Connaître, où mieux connaître pour certains d’entre vous le président du nouveau mouvement politique « Un Autre Avenir » tel est l’objet de cet entretien intimiste avec Ibrahima Thiam.
Lorsqu’on demande à Ibrahima Thiam s’il n’éprouve pas une certaine nostalgie d’avoir quitté le Sénégal pour s’installer en France, il répond avec un peu de mélancolie dans le regard : « Aussi loin que porte mon regard lorsque je me retourne sur mon passé, je vois toujours mon pays d’origine, mes parents trop tôt disparus, ma vie de Kaolack, avec beaucoup d’émotion et une très grande fierté. Mes racines sont ancrées au plus profond dans le sol de notre pays même si, comme beaucoup de Sénégalais de la diaspora, j’ai fait mes études et ma vie professionnelle en France et que je m’y suis épanoui, avec ma famille. Je n’entends rien renier car ce n’est pas ainsi que l’on peut construire quelque chose, mais le temps est venu pour moi de servir le Sénégal ».
Alors bien évidemment se pose la question : Pourquoi dans ces conditions créer le mouvement politique Un Autre Avenir alors qu’il en existe déjà plusieurs centaines et en quoi celui-ci est-il différent des autres ? La réponse ne se fait pas attendre : « D’où je suis, dans mon pays d’adoption, la France, j’ai toujours aidé les miens restés au Sénégal, c’était d’ailleurs la raison, comme tant d’autres, de mon départ et de mon installation ici, à Paris. Je pense sur ce point, avoir rempli mon devoir, car c’est un véritable crève-cœur, un sacrifice de quitter sa terre natale. Personne ne le fait avec plaisir. Aujourd’hui quand on voit le nombre de migrants, y compris d’origine sénégalaise, qui encourent des risques immenses pour rallier l’Europe c’est une véritable tragédie personnelle pour les intéressés en même temps qu’un terrible constat d’échec collectif pour une nation quand force est de constater qu’elle n’a pas su retenir les siens en leur permettant d’avoir une vie décente sur place. Les frontières, partout, se referment, et il faut à ces migrants africains braver tous les dangers en traversant des pays au péril de leur vie avant d’affronter une traversée périlleuse de la Méditerranée. Dans ces conditions l’impératif est de tout mettre en œuvre pour assurer demain le développement économique et social du Sénégal afin de fixer les populations sur son sol. Et cela répond à la question posée. Mon objectif en présidant aux destinées de ce nouveau mouvement dépasse ma simple personne. Il est dicté par mon souci du bien public, du bien-être général exclusivement. Mon unique ambition est de contribuer à faire demain du Sénégal un pays de référence en Afrique. De lui permettre d’affronter le 21e siècle avec bien sûr les réserves naturelles qui sont les nôtres, l’agriculture, la pêche, le tourisme, le gaz, et le pétrole par exemple, mais surtout les richesses intellectuelles de notre jeunesse de plus en plus attirée par l’entreprise et en particulier la création de start-ups. Une jeunesse actuellement frustrée. Mais ce développement n’est possible qu’au prix de réformes importantes qu’il nous faut entreprendre dans les domaines, démocratiques, institutionnels, administratifs, économiques, sociaux, etc. Dans les semaines qui viennent notre Mouvement Un Autre Avenir va participer, et enrichir, le débat public et nous serons source de propositions, au-delà de toute idéologie, toute polémique et en dehors de tout esprit partisan. Nous sommes nombreux, autant au Sénégal que parmi les sénégalais installés à travers le monde à réfléchir à des solutions nouvelles, certaines s’inspireront d’exemples puisés à l’étranger lorsque leur bien-fondé sera démontré, d’autres seront innovantes et le fruit de nos réflexions individuelles ».
Evidemment une interrogation vient immédiatement à l’esprit et il faut en avoir le cœur net : Pourquoi se mêler aujourd’hui de la vie politique au Sénégal lorsqu’on a une situation professionnelle assurée en France, et est-on légitime pour le faire ? Ibrahima Thiam balaie d’un revers de la main ce qui, il le sait, ne manquera pas de lui être opposé à l’avenir : « Occuper les fonctions de Secrétaire général d’un centre de recherche (INSERM-UPMC) est pour moi une expérience incomparable où je suis confronté quotidiennement à l’animation et la coordination d’équipes de chercheurs, à la préparation des budgets, la passation de marchés en programmant et planifiant les achats ainsi qu’en rédigeant les cahiers des charges, en recrutant des personnels, et en mettant en œuvre des plans d’action cohérentes avec les missions du Centre de recherche. Mais là ne s’arrête pas mon rôle, il me faut aussi rechercher des partenariats, des sponsors pour l’organisation et le financement de colloques, de séminaires, de manifestations scientifiques, etc. Alors on me rétorquera que la bonne volonté ne suffit pas et que la direction d’un pays ne se compare pas avec celle d’une entreprise aussi prestigieuse et importante soit-elle. Sans doute, mais il y a cependant des facteurs incontournables propres aux deux et de grandes similitudes. La bonne gestion des fonds publics est une exigence dans les deux cas, de même qu’une bonne administration des personnels. Mesurer les coûts d’une réforme et évaluer son bien-fondé est également essentiel. Mes fonctions actuelles m’obligent à être très scrupuleux en matière de gestion publique, elles exigent de moi des capacités managériales en même temps que d’avoir une vision d’avenir pour le Centre de recherche. Ce sont là autant de responsabilités qui exigent une connaissance approfondie de la règlementation juridique, administrative et financière. Pour l’Etat comme pour une entreprise cela s’appelle de la bonne gouvernance. La récente élection en France d’Emmanuel Macron a démontré qu’on peut être un grand serviteur de l’Etat et en même temps s’inspirer des méthodes entrepreneuriales qui réussissent, à l’image des start-ups. Il n’est pas contradictoire en effet de vouloir l’efficacité des services publics dans les grands secteurs de la société (Défense, sécurité, santé, éducation, etc.) et en même temps favoriser l’innovation, libérer les énergies et la créativité dans le pays, favoriser l’émergence de nouvelles industries, de nouveaux commerces, des PME-PMI, et permettre le rayonnement de la culture, afin de rendre le Sénégal plus compétitif à l’heure de la mondialisation. Et en ce sens mon expérience peut être utile à l’avenir et au développement de notre pays ».
A ce stade de l’entretien une question subsiste, quand bien même elle est un peu provocatrice : Vous incarnez ce nouveau mouvement Un Autre Avenir mais le Sénégal n’attend pas après un homme providentiel, quand bien même il serait quinquagénaire, alors en quoi votre démarche se veut-elle originale ? « Certains penseront qu’il est plus facile de dire tout cela depuis la France, lorsqu’on a une position privilégiée. Je peux l’entendre mais j’ai envie de poser à mon tour une question à ces personnes : Plutôt que de voir les fils et les filles du Sénégal émigrer vers des cieux plus cléments, ne vaut-il pas mieux accueillir ceux qui estiment devoir rendre à leur pays ce que celui-ci leur a apporté ? On n’empêchera pas dans les mois qui viennent ces déplacements de population vers l’Europe, cela demandera du temps, des efforts, mais j’ai envie, avec mes amis, de me mettre au service du Sénégal pour que tous ensemble nous trouvions des solutions aux problèmes endémiques que connaît notre pays, la précarité de certaines catégories de la population aussi bien dans les grandes villes qu’en milieu rural et leur désir de trouver ailleurs un avenir meilleur. Notre mouvement Un Autre Avenir aspire à donner un nouveau souffle au Sénégal en lui apportant le meilleur de nous-mêmes, un savoir-faire acquis pour certains en Europe, pour d’autres en Asie où aux Etats-Unis. Aujourd’hui nous ne pouvons pas accepter de voir notre élite, notre jeunesse quitter le pays qui a tant besoin d’elle. Nous plaidons au contraire pour un retour au Sénégal du plus grand nombre de ses enfants et nous sommes certains que très vite notre voix portera pour un autre avenir du Sénégal.
Que dire de plus au terme de cet entretien si ce n’est que nous avons eu en face de nous un homme qui fort de son expérience politique est plus déterminé que jamais et qui entend bien désormais lier son sort à l’avenir du Sénégal en portant haut les valeurs et les couleurs de son mouvement Un Autre Avenir.


Réalisé par Moussa Ndaw

 

En ce début de XXIe siècle, on se promène, 
on randonne, on trekke... Mais pourquoi un tel engouement pour la marche, dans le siècle 
de la vitesse ?


Vitesse, rapidité, productivité, compétition... À l'heure des trains à grande vitesse, des communications instantanées sur le Net entre les points les plus éloignés de la planète, des scores et des hit-parades, il est une passion qui se développe, aux antipodes des valeurs de la modernité ambiante. Une passion qui, si elle a toujours existé, semble ne pas faiblir, et même se revigorer tandis que le monde s'accélère.


Que nous dit cet engouement pour la marche, les randonnées, les treks qui s'observe aujourd'hui dans les pays les plus avancés, et dans toutes les couches de la population ? Des rayons entiers, des librairies même, sont consacrés aux récits de marcheurs, qui racontent leur périple, suscitant à leur tour de nouvelles vocations.
Tel alpiniste entreprend de faire le tour de la France par les frontières (Lionel Daudet, Le Tour de France exactement, 2014) ; telle « aventurière » suisse raconte ses trois ans de marche extrême de la Sibérie au sud de l'Australie (Sarah Marquis, Sauvage par nature, 2014). En 2005, Alexandre et Sonia Poussin livraient deux volumes pour narrer leurs trois années d'un passionnant périple africain – 14 000 km le long du grand rift dans les pas des premiers hommes (Africa Trek) ; leur ami Sylvain Tesson, dont on ne compte plus les ouvrages sur le sujet, refait la marche des évadés du goulag, de la taïga iakoute à la colline ensoleillée de Darjeeling (L'Axe du loup, 2004)...


Ce sont aussi la philosophie et les sciences humaines qui se sont emparées de ce phénomène. Tout récemment, un généticien qui se fait sociologue (Axel Kahn) et un historien (Antoine de Baecque) ont rejoint cette vague très en vogue des écrivains voyageurs. Et comme on ne se refait pas, même lorsque l'on choisit de s'extraire du monde en s'immergeant de longues journées dans la nature avec ses pieds pour seul moyen de locomotion, on reste lorsque l'on marche, qui un historien, qui un observateur attentif des évolutions sociales. Chacun apporte une justification à son périple, avec son regard de spécialiste, et une pierre à l'édification de ce que l'on peut voir comme un monumental éloge de la marche...


La société vue des sentiers


Dans la prestigieuse « Bibliothèque des histoires » de Gallimard, A. de Baecque nous livre sa passion pédestre avec ce qu'il appelle un « essai d'histoire marchée ». C'est lors d'un arrêt dans sa carrière (l'université ne lui a pas accordé de poste), qu'il décide de partir faire la grande traversée des Alpes sur le célèbre GR5, emprunté par tous les amateurs de montagne : 650 km du lac Léman aux confins de Nice, à travers les différents massifs, du Mont-Blanc au Mercantour. Le prétexte pour lui de retracer l'histoire de la création des sentiers de grande randonnée, de leurs passionnés fondateurs, de ces associations comme le Touring club de France, les scouts ou les fondateurs des auberges de jeunesse qui initièrent, dès le début du XXe siècle, et plus encore avec l'apparition des congés payés, la randonnée comme un loisir populaire.

Le grand géographe Élysée Reclus voyait dans l'histoire de la montagne, tout comme dans celle de la planète, un mouvement de destruction et de recréation incessant. Les sentiers que foule A. de Baecque ne sont pas seulement ceux des « néotouristes » contemporains : ils empruntent les routes des pèlerins du Moyen Âge, des soldats des armées de l'Ancien Régime, de Napoléon et des éléphants d'Hannibal. Celles commerciales des colporteurs et des contrebandiers, ou les drailles agricoles tracées par les troupeaux des bergers durant les transhumances...

Chaque étape du parcours de ce marcheur-historien est ainsi l'occasion d'une plongée dans l'histoire. Une histoire environnementale aussi, puisque le trajet reflète les divers aménagements du territoire, les initiatives de protection de la nature dans les parcs nationaux tout aussi bien que les dégradations produites par des aménagements touristiques souvent agressifs. Un constat parfois « accablant » selon les mots de l'auteur que font aussi nombre de ¬marcheurs, lorsqu'ils doivent traverser les interminables espaces périurbains bitumés et bétonnés, surgis dans le 
paysage de ces dernières décennies.


Lui aussi grand marcheur, A. Kahn confie avoir toujours éprouvé le besoin de ces « parenthèses enchantées » que sont les randonnées pédestres, durant sa trépidante vie professionnelle et publique. Ce généticien, qui a présidé l'université Paris V, auteur prolifique à travers ses livres et ses conférences, décide, à l'aube de sa retraite, de traverser la France des Ardennes au Pays basque. Dans les années 1970, Chemin faisant, le livre d'un talentueux écrivain-marcheur avait marqué les esprits. Jacques Lacarrière, qui avait déjà parcouru l'Hexagone selon cette même diagonale nord-est/sud-ouest, y décrivait de sa plume joviale une société rurale repliée sur elle-même et quelque peu méfiante vis-à-vis des intrus de passage, tel le vagabond qu'il représentait. Les campagnes des années 1970 étaient restées encore très en retrait des évolutions économiques et sociales qui commençaient à se faire jour dans les milieux plus urbains de l'après-68.

C'est une tout autre France que rencontre A. Khan quarante ans plus tard. Le long de son périple, il a multiplié les rencontres et les débats, prêtant une oreille attentive à une France qui se vit comme laissée pour compte. Les ravages de la désindustrialisation et des crises endémiques depuis plusieurs décennies lui donnent le sentiment d'un pays profondément blessé, « en sécession » : dans le quart nord-est, où ont disparu métallurgie, clouteries, fonderies tout comme les petites unités textiles, il note que « ces gens sont en majorité convaincus que le pire est certain, qu'un monde auquel ils sont attachés ou croient l'avoir été s'est effondré ou s'effondrera ».
L'euphorie après l'effort
Mais que l'on ne s'y trompe pas. Les Pensées en chemin d'A. Kahn (2014) comme La Traversée des Alpes d'A. de Baecque (2014) ne se réduisent pas à des considérations historiques ou sociologiques. Si le marcheur perçoit le monde qu'il traverse au prisme de ses centres d'intérêt, tous font état du bonheur que procure la fréquentation de la nature, cette euphorie qui survient après de longues journées d'efforts, ce sentiment de libération qui autorise des pensées plus profondes... « Lorsque le regard s'éloignait de l'obstacle, écrit A. Kahn arrivé dans les Pyrénées, tout contredisait le rude effort qu'il faudrait fournir bientôt, les reliefs émoussés de ce paysage glaciaire constellé de lacs, son herbe rase et dorée à la végétation rare, quelques isards craintifs, les marmottes dressées méfiantes à proximité de leur terrier, leur sifflement d'alerte déchirant brutalement l'épaisseur du silence. Je ne sais ce qu'est le paradis auquel je ne crois guère mais en accepterait une telle image. »
Est-ce parce que nous sommes des Homo viator depuis la nuit des temps que la marche résonne aussi fortement en tous ceux qui la pratiquent ? Jean-Jacques Rousseau, Friedrich Nietzsche, Arthur Rimbaud, Milan Kundera, ou Ludwig Wittgenstein... Poètes, romanciers, philosophes... Ils sont nombreux à avoir trouvé leur inspiration à l'air libre et au rythme de leurs pas (encadré ci-dessous).


De mystérieux effets


Euphorie ? Inspiration ? Pourquoi le simple fait de mettre un pied devant l'autre procure-t-il des sensations aussi puissantes ? De nombreux ouvrages tentent d'analyser ces mystérieux effets.


C'est d'abord le caractère désintéressé et marginal de la marche, « activité non rentable » selon le philosophe Frédéric Gros, et que tous soulignent comme s'opposant aux valeurs des sociétés contemporaines. « Trouver un mois de solitude hors du monde est devenu l'épreuve la plus compliquée des hommes actifs et trop pressés d'aujourd'hui », note

A. de Baecque. Pour le philosophe Christophe Lamoure, marcher, c'est s'extraire tout à la fois de l'agitation du monde et de l'immobilisme. « Tous nous connaissons des périodes d'agitation et de prostration et à chaque fois, le sentiment d'être tenus par une force qui nous écrase. »
« Grâce à la route, je me suis mis en marche, grâce à la marche je me maintiens en mouvement et, paradoxalement, c'est quand j'avance que tout s'arrête : le temps et l'obscure inquiétude de ne pas le maîtriser », relate Sylvain Tesson dans son Petit traité sur l'immensité du monde (2006). La lenteur imposée par le rythme de la marche n'est pas, pour F.

Gros, le contraire de la vitesse, mais celui de la précipitation. C'est dans ce nouveau rapport au temps que se font jour les effets de la marche.
D'abord une sorte d'osmose avec la nature qui agit sur le corps et sur la pensée : « Le paysage est un paquet de saveurs, de couleurs, d'odeurs où le corps infuse (...). Je sens en moi le végétal, le minéral, l'animal », nous dit encore F. Gros. Il ne faudrait pourtant pas oublier l'effort que s'inflige le marcheur, la brûlure des ampoules, les douleurs quand le chemin se prolonge, parfois parce que l'on s'est perdu... Mais qu'il s'agisse de gravir un sommet, ou d'atteindre un lieu que l'on s'est fixé pour l'hébergement du soir, la récompense est au rendez-vous dans un sentiment de « plénitude de se sentir exister ».


Un « lâcher-prise », ainsi qualifié par l'anthropologue David Le Breton, qui libère. Si marcher vide la tête, débarrasse des pensées parasites occasionnées par les soucis du quotidien, l'esprit se remplit d'une autre consistance. Au-delà d'un loisir simple et harmonieux, la marche devient alors une sorte de méditation, une forme de sagesse : « Seules les pensées que l'on a en marchant valent quelque chose », affirmait Nietzsche. A. de Baecque lui emboîte le pas : outre l'extase esthétique et physique que lui procure sa grande randonnée à travers les Alpes, la marche est pour lui « le moteur de la pensée ». Une affirmation que les neurosciences tentent aujourd'hui d'élucider (encadré ci-dessous).


Des sociétés assises


C'est l'un de ces retournements de l'histoire dont nos sociétés ont le secret. Réservée pendant longtemps aux vagabonds, aux miséreux ou aux bandits de grands chemins, la marche, qu'elle soit devenue randonnée citadine ou de pleine nature, promenade dominicale ou long voyage de découverte de montagnes ou de déserts, en famille, entre amis ou en solitaire, s'est acheté dans le monde contemporain ses lettres de noblesse.
Plus de sept millions de Français disent la pratiquer régulièrement et les adhérents à la Fédération française de randonnée pédestre ont doublé depuis 2001. Journaliste et grand marcheur, Bernard Ollivier y voit une réaction face « à nos sociétés assises » : 85 % de la population mondiale, selon l'OMS, sont encore considérés comme sédentaires. B. Ollivier a d'ailleurs fondé l'association Seuil qui se propose de réinsérer des adolescents en grande difficulté par la marche à pied.


Un acte de résistance ?


Préconisée par les médecins et les plans de santé publique, la marche possède en outre des vertus qui répondent aux injonctions des sociétés modernes : écologique (pas d'émissions de CO2), économique (peu de matériel), elle s'inscrit dans un tourisme vert qui a le vent en poupe. L'engouement généralisé qu'elle suscite ne manque pas cependant d'être repéré par les enseignes d'articles de sport et autres industries du tourisme. De nouvelles disciplines apparaissent comme la marche nordique, nécessitant bâtons et autres équipements spécialisés. Mais peu importe, la marche reste un acte de résistance face aux valeurs contemporaines liées à la vitesse. Ce que l'on en retient, ce n'est pas la performance mais la présence. « Pas de résultats, pas de chiffres quand on se rencontre, ajoute F. Gros. Le marcheur dira quel chemin il a pris, sur quel sentier s'offre le plus beau paysage, la vue que l'on a depuis tel promontoire. » Certains y voient un exercice libérateur et subversif, une forme de contre-culture valorisant l'errance, une sorte d'antidote aux sociétés hyperplanifiées d'aujourd'hui... Vagabonds de tous les pays, unissez-vous !
À lire
• La Traversée des Alpes.
Essai d'histoire marchée
Antoine de Baecque, Gallimard, 2014.
• Pensées en chemin.
Ma France, des Ardennes au Pays basque
Axel Kahn, Stock, 2014.
• Chemin faisant
Jacques Lacarrière, 1974, rééd. Fayard, 1997.
• Longue marche
Bernard Ollivier, Phébus, 2013.
• Petit traité sur l'immensité du monde
Sylvain Tesson, La Loupe, 2006.

 

« Les modes d'organisation pour favoriser un bon climat scolaire, de l'école, du collège ou du lycée au ministère de l'éducation » en France.


– Mission de prévention et de lutte contre les violences en milieu scolaire
, JRES, Ressources JRES
par André Canvel et Pierre Pilard


Depuis plusieurs années, la question du climat scolaire s'est clairement installée dans le système éducatif français : des projets académiques aux projets d'établissement et d'école ; des préoccupations des professionnels, à celles des élèves, des familles, des partenaires ; dans l'offre académique ou départementale de formation, mais aussi dans les demandes locales de formation ; dans les études menées par des laboratoires universitaires ou par la direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance du ministère de l'Éducation nationale.


Deux enjeux importants persistent néanmoins. D'abord, cet intérêt manifeste n'est pas encore unanimement partagé. Ensuite, il reste assez souvent à développer les compétences et les modes d'action individuels et collectifs qui permettent d'améliorer effectivement le climat scolaire. C'est l'objet que se donne aujourd'hui, au ministère de l'Éducation nationale, la mission de prévention et de lutte contre les violences en milieu scolaire (MMPLVMS) : passer des constats et de l'identification des besoins à la mise en œuvre de stratégies et d'organisations, à tous les échelons du système.


Si l'on s'interroge sur la manière dont l'amélioration du climat scolaire s'organise au sein du système éducatif, on peut distinguer trois plans. Celui des textes législatifs et réglementaires et des structures, pour commencer : le climat scolaire est présent dans la loi de refondation de l'École, dans le référentiel de compétences des métiers du professorat et de l'éducation, dans les contenus d'enseignement (par exemple : enseignement moral et civique, parcours citoyen, parcours éducatif de santé). Du côté des structures, à côté de la MMPLVMS, on peut citer les groupes académiques « climat scolaire » (généralisés en 2016-2017), les équipes mobiles de sécurité, qui interviennent pour gérer les crises mais aussi pour les prévenir, ou encore les référents académiques et départementaux sur le harcèlement.


Ensuite, l'action peut s'organiser autour de notions et de constats relativement stabilisés : état et typologie des violences, état du bien-être ou du mal-être des élèves, composantes du climat scolaire, leviers de son amélioration... À partir de là, l'enjeu est celui de l'engagement collectif, au sein des écoles, des collèges et des lycées : l'application nationale « enquête locale de climat scolaire » permet aux écoles et aux établissements qui en font la demande de bénéficier d'un diagnostic à partir duquel il est possible d'amorcer une démarche d'amélioration du climat scolaire de manière cohérente et informée.


Enfin, trois principes peuvent aider organiser la conduite de l'action :


1. Articuler le climat scolaire avec la réussite des élèves. On parle du « climat scolaire pour et par les apprentissages », dans une relation à double sens : la qualité du climat scolaire favorise les apprentissages et l'enseignement, mais c'est aussi la qualité des apprentissages et des démarches pédagogiques et éducatives qui conditionnent le climat scolaire.


2. Assumer le caractère transversal du climat scolaire : ne pas traiter cette question de manière complémentaire, mais veiller à ce qu'elle traverse effectivement l'ordinaire des pratiques professionnelles et les différents temps scolaires. Il s'agit de faire en sorte que tous les acteurs, quels que soient leurs métiers au sein et autour de l'école, fassent du climat scolaire l'un des paramètres de leur exercice professionnel.


3. Faire de l'école ou de l'établissement ce vers quoi convergent les actions mises en place : aussi bien celle des services départementaux et académiques (accompagnement, formation) et des partenaires extérieurs, que celle des personnels même de l'école ou de l'établissement (inscription de l'action individuelle, propre à chaque métier, dans une finalité commune et partagée).


Contribution de la Mission de prévention et de lutte contre les violences en milieu scolaire, pour la 10ème Journée du refus de l'échec scolaire (JRES)


http://www.lab-afev.org/les-modes-dorganisation-pour-favoriser-un-bon-climat-scolaire-de-lecole-du-college-ou-du-lycee-

jeudi, 28 septembre 2017 08:29

PS : Barth prend enfin ses responsabilités

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Les choses commencent à bouger au Parti socialiste. La rébellion, après avoir échoué à se faire entendre, malgré tout le bruit créé autour de l’affaire du saccage de la maison du parti et le dossier Khalifa Sall, semble vouloir rentrer dans les rangs. Ce, non pas pour se ranger derrière son Secrétaire général, Ousmane Tanor Dieng, mais pour le défier en toute légalité.

Et c’est Barthémemy Dias, en tant que premier adjoint à la vie politique du PS, membre du secrétariat exécutif et du comité central, qui a décidé de faire face au maire de Nguéniène dont le mandat arrive à terme en juin 2018. A en croire le maire de Mermoz, Sacré-Cœur, c’est une candidature de principe et de valeur. Il appelle donc ses camarades socialistes à ne pas se ridiculiser en 2019 en ne présentant pas un candidat à la Présidentielle.

Il faut dire que c’est la seule solution qui vaille si Khalifa Sall et ses affidés veulent prendre les rênes de leur formation politique. On l’a toujours dit, le maire de Dakar a laissé filer sa chance en ne se présentant pas lors du congrès de 2014. Ainsi, vouloir prendre les commandes des mains de Tanor n’est ni plus ni moins qu’un hold up. Aussi, en décidant de se présenter contre Tanor, Barthélemy Dias prend-t-il enfin ses responsabilités. La balle sera maintenant dans le camp des Verts, renouvelleront-ils leur confiance en Tanor ou le remplaceront-ils par Dias-fils.

jeudi, 28 septembre 2017 08:26

Football: le PSG enfonce le Bayern en Ligue des champions

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Le Paris Saint-Germain (PSG) a battu le Bayern Munich 3-0 dans le groupe B de la coupe d’Europe (Ligue des champions) de football, ce 27 septembre 2017. Le PSG a au passage enfoncé un peu plus le club allemand, qui vit un très mauvais début de saison.

Le Paris Saint-Germain (PSG) réalise décidément un début de saison quasiment parfait, avec neuf victoires en dix matches, toutes compétitions confondues.

Après avoir écrasé le Celtic Glasgow (5-0), le PSG a donné une leçon d’efficacité au Bayern Munich en coupe d’Europe de football (Ligue des champions UEFA), ce 27 septembre 2017.

Une ouverture du score rapide

Au bout de 85 secondes, le latéral droit Dani Alves ouvre en effet le score en glissant le ballon entre les jambes du gardien adverse Sven Ulreich. Tout est parti d’une percée et d’une passe décisive signées Neymar. La défense bavaroise était tellement obnubilée par le Brésilien et de ses deux coéquipiers en attaque, Edinson Cavani et Kylian Mbappé, qu’elle a laissée Dani Alves débouler tranquillement.

La suite ? On assiste à une nette domination dans le jeu de la part du Bayern Munich. Le club allemand tente d’égaliser rapidement pour oublier son entame de match catastrophique. Son avant-centre, Robert Lewandowski, force ainsi Alphonse Aréola, le portier parisien, à réaliser une belle parade (18e).

Le trio Mbappé-Cavani-Neymar fait le show

A l’autre bout du terrain, le trio offensif du PSG multiplie les contre-attaques dangereuses, comme à la 31e minute. Sur une remise en retrait de Mbappé, Cavani loge le ballon dans la lucarne d’une frappe du plat du pied droit : 2-0.

En seconde période, les trois hommes poursuivent leur show. Cavani (37e, 58e) et Neymar (50e, 54e) gâchent ainsi plusieurs occasions de creuser l’écart, au score. Le Brésilien et l’Uruguayen, qui s’étaient disputés pour tirer des penalties lors d’un match de championnat de France, se réconfortent mutuellement.

Est-ce une simple amabilité entre les deux Sud-Américains pour tordre le cou aux polémiques ou une véritable complicité naissante ? C’est en tout cas Mbappé qui trouve une nouvelle fois la solution. A la 63e minute, le jeune Français se joue de la défense adverse et centre. Neymar se jette sur le ballon, mal dégagé : 3-0.

Ça va mal au Bayern

Si tout sourit aux Parisiens, on ne peut pas en dire autant du Bayern Munich. Le champion d’Allemagne peine en effet à être convaincant, ces dernières semaines. Il tentera de se relancer le 18 octobre contre Glasgow.

De son côté, le PSG pourrait faire un grand pas vers les huitièmes de finale, en cas de succès face à Anderlecht (Belgique), toujours dans le groupe B de la Ligue des champions.

 

Abdoulaye Wade a choisi un jour particulier, le 26 septembre, date des célébrations des 15 ans du naufrage du Joola, pour répondre au président Macky Sall. L’ex-chef de l’Etat sénégalais arrivé deuxième des législatives avec sa coalition a été invité à participer au dialogue national. Pour le moment, il a adressé un refus catégorique à son successeur.

C’est au siège du Parti démocratique sénégalais, bondé, dans une atmosphère électrique qu’Abdoulaye Wade a pris la parole mardi. Pour la première fois depuis son retour en juillet, l’homme fort du parti qu’il a créé en 1974, a présidé la réunion du comité directeur. Il estime que Macky Sall ne montre aucun signe de bonne volonté pour dialoguer.

« S’agissant de ce que Macky Sall appelle le dialogue, le comité directeur note qu’il n’est pas dans l’attitude d’un homme qui veut dialoguer », a estimé l'ex-chef de l'Etat.

Abdoulaye Wade s’est exprimé durant 40 minutes, le plus souvent en wolof. Visiblement, il considère que les récentes législatives, ratées et truquées d’après lui, auraient dû entraîner des réformes en vue de la présidentielle 2019. « Il est en présence d’une série de problèmes qu’il pourrait résoudre aussi rapidement qu’il les a créés, mais qu’il n’aborde même pas, espérant faire passer le produit de sa turpitude au compte des profits et des pertes de l’élection. Macky Sall veut tromper l’opinion », a-t-il lancé.

Même s’il se veut direct, Abdoulaye Wade, en fin politicien, cherche clairement à faire pression sur Macky Sall, mais ne ferme pas la porte à des discussions. S’ils s’opposent, les deux hommes appartiennent néanmoins à la même famille des libéraux.

RFI

Les deux poids lourds de la classe politique sénégalaise se toisent. Il y a quinze jours, le président Macky Sall a appelé au dialogue politique. Il souhaite discuter notamment du statut du leader de l'opposition et de l'organisation de la prochaine présidentielle en 2019. Un dialogue refusé pour le moment par l'ex-chef de l'Etat Abdoulaye Wade. Un blocus politique qui fatigue la population.

Ils n'ont qu'à travailler. Il n'ont qu'à travailler ensemble, main dans la main.

Les Sénégalais lassés des éternelles querelles politiques

RFI

Une Tunisienne, un Marocain, un Ivoirien et un Sénégalais apparaissent dans le "classement 2017 des 100 jeunes leaders mondiaux" du Forum économique mondial de Davos.

Plusieurs Africains figurent dans la prestigieuse liste des 100 « jeunes leaders mondiaux » (« Young Global Leaders ») rendue publique par le Forum économique mondial. Connu pour sa réunion annuelle des dirigeants du globe à Davos, cet organisme choisit chaque année une centaine de personnalités de moins de 40 ans  – hommes et femmes d’affaires, fondateurs d’ONG, engagés en politique, scientifiques – qui « relèvent les défis les plus complexes avec une approche innovante ».

« Chaque année, nous sélectionnons les hommes et femmes de moins de 40 ans les plus innovants, entreprenants et soucieux des questions sociales, et qui repoussent les limites pour repenser le monde dans lequel nous vivons », détaille dans un communiqué l’institution qui récompensait l’an dernier des personnalités telles qu’Emmanuel Macron ou Amal Clooney.

La moitié des lauréats sont issus de pays émergents.

Petite particularité de cette année : sur la cuvée 2017, non seulement les femmes sont majoritaires mais la moitié des lauréats sont issus de pays émergents, « ce qui reflète une évolution vers plus de diversité dans le leadership global », note le Forum, même si les lauréats originaires d’Amérique du Nord et d’Europe trustent toujours une part importante des places − respectivement 24 et 17 −. On retrouve tout de même dans ce classement une Tunisienne, un Marocain, un Sénégalais et un Ivoirien.

Mouhamed Moustapha Fall fait ainsi partie cette année des heureux élus. Après avoir  obtenu une bourse de recherche postdoctorale de la prestigieuse fondation Alexander-Humboldt de l’Université Goethe de Francfort, en Allemagne, ce jeune Sénégalais est désormais titulaire de la chaire de mathématiques à l’Institut africain des sciences mathématiques (AIMS) du Sénégal, financée par cette même fondation.

Abdourahmane Cissé nominé

Du côté des personnalités politiques, on retrouve le nom d’Abdourahmane Cissé, titulaire du portefeuille du Budget en Côte d’Ivoire. Né en 1981, ce diplômé de l’École Polytechnique, ancien trader pour Goldman Sachs, est revenu au pays après la victoire d’Alassane Dramane Ouattara avant de devenir à 32 ans, en 2013, le plus jeune membre du gouvernement actuel.

Vient ensuite Mohamed Alami Berrada, directeur général chez Yasmine Orfèvres de l’Immobilier, une agence de construction de logements qui privilégie les espaces verts et les jardins suspendus. Le Marocain est l’un des co-fondateurs de l’Initiative Tariq Ibnou Ziyad (Tizi), qui se présente comme un « réseau politique indépendant et non-partisan ».

Enfin, Faten Kallel permet à nouveau à la Tunisie de tirer son épingle du jeu dans le classement. Titulaire d’un MBA de Paris-Dauphine, cette ancienne consultante en management, membre du parti Afek Tounes, a intégré le gouvernement de son pays en tant que secrétaire d’État chargée de la Jeunesse auprès de la ministre de la Jeunesse et des Sports.

Les Tunisiennes en force dans le classement

L’an dernier déjà, deux autres Tunisiennes intégraient le classement des « Young Global Leaders ». La première, Amira Yahyaoui, n’est autre que la présidente et co-fondatrice de l’ONG de défense de la transparence politique Al Bawsala (« la Boussole », en arabe).

Wafa Makhlouf Sayadi, à la tête de la société Proclean, s’est quant à elle lancée dans l’entrepreneuriat social dès 2003 avec un projet consacré à la collecte des déchets ménagers et le nettoyage des plages tunisiennes. En 2011, elle a aussi été élue à la présidence du Centre des jeunes dirigeants d’entreprise de Tunisie (CJD), et est désormais députée du parti Nidaa Tounes.

jeudi, 28 septembre 2017 08:07

Compétitivité : la Tunisie fait du surplace

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Freiné par sa bureaucratie et une corruption endémique, le pays ne décolle pas dans le classement de compétitivité de Davos. Ces piètres performances ne sont pas sans inquiéter les observateurs économiques, qui regrettent le manque de réactivité des pouvoirs publics.

La Tunisie se maintient au 95e rang (sur 137) dans le classement 2017-1018 de la compétitivité réalisé par le Forum économique mondial (FEM), avec le même score de 3,93 sur 7 qu’en 2016. 32e et premier pays africain en 2010, la Tunisie est désormais le troisième pays maghrébin et le 9e du continent, derrière Maurice (45e), le Rwanda (58e), l’Afrique du sud (61e), le Botswana (63e), le Maroc (71e), l’Algérie (86e), la Namibie (90e) et le Kenya (91e).

« Ce niveau médiocre laisse un goût amer, car chaque année, les commentaires sont les mêmes, notamment sur l’absence d’une politique d’investissement », se désole Walid Bel Hadj Amor, vice-président d’Instauring an Advocacy Champion for Economy (IACE), un think-tank entrepreneurial partenaire du Forum économique mondial.

Sans surprise, l’inefficacité de la bureaucratie (18,1%) et la corruption (11,6%) sont les deux principaux freins à la compétitivité, selon cette étude menée auprès des décideurs tunisiens. « Le pouvoir politique alimente le cercle vicieux en laissant proliférer la corruption et le marché parallèle et en renforçant la pression fiscale sur le marché formel », dénonce le dirigeant de l’IACE dans une critique du projet de loi de financement qui prévoit d’augmenter la TVA de 12% à 19%.

Des progrès dans l’enseignement supérieur et la formation

La Tunisie a cependant progressé sur sept des douze piliers de l’indice, dont un bond de onze places pour l’enseignement supérieur et la formation. Le pays a, en revanche, reculé sur quatre autres catégories dont la flexibilité du marché de l’emploi (-2 places), une catégorie dans laquelle il ne devance que le Yémen et la Mauritanie. « C’est un résultat inquiétant pour l’attractivité notamment du sud du pays », commente Majdi Hassen, directeur exécutif de l’IACE. L’environnement macro-économique passe, lui, de la 99e à la 109e place. La dégradation du dinar, qui plombe les critères de déficit budgétaire (-10 places) et de la dette publique (-7 places), n’y est pas étrangère.

Majdi Hassen met également en garde contre l’absence d’investissement dans les infrastructures de transport ferroviaire, aérien et portuaire, ainsi que contre le vieillissement des équipements technologiques, notamment des réseaux de connexion internet, qui se développent très vite dans les autres pays. « Cela pourrait nous coûter des places dans le prochain classement », assure-t-il.

L’IACE estime en revanche que la Tunisie pourrait facilement rattraper son retard dans les domaines de la sécurité, de la lutte contre la criminalité et du terrorisme grâce à une amélioration notable des politiques en la matière. La Tunisie est passée du 28e au 128e rang concernant le coût du terrorisme depuis la révolution.

Jeune  Afrique

PHILOSOPHIE / Un philosophe est un flambeur par Jean-Toussaint Desanti


Dans notre série Qu'est-ce qu'un philosophe ?

Jean-Toussaint Desanti : Un philosophe est un flambeur
Propos recueillis par François Ewald
In magazine littéraire n° 339 Janvier 1996

Jean-Toussaint Desanti est né en 1914. Il fait un peu figure de patriarche de la philosophie française. Spécialiste de philosophie des mathématiques, il a publié en 1992 un livre d'entretiens (Réflexions sur le temps, variations philosophiques I, avec Dominique-Antoine Grisoni, éd.Grasset) sur la notion de temps, et est en train d'élaborer, à son tour, une réponse à la question : qu'est-ce que la philosophie ? Après avoir donné sa vision de la situation de la philosophie, il illustre la figure du professeur à travers un émouvant portrait de François Châtelet.

Q - Il y a dix ans disparaissait une grande figure de la philosophie française, François Châtelet.

J.T. Desanti - François Châtelet était un professeur : quelqu'un qui donne ce qu'il croit savoir en partage, quelqu'un qui a sinon la certitude, du moins la conscience assurée de posséder ce qu'il croit savoir que dans le moment où il le fait partager, dans le moment où il y a non seulement échange mais mise en œuvre commune. En ce sens, c'était un homme de communication, dans le sens profond du mot ; c'était un homme d'accueil, un homme de partage du sens ; ce n'était pas un gardien jaloux de ce qu'il croyait savoir. Cela transparaissait dans son aspect, dans sa façon d'être. La stature de François Châtelet, sa façon de se poser comme corps, était celle d'un homme rassurant. Il se présentait dans le monde comme témoin d'une région de tranquillité. En tout cas j'avais tendance, moi qui suis très petit et lui très grand, à me sentir à l'abri lorsque j'étais près de lui.

Q - J'ai le souvenir d'une très grande générosité.

J.T. Desanti - C'était à la fois de la générosité, et plus que de la générosité. Sa générosité se fondait sur le fait qu'il ne pouvait pas se définir ni s'accepter comme un penseur solitaire. La communication lui était pour ainsi dire substantiellement immanente.

Q - Dans l'histoire de la philosophie, y a-t-il d'autes exemples de cette figure philosophique ?

J.T. Desanti - Socrate était sans doute comme ça. Mais je suppose que la plupart des philosophes ont à un moment de leur vie éprouvé cette exigence du partage, cette recherche du partage. Tous ne l'ont pas satisfaite, mais tous l'ont éprouvée, tous ont cherché à réassurer leur parole dans la parole de l'autre.

Q - La différence de François Châtelet n'était-elle pas que la générosité chez lui était attentive à la demande de l'autre ?

J.T. Desanti - Elle consistait à se réassurer, en répondant à la demande de l'autre, de ce qu'il projetait lui-même comme travail pour la vérité. François Châtelet était un travailleur du vrai. Si on n'a pas de projet pour l'assurance concernant le sens de ce qui est dit, il n'y a pas de travail de la pensée possible. Même si on ne sait pas ce que veut dire être vrai, il reste qu'on garde l'exigence de parvenir à la prise de possession d'un sens communicable, répétable, susceptible d'être prolongé devant l'autre. Car ce que l'on dit, on le dit toujours devant l'autre même si on parle tout seul, même lorsqu'on lit un texte. Le déjà pensé, il faut se le recommuniquer à soi-même comme à un autre. On est toujours dans cette situation. François Châtelet avait compris cela, pour ainsi dire par abondance de nature. C'est ce qui fait son poids dans l'histoire de la philosophie.

Q - Peut-on dire que la philosophie soit aujourd'hui " éclatée " ?

J.T. Desanti - Elle est en effet éclatée, parce qu'il n'y a pas de point fixe, ni de région repérable où le travail de la pensée puisse s'installer de façon à mettre en œuvre une démarche unitaire. Il n'y a de point fixe ni du côté du sujet ni du côté de ce qu'on pourrait nommer un concept fondamental, un maître concept. Le champ d'expériences signifiant se trouve privé de connections fondamentales. C'est ainsi, par exemple, que l'on ne peut pas actuellement constituer un concept du temps qui permettrait de saisir l'ensemble de ses expériences - le temps de l'histoire, le temps de la physique, le temps de l'expérience interne, le temps du remords, le temps de l'angoisse, le temps de la mort et le temps de la naissance, le temps de l'écart et le temps de l'oubli, le temps dans lequel les choses changent et demeurent -, dans une démarche unitaire, alors même que nous soupçonnons que toutes ces formes d'expériences du temps renvoient à un temps unique. Ramener l'une de ces expériences à l'autre vous place devant une région de failles, devant un problème, celui-là même que Kant avait repéré lorsqu'il explique que le temps de l'appréhension du phénomène n'est pas le temps dans le phénomène.

Q - Cette situation de la philosophie est-elle neuve ?

J.T. Desanti - On a toujours eu affaire à des formes d'expériences, à des formes de cultures différenciées. Le travail de la pensée consiste à la ressaisir avec l'exigence de s'installer dans un point vide, un point zéro, un point d'où il semble qu'on doive tout reprendre. Malheureusement ou heureusement, ce point zéro, ce point de recommencement, ce point de rebroussement ne se laisse pas déterminer avec évidence.

Q - Vous avez pourtant connu la domination sinon de grands systèmes, du moins de grandes synthèses comme le marxisme ou la phénoménologie.

J.T. Desanti - On n'a jamais à faire qu'à une apparence du système. Prenons Hegel : voilà un bloc d'énoncés qui se présente comme " le " système. Mais pour y entrer, on doit s'installer en un point déterminé et le remettre en mouvement. Sinon le système reste incompris, jusque dans sa nature même. Ou bien vous le répétez et c'est inutile, ou bien vous le mettez en œuvre, et vous le remettez à zéro. La difficulté aujourd'hui est de trouver le point zéro.
Cela dit, ce n'est pas arbitrairement que l'on décide de penser dans telle direction ou dans telle autre. Toute configuration conceptuelle ou sensible donnée montre ses failles, ses régions d'effondrement. C'est dans la reconnaissance de ces régions de faille et d'effondrement que la grande structure qui paraît aller de soi exige d'être mise en mouvement. C'est ce qu'on appelle le travail de la pensée.

Q - L'activité philosophique fait éclater les systèmes.

J.T. Desanti - Nécessairement. Prenez la phénoménologie. Elle n'a pas été pour rien dans cet éclatement. Sa démarche se présente comme un projet de recommencement, orienté à l'origine vers l'idée d'une philosophie première, d'une science fondamentale : il fallait découvrir un point où s'installer pour déployer le champ du travail. Du même coup, au départ, l'idée même de système paraît ineffectuable ou tout au moins ajournée, parce qu'en projet. Or un système en projet n'est plus un système fermé. Husserl, par exemple, recherche une philosophie fondamentale autofondée, susceptible de constituer l'autoconscience de l'humanité pensante. Merleau-Ponty s'est toujours efforcé de saisir la connexion des divers champs d'expériences ; il a toujours cherché à savoir comment s'agence la région de ce qui peut avoir sens ou non-sens. S'il y a donc dans la phénoménologie une sorte de systématicité en projet, une sorte de systématicité en devenir, cette systématicité en devenir, cette systématicité est sans cesse à l'épreuve et toujours à recommencer.

Q - Y a-t-il aujourd'hui des figures qui ressembleraient à celle de François Châtelet ?

J.T. Desanti - Je n'en vois pas mais j'en souhaite. Parce que, à mon sens, le philosophe ne doit pas simplement écrire, se retrancher, solitaire, dans ses écritures. Il doit parler avec les gens, partager. Cela peut se faire dans bien des endroits : les classes de philo, l'université, les cafés.

Q - Peut-on définir ce que c'est que la philosophie ?

J.T. Desanti - On m'a proposé de rédiger un ouvrage qui répondrait à cette question. J'ai dit que je ne répondrais pas, que je ne voulais pas répondre, que je ne savais pas. Pourtant ça fait plus de soixante ans que j'enseigne la philosophie. Je suis comme le mathématicien Lagrange avec l'espace : je crois savoir de quoi je parle, mais si on me demande ce que c'est, je ne peux pas répondre. La seule chose que je puisse faire lorsqu'on me pose la question : qu'est-ce que la philosophie ? c'est dire, venez voir, nous allons nous mettre en chemin et voir ce qui se passe. Exactement comme lorsqu'on joue au poker, on met sa mise sur le tapis et puis on voit si on gagne ou on perd. La philosophie exige que nous mettions en jeu tout ce que nous savons, tout le savoir, qu'on voie comment il se gagne ou se perd, comment il se détruit ou subsiste. Finalement, c'est une sorte de jeu, le jeu de la mise en mouvement, de la mise en désordre, de la mise en éclatement. Si on s'installe dans un savoir donné, peu importe lequel, on est perdu parce qu'on y est installé, on y est assujetti à ses normes. La première démarche est de se désassujettir pour arriver au point où il paraît n'avoir aucun sens. Répondre à la question : qu'est-ce que c'est que le poker ? en ne donnant que les règles du jeu ne peut satisfaire personne. Celui qui pose la question veut savoir pourquoi on a envie de jouer au poker. Il y a des gens qui misent tout ce qu'ils ont pour continuer à jouer, pour continuer à gagner de l'argent et le jouer, pour le risquer. La philosophie, c'est comme le poker. Un philosophe, c'est un flambeur.

Il a donné sa voix :
JEAN-TOUSSAINT DESANTI
L'ANTHOLOGIE SONORE - ENREGISTREMENTS (1969-2000)

Direction artistique : CHRISTINE GOEME
Label : FREMEAUX & ASSOCIES / INA
Nombre de CD : 3

Ce coffret présente pour la première fois des entretiens de Jean-Toussaint Desanti (1914-2002), réunis par Christine Goémé à partir des archives de l'INA et de l'Institut Jean-Toussaint Desanti. Il donne à entendre, pendant près de trois heures, la voix d'un philosophe majeur de son temps, qui fit réellement partie de son siècle : en tant qu'homme d'engagement, en tant que passeur et en tant que penseur.


Engagement dans la Résistance puis, un temps, dans le communisme ; Passeur déterminant auprès de génération d'élèves – en lycée, à l'École Normale Supérieure, puis à l'Université (il eut pour élèves, entre autres, Michel Foucault, Louis Althusser, dirigea la thèse de Jacques Derrida) ; Penseur justement célèbre pour son apport à la philosophie des mathématiques, avec sa thèse éditée en 1968 : "Les Idéalités mathématiques", Desanti laisse cette science exacte traverser son oeuvre. Accompagné d'un livret contenant un entretien inédit avec Maurice Caveing – spécialiste de l'histoire des mathématiques et ami de Desanti – cette sélectiond'archives sonores permet de suivre l'itinéraire de ce penseur hors-pair et rend justice à l'aura qui reste attachée au philosophe et au pédagogue.
Patrick Frémeaux

Ces trois CD proposent de rencontrer Jean- Toussaint Desanti.
Le premier, avec son travail de philosophe et de philosophe des mathématiques, avec son objet et avec ses maîtres et les pensées qui l'ont, en partie, formé.
Le second avec sa subjectivité : ses rencontres personnelles, ses amitiés et une confidence mais aussi ses craintes face à un monde en crise.
Le troisième avec Sartre, qui fut son ami, dans une conférence donnée le 15 novembre 1990. Celle-ci donne une parfaite idée de la manière dont enseignait Desanti : il prenait son auditeur "par la main", en commençant par le plus simple et le mieux connu, puis "l'entraînait" avec lui pour faire partager sa démarche intellectuelle et ses découvertes.
Christine Goémé

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