Machiavel contre le machiavélisme : "un penseur de la liberté mal comprise"

Un auteur mal compris victime d'un ouvrage ( La prince)  alors qu'il a pensé des théories sur la liberté et autres. Un auteur à relire. P B Cissoko  


Au début du XVIe siècle, le philosophe florentin Nicolas Machiavel a ouvert la voie à la pensée politique moderne. On associe souvent son nom à l'action de gouvernants cyniques et manipulateurs. Forgée par ses détracteurs, cette « mauvaise réputation » cache en fait un authentique théoricien de la liberté et du pouvoir populaire.


par Olivier Pironet


https://www.monde-diplomatique.fr/2013/11/PIRONET/

On ne compte plus les études, biographies, colloques qui ont célébré cette année le cinq centième anniversaire du Prince (1). Dans cet opuscule consacré à l'art de gouverner, Nicolas Machiavel (1469-1527) expose sans détour « ce qu'est la souveraineté, combien d'espèces il y en a, comment on l'acquiert, comment on la perd (2) ». Il dévoile ainsi les rouages du pouvoir et les fondements de l'autorité, ce qui lui a valu une réputation sulfureuse, des interprétations contradictoires, et a fait de son ouvrage « le livre de pensée politique le plus lu et commenté (3) » depuis un demi-millénaire.


Ecrit en 1513, Le Prince est publié à titre posthume en 1532 — fait rare, c'est donc sa rédaction que l'on commémore — et mis à l'Index par l'Eglise catholique, comme tous les livres du Florentin, de 1559 jusqu'à la fin du XIXe siècle. En 1576, l'auteur huguenot Innocent Gentillet contribue à forger sa mauvaise réputation en inventant le terme de « machiavélisme », promis à un bel avenir. Du penseur Jean Bodin (1529-1596), qui l'accuse d'avoir « profané les mystères sacrés de la philosophie politique », au savant Bertrand Russell (1872-1970), pour qui Le Prince est un « manuel pour gangsters », Machiavel passe communément pour le théoricien cynique du pouvoir et des techniques de manipulation, celui qui murmure à l'oreille des tyrans.


Pourtant, sa pensée se prête aussi à de tout autres interprétations (4). Le Prince est le « livre des républicains », selon Jean-Jacques Rousseau ; celui où « Machiavel lui-même se fait peuple », pour Antonio Gramsci. A vrai dire, des penseurs de la Contre-Réforme, au XVIe siècle, jusqu'aux libéraux du XXIe siècle, en passant par les auteurs des Lumières, les Jacobins, les marxistes, les fascistes ou les néorépublicains, tous y sont allés de leur lecture. Aujourd'hui, le Florentin inspire tout autant des romans policiers ou des jeux vidéo (5) que des bréviaires de « management entrepreneurial » ou même de « gouvernance familiale » — comme Machiavelli for Moms (« Machiavel pour les mamans »), de Suzanne Evans (Simon & Schuster - Touchstone, 2013)...


Dans son autre œuvre majeure, les Discours sur la première décade de Tite-Live, publiés en 1531, Machiavel examine, en relisant l'histoire romaine, les principes du régime républicain, et démontre sa supériorité par rapport aux systèmes despotiques ou autoritaires (principati).

Le Prince et les Discours s'articulent autour d'une même problématique : comment instaurer et maintenir un régime d'autonomie et d'égalité — la république — dans lequel les rapports de domination sont exclus ?

Comment constituer un Etat libre fondé sur des lois communes, des règles de justice et de réciprocité et la réalisation du bien public ?

Le Prince, théorie de la fondation de la république, ou de sa refondation en situation de crise, ainsi que des méthodes adéquates — parfois violentes — pour en construire les piliers, et les Discours, réflexion sur la forme qu'elle doit prendre — la démocratie — comme sur les moyens de la préserver, sont indissociables. Tous deux naissent du contexte historique où Machiavel les rédige et de la tradition intellectuelle dans laquelle il s'inscrit pour mieux s'en détacher.


Quand il s'attelle au Prince, la République florentine, qu'il a servie pendant quatorze ans en tant que haut diplomate, minée par les divisions et la corruption, vient d'être renversée par les partisans des Médicis avec l'aide des Espagnols (septembre 1512). L'intermède républicain a duré dix-huit ans : une république théocratique, de 1494 à 1498, placée sous l'autorité du moine Jérôme Savonarole, puis une république laïque, de 1498 à 1512. Depuis des décennies, la Péninsule est soumise aux appétits des grandes monarchies qui s'allient au gré de leurs intérêts avec les nombreuses cités-Etats du pays, empêchant l'unification territoriale et nationale que Machiavel appelle de ses vœux. C'est cette situation qui explique l'objet du Prince : il s'agit pour son auteur de réfléchir aux moyens de rétablir la république dans la cité toscane et d'édifier un Etat suffisamment fort pour « prendre » (unifier) l'Italie et la « délivrer » des puissances étrangères. Le Prince s'adresse à celui qui sera capable de réaliser ce double objectif.


C'est à la fois un manuel d'action pour répondre à l'urgence et une réflexion sur la nature du pouvoir, dans la lignée des ouvrages didactiques en vogue parmi les humanistes. Il rompt néanmoins avec les idéaux classiques. Et édicte les préceptes et méthodes que doit suivre le (re)fondateur d'un Etat, en inversant le rapport traditionnel de subordination de la politique à la morale au nom de la « vérité effective des choses » : l'art de gouverner obéit à des règles spécifiques liées à l'instabilité des relations humaines (les hommes suivent leurs intérêts et leurs passions, dont l'ambition) ainsi qu'à l'irrationalité de l'histoire. Tout dirigeant doit connaître ces règles s'il veut « se préserver » et « maintenir l'Etat ».
En définissant la politique comme un champ d'action et de réflexion autonome sur lequel la morale n'a pas prise, Machiavel déclenche, pour citer Louis Althusser, une « véritable révolution dans le mode de penser (6) », qui débouchera plus tard sur la constitution de la science politique moderne. C'est cette innovation qui lui vaudra tant d'inimitiés. Les uns lui reprochent d'avoir mis au jour les mécanismes de la domination et enseigné aux gouvernés comment les gouvernants s'y prennent pour asseoir leur pouvoir ; les autres d'avoir détruit, au nom de l'efficacité de l'action, le lien intrinsèque existant selon eux entre la politique, la morale et la religion.


Machiavel développe cependant une autre problématique essentielle. Selon lui, chaque régime repose sur l'opposition fondamentale entre deux grandes classes, ou « humeurs » (umori) sociales, qui en détermine la forme : le peuple, c'est-à-dire le commun des citoyens, et les grands, ceux qui constituent l'élite sociale, économique et politique. Les seconds, minoritaires, veulent la domination ; le premier, majoritaire, la conteste. « Et de ces deux appétits opposés naît dans les cités un de ces trois effets : ou monarchie, ou liberté, ou licence. »


Aucun Etat ne peut faire l'économie de cette division sociale : le conflit entre les deux classes, qui recouvre des différences de rang, de richesse et d'aspirations, est universel, et sans résolution définitive possible. Pour diriger, il faut choisir un camp. Pour Machiavel, ce ne peut être que celui du peuple, « car ses buts (...) sont plus honnêtes que ceux des grands, les uns voulant opprimer, l'autre ne pas être opprimé ». La monarchie, ce principato autoritaire que Machiavel voit également dans l'oligarchie, est incapable de résoudre la question sociale. Il faut donc lui préférer un régime républicain, seul système à même de garantir l'égalité des citoyens, la réalisation du bien public et l'indépendance du pays.
Mais cette république, comme le précisent les Discours, ne peut s'appuyer que sur l'institution de la discorde civile entre les élites et la plèbe, autrement dit sur la reconnaissance politique du conflit inhérent à la cité. L'idée d'une société pacifiée est un mythe, voire une aberration. Machiavel estime ainsi que la République romaine « n'arriva à [sa] perfection que par les dissentiments du Sénat et du peuple ».


Par là, il s'écarte radicalement du modèle classique, selon lequel l'Etat doit reposer sur des rapports de concorde. Pour lui, au contraire, l'institution de cette discorde civile est le fondement même de la liberté : « Dans toute république, il y a deux umori (...) et toutes les lois favorables à la liberté ne naissent que de leur opposition. » C'est pourquoi il est essentiel de mettre en place un dispositif légal par lequel le peuple puisse faire entendre ses revendications et ses droits.


Une fois admise la participation commune du peuple et des grands au pouvoir par le biais de leur opposition, la question se pose de savoir à qui confier la « garde de la liberté » et le soin de veiller au bon fonctionnement des institutions. Ce problème est d'une importance capitale, car du contrôle de l'intérêt public par l'une ou l'autre de ces deux catégories dépendent la solidité et l'unité de l'Etat. Quelle forme la république doit-elle donc prendre : aristocratique ou démocratique ?
Alors que la grande majorité des penseurs républicains de son époque prônent une oligarchie, le Florentin préconise l'instauration d'une république populaire (stato popolare) fondée sur l'autorité suprême d'une assemblée au sein de laquelle le peuple peut participer, au même titre que les grands, à la direction des affaires de la cité. Il qualifie ainsi, dans le Sommaire des choses de Lucques, de « bonne disposition » le fait qu'un « conseil général ait autorité sur les citoyens, parce que c'est un frein efficace contre les ambitions de certains. (...) Le grand nombre sert à sévir contre les grands et contre l'ambition des riches ». Est plus à même de protéger la liberté et l'égalité, celui qui a intérêt à les voir se maintenir : « Il faut toujours confier [le dépôt de la liberté] à ceux qui ont le moins le désir de la violer. »


En revanche, quand ce ne sont pas « ceux qui [ont] le plus de mérite, mais ceux qui [ont] le plus de puissance » qui occupent les fonctions élevées de l'Etat, un autre conflit apparaît : la division entre groupes d'intérêts rattachés le plus souvent à des clans familiaux, à des systèmes clientélistes ou à des monopoles financiers — ce que Machiavel range sous le nom de sette (factions, lobbys). Dès lors que « les riches seuls et les puissants propos[ent] des lois, bien moins en faveur de la liberté que pour l'accroissement de leur pouvoir », l'Etat est miné à sa racine même, corrompu. C'est ainsi que la République romaine se perdit, comme la République florentine.
Que faire alors ? Les citoyens « doivent examiner la force du mal, et, s'ils se sentent capables de le vaincre, l'attaquer sans considération ».


Olivier Pironet


(1) Signalons l'étude d'Emmanuel Roux, Machiavel, la vie libre, Raisons d'agir, Paris, 2013, 267 pages, 20 euros. Filippo Del Lucchese, auteur de Tumultes et indignation. Conflit, droit et multitude chez Machiavel et Spinoza (éd. Amsterdam, Paris, 2010), a coordonné un site Internet autour du Prince, « Machiavelli : A multimedia project ». Cf. également John P. McCormick, Machiavellian Democracy, Cambridge University Press, 2011.
(2) Lettre à Francesco Vettori, 10 décembre 1513.
(3) Emmanuel Roux, op. cit.
(4) Sur les différentes interprétations de la pensée du Florentin, cf. Claude Lefort, Le Travail de l'œuvre Machiavel, Gallimard, Paris, 1986 (1re éd. : 1972).
(5) Cf. Ranieri Polese, « Machiavel mène l'enquête », Books, n° 46, Paris, septembre 2013.
(6) Louis Althusser, L'avenir dure longtemps, Flammarion, coll. « Champs essais », Paris, 2013 (1re éd. : 1992).

 

Ce sujet est à discuter et non à polémiquer, nous suggérons cette lecture pour faire évoluer les pensées. Quiconconque ne peut verser un plus qu'il s'abstienne. On est obligé à présent  d'avertir pour éviter des insultes ou autres. La liberté de penser/pensée n'exclut pas la retenue et la politesse.P B C


FIGAROVOX/ANALYSE - Alors qu'un document officiel canadien a été modifié par le gouvernement de Justin Trudeau, qui a supprimé le qualificatif «barbare» désignant certaines pratiques, notamment l'excision des femmes, une polémique est née qui révèle pour Caroline Valentin les limites du multiculturalisme d'État.


« Il est vrai que les autres cultures veulent nous imposer des manières de faire alors que nous avons les nôtres. Dans un monde global, certains ont tendance à vouloir juger les autres cultures et à les taxer de barbares ou autres qualificatifs.
Ce sujet est délicat et le canada est un pays qui respecte beaucoup les cultures, les appartenances et les identités. C'est un pays qui essaie de purifier la langue pour enlever tout ce qui peut porter à polémique mais ce n'est pas toujours facile.
La notion de barbare est un concept utilisé depuis pour justifier les missions civilisatrices, l'esclavage aussi. C'est la même chose pour le concept de primitif qui avait été perçu comme ce qui serait arriéré (Ceux qui suivent l'actualité du MAO ou la bataille sur les arts archaïques ou premiers comprennent cela). Non le primitif est premier ce qui est venu en premier et il n'y a pas ; lieu de juger ce qui est venu avant en le comparant à ce qui est venu après. S'il y a à comparer c'est juste pour évaluer les modifications ou avancées.
Mais si le 1 er ministre du canada dit que taxer de barbare l'excision est une tendance suprématiste je le comprends mais je lui dirai que c'est un acte violent et qui porte atteinte à la personne qui n'a pas donné son consentement.
Si on viole la liberté de la femme au nom de la coutume, je dis qu'il y a violence. Ce sujet est très intéressant et j'espère que la lecture de cet article avec les apports des uns et des autres nous permettront d'affiner nos idées ».P B Cissoko


Lire cet ouvrage    Caroline Valentin est coauteur d'Une France soumise, Les voix du refus (éd. Albin Michel, 2017).


Sarah, en Egypte: «J'avais huit ans. Je me souviens de la violence, de ces femmes qui m'ont attrapée et écarté les jambes. Il y a eu cette douleur atroce et du sang, partout. (...) J'ai vu les autres se faire couper devant moi, je ne comprenais rien, j'avais peur. J'ai essayé de m'enfuir, on m'a rattrapée, frappée. Et puis on me l'a fait. (...) Après l'excision en forêt, nous avons toutes été conduites dans une maison où nous sommes restées une bonne semaine. (...) Il manquait une de nos amies. Nous avons appris que la petite était morte à la suite d'une hémorragie. A la fin de la semaine, une fête a été organisée pour célébrer notre excision. Quand j'y pense ...».


Leyla, Egyptienne, 13 ans à l'époque, déjà mariée, vendue à un homme de 65 ans pour deux vaches, un poulailler et l'accès à un puits ...: «On ne m'a pas dit que j'allais perdre l'organe qui me donnerait du plaisir, on ne m'a pas dit que j'allais subir des souffrances atroces, on ne m'a pas dit que j'allais être traumatisée à vie, physiquement et psychologiquement. On ne m'a pas dit que les rapports sexuels deviendraient extrêmement douloureux. On ne m'a pas dit que Samiha, mon amie d'enfance, développa des abcès et décéda suite à des hémorragies à l'âge de 13 ans aussi. On ne m'a pas dit que ma cousine Bibi devint stérile et que ma deuxième cousine Malaki fut contaminée par le virus du sida».
Leyla encore: «Vingt ans plus tard, les séquelles de la violence subie en étant enfant et adolescente n'ont pas disparu. Les cauchemars sont fréquents, les douleurs physiques, et la douleur de l'âme encore plus.»


Mariétou: «Je ne serai jamais une fille «normale» je dirai même jamais une fille tout simplement. Car on m'a enlevé ce qui pour moi me faisais être une vraie fille. J'en voulais à ma famille qui m'a fait subir cela, à la société et même au bon Dieu qui m'a donné cette famille avec ces traditions bêtes, animales et inhumaines.»


Internet regorge de ces témoignages. La sauvagerie et la brutalité des faits rapportés vous prennent à la gorge. Sans parler des vidéos, encore plus insoutenables. Témoignages nombreux, témoignages de pratiques d'un autre âge mais témoignages d'aujourd'hui. Car ces témoins sont souvent, aujourd'hui encore, des femmes jeunes.
Il faut dorénavant compter avec le zèle des multiculturalistes au pouvoir au Canada.


Devant la violence et la douleur qui émanent de ces récits tragiques, la moindre des choses que nous aurions pu espérer aurait été un condamnation absolue, spontanée et sans équivoque de ces pratiques barbares, et le mot est important. Par respect pour ces femmes, victimes, alors qu'elles n'étaient que des enfants, d'un crime de sang demeuré impuni. Par respect pour nous, pour ce en quoi nous croyons et ce que nous avons la prétention d'incarner: le respect de l'individu, de ses droits, de ses libertés, de sa dignité, de son intégrité physique.


On aurait pu l'espérer et c'est fort heureusement le cas dans la plupart des grandes démocraties libérales occidentales. La plupart mais pas nécessairement durablement. Il faut en effet dorénavant compter avec le zèle des multiculturalistes au pouvoir au Canada, engagés dans une révolution culturelle si radicale qu'on peut se demander si elle n'est pas susceptible d'affecter certains des repères les plus familiers de notre décence occidentale commune.


Une précision sémantique s'impose. Certaines sociétés sont multiculturelles de fait, en ce sens qu'elles accueillent depuis longtemps et comptent en leur sein des individus qui sont issus de cultures différentes de la culture majoritaire. C'est le cas de la plupart des pays occidentaux, et c'est le cas de la France, encore plus d'ailleurs qu'au Canada. Sociétés multiculturelles donc, mais pas nécessairement sociétés multiculturalistes comme le Canada pour autant. Car il y a deux manières d'envisager la cohabitation de cultures différentes au sein d'une même société: le modèle français traditionnel d'intégration, appliqué pendant des décennies, demandait aux immigrés d'apprendre à connaître et de respecter la culture française, et, en cas de conflit avec leur culture d'origine, de faire prévaloir les normes et valeurs françaises. Ce modèle n'entrave ni n'interdit l'évolution de l'identité culturelle de la population majoritaire, évolution qui dépend naturellement aussi de l'influence des cultures importées, mais cette influence ne peut affecter certaines valeurs qui font consensus dans la société et qui sont jugées indépassables et inaltérables, telles l'égalité des droits des citoyens ou le respect de l'intégrité physique des individus.
Le Canada a décidé il y a quarante-six ans que ce qui le caractérisait ne serait plus sa culture propre, celle de ses peuples fondateurs, mais son ouverture à la diversité.


A l'opposé, le Canada a décidé il y a quarante-six ans que ce qui le caractérisait ne serait plus sa culture propre, celle de ses peuples fondateurs (Canadiens-Anglais et Canadiens-Français) mais son ouverture à la diversité. Les conflits culturels ne se résolvent pas par un principe hiérarchique de la prééminence de la culture de l'accueillant sur celle de l'accueilli mais par l'accommodement que l'accueillant mettra à disposition de l'accueilli pour lui permettre de vivre sa culture comme il la vivait dans son pays d'origine. Toutes les cultures représentées sur son territoire peuvent coexister, car elles sont toutes aussi légitimes les unes que les autres, toutes aussi valables les unes que les autres. Dès lors, comme l'explique très bien le sociologue québécois Mathieu Bock-Côté, le modèle multiculturaliste canadien se caractérise par «l'inversion du devoir d'intégration. Ce n'est plus aux immigrants de prendre le pli identitaire de la société d'accueil. C'est à cette dernière de se reconstruire pour accommoder la diversité».
Générosité, tolérance, ouverture d'esprit, le modèle multiculturaliste a une esthétique certaine. Quel humaniste resterait insensible à cette déclaration d'amour au monde? Et après tout, changer, progresser, s'adapter, n'est-ce pas finalement dans l'ordre des choses? Sauf que quand il s'agit de passer à l'application concrète de ces belles idées, les compromis faustiens qu'elles impliquent apparaissent petit à petit. C'est ce qu'illustre précisément la controverse sur ce sujet des mutilations sexuelles féminines qui a récemment éclaté au Canada.


L'histoire est la suivante: le gouvernement du sémillant Justin Trudeau, premier ministre du Canada, prépare une refonte du guide Découvrir le Canada: les droits et responsabilités liés à la citoyenneté, remis à chaque nouvel arrivant. Pourquoi cette réforme? Notamment car la version initiale, élaborée en 2011 par le gouvernement des méchants conservateurs rétrogrades, prévenait les futurs immigrés que le Canada ne saurait accepter «les pratiques culturelles barbares qui tolèrent la violence conjugale, les «meurtres d'honneur», la mutilation sexuelle des femmes, les mariages forcés ou d'autres actes de violence fondée sur le sexe.» Justin avait tiqué: «barbares», c'était trop pour lui ; il aurait préféré que le guide employât l'expression plus neutre de «totalement inacceptables». «Dans une publication officielle du Canada, s'était-il insurgé, il faut faire un petit effort de neutralité responsable». Pour le dire autrement, qualifier ce qui était arrivé à Sarah, Leyla, Samiha, Malika, Mariétou et tant d'autres fillettes de «barbare», c'était, selon Justin, la preuve de l'irresponsabilité du gouvernement conservateur, ni plus ni moins.


Or il y a cinq ans, Justin Trudeau n'était qu'un simple député ; être le fils de Pierre Elliott Trudeau, ancien premier ministre et grand timonier du multiculturalisme canadien, ne suffisait pas à en imposer. La pluie de critiques qui s'était abattue sur lui l'avait alors contraint à faire marche arrière et à s'excuser des propos qu'il avait tenus, en des termes à première vue assez clairs: «Je crois que les actes décrits sont haineux, que ce sont des actes barbares qui sont complètement inacceptables dans notre société. Je retire mes commentaires et je m'excuse s'ils ont été interprétés comme minimisant la nature cruelle et sérieuse des meurtres d'honneur ou tout autre acte violent».


Mais il n'avait malheureusement pas résisté à la tentation de justifier sa déclaration initiale, dans des termes cette fois beaucoup plus confus: «Mon problème avec l'utilisation du mot «barbare», c'est qu'il a été choisi pour rassurer les Canadiens plutôt que pour changer réellement des comportements inacceptables. La valeur subjective de ce mot fait en sorte qu'il est facile de le voir comme une insulte plutôt que comme une déclaration officielle», en laissant entendre que les sociétés culturelles issues des pays où ces pratiques sont tolérées sont «moins civilisés que nous».
Pour Justin Trudeau, l'incitation à l'abandon de ces pratiques serait d'autant plus convaincante que la condamnation dont elles font l'objet est moins brutale.


Pour Justin Trudeau, dire «barbare» rassure et ne sert à rien. Dire «inacceptable» serait plus efficace pour inciter à l'abandon de ces pratiques car les personnes concernées ne se sentiraient pas insultées. En d'autres termes, pour Justin Trudeau, l'incitation à l'abandon de ces pratiques serait d'autant plus convaincante que la condamnation dont elles font l'objet est moins brutale. Il admet cependant que la subjectivité de la condamnation est un problème, mais, étrangement, il voit de la subjectivité dans l'adjectif «barbare» et non dans l'adjectif «inacceptable».


Or, «inacceptable», c'est ce qu'une société n'accepte pas à un certain moment de son histoire, et à un moment où cette société partage certaines idées, qui sont fluctuantes dans le temps ; au contraire, le qualificatif «barbare», lui, rejette de manière absolue et permanente ce type de pratiques en dehors du monde des possibles. Or, si aujourd'hui, juger que ces pratiques sont «inacceptables» plutôt que «barbares» aboutit à une même condamnation de celles-ci, ce changement de paradigme risque en revanche d'avoir des conséquences importantes au fur et à mesure de l'évolution des mœurs du Canada, évolution d'autant plus rapide qu'elle se fait là-bas sous l'égide du multiculturalisme. Et si demain, une majorité des membres de la société venait à ne plus être révoltée par ses actes, il faudrait alors les considérer comme acceptables.


En réalité, cette intervention de Justin Trudeau est loin d'être anecdotique. Passer de la notion de barbarie à celle d'acceptabilité relève d'un changement radical d'orientation du jugement dans la mesure où l'on ne se base plus sur un critère de nature mais sur un critère de degré. A travers cette déclaration, Justin Trudeau manifeste son hostilité à l'opposition classique entre civilisation et barbarie et à l'intransigeance que cette opposition suppose. Le grand philosophe polonais Leszek Kolakowski analyse très judicieusement l'implication très profonde de ce changement de paradigme quand il écrit que l'universalisme culturel «se contredit si sa générosité va jusqu'à ignorer les différences entre universalisme et exclusivisme, tolérance et intolérance, lui-même et la barbarie. ; et il se contredit lui-même si, dans l'idée d'éviter la tentation d'être barbare, il concède aux autres un droit à la barbarie.»


Or les conséquences de ce renoncement sont susceptibles d'être à terme d'autant plus considérables pour le Canada qu'il n'a pas forcément les moyens juridiques pour se protéger des dérives de ce parti pris idéologique, nous y reviendrons.


Reprenons le cours de notre épisode politique. La sincérité des excuses formulées en 2011 par Justin Trudeau parlementaire a pris un sérieux coup dans l'aile début 2017, quand son ancien ministre de l'immigration, John McCallum, a annoncé cette refonte du guide de citoyenneté, mentionnant expressément la suppression de cette qualification de «barbares», jugée un peu trop «lourde».
Le gouvernement Trudeau et les autres premiers ministres libéraux tiennent dur comme fer à ce que le Canada reste aux yeux du monde le « laboratoire admiré de l'expérience multiculturaliste ».
Et de fait, dans le document de travail que la presse canadienne s'est procuré il y a quelques jours, toute référence à ces pratiques de violence exercée à l'encontre des femmes et des fillettes a pour le moment disparu. Ce document n'est que provisoire, certes, mais compte tenu des déclarations antérieures de Justin Trudeau et de John McCallum, on peut être sûr d'une chose: le mot «barbare» ne figurera pas dans la prochaine version.

Le gouvernement Trudeau et les autres premiers ministres libéraux tiennent dur comme fer à ce que le Canada reste aux yeux du monde le «laboratoire admiré de l'expérience multiculturaliste», pour reprendre la formule percutante de Mathieu Bock-Côté.


Evolution ou plutôt révolution, et au forceps: le modèle multiculturaliste a été introduit au Canada en 1971 sous l'impulsion du gouvernement libéral de Trudeau père. Le projet multiculturaliste a été consacré par une loi constitutionnelle de 1982, aujourd'hui irréformable. Une loi de 1988 est venue la préciser et en élargir la portée. Depuis lors, les identités culturelles des peuples fondateurs du Canada, Canadiens-Français et Canadiens-Anglais, et en particulier l'identité québécoise qui est censurée, n'ont plus voix au chapitre. Le multiculturalisme est devenu, par la force du droit et contre l'entêtement de la réalité - notamment l'existence d'une très grande majorité de Québécois qui lui sont hostiles - une «caractéristique fondamentale de l'identité et du patrimoine canadiens» qualifiée de «ressource inestimable pour l'avenir du pays». Il s'agit désormais de «préserver et valoriser le patrimoine multiculturel des Canadiens» - car ce patrimoine ne peut plus être que «multiculturel», bien entendu - et, dans cette veine, de «favoriser la reconnaissance et l'estime réciproques des diverses cultures du pays», et de «promouvoir l'expression et les manifestations progressives de ces cultures dans la société canadienne.» Encore une fois, ces phrases ne sont pas des déclarations d'intention, ce sont des textes de lois: ils ont valeur contraignante, les citoyens doivent s'y plier.


Si l'on reprend le texte suscité, qu'est ce qui protège encore le Canada de l'obligation d'accepter ces mutilations sexuelles comme une «manifestation culturelle» que la loi de 1988 impose, en tant que telle, de «reconnaître», d'«estimer» (!) , dont il convient de «promouvoir l'expression»?


La situation est donc plus grave qu'il n'y paraît. La réforme annoncée du Guide de citoyenneté n'a peut-être qu'une valeur symbolique, mais elle révèle surtout la fragilité juridique des valeurs canadiennes depuis la constitutionnalisation du multiculturalisme. Guillaume Rousseau, professeur de droit public à l'Université de Sherbrooke, confirme qu'il y a là un réel sujet d'inquiétude. Le multiculturalisme a une prééminence juridique telle que tous les autres droits et libertés doivent être interprétés à son aune. Tous sont susceptibles d'être étendus pour certains individus et restreints pour d'autres. Ainsi, par exemple, au Canada, on peut avoir, pour des motifs religieux, plus de jours de congé que ses collègues.


Certes, la formulation timide de l'article 1 de la Charte canadienne des droits et libertés permet encore de conserver quelque espoir de contenir l'expansion débridée des revendications multiculturalistes «dans des limites qui soient raisonnables et dont la justification puisse se démontrer dans le cadre d'une société libre et démocratique». Mais si une revendication communautariste est acceptée par la Cour suprême au motif que la refuser serait discriminatoire, et la protection de la liberté religieuse favorisera cette reconnaissance, il appartiendra au procureur général, fédéral ou provincial, de prouver que refuser cette revendication est «raisonnable» et «justifiable dans le cadre d'une société libre et démocratique».


Sauf que la liberté et la démocratie ne sont malheureusement plus des concepts opérants pour freiner les ambitions des communautarismes religieux: l'islam politique a démontré à quel point il lui est facile d'utiliser ces valeurs typiquement occidentales pour imposer petit à petit une culture qui les nie. Le Canada a ainsi accepté sans broncher de considérer le niqab comme un symbole religieux et non comme le marqueur communautariste radical qu'il est pourtant.


Est-il raisonnable de laisser aller un collégien avec un poignard à l'école, au motif que ce poignard est symbolique dans la religion de ce collégien ?


Quant à savoir si une revendication communautariste est «raisonnable» ... Etant donné la vision du monde qui sous-tend la politique du gouvernement Trudeau en général, et la réforme de ce guide citoyen en particulier, y a-t-il encore un consensus aujourd'hui au Canada sur ce qui est «raisonnable»? Est-il raisonnable de laisser aller un collégien avec un poignard à l'école, au motif que ce poignard est symbolique dans la religion de ce collégien? Les juges canadiens l'ont autorisé. Est-il raisonnable de laisser témoigner devant une cour de justice une femme qui refuse d'enlever son niqab et sur l'identité de laquelle on n'a donc aucune certitude? Les juges canadiens l'ont également autorisé. Est-il raisonnable, pour une ministre d'une nation occidentale professant aussi l'égalité des sexes et pas uniquement celles des races, religions, couleur, âge etc., de se voiler pour s'adresser à la communauté musulmane ou pour se rendre dans une mosquée, et d'accepter à cette occasion un traitement différent de celui réservé aux hommes? Cela a été fait, notamment par la première ministre de l'Alberta et par celle de l'Ontario, ainsi que par les femmes du cortège de Justin Trudeau qui l'accompagnaient en visite dans une mosquée l'an dernier.


D'autant que concernant les mutilations sexuelles féminines, certaines voix commencent à évoquer ici et là l'enjeu éthique de la médicalisation de l'excision, voire de suggérer des opérations d'altération génitale féminine symboliques - une petite entaille qui guérirait sans laisser de traces ni avoir de conséquence physiologique - et qui s'apparenterait donc à la circoncision masculine.


Cette pratique médicale permettrait, selon ses promoteurs, de mettre fin à des politiques générales d'interdiction des pratiques de mutilations sexuelles, qui ont cours dans les sociétés et que certains jugent «culturellement suprématistes» (lire: une manifestation condescendante de ce que la culture majoritaire se voit comme supérieure aux cultures immigrées). Or, contrairement à la circoncision masculine, cette opération, si inoffensive médicalement puisse-t-elle devenir un jour, permettrait, par la perpétuation de ces pratiques, la légitimation, dans notre univers occidental, d'une philosophie qui repose sur des préjugés profondément négatifs, insultants et irrespectueux vis-à-vis des femmes.

Cette philosophie, c'est ce qu'a encore récemment illustré le discours tenu en juin dernier par l'imam Shaker Elsayed du centre islamique de Falls Church ; c'est également ce qui ressort du témoignage de Mariétou quand elle explique que «dans ma famille, quand tu n'es pas excisée, tu deviens la risée de tout le monde. Les femmes ainsi que les jeunes filles se moquent de toi et il y a même un nom spécial qui t'est attribué: «bilakoro». C'est un terme bambara que l'on utilise pour désigner une personne souillée, un garçon manqué ou une personne sans pudeur. C'est un qualificatif très péjoratif ; il n'y a rien de pire que de traiter une jeune fille de «bilakoro».»


Son projet multiculturaliste privilégie systématiquement et sans états d'âme les religions au détriment des droits des femmes.


Ces arguments seront-ils jugés suffisants dans le Canada multiculturaliste de Justin Trudeau pour fermer la porte à une revendication communautariste quant à l'autorisation de pratiquer des excisions «éthiques»? Rien n'est moins sûr. Si la question est un jour soulevée, il s'agira alors de résoudre un conflit entre revendications religieuses et revendications féministes. Cette situation ne sera pas nouvelle, le Canada y a déjà été confronté à travers toutes les revendications liées au port du voile islamique et sa jurisprudence en la matière est constante: son projet multiculturaliste privilégie systématiquement et sans états d'âme les religions au détriment des droits des femmes.


Apparaît alors clairement la signification profonde de cet épisode politique consternant. En intronisant le multiculturalisme comme super-religion d'Etat, le Canada a pris la décision grave de soumettre tout son corpus de valeurs culturelles, civilisationnelles, historiques et politiques, à d'autres valeurs, appréciées non pas pour ce qu'elles sont mais pour d'où elles viennent, et ce, sans les connaître. En réduisant le champ de sa morale à la morale de conviction, à la générosité, à la gentillesse, à la tolérance, sans se soucier de la morale de responsabilité, des conséquences en somme qui en constitue le «cœur intelligent» (pour reprendre l'expression d'Alain Finkielkraut), le modèle multiculturaliste révèle sa nature totalement utopique. Cela explique sans doute son hermétisme total aux réalités susceptibles de le désavouer. Ainsi, l'expérience catastrophique du multiculturalisme britannique et les tensions sécessionnistes, certes encore assez locales mais de plus en plus nombreuses et virulentes, auxquelles la France est confrontée depuis qu'elle a renoncé en catimini à son modèle d'intégration, restent absolument sans impact sur la foi inébranlable des partisans du multiculturalisme dans les prétendues vertus pacifiantes de leur modèle.


Le Canada, et toute l'élite internationale qui soutient et encourage son projet multiculturaliste, manifestent là une naïveté aussi arrogante que confondante. Le monde a pourtant suffisamment souffert de ces expériences de savants cosinus désireux de faire le bonheur des hommes contre leur gré pour qu'on ait pu espérer s'en épargner de nouvelles. D'autant que cette fois, parce que ces inégalités infra-culturelles de considération et de traitement les concernent au premier chef, ce sont les femmes qui sont au centre des enjeux civilisationnels posés par le multiculturalisme. Ce sont elles qui s'apprêtent encore à payer le tribut le plus lourd à un choix de société qui n'a fait ses preuves nulle part.


http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2017/08/01/31002-20170801ARTFIG00115-trudeau-le-canada-et-l-excision-derriere-la-polemique-le-paradoxe-du-multiculturalisme.

Le président français a été reçu en grande pompe lundi 23 avril à Washington par Donald Trump au premier jour d'une visite d'Etat que la France et les Etats-Unis veulent riche en symboles et en démonstrations d'amitié en dépit des divergences persistantes sur l'Iran, le commerce et le climat. Dossiers qui ne seront abordés que ce mardi.

«Cette visite est très importante dans le contexte qui est le nôtre aujourd'hui, avec beaucoup d'incertitudes, beaucoup de troubles et parfois beaucoup de menaces », a souligné Emmanuel Macron à son arrivée à Washington, en début d'après-midi sur la base aérienne d'Andrews. « Nous avons les Etats-Unis comme la France une responsabilité toute particulière (...) nous sommes les garants du multilatéralisme contemporain et je crois que nous avons à travers ces échanges beaucoup de décisions à prendre et à préparer. »

Le déplacement présidentiel a commencé par un bain de foule au mémorial de Lincoln avant de se poursuivre à la Maison Blanche, en fin d'après-midi. Par une courte visite du Bureau ovale d'abord...

... Puis dans les jardins du lieu de pouvoir américain. Deux pelles dorées et un peu de terre remuée : Emmanuel Macron et Donald Trump ont endossé pour quelques secondes les habits de jardiniers pour planter un chêne offert par la France.

En tenue de soirée et accompagnés de leurs épouses, les deux présidents ont posé tout sourire devant les objectifs avant de « planter » ce chêne, d'1,30 mètre environ et issu du bois Belleau (Aisne) - lieu emblématique d'une bataille de 1918 des forces américaines contre les troupes allemandes.

Au-delà du symbole sur la « solidité de l'amitié franco-américaine », le chêne offert ce lundi est également un message adressé au président américain, selon l'entourage d'Emmanuel Macron, près d'un an après la décision de Donald Trump de quitter l'accord de Paris sur le climat.

→ RELIRE: Macron-Trump: une relation «spéciale»

Un prélude enchanté...

« La France est un pays vraiment spécial (...) c'est un grand honneur », a déclaré le président américain après avoir recouvert la jeune pousse. Des mots étaient recouverts par le bruit de l'hélicoptère présidentiel Marine One à bord duquel ils ont pris place pour rejoindre la résidence de Mount Vernon pour un dîner privé, après un survol de Washington.

Le circuit présidentiel s'est donc poursuivi dans la douceur de la résidence du premier président des Etats-Unis George Washington. Ce dîner privé en couple est un retour à celui offert par la présidence française à la tour Eiffel, en juillet 2017, deux mois après l'élection d'Emmanuel Macron.

« C’était vraiment fantastique, nous avons eu un très bon dîner », a simplement signalé le président américain en sortant de la demeure historique de Mount Vernon, à l'issue du repas. Les deux couples présidentiels se sont retrouvés avec l'intention manifeste d'afficher leur bonne entente.

...avant les discussions politiques

Ce mardi, l’accueil sera beaucoup plus protocolaire. Donald Trump et Emmanuel Macron se retrouveront une demi-heure en tête à tête dans le Bureau ovale, rapporte notre correspondante à Washington, Anne Corpet.

La question du maintien des Etats-Unis au sein de l’accord sur le nucléaire iranien sera abordée en priorité, mais il sera difficile de convaincre Donald Trump de ne pas prendre de nouvelles sanctions. « Le président pense que cela est un mauvais accord, il n’a certainement pas changé d’idée », a tranché la porte-parole de la Maison Blanche ce lundi après-midi.

Les deux hommes donneront ensuite une conférence de presse conjointe. Le soir aura lieu le premier dîner d’Etat de la présidence Trump. Le couvert est déjà mis : un superbe service en porcelaine dorée, et des tables parfumées de bouquets de pois de senteur. 130 couverts sont prévus, soit près de trois fois moins que les dîners des précédentes administrations.

Les demi-finales de la Ligue des champions opposent deux équipes surprises à ce stade, Liverpool et AS Rome mardi, puis les favoris du Bayern Munich et du Real Madrid dans une finale avant la lettre mercredi (20h45) 

Mardi, ce sont les tombeurs des favoris Manchester City et FC Barcelone qui se défient, pour un remake de la finale de 1984, remportée par Liverpool à... Rome.

Mais s'il s'agit d'équipes surprises dans le dernier carré, c'est aussi parce que Liverpool arrive aussi loin pour le première fois depuis 2007-2008, et que la Roma n'avait disputé qu'une seule demi-finale de C1 jusqu'à présent (en 1984).

Les Reds (meilleure attaque de la compétition cette saison avec 33 buts, record pour un club anglais) restent sur un nul 2-2 concédé à West Bromwich après avoir mené 2-0, samedi en Championnat. La Roma, elle, est allée battre la SPAL 3-0 à Ferrare, samedi en Serie A. 

Mercredi, Bayern et Real se retrouvent en demi-finale après s'être affrontés en quarts en 2017. Les Espagnols s'étaient qualifiés (2-1, 4-2).

Les Munichois, déjà sacrés champions d'Allemagne, se sont parfaitement préparés en faisant tourner leur effectif tout en écrasant leurs adversaires (14 buts marqués lors de leurs trois derniers matches). Les Madrilènes de leur côté, qui n'ont pas joué ce week-end, montrent des signes d'essoufflement en avril, avec des scores étriqués. Mais Cristiano Ronaldo ne faiblit pas: il a marqué à chacun de ses douze derniers matches avec le Real (22 buts!)...

Mardi:

(20h45) Liverpool (ENG) - AS Rome (ITA)

Mercredi:

(20h45) Bayern Munich (GER) - Real Madrid (ESP)

Suite du calendrier:

Mardi 1er mai (20h45): demi-finale retour Real Madrid - Bayern Munich

Mercredi 2 mai (20h45): demi-finale retour AS Rome - Liverpool

Finale (20h45): samedi 26 mai à Kiev

RFI

Au Sénégal, une nouvelle loi introduit la notion de parrainage à tous les futurs candidats à une élection, donc à la présidentielle. Avant, cette disposition ne s'appliquait qu'aux candidats indépendants. Concrètement aujourd'hui, pour être candidat, il faut être en mesure de réunir le parrainage de 0,8% du corps électoral, c'est à dire de 52 000 personnes, réparties dans au moins sept régions différentes du pays. Des électeurs qui, selon le texte, ne peuvent parrainer qu'un seul candidat à la fois. « Pour des raisons de contrôles », souligne ce texte, chaque électeur doit décliner l'ensemble de son identité et fournir son numéro de carte d'électeur. L'opposition est vent debout contre cette loi. Ce texte est-il dangereux pour la démocratie sénégalaise ? Pour le ministre de la Justice et professeur de droit constitutionnel, Ismaila Madior Fall, le président Macky Sall veut « assainir la démocratie » et prévenir une éventuelle inflation du nombre de candidats à la présidentielle.

Rfi: Est-il normal, dans une démocratie, qu’un candidat, pour se présenter à une élection, soit parrainé par des citoyens électeurs ?

Ismaïla Madior Fall: On en parle comme si c’était une nouveauté. Or, c’est depuis 1991 que le parrainage citoyen populaire est introduit dans la Constitution sénégalaise, dans le code électoral et la pratique électorale du Sénégal. Depuis 1993, nous avons des candidats indépendants qui ont dû  fournir 10 000 signatures. Donc, cela va être la énième fois que nous allons avoir des candidats sénégalais qui ont présenté des milliers de signatures dont la vérification et l’authentification n’ont posé aucun problème. 

Ici, lorsque des candidats indépendants déposaient leur candidature, le Conseil constitutionnel qui est l’organe habilité à recevoir et à vérifier la validité des candidatures, a toujours vérifié et authentifié ces signatures, avec l’aide de la direction de l’automatisation du fichier qui est au niveau du ministère de l’Intérieur. Par conséquent, c’est un argument qui est complètement incompréhensible.

Donc là, nous sommes quand même sur 52 000 parrainages, c’est à dire 0,8 % du corps électoral. C’est un véritable sondage ?

Nous sommes dans un pays où l’on vote, depuis cent cinquante ans. Nous sommes dans un pays où on va organiser la 11ème élection présidentielle, presque autant que les Français, sinon davantage. Nous sommes donc un pays qui est habitué au jeu démocratique. Ce n’est pas parce que vous avez parrainé quelqu’un, que vous allez voter pour lui. La preuve : aux dernières législatives, on avait enregistré 47 listes, ce qui fait qu’à la présidentielle on va avoir aussi 47 candidats, ce qui est qui est quand même inadmissible.

En réalité, il s’agit ici d’anticiper et d’arrêter la pagaille qui était en train de gangréner le pays, considéré comme un modèle démocratique. Pendant la campagne électorale, c’était la cacophonie parce que les 47 devaient avoir un temps équitablement réparti à raison de trois minutes par candidat. C’était la pagaille ! Nous ne sommes pas un pays qui va consacrer tout son budget à organiser les élections.

C’est pour cela que nous avons pensé qu’il est opportun de rationaliser les candidatures aux législatives, à la présidentielle et aux locales. Et puis, ce qu’il y avait aussi, c’est qu’au fond, on exigeait des parrainages aux candidats indépendants mais pas à ceux émanant des partis politiques. Nous disons fin à la discrimination. Evidemment, il ne s’agit pas du tout de sondage ou de pré-sondage.

Dites-vous aux Sénégalais, aux futurs parrains : ayez confiance en l’impartialité de l’administration sénégalaise ?

Nous sommes quand même un pays qui a tout de même pratiqué deux alternances. En réalité, nous sommes un pays où l’élection est, pour ainsi dire, banalisée. On n’a pas de problématique de démocratie au Sénégal.

Aucun risque de mélange entre le politique et l’administration qui couvre le système électoral ?

Il n’y a aucun risque dans la mesure où, au Sénégal, le pouvoir aujourd’hui ne bénéficie d’aucun outil, d’aucun levier, d’aucun moyen ni d’aucun pouvoir pour influencer le sens des résultats des élections. Il y a une attitude chez certains opposants au Sénégal. Quand ils perdent, l’élection n’est pas normale et quand ils gagnent, l’élection est normale. Je pense aussi qu’il y a la nécessité de davantage de bonne foi sur tous les actes politiques.

Donc, le président Macky Sall ne va pas baisser sa garde et l’opposition, la coalition vont rester vent debout ?

Aujourd’hui, avant le vote de la loi sur le parrainage, pendant le vote de la loi sur le parrainage et après le vote de cette loi, le président de la République a réaffirmé son attitude de toujours, c’est-à-dire l’ouverture. Le président s’est dit ouvert à la majorité, à l’opposition, à la société civile pour s’accorder sur les modalités de mise en œuvre du parrainage.

L’opposition pourra-t-elle manifester, dans les rues, son mécontentement ?

Mais bien sûr. La liberté de manifestation est inscrite dans la Constitution et il n’existe aucun problème pour que cette liberté de manifestation soit mise en cause. Aujourd’hui, si vous regardez les statistiques, il y a plus de 95 % d’autorisations de manifestations. Il y a juste des cas pour lesquels il y a des risques de troubles à la République. Là évidemment, tout pouvoir sérieux, tout pouvoir au monde soucieux d’ordre sur son territoire, ira quand même soit encadrer, soit interdire les manifestations.

RFI

Les députés de l’Assemblée nationale du Mali ont approuvé lundi 23 avril, à une large majorité (109 voix pour, 35 contre), la déclaration de politique générale du Premier ministre. Le vote s’est déroulé après une séance de questions-réponses entre les députés et Soumeylou Boubeye Maïga.

L’examen est plutôt réussi pour Soumeylou Boubeye Maïga. 109 députés approuvent sa déclaration de politique générale (DGP), 35 autres désapprouvent et votent non. Le texte est largement adopté. Officiellement le chef du gouvernement a désormais dans les faits une majorité à l’Assemblée.

Lors de la séance de questions-réponses à l’Assemblée, le Premier ministre, nommé fin décembre 2017, a semble-t-il tiré son épingle du jeu. L’opposition, de son côté, a rempli son rôle. L’un de ses représentants a par exemple jugé le programme d’action du Premier ministre inefficace. « C’est de bonne guerre », ont déclaré des députés de la majorité. L'un d'eux a même jeté des fleurs au Premier ministre malien en le comparant à Georges Clemenceau, un célèbre homme d’État français.

Parmi les projets de Soumeylou Boubeye Maïga, il y a notamment la relance du processus d’Alger. Sur ce point, il a affirmé devant les députés qu’il assigne une nouvelle feuille de route avec les groupes armés du nord du Mali, et qu’il entend la respecter.

Outre les accords de paix d’Alger, il y a également le dossier de la bonne organisation de l'élection présidentielle de juillet prochain. Sur ce point l’opposition l’attend au tournant, alors que de son côté, la majorité à l’Assemblée affirme faire confiance au chef du gouvernement.

Des « vœux pieux » selon l’opposition

L'Union pour la République et la démocratie (URD), qui dispose de 15 députés à l'Assemblée, a voté contre la déclaration de politique générale du Premier ministre. Le principal parti d'opposition juge notamment que les délais sont trop courts.

« Nous, nous pensons que vu le temps imparti d’ici les élections, tout ce qu’on dit là, ce sont des vœux pieux et cela ne rime pas à une réalité quelconque, estime Kalifa Doumbia, un des vice-présidents du parti. Donc nous sommes déjà à deux mois des élections. Un Premier ministre vient nous étaler toute une litanie de vœux pieux. Nous, nous n’y croyons pas ».

Pour Kalifa Doumbia, les projets du Premier ministre ne sont pas réalistes. « Il serait mieux de donner peut-être un programme strict minimum pour dire : "d’ici les élections jusqu’à ce que le président soit installé, c’est ainsi que nous pouvons faire et voilà comment nous pouvons faire, et voilà les moyens". Mais un Premier ministre qui n’a que trois mois à faire et qui donne des programmes jusqu’en l’an 2020, ça nous paraît trop gros. Ça ne nous donne même pas l’essence même de ce qu’on veut aujourd’hui pour la sécurité de nos citoyens, pour nous permettre de faire une élection libre et transparente ».

RFI

Le Port Autonome de Dakar (PAD) ne compte que 14 pilotes actifs pour guider et offrir la sécurité aux navires en transit, dans les eaux Sénégalaises, ce qui peut présenter des dangers. L’Association des Pilotes Maritimes du Sénégal en est consciente. C’est pourquoi elle a tiré la sonnette d’alarme, hier dimanche, en marge de la conférence de presse de lancement du 24éme  congrès de l’Association Internationale des Pilotes Maritimes (IMPA) prévu à Dakar du 22 au 27 avril 2018.

«14 pilotes pour tout le Port autonome de Dakar (Pad). L’Etat ne prend pas d’initiatives pour assurer la relève. Il y a des gens qui devaient aller à la retraite, mais on est obligé de les maintenir.» Les pilotes maritimes du Sénégal sonnent l’alerte. Selon le site iGFM, le Commandant Cherif Mamadou Lamine Diop, le métier de pilote maritime est très sélectif. «Nous sommes obligés de prendre des gens qui ont atteint le degré le plus élevé des officiers de la marine marchande au grade de capitaine, ensuite le temps de capacitage est très long».

Pour régler ce problème, dit-il, «le port de Dakar forme en amont. Dès le Bac, on vous prend au Pad. L’objectif est  de devenir pilote au bout de cette formation. Mais tout le monde ne pourra pas intégrer la station de pilotage. C’est une problématique dont on tiendra en compte pour les générations futures». Toutefois, précise-t-il, «ce n’est pas juste le port de Dakar qui connaît ce problème. Cela touche à tous les ports dans le monde».

«BAC +14» POUR ETRE PILOTE MARITIME

C’est parce que le métier de pilote maritime est très sélectif (ouvert aux meilleurs) qu’il requiert une bonne formation qui s’étend sur plusieurs années. «Pour être pilote, il faut Bac plus 14. On est obligé de prendre les meilleurs pour éviter des conséquences dans l’absolu. Cette sélection entraine une raréfaction des gens qui seront capables d’exercer le métier», a confié à iGFM le Commandant Cherif Mamadou Lamine Diop.

Il explique que le rôle principal des pilotes maritimes est d’offrir la sécurité pour le transit d’un navire lorsqu’il est de passage dans des eaux qui peuvent présenter des dangers. Pour pouvoir le faire, cela demande une grosse sélection. «Parce que les erreurs en termes de pilotage peuvent avoir des conséquences extrêmement négatives, quand on sait quel est le prix d’un navire, quel est le prix d’une cargaison, des infrastructures portuaires… Notre rôle est d’empêcher qu’il y ait des accidents», dit-il.

 «LE PAD A ATTEINT SES CAPACITES D’ACCUEIL»

Les problèmes du PAD, ce n’est pas que l’insuffisance des pilotes. L’âge et le manque d’espaces et réserve foncière dans cette infrastructure asphyxiée au cœur de la ville de Dakar sont également autant de maux qui limitent les capacités du port. «Le Port Autonome de Dakar (PAD) est un vieux port qui a atteint ses capacités d’accueil», a déclaré ce dimanche à Dakar, le commandant Oumar Dramé lors de la conférence de presse. Toutefois, à l’en croire, l’Etat est conscient de cela. C’est pourquoi, les ports de Ndayane et de Sendou seront construits pour augmenter les capacités d’accueil au niveau du Sénégal.

«D’AUTRES ESPACES POUR FAIRE RESPIRER LE PORT DE DAKAR»

«Les pilotes ont raison de dire que le Port de Dakar a atteint ses capacités d’accueil. Le port de Dakar est vieux. Il est totalement adossé à la ville de Dakar. Ce qui fait qu’en termes de réserve foncière, le port est asphyxié. Un port sans espace, est un port qui ne respire pas. C’est l’une des problématiques à laquelle on est confronté», a réagi ce dimanche, M. Hamid Sy, le coordonnateur de la Cellule de communication du Port Autonome de Dakar sur la question de la limite de la capacité d’accueil dudit port dans iGFM.

«La deuxième problématique est liée au dynamisme de l’économie sénégalaise. Le trafic portuaire, en moins de 10 ans, est passé de 10 millions à 18 millions de Tonnes. C’est des augmentations constantes d’à peu près un million à deux millions de tonnes par année. On reçoit beaucoup plus de navires, de marchandises. Ce qui a fini de consacrer la congestion du port en termes d’accueil des navires et d’acheminement des marchandises», fait-il remarquer.

C’est pourquoi, dit-il, «les autorités ont pensé, à bon escient, à créer d’autres espaces pour faire respirer le port de Dakar. En créant de nouveaux ports, le port de Bargny qui sera un port minéralier, le port de Ndayane qui va nous permettre d’augmenter nos capacités en termes de taille des navires, parce qu’on sera entre 16 et 18 mètres de profondeur. Cela nous permettra de recevoir les navires de dernières générations et de disposer d’espace supplémentaire.»

Ce port sera adossé à une zone industrielle qui permettra à ses entreprises de pouvoir s’installer dans l’espace portuaire, de développer leurs activités et de procéder à des activités de transformation de leurs produits avant de les réexporter. L’avenir maritime du Sénégal sera au niveau de ces ports, promet-il.  

L’invite d’Idrissa Seck lancée à l’endroit de l’opposition, vendredi dernier, pour faire bloc contre la loi sur le parrainage citoyen et ester devant la Cour de justice de la Cedeao, est diversement appréciée par les acteurs en question. Si Mamadou Diop Decroix d’Aj/Pads et du Fdpr valide l’appel tout en envisageant d’en bonifier les contours, il en est autrement pour Ousmane Sonko de Pastef qui invite lui, le leader de Rewmi à se mettre dans les rangs du Front de résistance nationale déjà mise sur pied par l’opposition contre le pouvoir en place.

Après l’adoption par la majorité parlementaire de la loi sur le parrainage intégral et l’appel à l’union lancé par Idrissa Seck de Rewmi à l’opposition afin de saisir la Cour de justice de la Cedeao, Mamadou Diop Decroix d’Aj/Pads et du Fdpr s’est dit favorable à l’invite. Interpellé par Sud Fm sur le recours envisagé par Idrissa Seck au niveau de l’instance sous-régionale, il a tenu à faire savoir :«Je trouve personnellement que c’est une bonne idée. D’ailleurs hier (vendredi-ndlr) en marge de la réunion du Front démocratique et social de résistance nationale, certains en ont discuté. Ils sont arrivés aussi à cette même idée d’aller à la Cedeao et même à l’Union africaine et peut-être même ailleurs».

Toutefois, pour Mamadou Diop Decroix, il faut aller au-delà de la proposition du leader de Rewmi de faire front commun pour porter l’affaire devant la Cour de justice de la Cedeao.  Aussi a-t-il fait savoir qu’en parallèle de cette bataille judiciaire, d’autres fronts devront être ouverts. «C’est une lutte de longue haleine. Le 19 avril dernier n’est que le commencement. La rue sera encore occupée», a-t-il martelé avant de conclure que «Nous utiliserons tous les moyens en notre disposition pour faire reculer le régime».

A la différence de Mamadou Diop Decroix, le député Ousmane Sonko, leader de Pastef, s’est montré beaucoup moins flexible, quant à l’appel de l’ancien Premier ministre sous Wade. Pour lui, c’est plutôt Idrissa Seck qui doit venir rejoindre l’opposition regroupée au sein du Front de résistance nationale. De l’avis de Sonko, ce front qui fait l’objet de l’appel du patron de Rewmi existe déjà, et il serait donc plus judicieux de venir s’y intégrer que d’en fonder un nouveau. «Nous, nous considérons, en tout cas au  niveau de Pastef, qu’il y a un large front qui existe déjà et que ce front regroupe l’ensemble de l’opposition, exception faite du Rewmi de M. Idrissa Seck et du Grand parti de Malick Gakou », a-t-il déclaré au micro de Sud Fm.

Dans la foulée, l’ancien inspecteur principal des Impôts et Domaines expliquera que d’ailleurs, c’est ce front qui a été à l’origine de l’appel à manifester du 19 avril dernier, lors de l’examen du projet de loi portant révision de la Constitution. En conclusion, Ousmane Sonko dira tout simplement : «Le seul enjeu, c’est le Sénégal, donc tout le monde n’a qu’à se regrouper dans ce qui existe déjà au lieu de recréer la roue».   

Sud Quotidien

Le climat scolaire actuel n’est pas loin de confirmer l’hypothèse d’une prolongation de l’année académique ou pour les plus pessimistes, d’une «année blanche». La sortie du ministère de l’Education nationale, avant-hier, samedi, annonçant que «4 syndicats du G6 ont décidé de suspendre leur mouvement d’humeur», n’a fait qu’empirer une situation déjà chaotique. En effet, les syndicats dits représentatifs (G6), à l’exception du Snelas/Fc et du Sels qui ont pris la décision de suspendre leur mot d’ordre devant le Khalife général des Tidiane, Serigne Mbaye Sy Mansour, hier, dimanche, tous les autres ont désavoué Serigne Mbaye Thiam. Le syndicat autonome des enseignants du moyen et secondaire du Sénégal (Saemss), le cadre unitaire des enseignants du moyen secondaire (Cusems), le syndicat des enseignants libres du Sénégal/Authentique (Sels/A) et l’Union démocratique des enseignants du Sénégal (Uden) taclent severemment l’attitude de leur ministre de tutelle et décident de poursuivre la lutte. Ainsi, le travail entamé jusqu’ici par les organisations de la société civile et le Haut conseil du dialogue social est anéanti. Même si la Coalition des organisations en synergie pour la défense de l’éducation publique (Cosydep) reste optimiste.

SERIGNE MBAYE THIAM, MINISTRE DE L’EDUCATION : «4 sur les 6 syndicats du G6 ont décidé de suspendre la grève»

«Nous avons 4 organisations syndicales sur les 6 que constituent les organisations syndicales du G6 qui nous ont, de manière informelle, informé de leur décision de suspendre la grève. Une décision qu’elles tiennent des délibérations de leurs propres bases. Les syndicats sont en train d’harmoniser et d’évaluer à leur niveau pour voir qu’elle est la conduite à tenir, à l’heure actuelle» a déclaré le ministre de l’éducation nationale. Cette sortie a déclenché le courroux chez les syndicalistes qui n’ont pas manqué de fustiger l’attitude de Sérigne Mbaye Thiam. La levée de bois vert qui s’est même suivie risque de plomber davantage l’école sénégalaise.

Réaménagement du calendrier scolaire

«Nous allons rencontrer ces quatre organisations syndicales, ce lundi 23 avril, à 10 heures, pour une concertation, avec les parents d’élèves, autour du réaménagement de l’année scolaire. Nos équipes techniques ont déjà travaillé sur un projet de réaménagement de l’année scolaire et de reprogrammation des examens et des concours. Une conférence de presse sera, peut-être, organisée pour annoncer les nouvelles dispositions de l’année scolaire et des examens et concours.

Dès le mardi, les syndicats ayant accepté de suspendre leur mot d’ordre, peuvent se retrouver avec l’administration pour commencer la rédaction du protocole d’accords. Ce document va sanctionner l’ensemble des engagements pris par le gouvernement».

Mesures constitutionnelles et  légales aux réfractaires

«J’appelle les enseignants qui sont dans les syndicats qui n’ont pas, pour l’heure, suspendu leur mot d’ordre de grève, pour leur dire qu’il arrive un moment où on ne s’adresse plus aux syndicats mais aux enseignants. Chacun, dans le cadre de sa responsabilité propre et personnelle, doit pouvoir mesurer la complexité de la situation et prendre la décision. Nous exhortons les enseignants à rejoindre les salles de classe dès lundi (aujourd’hui, Ndlr) pour reprendre les cours et suivre la voie de leurs camarades qui ont décidé de suspendre leur mouvement.

Le gouvernement avait envisagé d’engager des mesures constitutionnelles et légales que la situation impose.  C’est ainsi que depuis 72 heures, j’ai décidé de renouer le fil du dialogue avec toutes les organisations syndicales avec lesquelles j’ai eues à parler directement ou indirectement».                  

DES SYNDICALISTES S’INSURGENT CONTRE SERIGNE MBAYE THIAM

Si le ministre de l’éducation nationale, Sérigne Mbaye Thiam, pensait bien faire en rendant public une information non officielle, sur la fin de la crise scolaire, il s’est alors lourdement trompé. Sa sortie a déclenché plutôt une levée de bois vert qui risque de plomber les efforts déjà fournis.  

ABDOURAHMANE GUEYE, SG UDEN :  «Le ministre fait de l’intoxication»

«Le ministre n’a pas la prérogative de parler au nom des syndicats. Il revenait aux organisations de le faire eux-mêmes. Ce qui va dire que le ministre est en train de faire de l’intoxication. Je ne sais pas le mobile de son action, mais je peux vous dire clairement que l’Uden n’a pas suspendu son mot d’ordre de grève. Si nous devrions le faire, nous allons passer par nos instances. Nous allons continuer le 7ème plan d’actions, tout en poursuivant les négociations. Nous estimons que cette école est notre outil de travail, notre raison d’être».

Abdoulaye Ndoye, SG Cusems : «La sortie du ministre est gravissime»

«Le Cusems est une organisation syndicale, structurée et démocratique. Le Cusems n’ose pas demander à un ministre de suspendre un mot d’ordre. La sortie du ministre est gravissime. C’est une atteinte à la liberté syndicale. Le Cusems n’a pas suspendu mot d’ordre. Ce n’est pas à l’ordre du jour. Je n’ai pas rencontré le ministre de l’Education, ni discuté avec lui. Je n’ai pas eu de tête à tête avec le ministre de l’éducation nationale. Le ministre n’a pas de courage politique. Il devait avoir le courage de nommer les syndicats qui ont décidé de lever leur mot d’ordre ; encore qu’il parle d’une rencontre informelle. Nous sommes en train de dérouler notre 7ème plan d’actions avec une marche nationale à Diourbel».

Le ministre est dans une logique de compétitions

«Je considère qu’on est dans une dynamique unitaire si on doit rencontrer le ministre.

C’est une stratégie pour semer la confusion, la zizanie et le doute dans l’esprit des sénégalais. Il n’est pas fiable et crédible. Il est en train d’utiliser des stratégies dépassées qui remontent à l’époque féodale. Le ministre est un danger public. C’est un facteur bloquant, un obstacle pour l’éducation nationale. En réalité, le ministre est dans une logique de compétitions et de rivalité avec les institutions du dialogue social et la Cosydep. Il est malintentionné. Il était informé en ce moment que le G6 avait rencontré la Cosydep et le Haut conseil du dialogue social. L’école est assez sérieuse pour qu’on en fasse une compétition ou de politique politicienne. Il a eu une attitude irresponsable. C’est au président Macky Sall d’en tirer les conséquences.

Il a engagé des discussions de manière informelle dans un Etat sérieux, c’est un manque de respect à l’endroit de la Nation. Voilà une raison pour qu’il démissionne. Nous allons poursuivre le mouvement. S’il persiste, les choses vont aller de mal en pis.

Saourou Séne, SG Saemss : «Nous allons maintenir la lutte»

«Nous ne faisons pas partie de ces syndicats qui ont décidé de lever le mot d’ordre. Nous continuons la lutte jusqu’à la satisfaction de nos revendications. Donc, la matérialisation des accords mais aussi des propositions plus concrètes de l’indemnité de logement des enseignants du secondaire. Nous allons maintenir la lutte au niveau du Syndicat autonome des enseignants du moyen secondaire (Saemss), car nous considérons les propositions du gouvernement en-deçà de nos attentes. Nous attendons des propositions concrètes. Nous réaffirmons la détermination de nos camarades à continuer la lutte, même si nous respectons la décision des syndicats qui décident de suspendre».

Abdou Faty, Sels/A : «Cette attitude n’honore pas la République»

«Le ministre engage sa personne sur tout ce qu’il a dit. J’en profite pour dénoncer cette attitude. Nous sommes surpris par la déclaration du ministre de l’éducation parce qu’au moment où il tenait sa conférence de presse, nous étions dans une rencontre avec les ONG qui s’activent en éducation et la présidente du Haut conseil du dialogue social, pour ensemble voir les voies et moyens de sortie de crise. Ce qui ne favorise pas l’apaisement du climat scolaire. Cette attitude qui respectivement tient à diviser les enseignants, n’honore pas un homme d’Etat. Un ministre doit avoir une posture d’Etat. Nous le demandons franchement de ne pas parler au nom des organisations. Les syndicats sont seuls habilités à lever un mot d’ordre. Nous sommes des structures organisées qui décident autour d’une table.  Le Sels/A, va tenir une réunion de secrétariat permanent élargi pour discuter de la marche de Diourbel. On fera aussi un compte rendu des rencontres qu’on a eues avec la société civile et le Haut conseil du dialogue social ».

Cheikh Mbow, Coordinateur de la Cosydep ; «La sortie du ministre a radicalisé les syndicats»

«Les syndicats étaient dans de bonnes dispositions pour apaiser le climat scolaire, compte tenu du contexte de fin d’année académique. Il fallait y mettre la forme et la manière. Les syndicats avaient décidé, après les interventions des organisations de la société civile, des religieux, de formaliser leur suspension. L’espoir était permis autour de cette rencontre. Nous avions pris langue avec les organisations syndicales avec l’option de ne pas communiquer. La sortie du ministre a radicalisé les syndicats. Le système éducatif est tellement sérieux qu’il doit dépasser les contingences politiques. Nous restons optimistes pour l’apaisement de la crise. Nous allons continuer à démarcher. Nous n’allons pas se décourager à cause d’un homme (Sérigne Mbaye Thiam, Ndlr). Ce serait irresponsable de notre part ».

Tivaoune «suspend» la grève du Sels et du Snelas

Conformément à leur engagement devant la Cosydep et le Haut Conseil, le syndicat national des enseignants en langue arabe du Sénégal (Snelas/Fc) et le syndicat des enseignants libres du Sénégal (Sels) ont décidé de suspendre leur mot d’ordre de grève. Ils ont pris l’engagement devant le Khalife général des Tidianes, Mbaye Sy Mansour hier, dimanche 22 avril.

Souleymane Diallo, SG SELS : « Nous avons suspendu le mot d’ordre de grève à Tivaouane »

«Nous, Sels, Sels/A, Uden et Snelas/Fc, avions pris l’engagement hier (samedi dernier, Ndlr) devant la Cosydep et le Haut conseil, de lever le mot d’ordre de grève et aujourd’hui (hier, dimanche Ndlr), à 17 heures devant le Khalife général des Tidianes. Conformément à cet engagement, le Sels s’est rendu à Tivaouane. Nous étions seuls pour respecter la parole donnée. Nous avons annoncé au Khalife notre décision de suspendre le mot d’ordre à partir de demain (aujourd’hui, lundi Ndrl). Le Khalife s’est engagé à demander au Président Macky Sall, de rapprocher l’échéancier de paiement de l’indemnité de logement initialement prévu en octobre 2018, au mois d’aout 2018. Il s’est engagé à veiller à ce que les engagements pris par le gouvernement soient respectés dans les brefs délais. On avait décidé de suspendre. Ce que nous avons fait».

Moustapha Segnane, SG Snelas/Fc : «Nous suspendons la grève»

«Notre position a évolué après avoir rencontré le Khalife général des Tidianes, Mbaye Sy Mansour. A l’issue de cette séance à Tivaoune, nous avons décidé de ne pas participer à la deuxième phase du 7ème plan d’actions entamé par le G6 depuis la semaine dernière. C’est une décision de la base qui a été consultée après notre tête-à-tête avec le Khalife.  Aussi, cette décision découle d’une série de rencontre avec les organisations de la société civile et le Haut conseil pour trouver des sorties de crise».

SudOnline

 

SENEGAL : Macky ; UN PRESIDENT EN SURSIS par l'Intellectuel Franco-Sénégalais : Seybani SOUGOU à la plume incisive et franche.
« Macky Sall le sait mieux que quiconque : la somme des colères finira par le perdre »


Pour Macky Sall, le 19 Avril 2018 sonne comme un avertissement sans frais. Il a fallu déployer des dizaines de milliers de policiers sur tous les artères de la capitale, mobiliser les corps de la République, faire entendre les bruits de bottes, et placer l'espace d'une journée, Dakar en quasi état de siège, pour pouvoir voter la loi relative au parrainage citoyen. Un enfantement dans la douleur. Une loi au forceps pour un régime au bilan « élogieux », en totale perdition.


Les images de pneus calcinés, de dizaines d'opposants arrêtés manu militari, de scènes de guérilla dans certains quartiers de la capitale (violents affrontements entre jeunes et forces de l'ordre à Médina) ont inondé la toile, et considérablement abîmé l'image du Sénégal au niveau international. Malgré le déploiement démesuré des forces de l'ordre placées en alerte maximale dans tout le pays, la contestation s'est propagée dans plusieurs localités du Sénégal (Thiès, Saint Louis, Mbacké, Touba, Kaolack...).

Des chefs religieux, à la société civile, en passant par l'Eglise, la loi sur le parrainage fait l'objet d'une réprobation unanime. L'exaspération de nos concitoyens est à son comble. Une colère sourde est perceptible dans le pays ; l'immense majorité des sénégalais ayant l'impression d'avoir confié les rênes du pays à un irresponsable. Ces événements démontrent une chose : la réélection de Macky Sall au 1er tour du scrutin présidentiel en 2019, relève du fantasme.

A moins d'une fraude massive et industrielle, ou d'une intervention des DJINNS (anges du malheur) dans le processus électoral, on ne voit pas ce qui pourrait sauver Macky Sall d'une débâcle en Février 2019.
L'adoption de la loi sur le parrainage vient fermer une longue séquence marquée par une rupture du pacte de confiance entre Macky Sall et le peuple. Une rupture ponctuée par des violations systématiques de la Constitution (Cour d'exception « CREI », atteinte aux libertés individuelles et collectives, multiplication des arrestations arbitraires), de multiples reniements (gigantesque WAKH WAKHEET sur la réduction du mandat, rétention des cartes d'électeurs de millions de sénégalais lors du scrutin faussé du 30 juillet 2017), et le recours à la ruse pour duper le peuple (énième tripatouillage de la Constitution, pour se frayer un boulevard en 2019).


Il n'y a plus de doute : aujourd'hui, Macky Sall n'a ni les moyens politiques, ni la capacité de garantir l'unité et la stabilité sociale du Sénégal, condition sine qua non pour impulser le développement du pays. Obnubilé par sa réélection, foulant au pied les dispositions de la Charte fondamentale (un chiffon à sa disposition), Macky Sall s'enferre dans une gestion patrimoniale du pouvoir, porte atteinte à l'équilibre des institutions et à l'exercice des libertés, s'immisce continuellement dans le fonctionnement de la justice, multiplie les dérives et engage le Sénégal, dans une voie synonyme d'impasse. Esseulé, entouré d'un carré de partisans jusqu'au-boutiste, Macky Sall enchaîne les coups de boutoir contre la Démocratie sénégalaise. Face à la situation extrêmement grave que traverse le Sénégal, le statu quo n'est plus tenable. Parce que le pays est entre des mains inexpertes (l'irrationalité au pouvoir), le silence complice est dévastateur. Restaurer l'Etat de Droit au Sénégal est un impératif.


Pour sauver la République sénégalaise à terre, du fait des agissements d'un homme qui a failli aux obligations liées à sa charge et dont l'honneur n'est point une vertu, c'est un devoir, et au-delà une obligation pour chaque citoyen sénégalais d'œuvrer pour fermer la parenthèse d'un régime déviant, en février 2019. A ce titre, Il convient d'assurer la jonction de toutes les forces vives, de mettre en place des stratégies pour déjouer la fraude à venir, et de rétablir les contrepouvoirs (la démocratie ne doit plus être un jouet entre les mains d'un saltimbanque).
L'équation est simple : c'est le sort de la Démocratie sénégalaise qui est en jeu.


Seybani SOUGOU – E-mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

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