Au Gabon, l'administration publique pourrait être fortement perturbée, ce lundi 9 février. Tous les syndicats de la fonction publique ont décidé samedi dernier d'entrer en grève générale illimitée. Le 24 janvier dernier, ils avaient déposé un préavis de grève de huit 8 jours. Ce délai expiré, le gouvernement est resté silencieux d'où le déclenchement de la grève aujourd'hui.

« Toutes les universités, les grandes écoles, les hôpitaux, les écoles primaires publiques et toutes les administrations seront en grève », assure Jean Rémy Yama, président du collectif Dynamique unitaire. C'est à l'unanimité que tous les syndicats ont décidé d'entrer en grève ce lundi.

Les syndicalistes précisent que le gouvernement est seul responsable de cette paralysie pour n'avoir pas ouvert de négociations. Un service minimum est tout de même prévu dans les administrations vitales. Les revendications des fonctionnaires sont importantes dans un contexte de chute des cours du baril de pétrole.

« Nous attendons une augmentation du SMIG, qu’il passe de 80 000 francs aujourd’hui à 300 000 francs et un nouveau mode de calcul de la pension de retraite qui aujourd’hui est un traumatisme pour les retraités gabonais, revendique Jean Rémy Yama. Et également, la mise en place de l’indemnité de service rendu qui est payée aux contractuels mais pas aux agents de la fonction publique. » Selon une source proche de la primature, le Premier ministre Daniel Ona Ondo, recevra tous les syndicalistes ce lundi à la mi-journée.

Rfi

Au Nigeria, l'ombre de Boko Haram a conduit la Commission électorale à reporter les scrutins présidentiel et parlementaires. Les élections devaient se dérouler samedi prochain, elles auront lieu le 28 mars, à la demande du parti au pouvoir. D'après les sondages, le président Goodluck Jonathan et son principal rival, Muhammadu Buhari, sont au coude-à-coude.

Il y a dix jours déjà, le conseiller national à la sécurité du président Goodluck Jonathan avait plaidé en faveur d'un report. Sambo Dasuki avait invoqué sans vraiment convaincre le retard pris dans la distribution des cartes d'électeurs. Cette fois-ci, c'est le motif sécuritaire et les opérations militaires en cours contre Boko Haram qui ont été mises en avant.

De toute évidence, le président de la Commission électorale nationale indépendante y a été sensible. L'opposition s'était clairement prononcée pour le maintien du scrutin au 14 février. Le candidat Muhammadu Buhari s'est exprimé lors d'une conférence de presse plus tard dans l'après-midi ce dimanche. « Un revers pour la démocratie », c’est en ces termes que le parti d’opposition All Progressives Congress APC a qualifié le report des élections. Dans son communiqué, le parti de Muhammadu Buhari a néanmoins appelé ses partisans au calme et à ne pas tomber dans « le piège » qui leur est tendu. Sur les réseaux sociaux l’APC déclare que le report n’empêchera pas la victoire de son candidat.

Des observateurs du scrutin mettent en doute la sincérité des arguments invoqués par le camp du président sortant pour obtenir un report. Le groupe Boko Haram peut-il réellement être neutralisé en moins de six semaines ? Pourquoi ce report à seulement sept jours du scrutin ?

Pour l'universitaire nigérian Muhammed Kiary, les réponses ne font aucun doute : l'équipe du président sortant sent la victoire lui échapper et souhaite gagner du temps, afin d'épuiser financièrement l'opposition. D'autres observateurs soupçonnent le camp Jonathan de vouloir frauder ou même instaurer un climat de violence pour déclarer l'état d'urgence et obtenir un deuxième report du scrutin.

Rfi

Trois ans après le drame de Port-Saïd, 19 personnes ont été tuées et 20 autres blessées avant un match de football au Caire dimanche 8 février, dans des accrochages entre policiers et supporters, selon un bilan du ministère de la Santé encore provisoire et qui pourrait s'alourdir. Des sources du parquet évoquent 22 morts. Le championnat de première division a été reporté sine die. Dans le pays, c'est la consternation.

Article mis à jour lundi avec notre correspondant au Caire, Alexandre Buccianti

La rencontre opposant le Zamalek, premier du championnat à Enpi, deuxième, était le premier match avec public depuis la catastrophe, il y a trois ans, du stade de Port-Saïd. Le 1er février 2012, 74 personnes avaient été tuées dans des accrochages entre supporters. Le ministère de l’Intérieur avait autorisé la vente de 10 000 billets pour le match de dimanche. A 17 heures, il y avait 7 000 spectateurs à l’intérieur du stade, mais près de 10 000 autres cherchaient à entrer. La police est intervenue pour les en empêcher et c’est là que le drame a commencé.

Les supporters sont morts dans la bousculade provoquée par des tirs de grenades lacrymogènes, d'après la police. D’autres témoins affirment que les « ultras » du Zamalek ont tiré des feux d’artifice sur la police avant que les choses ne se dégradent. Malgré le drame, le match Zamalek-Enpi, comptant pour la 20e journée du championnat, s’est joué et s’est terminé sur un nul 1-1. Un résultat qui n’a aucune importance puisque le gouvernement a suspendu le championnat.

Les éditorialistes demandent le départ du ministre de l'Intérieur

Au lendemain des faits, la colère est unanime dans le pays, reflétée par les manchettes des journaux. « Le ballon sanglant », titre le quotidien El Watan. D'autres quotidiens parlent en Une de « Catastrophe » ou de « Nouveau Février noir » en référence au drame de Port-Saïd. Cette colère est d’abord dirigée contre les forces de l'ordre, qui ont autorisé le match avec public et affirmé qu’elles étaient capables de maintenir l’ordre. La police est accusée d’usage disproportionné de la force lors de chaque manifestation.

Beaucoup d’éditorialistes influents, y compris ceux proches du régime, réclament le limogeage du ministre de l’Intérieur, le général Mohamed Ibrahim. Quelques voix s’élèvent aussi contre les associations de supporters « ultras » des grands clubs, devenus totalement incontrôlables. Et puis, il y a les tentatives de récupération politique. Ce lundi, des Frères musulmans s’en prennent à un « régime putschiste sanguinaire », tandis que les opposants à la confrérie accusent cette dernière d’avoir provoqué le drame.

Rfi

lundi, 09 février 2015 08:38

CAN 2015 : la Côte d'Ivoire au bout du suspense

Poster par

La Côte d’Ivoire remporte la deuxième Coupe d'Afrique des nations de son histoire dimanche 8 février au terme d'une partie étouffante qui s'est conclue aux tirs au but (0-0, 9-8 aux t.a.b.). Les Eléphants ont pu compter sur une dernière réalisation de Copa Barry, improbable héros d'une finale indécise.

De notre envoyé spécial à Bata,

Quelle tension, quel suspense. Des joueurs à bout de nerfs et des spectateurs qui hurlent dans le stade de Bata. Qui allait craquer après une séance de tirs au but insoutenable ? Voilà comment l’édition 2015 s’est terminée. Avec l’image d’un Gervinho assis sur une chaise au bord de la pelouse, détournant le regard, alors que le gardien du Ghana ratait la onzième tentative de son équipe. Quelques secondes plus tard, Copa Barry, le portier ivoirien, héros improbable de cette finale, offrait la deuxième Coupe d'Afrique des nations aux Eléphants en propulsant le ballon au fond des filets.

Pas de revanche pour le Ghana

En 2012, Gervinho avait loupé sa frappe et la Zambie d’Hervé Renard repartait de Libreville avec le trophée en main. Ce soir, Hervé Renard remporte son deuxième titre continental avec les Eléphants et l'attaquant de l'AS Rome peut verser des larmes de joie. La Côte d’Ivoire remporte un deuxième titre vingt-ans après ce succès, le 26 janvier 1992 au Sénégal, face, déjà, à cette même nation ghanéenne.

Entre une Côte d'Ivoire qui restait sur deux finales perdues et un Ghana qui s'était aussi incliné en 2010, la finale de l’édition 2015 devait mettre fin à la frustration de l'une des deux équipes. Cependant, le sort peut paraître cruel pour le Ghana.

Copa Barry, le gardien ivoirien, marque le tir au but décisif de la finale de la CAN 2015. REUTERS/Amr Abdallah Dalsh

Un match fermé pendant 90 minutes

Dans un match équilibré et fermé pendant 90 minutes, ni les Eléphants, les Blacks Stars n'ont réussi à échapper aux prolongations.La Côte d’Ivoire n’a pas profité d’un coup franc cadré, tiré par Yaya Touré, pas dans un grand jour, sur une faute de Wakaso Mubarak (14e). De son côté, Max-Alain Gradel, décalé par Gervhino, est entré dans la surface et a déclenché un tir puissant qui a filé au-dessus de la transversale du but de Razak Brimah (16e). Wilfried Bony, double buteur en quarts de finale contre l’Algérie a eu bien du mal à percer la défense ghanéenne redoutable avec John Boye. Il n’a pas été plus heureux lors de son tir au but raté. Ce sera vite oublié.

Le poteau pour Atsu et André Ayew

Du côté des Ghanéens, on regrettera forcément les deux actions d'Atsu, désigné meilleur joueur de cette CAN 2015, et d'André Ayew. Trouvé par le joueur de Marseille, Atsu enroule son ballon du pied gauche, mais sa frappe touche le poteau de Copa Barry (26e). Même sort pour la frappe d'André Ayew en fin de première période, à l'issue d'un tir déclenché sur le côté gauche de la surface de Copa Barry, qui a remplacé Sylvain Gbohouo, l'habituel titulaire, qui s'est blessé dans la journée. Ce dernier, perclus de crampes en fin de rencontre, a trouvé les ressources nécessaires pour marquer un improbable et décisif tir au but au terme d'une séance étouffante qui aura vu les Ghanéens prendre deux buts d'avance. En vain. A 35 ans, Copa Barry pouvait s'offrir un inattendu tour d'honneur sacrément mérité.

lundi, 09 février 2015 08:18

CAN 2015 : Des sourires ivoiriens aux larmes ghanéennes

Poster par

La Côte d’ivoire a remporté la CAN 2015 après une séance de tirs au but mémorable. Les Eléphants remportent un nouveau trophée vingt-trois ans après avoir déjà battu le Ghana au Sénégal. Reportage et réactions.

De notre envoyé spécial à Bata,

Après 120 minutes d’ennuis, on ne retiendra que cette séance de tirs au but qui restera dans l’histoire. La Côte d’Ivoire rentre à la maison avec une deuxième CAN dans sa besace, le Ghana reste encore sur le carreau après sa finale perdue en 2010.

La détresse d'André Ayew

Sur la pelouse, André Ayew était inconsolable. Hervé Renard, le coach gagnant du jour qui connaît bien le garçon, a tenté de le consoler. En vain. Le Marseillais est rentré une heure après la rencontre dans son bus, toujours en larmes. « On a battu le père, on a battu le fils », scandaient des supporters ivoiriens. « Non les deux fils [Jordan Ayew, ndlr] », rectifie une voix lointaine… Abedi Pelé, la figure paternelle, avait vécu la même chose en 1992. Suspendu, il n’avait pas joué la finale. Quel drôle de sort.

« On a eu notre chance. On menait 2 à 0 aux tirs au but, et ils sont revenus. C’est la vie, on doit accepter cette défaite. » Asamoah Gyan, l’attaquant vedette du Ghana, qui n’était pas dans un grand jour résume en quelques mots le sentiment des Black Stars. « Les Ivoiriens sont arrivés en finale deux fois (2006 et 2012) et ont perdu aux tirs au but, et la troisième fois ils l'ont gagnée. Je suis très triste, mais je ne regrette pas notre performance, on a fait un bon tournoi », ajoute l’attaquant.

Comme Asamoah Gyan, le coach ghanéen Avram Grant veut rester optimiste. « On a travaillé hier [samedi] les tirs au but, mais en face des supporters, c'est autre chose. Ils en ont marqué un de plus, c'est tout. Atteindre la finale est une grosse réussite que beaucoup d'équipes auraient souhaitée, raconte celui qui vivait sa première CAN comme sélectionneur. Je suis plus fier de ce qui s'est passé dans ce tournoi. Personne ne s'attendait à ce que le Ghana non seulement puisse le gagner mais en plus de jouer de cette manière. Je ne suis pas heureux, à cause des tirs au but, ça arrive. Sur le terrain on a été la meilleure équipe, les Ivoiriens ne se sont pas procuré une seule occasion ».

Le soulagement de Yaya Touré

Hervé Renard, son pendant pour la Côte d’Ivoire est évidemment heureux. Un deuxième titre en tant que coach en quatre années, chose rare. « Je suis très content pour tous les Ivoiriens, qui attendaient ça depuis 23 ans. Mon message depuis qu'on a commencé le stade de la préparation le 5 janvier a toujours été le même, même quand on a mal débuté la première mi-temps contre la Guinée, on a toujours gardé le cap, il a fallu dire certaines vérités. Les joueurs ont fait beaucoup d'efforts, aujourd'hui ils sont récompensés », raconte l’ancien entraîneur de la Zambie, championne d’Afrique en 2012.

Des vérités, Yaya Touré, star des Eléphants, en a dit ce soir. « On a eu pas mal de critiques, même parfois agressives », a-t-il répété en boucle à de nombreux journalistes. « Quand on gagne avec le club, c'est magique, mais avec le pays c'est incroyable, exceptionnel. J'attendais depuis je ne sais combien de temps de lever le trophée, en tant que capitaine, c'est spécial », a tout de même précisé le joueur de Manchester City qui vivait sa troisième finale. Tout comme Copa Barry le gardien, qui a marqué au terme de la séance de tirs au but interminable, offrant le sacre à la Côte d'Ivoire (0-0, 9 à 8 aux tirs au but).

Devant l’hôtel des Ivoiriens à Bata, la foule est venue saluer les Eléphants. Bata a dit adieu à la Coupe d’Afrique des nations dans l’allégresse la plus totale. La diaspora ivoirienne y est pour quelque chose. Au même moment, Abidjan vivait une nuit de folie.

Rfi

Après les déclarations de Zacarias Moussaoui, qui accuse l'Arabie saoudite d'avoir financé al-Qaïda, des parlementaires américains demandent la déclassification de cette partie de l'enquête, menée après le 11-Septembre.

Ces élus estiment que le moment est venu de savoir si les allégations du Français sont fondées ou non. Zacarias Moussaoui a été condamné à la prison à vie aux Etats-Unis pour son rôle dans la préparation des attentats de 2001.

Avec notre correspondante à Washington, Anne-Marie Capomaccio

C'est un document de 28 pages qui n'a pas été déclassifié après l'enquête et après la commission parlementaire qui a travaillé sur les attentats du 11-Septembre. Un dossier consacré au financement d'al-Qaïda par le gouvernement saoudien.

Des familles de victimes des attentats, des sénateurs, des représentants œuvrent pourtant dans ce sens depuis plus de dix ans. Une requête renouvelée jeudi après les accusations de Zacarias Moussaoui proférées du fond de sa prison et rendues publiques en début de semaine.

Parmi ceux qui connaissent le contenu des documents top secret, les avis sont divergents. Pour certains, le lien n'est pas prouvé entre le gouvernement saoudien et les attentats. Pour d'autres, au contraire, le financement par des officiels saoudiens est établi dans ce dossier. D'après les journalistes du New York Times, même l'ambassade d'Arabie saoudite est favorable à la déclassification des documents pour mettre un terme aux spéculations.

La décision appartient au président des Etats-Unis et ni George Bush, ni Barack Obama n'ont franchi ce pas. George Bush avait expliqué que la divulgation du dossier serait une menace pour la sécurité nationale. Barack Obama ne s'est pas exprimé.

Rfi

vendredi, 06 février 2015 08:25

CAN 2015: le match Ghana-Guinée équatoriale vire au fiasco

Poster par

La demi-finale de Coupe d’Afrique des nations 2015 de football entre les équipes du Ghana et de Guinée équatoriale (3-0) a viré au fiasco ce 5 février à Malabo. Le match a été interrompu pendant plus d’une demi-heure suite aux interminables jets de projectiles sur l’arbitre, les joueurs ghanéens, ainsi que leurs supporters.

De notre envoyé spécial à Malabo,

Un hélicoptère de la gendarmerie équato-guinéenne fait du surplace quelques mètres au-dessus de la tribune Est de l’Estadio de Malabo. Certains spectateurs dévalent les marches et se précipitent vers la sortie du stade, effrayés par l’engin. D’autres, au contraire, foncent vers le sommet des gradins pour bombarder l’appareil de projectiles en tous genres. Cette scène surréaliste ne se déroule pas à la fin d’un meeting politique qui a mal tourné. Elle se passe au beau milieu d'une demi-finale de Coupe d’Afrique des nations de football.La rencontre entre les équipes du Ghana et de la Guinée équatoriale a basculé à la 40e minute de jeu, lorsque l’arbitre gabonais a sifflé un penalty en faveur des Ghanéens. Le public crie à l'arnaque, à l'injustice. Une première bouteille d’eau s’écrase sur la piste d’athlétisme qui entoure la pelouse. Puis une deuxième. Puis une troisième… Leur fracas brise le silence qui a suivi le but du Ghana.

Les Black Stars marquent ensuite une deuxième fois, juste avant la mi-temps. Les ennuis ne font que commencer, ce 5 février 2015 dans la capitale de Guinée équatoriale…

Les supporters ghanéens se réfugient sur la pelouse

A la pause, l’arbitre Eric Otogo et ses assistants quittent le terrain sous les boucliers de la police. Ils sont bientôt imités par les joueurs ghanéens qui regagnent les vestiaires sous escorte, par petits groupes. Cette fois, ce sont des canettes et des pierres qui s’abattent sur l’aire de jeu. Les joueurs équato-guinéens appellent le public au calme. En vain.

La partie reprend. L’arbitre reste pourtant intraitable. A la moindre petite faute, il siffle, au risque d’envenimer la situation. La pluie de projectiles redouble. Le match doit être interrompu peu après que le milieu de terrain ghanéen André Ayew a porté le score à 3-0 (75e). Dans la foulée, les supporters du Ghana, pris à partie, forcent une grille pour se réfugier au bord du terrain. Certains tentent de se protéger des jets. D’autres dansent devant les tribunes en guise de provocation…

Un supporter du Nzalang réussit à pénétrer sur la pelouse. Après un moment d’hésitation, il fonce vers l’arbitre mais est intercepté juste à temps par des agents de sécurité. Le speaker du stade appelle au calme. « Arrêtez s’il vous plait ! La Guinée équatoriale va être sanctionnée ! » Sans effet. « Ça ne s’est pas passé comme ça lors des matches à Bata ! » Sifflets. « La CAF (Confédération africaine de football, NDLR) va sanctionner la Guinée équatoriale ! » Gigantesque bronca dans le stade.

« Pff, c’est une honte, une put… de honte ! » hurle un trentenaire, maillot de l’équipe nationale sur le dos. « Arrêtez, vous êtes fous ou quoi ?! » exhorte une jeune femme à l’adresse de ceux qui balancent des pierres depuis la tribune au-dessus. Finalement, la police investit les gradins et commence à tirer des gaz lacrymogènes.

Javier Balboa incrimine l’arbitre gabonais

Les joueurs, eux, restent au centre du terrain, hors de portée. Les Equato-Guinéens entament alors une discussion animée avec les organisateurs du tournoi. Les joueurs du Nzalang Nacional veulent que la rencontre aille à son terme. Ils se dirigent vers la tribune Est. Emilio Nsue Lopez, le capitaine de l'équipe, invite le public à se calmer. « S’il vous plait ! S’il vous plait ! Stop ! » s’époumone de son côté le défenseur Rui. « Mais c’est pas possible, c’est pas vrai ! » lit-on sur les lèvres de l’attaquant Ruben Belima.

Quelques minutes plus tard, la partie reprend bel et bien pour une poignée de minutes. Mais dans un stade quasiment vidé. Au coup de sifflet final, les joueurs se tapent dans les mains et se donnent l’accolade, en geste de solidarité.

Plus tard, en zone d’interview, l’attaquant vedette du Nzalang, Javier Balboa, revient sur ces débordements. Celui qui avait bénéficié d'un penalty imaginaire en quart de finale face à la Tunisie, met pourtant en cause le choix d’un arbitre gabonais, forcément partial à ses yeux (1). Puis il lâche : « Je demande pardon pour ce qui s’est passé. Ce n’est pas un comportement adéquat. […] Je comprends l’attitude du public, mais je ne la justifie pas. Je n’excuserai jamais les comportements violents. »

En ville, les routes sont jonchées de détritus, d’arbustes arrachés, de pavés déchaussés, de poubelles renversées. L’équipe de Guinée équatoriale est censée disputer le match pour la troisième place de la CAN 2015, face à la RDC, le 7 février. Toujours à Malabo. La CAF et les autorités locales pourront-elles se prémunir d’une nouvelle débâcle, dans deux jours ?

(1) Le Gabon est voisin et rival de la Guinée équatoriale. L’équipe gabonaise a été éliminée de la CAN 2015 par celle de Guinée équatoriale.

Au Burkina, le régiment de sécurité présidentielle (RSP) renonce à réclamer la démission du Premier ministre. Isaac Zida s'est pour sa part engagé à ne pas dissoudre ce corps d'élite. Un compromis qui pourrait clore la crise ouverte mercredi 4 février.

Après d’intenses négociations autour des points de revendication des soldats du régiment de sécurité présidentielle, les principaux chefs militaires sont en phase d’obtenir un accord entre le Premier ministre et ses compagnons d’armes.

Selon un haut gradé ayant participé aux échanges qui duré toute la nuit de mercredi et une partie de la journée de ce jeudi, les soldats n’exigent plus la démission du Premier ministre. Isaac Zida reste donc toujours le Premier ministre du gouvernement de la transition.

Les soldats maintiennent en revanche la revendication concernant le débarquement des autres militaires du gouvernement. Toutes les affections d’officiers du régiment de sécurité présidentielle dans d’autres corps de l’armée sont annulées. De nouvelles nominations sont attendues dans les prochaines heures. Le régiment de sécurité présidentielle aura donc de nouveaux patrons.

Sur l’avenir même de ce corps, un comité est mis en place et on attend sa composition. Il aura pour mission de définir le futur rôle, les missions et le fonctionnement de ce régiment. Une certitude : le régiment de sécurité présidentielle sera rebaptisé en fonction de ses nouvelles attributions.

Appel à manifester

Le corps d’élite burkinabè est critiqué par Amnesty International et plusieurs organisations de la société civile demandent la dissolution de ce corps d’élite. On lui reproche notamment d’avoir sévèrement réprimé les manifestations qui ont conduit à la chute du président Compaoré. Le Balai citoyen se dit satisfait du renoncement de la garde présidentielle, mais appelle à une manifestation à Ouagadougou samedi.

« Nous sommes satisfaits que le régiment de sécurité présidentielle abandonne cette revendication purement politique qui est de nature à compromettre la transition », a déclaré Me Guy Hervé Kam, porte-parole du Balai citoyen. Mais il prévient : « Nous restons quand même en éveil dans la mesure où ça fait déjà la deuxième fois depuis que le processus est engagé et nous disons que cette fois ça doit être la dernière. Il faut que le régiment comprenne qu'ils doivent rentrer dans le train de la démocratie. Nous disons que c’est une tentative de sabotage, c’était un coup d’Etat manqué, si on peut le dire ainsi. Cela doit s’arrêter. »

Le Balai citoyen demande à ces militaires de se consacrer désormais uniquement aux questions militaires et réclame la dissolution du régiment pour que ses soldats « continuent à servir le continent, mais ailleurs ».

Fotokol est toujours sous le choc deux jours après la contre-offensive lancée par Boko Haram. La secte islamiste a massacré plusieurs centaines de personnes, majoritairement des civils, dans cette ville camerounaise frontalière avec le Nigeria. Mardi, l'armée tchadienne avait franchi la frontière pour combattre en territoire nigérian les islamistes. Boko Haram s'est vengée. Depuis, la population terrorisée a fui la ville pour se réfugier dans les campagnes.

Jeudi encore, Fotokol comptait ses morts. Plusieurs témoins sur place parlent de plusieurs centaines de tués, 400 dit-on. L'armée camerounaise, elle, avance le chiffre de 80. Des civils égorgés, fusillés ou brûlés.

Selon un habitant de Fotokol, les premiers assaillants sont arrivés clandestinement vers 2h du matin, mercredi. « Ils avaient des tenus militaires et parlaient le Kanori », rapporte un habitant. Durant deux heures, ils ont pris possession de la ville en toute discrétion. A 4h30 du matin, au deuxième appel de la prière, une seconde colonne est arrivée par le pont, prenant en tenaille les soldats camerounais qui tenaient ce secteur. Au moins six d’entre eux sont morts.

Où les assaillants sont-ils partis ?

Jusqu'à 10h, « les hommes de Boko Haram ont tué, tué », raconte cet habitant. Ils sont allés dans plusieurs mosquées, tuant les fidèles égorgeant l'imam de la grande mosquée. Maison par maison ils ont ratissé plusieurs quartiers éliminant les hommes, laissant les femmes et les enfants. Vers 10h du matin seulement, l'armée tchadienne est arrivée de Gamboru, de l'autre côté de la frontière faisant fuir les islamistes.

Reste une question angoissante pour les civils qui sont restés en ville : Où sont partis les assaillants ? « On les a vus disparaître d'un coup, ils ne sont pas partis loin », assure cet homme qui explique que Boko Haram a aujourd'hui des relais partout dans cette région frontalière, faisant régner un véritable climat de terreur.

vendredi, 06 février 2015 08:12

Afrique: faut-il avoir peur des francs-maçons?

Poster par

Considérée par certains comme un sanctuaire pour chefs d’Etat peu recommandables, critiquée pour son entrisme et l’affairisme frénétique de certains de ses membres, défendue par d'autres comme un réseau de fraternité humaniste, la franc-maçonnerie n’a jamais fait autant florès en Afrique.  Etat des lieux au moment où s’ouvrent à Lomé les grandes retrouvailles annuelles des « fils de la Lumière ».

Plusieurs centaines de francs-maçons africains, européens et caribéens ont rallié Lomé, la capitale du Togo, pour les 23e Rencontres humanistes et fraternelles africaines et malgaches (Rehfram), du 6 au 7 février. Convoquées tous les ans depuis 1992, chaque fois dans une capitale différente, les Rehfram tiennent lieu de plus grand rassemblement maçonnique africain, allant jusqu’à réunir, parfois, 700 invités. Elles s’étalent généralement sur deux jours, avec pour objectif de débattre autour d’un topique fixé à l’avance. A Lomé, le thème retenu est le suivant : « Tomber, ce n’est pas un échec ; l’échec, c’est de rester là où on est tombé. » Un bon sujet pour candidats au baccalauréat qui tranche, dans sa formulation, avec celui, plus convenu, des précédentes agapes, en février 2014 à Abidjan : « Développement et dignité humaine. »

Triple accolade de rigueur

A Lomé, tout a été mis en œuvre pour rendre agréable le séjour des « frères » et des « sœurs ». Logement à un tarif négocié à l’Hôtel Eda-Oba, bel établissement du centre-ville, dont la salle de conférence doit accueillir des discussions ouvertes aux seuls initiés. Pour les activités récréatives et la détente, il y a un gymnase, une piscine, un sauna, un salon d’esthétique et une boîte de nuit. La triple accolade étant de rigueur chez les francs-maçons, le comité d’organisation a mis en place une « commission santé » de huit médecins – tous des « frères » - pour prévenir tout risque de contamination par le virus Ebola. Obligation est donc faite aux invités de se laver les mains et de se soumettre à une prise de température au ThermoFlash avant d’accéder à la salle de conférence.

Depuis la création par la Grande Loge de France (GLF) à Saint-Louis du Sénégal, en 1781, de « Saint-Jacques des vrais amis rassemblés », première loge sur le continent, la franc-maçonnerie n’a cessé d’être un sujet d’attraction, d’interrogations, voire de controverses. Le grand public et une partie des médias prêtent aux « fils de la Lumière » une influence, sinon des pouvoirs pharaoniques, une forte propension à l’affairisme et, non sans raison, un opportunisme politique à tout crin. Ces contempteurs les soupçonnent de comploter contre la sécurité de l’Etat, d’être une secte, sinon de se livrer, à l’abri des temples, à des rites sataniques. « Ces accusations ne sont pas toutes dénuées de fondement, les francs-maçons n’étant pas exempts de tout reproche », explique au téléphone l’universitaire Oumou Kouyaté. Enseignante-chercheure à l’Université Félix-Houphouët-Boigny et à l’Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales, à Paris, elle ne cache pas son hostilité envers la franc-maçonnerie et son rôle en Afrique.

Bousculade sur le parvis

Les critiques comme les vociférations n’endiguent nullement l’affluence au portillon. La franc-maçonnerie séduit de plus en plus d’Africains, qu’ils soient en quête de spiritualité, dans le désarroi ou persuadés de trouver dans ce cercle un ascenseur social ou politique. Cadres supérieurs et moyens, responsables politiques, hommes d’affaires, professions libérales, diplomates, enseignants et retraités se bousculent depuis des décennies sur le parvis des loges. « La bonne question, ce n’est plus aujourd’hui qui est franc-maçon, mais qui ne l’est pas », glisse un initié sénégalais qui, requiert l’anonymat, comme d’ailleurs les deux tiers des personnes interviewées dans le cadre de la présente enquête.

« En Afrique centrale, comme dans la frange occidentale côtière, les rituels d’initiation renvoient bon nombre de gens à leur propre histoire et culture », explique un dignitaire maçon français initié en Afrique et considéré, à juste titre, comme l’un des meilleurs connaisseurs du sujet. Au Gabon, au Congo tout comme au Bénin, au Togo et en Côte d’Ivoire, les sociétés secrètes font partie du décor et l’aspect ésotérique de la franc-maçonnerie attire comme du miel. Si l’on ajoute à cela le magnétisme que peuvent exercer quelques success stories dont les Africains, francs-maçons ou non, sont à juste titre fiers, la cause est entendue.

La réussite de la conférence nationale du Bénin, en février 1990, doit pour beaucoup à la rigueur et à l’habileté politique des frères « triponctués » du Grand Bénin de la République du Bénin (GBRB), alliés, pour la circonstance, avec la hiérarchie catholique locale. De même, le compromis historique entre Frederik W. De Klerk et Nelson Mandela qui a rendu possible le passage en douceur du régime d’apartheid à la démocratie porte-t-il le sceau de la franc-maçonnerie.

Forte présence de chefs d’Etat

Plusieurs chefs d’Etat, en poste, retirés des affaires ou décédés, n’ont jamais fait mystère de leur affiliation ou compagnonnage avec la franc-maçonnerie : le Congolais Denis Sassou Nguesso, qui a offert à ses « frères », à la fin de 2014, un immeuble flambant neuf pour leurs « tenues » (réunions de francs-maçons), le Gabonais Ali Bongo-Ondimba, fidèle à une tradition établie de son père, Omar Bongo-Ondimba, le Tchadien Idriss Déby-Itno, l’ex-chef d’Etat burkinabè Blaise Compaoré, initié au début des années 1990 à Lyon, l’ancien dirigeant du Mali, Amadou Toumani Touré (ATT), le Centrafricain François Bozizé, qui, tout comme Bongo-père, avait installé un temple maçonnique dans les sous-sols du palais de la Renaissance, la présidence de la République, à Bangui. Ou, encore, le Guinéen Alpha Condé, l’ancien président ghanéen John Kufuor et, bien entendu, l’icône de la lutte anti-apartheid et Prix Nobel de la Paix, Nelson Mandela…

L’opposition n’est pas en reste. Nombre de ses responsables font du forcing, surtout à l’approche des scrutins présidentiels, pour se faire initier, généralement auprès des loges affiliées à la Grande Loge nationale française (GLNF, une obédience classée à droite), en vue d’accéder plus facilement, pensent-ils, au sommet de l’Etat. C’est le cas, depuis peu, de nombre de candidats putatifs à la présidentielle béninoise de mars-avril 2016, initiés à la va-vite aux mystères de la franc-maçonnerie à Brazzaville ou Paris. « C’est un vrai scandale », s’insurge l’Ivoirien Luc Gohou, qui « travaille » à la fois à la loge Arts et Sciences, du Grand Orient de France (GODF, classé plutôt à gauche), à Paris, et à la loge Kébé Mémel (du nom du premier grand-maître de l’obédience la Grande Eburnie), à Abidjan. « Il est normal que des francs-maçons siègent au gouvernement de la République, mais il faut éviter d’y admettre ou d’installer à la tête de l’Etat des gens qui attendent la veille des élections pour, subrepticement, se faire initier. Dans ces cas, l’initiation se réduit à une simple carte d’identité, un faire-valoir ... »

Membre influent du Front populaire ivoirien (FPI, la formation politique de l’ex-président Laurent Gbagbo), Luc Gohou accepte volontiers de « se dévoiler », comme on dit dans le jargon maison, et de raconter sans bandeau sa propre quête initiatique : « J’ai entendu parler de la franc-maçonnerie alors que j’étais enfant, en Côte d’Ivoire. C’était dans les années 1963, lorsque le président Félix Houphouët-Boigny a prétexté d’un complot pour arrêter des francs-maçons soupçonnés de sympathies communistes, comme Jean Konan Banny, Jean-Baptiste Mockey, Amadou Thiam et Ernest Boka. Cela m’a intrigué. Plus tard, lorsque je suis arrivé en France, en 1989, je me suis spontanément présenté au siège du GODF, rue Cadet, à Paris. On m’a remis des prospectus et je suis rentré chez moi. » Depuis, ce cadre exerçant dans le secteur du tourisme a gravi les échelons. Au point d’être aujourd’hui l’une des icones africaines de la maçonnerie dite « adogmatique » (qui refuse les dogmes, notamment religieux).

Un pied dedans, un pied dehors

Vivant aujourd’hui à cheval en Paris et Abidjan, Luc Gohou a créé en Côte d’Ivoire trois loges du GODF. « En dix ans, nous avons initié quelques deux cents personnes selon les règles de l’art car, sur place, je me suis rendu compte que l’enseignement maçonnique était aux antipodes de ce que j’avais appris en France. » Un pavé dans le jardin des obédiences dites « régulières » et qui sont rattachées à la Grande Loge d’Angleterre comme la GNLF, souvent accusée de procéder à des recrutements  « sauvages » en initiant à tour de bras cadres, hommes d’affaires et responsables politiques africains. « Ils refusent de prendre position sur les problèmes de société, poursuit Luc Gohou. Dans notre obédience, nous avons un pied à l’intérieur du temple, et l’autre pied dans la société, histoire de répandre à l’extérieur ce que nous apprenons à l’intérieur… »

Pierre Manyo-Soké a décidé, lui aussi, d’évoquer à visage découvert son engagement maçonnique. Il a entendu prononcer pour la première fois le mot « franc-maçon » lorsqu’il était adolescent, au Cameroun. Venu étudier quelques années plus tard en France, il se présente, comme Luc Gohou, au siège du GODF. Après avoir pris connaissance des documents, il hésite quelque peu, à cause, avoue-t-il, de « l’anticléricalisme ambiant », avant de franchir le pas. Il intègre une loge, le Vallon des Pèlerins, et fait très rapidement ses classes au point de se retrouver, aujourd’hui, président du Congrès des loges de Paris IV et des loges de l’Europe de l’Est, au GODF. « Même si c’est avant tout une quête intérieure, la franc-maçonnerie m’a permis d’exposer mon amour des autres. Au Cameroun, j’étais Camerounais. Grâce à la franc-maçonnerie, je suis devenu Africain, voire universel ».

Soit ! La « fraternité » n’exclut pas pour autant les luttes d’appareil, les suspicions, les règlements de comptes violents, les putschs ni les conflits… fratricides. Le conflit ivoirien a ainsi accentué la polarisation dans les loges : « La politique est entrée dans la Grande Eburnie, qui avait vocation à être l’obédience de référence, raconte au téléphone un des membres. Les frères proches de Laurent Gbagbo s’asseyaient sur une colonne, et les partisans d’Alassane Ouattara sur une autre, se regardant en chiens de faïence. Gangrénée par des querelles byzantines et ethniques, l’obédience a dû se résoudre à suspendre ses travaux. Les seules loges qui ont survécu à cette période de tension sont celles regroupant en majorité nos frères béninois, togolais, sénégalais et français. Pendant des années, ces derniers ont fait de la maçonnerie sans toucher à la politique, même avec un petit p… »

Aujourd’hui, alors que la franc-maçonnerie ivoirienne peine à se relever de la guerre civile et de la crise politique qui ont conduit à la chute et l’arrestation de Laurent Gbagbo, le 11 avril 2011, le ministre ivoirien de l’Intérieur, Hamed Bakayoko vient de faire une OPA sur la Grande Loge de Côte d’Ivoire (GLCI), une obédience « régulière » arrimée à la GNLF, en se faisant introniser Grand Maître. Objectif non avoué : se servir du vivier maçonnique pour faire réélire Alassane Ouattara fin 2015 et entamer sa propre grande marche vers le sommet de l’Etat à l’horizon 2020. « Les velléités de contrôle de la maçonnerie ivoirienne par Hamed Bakayoko sont avérées, mais il n’est pas sûr qu’elles rapportent gros, car la GLCI est moribonde à cause de l’extrême longévité de son désormais ancien grand maître et de la saignée continue dans ses rangs », analyse un haut dignitaire franc-maçon français.

Frères ennemis

La « fraternité » n’a pas, non plus, dissuadé l’ex-président centrafricain, François Bozizé, de se débarrasser de son « frère », et néanmoins opposant, Charles Massi, probablement mort sous la torture en janvier 2010, après avoir été arrêté au Tchad et livré aux autorités centrafricaines. Bozizé finira lui-même par passer à la trappe, en mars 2013, lâché par les « enfants de la veuve », autre appellation des francs-maçons. Enfin, les liens fraternels supposés entre francs-maçons n’ont pas empêché Pascal Lissouba, initié dans une loge française du GODF, et Denis Sassou Nguesso, initié à Dakar par la GNLF, de se faire la guerre et de réduire Brazzaville en un champ de ruines en 1997. « Au delà de ces péripéties, la franc-maçonnerie africaine francophone est confrontée à deux difficultés majeures, poursuit le dignitaire cité plus haut. La première, c’est sa relation avec les obédiences européennes et l’indispensable nécessité de couper le lien ombilical. La seconde, c’est sa relation trouble et équivoque avec les dirigeants politiques. Lorsque la franc-maçonnerie est indépendante, elle devient une force de proposition. Lorsqu’elle est liée, elle se donne en spectacle et tourne au folklore… »

A lire : Petit lexique de la franc-maçonnerie


media Les constitutions d'Anderson, ouvrage fondateur de la franc-maçonnerie dite moderne spéculative. © Musée de la Maison des Maçons

Les francs-maçons ont leurs propres codes, leurs rites et même leurs tendances, appelées «obédiences» dans leur jargon. Les maçons se reconnaissent notamment aussi avec des mots qui sont autant  de signes de reconnaissance entre initiés. En voici une petite liste.

Fraternité : les francs-maçons se reconnaissent symboliquement (et, bien souvent, dans les faits) comme « frères » et « sœurs ».

Grades : il en existe trois. Apprenti, compagnon et maître.
 
Initiation : passage du statut de profane à celui d’initié.
 
Loge : ensemble de francs-maçons. La loge est dirigée par un vénérable.
 
Obédience : structure maçonnique fédérant plusieurs loges.
Exemples : le Grand Rite Malgache (GRM), le Grand Orient de France (GODF), la Grande Loge de France (GLF), la Grande Loge Unie de Côte d’Ivoire (GLUCI), la Grande Loge Symbolique du Gabon (GLSG), la Grande Loge Nationale Française (GNLF).
 
L’obédience est dirigée par un grand maître.
 
Parvis : espace immédiat avant l’entrée dans le temple maçonnique.
 
Planche : un exposé oral fait en loge.
 
Tenue : réunion rituelle d’une loge, généralement deux fois par mois.
 
Triponctuation : constituée de trois points en triangle dirigée vers le haut.
 
Vénérable : maître franc-maçon élu par ses pairs pour diriger une loge, normalement pour un an.
 
Rehfram : Rencontres humanistes et fraternelles d’Afrique et de Madagascar. Les premières ont eu lieu en 1992 à Dakar (Sénégal). Elles ont pour objectif de :
 
1 – Rassembler tous les « frères » et « sœurs » d’Afrique francophone pour mieux se connaître et partager.
2 – Faire prendre conscience aux uns et autres de la nécessité de connaître les rites d’initiation africains, de les étudier en vue d’apporter la contribution de l’Afrique à l’initiation maçonnique.
3 – Procéder à l’analyse des causes du sous-développement, en particulier celles sur lesquelles les « frères » et « sœurs » peuvent agir.
 
CPMAM : Conférence des puissances maçonniques africaines et malgaches. Née à Douala en 1979, officialisée l’année d’après à Libreville, elle opère comme une entente entre différentes obédiences. Elle regroupe aujourd’hui une centaine de loges réparties dans une quinzaine d’obédiences allant du Maroc à Madagascar.
Les Rehfram constituent une activité régulière de la CPMAM.

Rfi

Page 207 sur 228

logotwitterFacebook