Afrique

Emmanuel Macron à Ouagadougou: genèse d’un discours

Emmanuel Macron sera lundi soir 27 novembre au Burkina Faso. Le président français aura un premier entretien avec son homologue Roch Marc Christian Kaboré et fera une première déclaration. Mardi matin, il prononcera à l'université de Ouagadougou un discours sur sa politique africaine devant 800 étudiants. Les thèmes qu’il entend mettre en avant ? Le développement du secteur privé, la mobilité et l’éducation. Son entourage l’assure : « le président n’esquivera aucune question ».

Les appels à manifester lancés ces dernières heures par plusieurs organisations de la société civile burkinabè ne font que confirmer une réalité : Emmanuel Macron ne sera pas mardi en terrain conquis.

Une réalité dont l’Elysée dit avoir parfaitement conscience : « On aborde ce discours en se disant "ce n’est pas un public conquis d’avance par ce qu’on vient de dire" ». Et l’un de ses conseillers d’ajouter : « Au-delà du Burkina Faso, le sens de ce déplacement c’est aussi de prendre conscience que la France en Afrique n’est pas attendue partout, que la vision n’est pas forcément bonne, que notre influence est en recul ».

Un discours qui a vocation à parler «aux Africains mais aussi à la France»

Un constat qui n’empêche pas son entourage de fonder de grands espoirs dans ce discours. L’objectif premier ? Qu’il enclenche le renouvellement de la relation entre la France et le continent. L’ambition à terme ? Que ce discours permette non seulement de « faire évoluer la perception de la France par cette jeunesse [africaine] », mais qu’il suscite également « un mouvement, un appétit, qu’il créée une mobilisation collective en France et en Afrique ».

Car selon l’Elysée, l’intervention d’Emmanuel Macron mardi à Ouagadougou a vocation à parler « évidemment aux Africains » mais aussi « à la France et notamment à la jeunesse française ».

Comment le président français entend-il s’y prendre pour marquer les esprits ? Pour garder l’effet de surprise, son entourage n’a divulgué que des bribes d’informations.

Des éléments qui ne sont pas sans rappeler la manière de faire de certains de ses prédécesseurs. Exemple : comme Nicolas Sarkozy il y a dix ans, Emmanuel Macron s’adressera à la jeunesse africaine. Comme lui, il s’exprimera depuis l’amphithéâtre d’une université. A un détail près, l’actuel locataire de l’Elysée aura face à lui 800 étudiants alors qu’en 2007, Nicolas Sarkozy avait préféré s’exprimer uniquement devant des universitaires pour éviter toute réaction hostile.

Développer le secteur privé, l’une des priorités pour Emmanuel Macron

Si l’on ne connaît pas la teneur du message qu’entend délivrer Emmanuel Macron, plusieurs éléments permettent toutefois d’en entrevoir les contours. Durant la campagne, le candidat avait fait du « développement du secteur privé, notamment des PME africaines qui sont créatrices d’emploi », l’une de ses priorités. Car, expliquait-il dans Jeune Afrique en avril dernier, « un des grands défis pour nous tous, c’est de créer en Afrique des emplois pour la jeunesse africaine ».

L’entrepreneuriat et plus généralement l‘économie devraient donc être au cœur de son plaidoyer. A l’Elysée, on répète aujourd’hui vouloir établir « un nouveau partenariat » avec le continent. Au cours de son voyage, le président a prévu de soutenir l’innovation et l’entrepreneuriat. Dans ce cadre, Emmanuel Macron ira notamment visiter un incubateur de start-up jeudi à Accra. Et son entourage précise bien que ses déplacements sur le terrain illustreront son discours.

Un discours également axé sur la mobilité et l’éducation

Les autres thèmes qui seront mis en avant ? Les travaux du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA) nous éclairent sur ce point. Cette structure chargée d’aider le président à préparer son discours, a centré sa réflexion autour non seulement du secteur privé, mais aussi de l’éducation, de la mobilité, de la culture et des nouvelles technologies.

Après s’être réuni une fois par semaine pendant deux mois, le CPA a remis ses conclusions au président le 14 novembre dernier. Ce soir-là, au cours d’un dîner à l’Elysée, chaque membre a été amené à sensibiliser le président sur chacun de ces sujets et à formuler des propositions. Si l’Elysée ne veut pas en dire plus, il apparaît clair que le président a en tête de mettre ce mardi l’accent sur la mobilité et l’éducation. Ce n’est donc pas un hasard si le ministre français de l’Education, Jean-Michel Blanquer, fait partie de la délégation qui accompagne le président.

Secteur privé, mobilité, éducation…. Emmanuel Macron abordera-t-il également des sujets plus sensibles comme la colonisation ? Pendant la campagne, le candidat Macron avait surpris son monde en qualifiant la colonisation en Algérie de « crime contre l’humanité ».

Dans Jeune Afrique au mois d’avril, il précisait le fond sa pensée : « Je ne m’inscris pas dans la repentance, mais je ne souhaite pas non plus refouler ce passé, dont la connaissance doit nous aider à construire un avenir apaisé ». Et le candidat d’enfoncer le clou : « C’est en assumant la vérité sur notre histoire commune que nous pourrons regarder l’avenir avec confiance ». Simple discours de candidat en campagne ou position clairement assumée ? Désormais président, Emmanuel Macron se veut beaucoup plus discret sur le sujet. Un événement récent lui a sans doute fait prendre conscience de l’importance de la question pour certains de ses interlocuteurs.

La colonisation, objet d’un débat animé lors du dîner avec le CPA

Selon plusieurs sources, le dîner du 14 novembre à l’Elysée avec les membres du CPA a donné lieu à un échange animé sur le sujet entre le président et l’une des membres de ce conseil, Elisabeth Gomis. Contrairement à ce qui était attendu, la journaliste décide ce soir-là de sensibiliser le président sur les enjeux mémoriels. « En fait, je me suis dit qu’il fallait qu’on commence par le commencement, explique-t-elle aujourd’hui. Parlons de la colonisation. En Afrique et en France pour la diaspora c’est un vrai sujet. En Afrique, toutes les crispations elles sont autour de ça. »

La ligne défendue par cette jeune réalisatrice ? Que la France regarde son passé en face. « Je ne demande pas qu’il se mette à genoux et qu’il demande pardon ! C’est pas ça l’idée, c’est juste acceptons l’Histoire, embrassons cette histoire de France et arrêtons d’en faire un tabou qui nourrit aujourd’hui tous les fantasmes ».

Ainsi ce 14 novembre, Elisabeth Gomis dit au président ce qu’elle a sur le cœur : « Je sais que De Gaulle c’est une figure pour Emmanuel Macron. Je lui ai dit qu'effectivement De Gaulle, c’était un héros pour la France mais c’était aussi le blanchiment des troupes coloniales. Et si on ne le dit pas, on ne raconte pas l’histoire ! »

Un parti pris qui fait vivement réagir le locataire de l’Elysée. « Il ne m’a pas lâché, relate-t-elle. Ça a été un petit peu une joute verbale, il fallait que j’argumente ». Au final, la journaliste formule plusieurs propositions comme le soutien à la création d’une fondation pour la mémoire de l’esclavage, un projet lancé par François Hollande et porté aujourd’hui par l’ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault. A-t-elle au final été entendue ? Si à l’Elysée on assure que le président n’a aucun problème avec ce sujet, la journaliste ne cache pas ses inquiétudes. « J’ai peur qu’il soit un peu trop léger sur cette question », confie-t-elle.

Autre sujet de tension sur lequel le président est attendu : le franc CFA. Emmanuel Macron en parlera-t-il ? Une source assure à RFI qu’il abordera le sujet non pas dans son discours, mais au cours de la séance de questions-réponses avec les étudiants. Une séance au cours de laquelle « le président n’esquivera aucune question », promet-on à l’Elysée. Y compris sur l’assassinat de Thomas Sankara, dont le Burkina Faso vient de commémorer le trentième anniversaire ? « S’il est interrogé là-dessus, il répondra », assure un de ses conseillers.

Pas un discours de stigmatisation contre certains chefs d’Etat africains

Ce qui est sûr, c’est qu’à Ouagadougou, Emmanuel Macron n’entend pas pointer du doigt ses homologues africains qui ont du mal lâcher le pouvoir. « Ce ne sera pas un discours de stigmatisation, explique son entourage. Il ne parle[ra] pas aux chefs d’Etat ». Et l’Elysée de préciser : « Le lendemain [à Abidjan pour le sommet UE-UA, ndlr], on sera dans un autre exercice. Un exercice de huis clos entre chefs d’Etat et avec une diplomatie plus classique où on se voit, où on se parle et là les messages peuvent être passés ».

Ce mardi, Emmanuel Macron s’adressera aux étudiants qu’il aura face à lui pour tenter, décrypte ses proches, « de toucher aux préoccupations les plus immédiates de ce public ». Il formulera des propositions concrètes. Présents à ses côtés, les membres du CPA seront chargés d’assurer le suivi de ces propositions. Un suivi qui « sera aussi important que le discours lui-même » aux yeux de son entourage.

Ecoles fermées à Ouagadougou pendant la visite d'Emmanuel Macron

Les écoles sont fermées lundi et mardi dans la province du Kadiogo, c'est à dire à Ouagadougou et sa périphérie, en raison de la venue du président français au Burkina Faso. Une mesure destinée à faciliter la circulation des délégations, explique le porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication, Remis Fulgance Dandjinou.

 

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Mugabe-Mes collègues zimbabwéens, j'écris cette lettre et j'espère que vous la lirez tous et que vous la partagerez.

Mugabe-Mes collègues zimbabwéens, j'écris cette lettre et j'espère que vous la lirez tous et que vous la partagerez.

Mes jours sur cette terre sont comptés, mais je sais qu'une fois que je serai parti, vous et vos enfants ne m'oublierez jamais. Je veux que vous compreniez que la raison pour laquelle je suis resté longtemps au pouvoir, 36 ans plus tard, c'est parce que je veux pour vous donner du pouvoir à tous mes camarades noirs zimbabwéens.

Aucun autre président de tout le continent africain n'a fait ce que j'ai fait pour vous, mais vous continuez à me prendre pour acquis. Savez-vous que dans toute l'Afrique, les Zimbabwéens sont les seuls Noirs à posséder leur terre?

Nous sommes les seuls Noirs à posséder et exploiter des moyens de production, nous possédons nos propres entreprises, nos propres terres.

C'est le vrai sens de l'indépendance.

L'indépendance politique et économique. Je me suis battu bec et ongles toute ma vie politique pour assurer à chacun d'entre vous une indépendance politique et économique.Je ne déteste pas les Blancs, non, pas du tout.

Ce que je déteste c'est qu'ils pensent qu'ils sont meilleurs que nous, qu'ils peuvent simplement venir dans notre pays, prendre nos ressources et notre terre, et nous dire quoi faire. À cela je dis non. Aujourd'hui, je suis heureux que presque toute la terre soit dans les mains noires. C'est à vous d'utiliser l'éducation que je vous ai donnée pour développer la terre afin qu'elle soit productive afin que vous puissiez vous nourrir. Une chose dont je suis fier, c'est que j'ai travaillé dur pour que nos ressources naturelles et nos terres soient rendues à leurs propriétaires légitimes: vous les Noirs du Zimbabwe.

Allez dans d'autres pays d'Afrique. Juste là, juste en face du Limpopo, en Afrique du Sud, Mandela a vendu et a donné toute la terre et l'économie aux Blancs. Les Noirs en Afrique du Sud seront les esclaves des Sud-Africains blancs pour toujours. Tant que la terre n'est pas entre les mains de ses propriétaires légitimes, les Africains, l'homme noir continuera à souffrir dans son propre pays.

La vraie richesse est maintenant entre vos mains, je l'ai lutté loin des blancs qui venaient voler c'est de toi. Oui, le monde était en colère contre moi et a puni le pays entier avec des sanctions, mais je m'en fous parce que je sais que je faisais la bonne chose. Je donnais du pouvoir à mon peuple. Toi, prends soin de la terre et des industries que je t'ai.

J'ai fait ma part, la balle est maintenant dans votre camp. Fais ta part.

Vous vous souviendrez de moi et vous apprécierez pour ce que j'ai fait pour vous quand je serai parti.

Votre président et chef

Afrique pour les Africains.

Robert Gabriel Mugabe!

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Robert MUGABE le transformateur  : une bonne histoire qui commence mais qui dérive hélas

Zimbabwe : octobre 1980, la première interview de Robert Mugabe à Jeune Afrique / jeuneafrique
Par Kadiatou Sakho

Le Président Robert Mugabe a finalement cédé à la pression de l'armée, de la rue et de son parti. Il a remis ce mardi sa démission après 37 ans au pouvoir. Sa première interview à un journal francophone, en 1980, il l'avait accordée à Jeune Afrique, alors qu'il était encore Premier ministre.
« Le Zimbabwe ne s'alignera sur aucun des deux blocs et choisira ses amis en fonction de ses propres intérêts et de ses propres besoins, quel que soit le camp auquel ils appartiennent. L'Est ou l'Ouest ». Ces mots, ce sont ceux de Robert Mugabe, alors Premier ministre du Zimbabwe. Nous sommes le 29 octobre 1980, et jeune Afrique publie la première interview de celui qui deviendra près de quatre décennies plus tard le plus vieux dirigeants au monde. A l'époque, il n'est encore « que » Premier ministre.


La rencontre a lieu à Milton House, la bâtisse de Salisbury qui abritait quelques mois plus tôt Ian Smith... Le 18 avril 1980, la Rhodésie devient indépendante et prend le nom de Zimbabwe, après 90 ans de colonisation britannique. La guerre d'indépendance qui opposait les autorités de Salisbury et les nationalistes noirs, entre 1972 et 1979, a fait 27 000 morts.


A la suite des accords de Lancaster House, Robert Mugabe, chef de l'Union nationale africaine du Zimbabwe (ZANU), est nommé Premier ministre du Zimbabwe après la victoire de son parti lors des premières élections multiraciales du pays. En tant que Premier ministre, Robert Mugabe avait pour lourdes responsabilités de réconcilier le peuple du Zimbabwe et de relancer l'économie du pays. C'est dans ce contexte postindépendance, porteur d'espoir pour les Zimbabwéens que Robert Mugabe a accepté de se confier à François Soudan.


Le Zimbabwe ne s'alignera sur aucun des deux blocs


L'armée, la lutte des classes et la France


Robert Mugabe explique alors qu'après la guerre de 1972-1979 « seuls 7 000 combattants ont demandé à être démobilisés et cela a été fait sans heurts » et que les autres veulent « être intégrés au sein de la nouvelle armée nationale ». 37 ans plus tard, les vétérans défileront dans les rues d'Harare pour réclamer son départ.
Il évoque également les aspects idéologiques du régime qui se met en place. « La classe ouvrière est très minoritaire ; ce n'est pas à elle qui a lutté et souffert le plus pendant la lutte armée : c'est donc à la paysannerie que doit revenir le rôle de groupe social moteur, d'avant-garde dans notre société », explique-t-il.Et dans le contexte de guerre froide, il affirme que « le Zimbabwe ne s'alignera sur aucun des deux blocs et choisira ses amis en fonction de ses propres intérêts et de ses propres besoins, quel que soit le camp auquel ils appartiennent. L'Est ou l'Ouest ».


L'Afrique francophone s'est peu souciée de nous. Peut-être faut-il y voir l'influence de la France


Déjà, il se fait le héraut de la lutte contre le néocolonialisme, et attaque la France de front. Le pays a certes « accordé quelques bourses universitaires » à plusieurs étudiants du pays, mais il a surtout « mis le plus d'obstacles » à l'adhésion du Zimbabwe à la Convention de Lomé, accuse le Premier ministre.
Surtout, il note que « peu de pays » ont soutenu le Zimbabwe dans sa lutte pour l'indépendance. « Mais l'Afrique francophone, tout particulièrement, s'est peu souciée de nous. Pourquoi ? Peut-être faut-il y voir l'influence de la France et le fait que ces pays tiennent compte, dans leur analyse, des orientations de la politique étrangère française. »

Le départ de Mugabe au Zimbabwe, nouvelle étape dans les transitions démocratiques en Afrique ?


Le dirigeant au pouvoir dans le pays depuis 1980 a démissionné de son poste, mardi. Quelle forme pourra prendre la transition ?


Par Laura Motet, Madjid Zerrouky, Maxime Vaudano et Aline Leclerc


Trente-sept ans après avoir accédé au pouvoir pour la première fois et après vingt-neuf ans de présidence, Robert Mugabe, ancien chef du mouvement de libération nationale en Rhodésie du Sud, a annoncé sa démission, mardi 21 novembre. Un départ qui n'était pas, à l'origine, dans les plans du tenace président du Zimbabwe : renversé par l'armée, exclu de son propre parti, Robert Mugabe, 93 ans, refusait encore, dimanche, de présenter sa démission. L'amorce d'une procédure de destitution a, cependant, eu raison de sa volonté, jusqu'alors affichée, de rester au pouvoir jusqu'à ses 100 ans.


Le cas du Zimbawbe est à bien des égards singulier, mais sur le continent, sa situation est suivie avec intérêt par ceux qui tiennent les clés des palais présidentiels et par ceux qui voudraient les en déloger. D'autant que les événements qui se sont produits à Harare trouvent une résonance dans plusieurs Etats africains.
Petits et grands arrangements avec la Constitution


En 2010, au Niger, le président Mamadou Tandja, au pouvoir depuis onze ans, avait été renversé par un coup d'Etat militaire après avoir dissous le Parlement et la Cour constitutionnelle et fait adopter par référendum une réforme de la Constitution lui permettant de se maintenir au pouvoir trois ans au-delà de la limite de son mandat.
Au Bénin, à la suite de manifestations, le président Thomas Boni Yayi a juré qu'il ne toucherait pas à la Constitution. Une promesse qu'il a tenue, puisqu'il n'a pas cherché à briguer de troisième mandat, laissant sa place en 2016 à Patrice Talon.


En revanche, nombreux sont les autres chefs d'Etat africains qui ont choisi, à l'instar de l'ancien dirigeant burkinabé Blaise Compaoré, de se maintenir au pouvoir grâce à des modifications d'ampleur ou à de simples petits arrangements avec les règles constitutionnelles :


• Joseph Kabila en République démocratique du Congo ;
• Paul Kagamé au Rwanda ;
• Pierre Nkurunziza au Burundi ;
• Denis Sassou Nguesso au Congo-Brazzaville.


Il faut dire que la manœuvre a fonctionné. Ainsi, 8 des 54 chefs d'Etat africains actuellement au pouvoir ont réussi à s'y maintenir à la faveur d'une modification de la Constitution.


Joseph Kabila a, lui, choisi pour l'heure une autre option pour rester au pouvoir sans avoir à se présenter une troisième fois : son mandat, qui devait se terminer en décembre 2016, est finalement prolongé jusqu'en avril 2018, des « difficultés financières » empêchant, selon la Cour constitutionnelle, la tenue de nouvelles élections.
Certains dirigeants, au pouvoir depuis longtemps, ont modifié la Constitution pour pouvoir briguer un nouveau mandat.


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Source : Les Décodeurs


C'est notamment le cas au Cameroun, au Tchad, en Ouganda ou en Algérie. En 2008, par un vote à main levée, le Parlement algérien a ainsi abrogé la loi limitant à deux le nombre de mandats, permettant au président algérien, Abdelaziz Bouteflika, élu en 1999 et réélu en 2004, d'être encore candidat en 2009 et, pour la quatrième fois, en avril 2014, lors d'un scrutin qualifié de « supercherie » par l'opposition. Depuis, M. Bouteflika a lancé une révision de la Constitution pour rétablir la limite à deux mandats, un engagement pris en 2011 pour calmer les premiers remous du « printemps arabe » en Algérie.


Un régime qui s'achève en coup d'Etat


Qu'un coup d'Etat précipite un changement de régime est également fréquent sur le continent : c'est de cette façon que les chefs d'Etat antérieurs ont quitté le pouvoir dans onze pays africains, alors que dix-neuf seulement sont allés normalement au bout de leur mandat. Neuf autres sont morts au pouvoir. Et deux ont été renversés par une révolte populaire, tous lors du « printemps arabe » en 2011 : le président Hosni Moubarak en Egypte et le colonel Mouammar Kadhafi en Libye.


Comment s'est terminé le régime précédent ?


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Si certains de ces coups d'Etat remontent aux années 1980 et que leurs auteurs se sont depuis maintenus au pouvoir – souvent après des simulacres d'élections, comme Teodoro Obiang Nguema, qui règne sur la Guinée équatoriale depuis 1979 –, d'autres sont beaucoup plus récents : ce fut le cas en République centrafricaine en 2013, au Mali et en Guinée-Bissau en 2012, au Niger en 2010, en Mauritanie et en Guinée en 2008.
Des élections démocratiques après un coup d'Etat ?


A la fin d'octobre 2014, des manifestations historiques contre le projet du président Blaise Compaoré de modifier la Constitution pour pouvoir briguer un 5e mandat dégénèrent. Le chef d'Etat-major des armées annonce la dissolution du Parlement et la mise en place d'un gouvernement de transition. Le lieutenant-colonel Isaac Zida s'autoproclame chef de la transition. Blaise Compaoré quitte le pays. Lui-même était arrivé au pouvoir à la faveur d'un coup d'Etat, vingt-sept ans plus tôt, et n'avait été réélu que lors d'élections contestées. Entre 2014 et 2015, c'est Michel Kafando qui assure la transition, organisant l'élection de décembre 2015 qui a placé Roch Marc Christian Kaboré à la tête du pays.
Si la situation au Burkina Faso ne peut être assimilée stricto sensu à un coup d'Etat, l'histoire récente de plusieurs pays africains rappelle qu'un putsch est parfois suivi d'élections libres et transparentes.
Au Mali, par exemple. En 2012, l'armée renversait le président Amadou Toumani Touré, au pouvoir depuis dix ans. Mais la junte a, finalement, cédé à la pression internationale et rendu le pouvoir à un président par intérim jusqu'à la tenue de nouvelles élections en 2013. Les Maliens ont alors élu président Ibrahim Boubacar Keïta « dans le calme et la sécurité », selon les termes du ministre des affaires étrangères français, lors d'un scrutin dont « les Maliens doivent se féliciter », à en croire le représentant spécial de l'ONU au Mali.


De la même façon, en Guinée, les militaires qui avaient succédé à Lansana Conté, président depuis vingt-quatre ans, ont finalement laissé la place en 2010 à un opposant historique, Alpha Condé, à l'issue du premier scrutin considéré comme « libre et démocratique » de l'histoire du pays. En 2015, il est d'ailleurs réélu. De même, au Niger, le déroulement du scrutin de janvier 2011 qui a porté Mahamadou Issoufou au pouvoir, un an après le coup d'Etat mené par Salou Djibo contre Mamadou Tandja, a également été salué par la communauté internationale.


(Sont considérées comme « élections démocratiques » sur cette carte celles jugées « libres et équitables » par les observateurs internationaux. Sont considérées comme « contestées » celles dont le résultat a été mis en cause et par l'opposition et par les observateurs internationaux.)
Comment sont-ils arrivés / restés au pouvoir ?


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Elections démocratiquesElections contestéesCoup d'EtatCoup d'Etat puis élections contestéesDésignationDésignation puis élections contestéesDésignation puis élections démocratiquesSuccessionTransition
Si les élections peuvent être un indice de la santé démocratique d'un pays, elles peuvent également être utilisées par les régimes les plus autoritaires pour légitimer leur pouvoir.


Dans un tiers des cas où un scrutin présidentiel est organisé, la validité de son résultat est mise en cause par les opposants comme par les observateurs internationaux. C'est souvent en raison de fraudes, parfois à cause de violences ou d'entraves faites à l'opposition.
En 2011, à Djibouti, l'opposition a boycotté le scrutin après avoir dénoncé la répression violente de manifestations demandant le départ du « dictateur » Ismaël Omar Guelleh. Ce dernier avait, juste avant le scrutin, obtenu, par une modification de la Constitution, la possibilité de se présenter pour un troisième mandat, à 67 ans.
Certains au pouvoir depuis parfois plus de trente ans


40 % des dirigeants africains dépassent les 70 ans. Si le plus vieux, Béji Caïd Essebsi, n'est arrivé au pouvoir qu'en 2014 en Tunisie, au terme d'élections démocratiques, ce n'est pas le cas de la plupart des « vieux » dirigeants. Robert Mugabe, l'ancien président du Zimbabwe, souhaitait toujours, jusqu'au 21 novembre, occuper le pouvoir du haut de ses 93 ans.
Quel âge ont les dirigeants ?


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 46 - 54 ans 54 - 58 ans 58 - 59 ans 59 - 63 ans 63 - 66 ans 66 - 73 ans 73 - 74 ans 74 - 77 ans 77 - 90 ans Age du dirigeant :


Elu à la présidence en 1987, Robert Mugabe n'atteindra sans doute pas la longévité au pouvoir de ses cadets Paul Biya au Cameroun, arrivé en 1982, et Teodoro Obiang en Guinée équatoriale, qui, à 75 ans, gouverne déjà depuis trente-huit ans.

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Zimbabwe: Emmerson Mnangagwa prêt à endosser les habits de président par intérim

Après la démission de Robert Mugabe, le porte-parole de la Zanu-PF a indiqué que l’ancien vice-président zimbabwéen, Emmerson Mnangagwa, serait nommé ce mercredi 22 novembre président par intérim par le Parlement. Une fonction qu'il occupera pour 90 jours.

Celui qui a fait tomber Robert Mugabe a quitté l'Afrique du Sud ce mercredi matin. Selon des proches, Emmerson Mnangagwa devrait arriver tôt ce mercredi dans la journée à Harare, la capitale zimbabwéenne, à bord d'un jet privé.

En exil depuis son limogeage, il avait pourtant assuré mardi matin qu'il ne rentrerait pas, craignant pour sa sécurité.

Et pourtant, selon le porte-parole de la Zanu-PF, sa nomination devrait être officialisée ce mercredi par le président du Parlement. Une prestation de serment pourrait avoir lieu dans les 48 heures.

Un ex-fidèle de Mugabe pour changer le pays

Bombardé dimanche président du parti au pouvoir et candidat à l'élection présidentielle de 2018, Emmerson Mnangagwa sera président par intérim pour une période de 90 jours jusqu'à ce que la Zanu-PF organise des élections en interne.

Un des défis auquel il va devoir faire face sera de prouver que malgré ces 50 ans passés aux côtés de Robert Mugabe, il peut apporter du changement.

En attendant, Emmerson Mnangagwa endosse déjà les habits de chef de l'Etat, fût-il par intérim. Dans un communiqué relayé par l'agence Reuters, il a dès ce mardi soir indiqué qu'il aspirait à rassembler tous les Zimbabwéens pour la reconstruction du pays. Ce n'est pas, dit-il, la mission de la seule Zanu-PF, le parti au pouvoir, mais celle de l'ensemble de la population.

Un « Crocodile » impitoyable

Agé de 75 ans, il a été l'un des très proches de Robert Mugabe. C'est un homme fortement lié aux militaires également. Il a fini par se faire surnommer « le Crocodile », un animal réputé rapide, discret et d'un caractère impitoyable.

Il faut dire que cet homme a sa part d'ombre. Au milieu des années 1980, il était chargé de la sécurité intérieure lors des massacres de l'ethnie Ndebele. Selon les organisations de défense des droits de l'homme, 20 000 civils ont alors été tués.

Peter Godwin, journaliste et auteur zimbabwéen, a publié en 2011 un livre-enquête intitulé « La Peur », sur la répression au Zimbabwe. Pour lui, « Emmerson Mnangagwa est quelqu'un d'horrible, il baigne dans le sang, affirme-t-il. C'est lui qui a mis en œuvre la politique répressive de Robert Mugabe. Il est bien clair qu'il est aussi moralement responsable de ce qui s'est passé au Zimbabwe que son ancien patron. Mais je pense que ce qu'il va essayer de faire maintenant, c'est de se présenter comme un réformiste, un homme capable de rassembler, un technocrate. Comme d'ailleurs la Zanu-PF qui, je pense, va essayer de se présenter comme la Zanu-PF 2.0. »

En 2008, les fonctions qu'il a occupées auprès du président zimbabwéen pour sa réélection ont accéléré son parcours. Il a fini par devenir le vice-président de Mugabe et son dauphin présumé. C'est la remise en cause de cette situation du fait des ambitions politiques de la première dame, Grace Mugabe, qui a conduit à la chute du vieux président. Tout s'est en effet précipité après le 6 novembre dernier, quand Robert Mugabe a limogé Mnangagwa.

Rfi

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