’est pas nouveau. A la mort de Mickael Jackson en 2009, celle de David Bowie ou de Prince en 2016, leurs ventes d’albums ont explosé dans les jours qui ont suivi. Tant et si bien qu’aujourd’hui, la vie posthume des stars de la musique n’a jamais été aussi rentable.

Les artistes et leur entourage l’ont bien compris.Bien avant sa mort, Johnny Halliday avait par exemple plusieurs sociétés chargées de gérer les revenus artistiques de la star. Elyette Boudou, la grand-mère de Laeticia Halliday est ainsi en charge des entreprises Mamour SARL, Pimiento Music et Artistes et promotion qui gèrent les droits d’auteurs et les produits dérivés. Des sociétés qui devraient rapporter de l’argent au clan Halliday bien longtemps après la mort du chanteur. Un album posthume est d’ailleurs en préparation.

Elvis, un artiste plus rentable mort que vivant

Les premiers ayants droits à avoir flairé l’intérêt financier de continuer à utiliser l’image et l'œuvre d’un chanteur disparu sont ceux d’Elvis Presley. Après la mort du « King » en 1977, les droits d’auteurs rapportent gros, mais le merchandising et les produits à l’effigie de la star viennent encore s’ajouter à ces revenus. Les ayants droits créent la société Elvis Presley Enterprise et décident d’ouvrir au public Graceland, la résidence du chanteur à Memphis, qui devient un lieu de pèlerinage obligé pour les fans moyennant au minimum 40$ l’entrée. En 2017, tous revenus confondus, Elvis a permis à ses héritiers d’empocher 35 millions de dollars selon le magazine Forbes. Depuis sa mort, le chanteur a gagné beaucoup plus d’argent qu’il ne l’a fait de son vivant et ce juteux business lui a permis de dominer pendant plus de 30 ans le classement des personnalités décédées les mieux payées, jusqu’en 2009 et la mort d’un certain Michael Jackson.

A sa mort, le « Roi de la pop » laisse derrière lui 500 millions de dollars de dettes mais cela n’effraie pas les ayants droits de la star. L’une des premières initiatives de ses héritiers a été de lancerThis is it. Le film, qui réunit des images des dernières répétitions du spectacle du chanteur a rapporté 200 millions de dollars. Dans la foulée, les avocats des ayants droits du chanteur ont signé un autre contrat de 200 millions prévoyant la sortie de sept albums posthumes sur 10 ans incluant une soixantaine d’inédits. Depuis cinq ans, Mickael Jackson est également la célébrité décédée qui rapporte le plus d’argent à ses héritiers avec en moyenne 75 millions de dollars annuels. Largement suffisant pour éponger les dettes colossales du chanteur, d’autant que le dixième anniversaire de sa mort en 2019 devrait encore booster les revenus.

Claude François, un pionnier en France

En France, les ayants droits de Claude François ont été parmi les premiers à devoir gérer et faire fructifier l’héritage de leur père après son décès brutal en 1978, en s’inspirant de l’exemple d’Elvis. C’est Claude François Junior, le fils aîné du chanteur qui gère aujourd’hui le patrimoine musical de l’interprète d’Alexandrie, Alexandraavec l'aide du spécialiste de la chanson française Fabien Lecoeuvre qui conseille les ayants droits de Cloclo depuis 26 ans.

« C’est très particulier comme activité, on ne gère pas une carrière posthume comme on gère la carrière d’un artiste vivant,explique Fabien Lecoeuvre qui s'est également occupé de la carrière posthume de Joe Dassin pendant cinq ans. Il faut partir sur les bases de ce que l’artiste de son vivant a déjà imposé artistiquement. Il ne faut jamais trahir le sens premier de sa démarche artistique.ensuite, il faut avoir ce que l’on pourrait appeler de l’ADN à côté de soit. C’est à dire qu’il faut impérativement avoir un parent à ses côtés. Vis à vis du public, il faut obligatoirement avoir un "morceau d’ADN" parce que sinon vous n’avez pas réellement de légitimité ». 

« Faire du neuf avec du vieux »

« Ensuite il faut très bien connaître l'œuvre de l'artiste, son répertoire, pour pouvoir imaginer des événements tout au long de sa carrière posthume comme par exemple des téléfilms, un film, des timbres, sortir des intégrales, des best of... Une carrière posthume c’est toujours refaire avec du vieux du neuf », poursuit Fabien Lecoeuvre.

Faire du neuf avec du vieux peut en effet rapporter gros.La chansonMy Way, à elle seule, générerait un million d’euros de droits par an. Sans compter les ventes de disques, les passages à la radio ou les projets artistiques impliquant l’image de Cloclo qui pourraient d’après certaines estimations faire grimper les revenus à près de 10 millions d’euros les meilleures années.

Une somme colossale pour un chanteur français décédé il y a 40 ans que Claude François Junior se refuse toutefois de confirmer. « C’est un chiffre d’affaire à six zéros, plusieurs millions par an quand on compte tout : les ventes de disques, les droits d’exploitation, d’utilisation dans des films, des publicités, les reprises comme le disque de M. Pokora », a-t-il tout juste concédé dans une interview au journalLe Parisien.

Diversifier les revenus

Mais pour bâtir une solide carrière posthume à un artiste, se contenter de la vente de ses disques ne suffit pas. D’abord parce que le marché du CD est en perte de vitesse continue, mais surtout parce qu’il y a beaucoup d’autres domaines très lucratifs à explorer.

« Je donne l’autorisation d’utiliser son répertoire, son image, son histoire dans un film, une publicité, un spectacle, a expliqué Claude François Junior au Parisien.L’idée est de créer des événements ou de l’actualité, mais pas trop. S’il y a des choses tous les ans, vous êtes sûrs de planter un projet sur deux. Je cautionne un projet tous les cinq ans ». C’est ainsi que Claude François a beaucoup fait parler de lui dans les années 2000 grâce à deux films : la comédiePodiumde Yann Moix et le biopicCloclo de Florent Siri. Des projets particulièrement rentables pour les héritiers du chanteur.

Disparue en 1987, Dalida ne joue, financièrement, pas tout à fait dans la même cour mais, son frère et héritier, Orlando, en bon businessman se démène pour faire fructifier l’héritage de la chanteuse. Dans les vingt ans qui ont suivi la disparition de l’interprète de Bambino, 200 nouveaux produits ont vu le jour (rééditions d’albums, remix…). Orlando fait encore mieux en vendant à la société Pathé les droits l’autorisant à produire un film sur la vie de sa sœur. Sorti en salle en 2017, le film Dalida de Liza Azuelos a rapporté 4,6 millions d’euros au box-office.

Aller au-delà de la mort

Le revers de la médaille est évidemment d’en faire trop, de se lancer dans un projet qui fait un flop ou de tomber ans le mauvais goût. « Il faut une stratégie différente par artiste, détaille Fabien Lecoeuvre. Par exemple je ne peux pas appliquer la stratégie que j’applique pour Claude François à Joe Dassin. Joe Dassin est un immense vendeur de disques mais à l’inverse de Claude François, il ne vend pas d’image. Il n’est pas "collectionné" comme Johnny ou Cloclo, il n'y a qu'une dizaine de chanteurs en France qui sont "collectionnés". Ça dépend donc aussi du public. Il faut savoir qui on représente ».

« En 26 ans sur Claude François, on m’a proposé tout et rien. On m’a proposé des fois de mettre des bouteilles de vin avec la photo de Claude François, on m’a proposé des cigarettes ou à l’époque des Minitel rose, des sites de rencontre, énumère-t-il. Tout cela c’est refusé évidemment et à côté de cela beaucoup de choses, notamment des pubs sont acceptées ».En faire trop ne semble en tout cas pas effrayer Fabien Lecoeuvre pour qui « quand les choses sont faites pour les artistes de manières posthume, cela correspond toujours à une demande du public ».

La demande n'est cependant pas toujours au rendez-vous, et à force de vouloir s’évertuer à maintenir vivante la mémoire d’artistes disparus, certains ont fini par se dire qu’ils pouvaient carrément les ramener à la vie. En janvier 2017, le spectacle Hit Paradea voulu rassembler sur scène rien de moins que Dalida, Mike Brant, Sacha Distel et Claude François sous forme d’hologrammes. Un tour de force au succès plus que mitigé. Le public n’a pas répondu présent et le spectacle a connu plusieurs problèmes techniques. A tel point que la tournée dans toute la France prévue après les dates parisiennes qui se sont tenues au début de l’année 2017 ont finalement été purement et simplement annulées. Si les fans restent nostalgiques des meilleures années de leurs idoles, pas sûr pour autant qu’ils aient vraiment envie de les voir revenir à la vie.

L'hommage du rappeur Didier Awadi à l'écrivaine militante Aminata Traoré

Le rappeur sénégalais Didier Awadi est connu pour ses textes engagés et panafricanistes. Mais sa réflexion politique n'aurait sans doute pas connu la même évolution sans une rencontre déterminante: celle avec l'écrivaine militante malienne Aminata Traoré à qui il rend hommage.

C’est dans son studio, le studio Sankara, que Didier Awadi reçoit. En dessous vit sa maman, Marie Alice Sylva Evora. Bien évidemment, lorsqu’on a demandé au rappeur d’évoquer une femme qui marque sa vie, il a pensé à elle. Partout dans ses locaux, Awadi a accroché des portraits des militants et activistes du panafricanisme : Sankara, Lumumba, Cabral pour ne citer que ceux-là. La discussion s’engage sur ce terrain et un nom revient sans cesse, celui d’Aminata Dramane Traoré, la seconde maman du chanteur, sa maman « politique ».

« Aminata est généreuse, très généreuse », attaque Didier Awadi. « Elle n’a pas l’âge du hip-hop, mais elle a la curiosité, l’humilité. Et elle sait tendre la perche à des jeunes parce qu’elle croit en leurs idées ». Cette perche, l’écrivaine militante l’a justement tendue il y a plus de 20 ans au rappeur qui était alors au début de sa carrière, au début de sa découverte du panafricanisme : « Quand on me parle d’une femme activiste qui m’inspire chaque jour, je pense donc à Aminata Dramane Traoré ».

La rencontre

« On s’est rencontré à Bamako, en 1997. Aminata était alors ministre de la Culture », raconte Awadi. « Avec notre groupe, le Positive Black Soul, on a joué dans un festival, elle a demandé à nous rencontrer avec Duggy Tee ». Le rendez-vous est calé dans le restaurant d’Aminata Dramane Traoré. « On arrive, on se salue, il se passe quelque chose. Je vois cette dame très grande, élégante, dans sa tenue africaine. J’ai été impressionné, bluffé par le personnage ».

Didier Awadi et Aminata Dramane Traoré ne sont pas de la même génération, mais ils découvrent que leurs philosophies, leurs idéaux sont proches, la connexion est donc évidente, immédiate. Ce premier jour, la discussion s’engage ainsi sur le militantisme. Didier Awadi explique : « Habituellement, quand on veut nous voir, c’est pour nous tirer les oreilles. Aminata avait entendu notre chanson qui dit "l’Afrique n’est pas démunie mais seulement désunie". Elle demande qui a écrit ce texte. On répond presque timidement que c’est nous. Elle nous dit qu’elle aime beaucoup. Je pense qu’elle se retrouvait dans cette chanson, on avait mis des mots sur son combat. Et c’est comme ça que tout a démarré ».

Adopté

Si parfois le temps casse les liens, entre l’écrivaine et le rappeur, au contraire, les années n’ont fait que renforcer leur relation. « Depuis ce jour, elle m’a adopté, je l’ai adopté », explique le rappeur. « C’est une intellectuelle très rigoureuse, Sankara disait qu'il faut une formation politique et idéologique. Aminata a accéléré ma formation politique et idéologique, car elle est rigoureuse autant dans sa démarche littéraire, scientifique et économique ».

Cette formation sur le tas se concrétise dans des actes concrets. « C’est chez elle que j’ai préparé mon album "Un autre monde est possible", notamment le morceau "J’accuse" travaillé dans sa cour avec Toumani Diabaté à la kora ». Pour affiner ses textes, Awadi s’appuie sur les causeries avec l’écrivaine, mais aussi sur ses livres. « Je me suis beaucoup inspiré de ses écrits. Si tu cherches de l’inspiration, il faut lire "Le viol de l’imaginaire". "L’étau" aussi m’a beaucoup inspiré, qui parle de la dette des pays du tiers-monde ».

«Elle ne fuit pas son rôle»

Ces échanges permanents entre Bamako et Dakar poussent la militante à aller plus loin, à emmener Didier Awadi à la rencontre d’activistes, de chercheurs partout dans le monde. « C’est une personnalité qui n’arrête pas de chercher. Elle est en perpétuel questionnement, quitte à avoir des positions impopulaires, mais elle prend ce risque car c’est son rôle d’intellectuelle. Elle ne fuit pas son rôle ». Awadi se retrouve ainsi embarqué en Amérique du Sud. « C’est elle qui m’a emmené au premier forum social mondial à Porto Alegre puis à d’autres en Afrique. Elle m’a fait rencontrer des intellectuels, des économistes, des gens qui réfléchissent ». Dans le pas d’Aminata Traoré, le rappeur peut ainsi plonger dans des sujets qui l’intéressent. « C’est là que j’ai compris ce qui se passait avec les accords de partenariat économique. C’est en 2005 que je rencontre par exemple Nicolas Agbohou et d’autres intellectuels africains qui nous expliquent quels sont les vrais enjeux sur le franc CFA ».

Seconde maman

Didier Awadi a toujours maintenu les échanges. « Aminata lit mes textes, je lis les siens. Elle continue de m’accompagner et notre relation va plus loin ». Cette nouvelle étape, familiale cette fois, s’est déroulée le jour où Aminata a rencontré la mère du musicien. « Elle est venue à Dakar, elle a tenu à voir ma mère. Elle lui a dit "Madame, Didier n’est pas votre fils à vous tout seul, c’est mon fils aussi". Ma maman avait beaucoup entendu parler d’elle, elle lui a dit "franchement je suis d’accord avec vous". Maintenant officiellement je peux le dire, j’ai deux mamans ».

Militantisme et affection sont donc liés dans cette rencontre. « Aminata est humaine, elle n’est pas un prophète. Et on a besoin de femmes de cette trempe en Afrique. Quand les femmes assurent le leadership, les hommes suivent facilement. On a tellement essayé avec les hommes, ça n’a pas vraiment marché, il est temps que l’on fasse plus confiance aux femmes ».

RFI

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