Afrique

Front de Diffa: état d'urgence et forces en présence

Le gouvernement a pris la décision, en conseil des ministres extraordinaire, de décréter l’état d’urgence dans toute la région de Diffa, mardi 10 février. Plusieurs interpellations ont eu lieu mardi. Côté militaire, les troupes de la coalition anti-Boko Haram se renforcent, alors que les jihadistes optent pour deux stratégies: l'attaque directe et l'opération kamikaze.

L'état d’urgence, dit-on, permettra à l’armée de remplir correctement sa mission : celle d’éradiquer le phénomène de Boko Haram dans cette région. Il accordera des pouvoirs supplémentaires aux forces sur le terrain. Il permettra aussi des perquisitions de domiciles de jours comme de nuit. Jusqu'alors, le groupe terroriste a mené des attaques directe en tirant des obus, mais a également utilisé des kamikaze infiltrés en ville, côté nigérien.
En rencontrant la presse mardi après-midi, le Premier ministre Brigi Rafini a déclaré que ce sont de jeunes Nigériens qui ont séjourné dans les camps d’entraînement de Boko Haram et qui sont revenus attaquer leur propre pays.La jeunesse de Diffa est en train de s’organiser, a-t-il ajouté, pour dénoncer tous les éléments de Boko Haram. Dans les quartiers, plusieurs interpellations ont d’ailleurs eu lieu mardi. En dehors du couvre-feu déjà opérationnel, les autorités régionales ont interdit toute circulation d’engins à deux roues. Presque tous les kamikazes utilisent ces motos pour perpétrer leurs attentats. Deux d’entre eux ont été tués mardi par les forces armées nigériennes dans la ville de Diffa.

« L’affrontement direct nous effraie moins »

Un homme qui escaladait le mur de la garnison de Diffa a été abattu par des soldats. Les forces de sécurité sont en alerte : elles confirment que deux attentats kamikazes ont secoué Diffa, dimanche et lundi. « Notre plus grand souci, c’est l’attentat, il est difficile de le prévenir. On ne connaît pas à l’avance les objectifs, l’affrontement direct nous effraie moins », a confié à RFI une source militaire à Diffa.

Les contrôles des véhicules à l’entrée de la ville sont renforcés, les coffres des voitures sont inspectés. Les soldats recherchent en particulier des explosifs. « Les villageois coopèrent plus qu’avant et nous donnent des renseignements maintenant qu’ils voient comment la menace se manifeste concrètement », a affirmé une autre source policière. Le gouverneur de Diffa a néanmoins encouragé la population à dénoncer les assaillants qui se cachent dans des maisons. Les suspects arrêtés sont transférés à Niamey. Le grand marché du mardi a été annulé hier à la demande des commerçants, dans une ville de Diffa qui se vide progressivement de sa population.

Mais que la population de Diffa se rassure, a indiqué pour sa part le ministre de l’Intérieur. Selon Hassoumi Massaoudou, Boko Haram ne prendra aucune ville du Niger. Pour soulager les soldats au front depuis plusieurs mois, le gouvernement vient de doubler leur indemnité de sujétion de 1 500 francs CFA par jour et monte donc à 3 000 francs pour toute la période de mobilisation.

5 000 hommes du côté de la coalition

L'armée nigérienne s'est déployée, aux côtés de l'armée tchadienne. Elle opère depuis le camp de la zone de défense 5. Côté nigérien les effectifs militaires sont estimés à 3 000 hommes. Les Tchadiens auraient quant à eux envoyés 2 000 hommes. En Face, côté Nigérian, Boko Haram pourrait aligner 5 à 700 hommes, d'après des sources locales.
Les forces armées nigériennes (FAN) ont également déployé leur artillerie.

Certains éléments des FAN avaient participé aux opérations dans le nord du Mali, et disposent donc d'une expérience au combat. Mais les hommes de Boko Haram, sont également aguerris, et manoeuvrent de manière efficace comme l'ont prouvé les récents combats à Fotokol côté camerounais. Au fil des attaques, les miliciens de Boko Haram ont récupéré des pièces d'artillerie, des blindés, et des pick-up, armés de mitrailleuses et parfois de bi-tube de 23 mm. Bien assez pour abattre un aéronef.

Les Tchadiens ont déployé leurs hélicoptères Mil-mi 24, les Nigériens, au moins un exemplaire. Le Niger a également acquis 2 Sukhoi 25, des bombardiers qui ont été vus en vols récemment à Niamey. L'armée de l'air française n'est pas loin au Tchad, mais également dans la capitale nigérienne avec des chasseurs bombardiers, des ravitailleurs et des drones. Si elle est capable de mener des tirs d'appuis à Niger, elle n'a pas été sollicitée à ce jour. Officiellement, la participation de l'armée française se limite aux renseignements et à l'aide à la coordination.

Rfi

Mali: des espoirs d’avancées dans les négociations à Alger

Le ministre malien des Affaires étrangères, chef de la délégation malienne aux négociations d'Alger séjourne à partir de ce mardi dans la capitale algérienne pour un nouveau round décisif des discussions avec les groupes armés. Avec le ministre de la Communication, il a rencontré lundi 9 février la presse.

Le ministre malien des Affaires étrangères arrive ce mardi à Alger pour un nouveau round des négociations. « Nous y allons dans un état d’esprit toujours confiant mais en même temps conscient de la gravité de la situation sur le terrain », affirme Abdulaye Diop.

Sur le projet d’accord proposé par la médiation, le chef de la diplomatie malienne note des avancées significatives. « Ce document préserve le respect de l’intégrité territoriale, le respect de la souveraineté nationale du pays, le respect du caractère laïc et républicain, de même que la forme unitaire de l’Etat malien », se réjouit le ministre.

En revanche sur d’autres points, il demandera que la copie soit revue. « La question des quotas visant que les institutions de la République doivent fonctionner sur la base de quotas attribués à différents groupes ethniques ou à différentes minorités. Aller dans le sens de quotas aujourd’hui, nous pensons créera une instabilité permanente pour le pays, déclare-t-il. Aussi, nous rejetons l’Azawad dans sa connotation politique et géographique qui considèrerait Tombouctou, Gao et Kidal comme une seule entité politique. »

Et pour donner un coup d’accélérateur à ce nouveau round des négociations d’Alger, le Premier ministre malien Modibo Keïta effectuera de son côté, ce mardi, un court séjour dans la capitale algérienne.

Mohammed VI et Hollande scellent la réconciliation franco-marocaine

Le roi du Maroc Mohammed VI a été reçu ce lundi 9 février par François Hollande à l’Elysée. Cette rencontre relance les discussions entre les deux pays et met surtout officiellement fin à un froid diplomatique qui a duré un an. Une reprise des discussions qui intervient au moment où le quotidien français Le Monde publie une enquête sur les comptes privés de la famille royale marocaine.

Une heure pile pour officialiser le rétablissement de relations apaisées entre le Maroc et la France. Le roi Mohammed VI a été accueilli vers 17h par la sonnerie de la garde présidentielle. Court sourire courtois en direction des photographes. Puis le chef de l'Etat marocain s'est engouffré dans l'enceinte du palais de l'Elysée avec son homologue français, sans faire de déclaration.

C'est une visite importante, car les relations entre les deux pays n'étaient plus au beau fixe depuis un an. Au départ de cette brouille, une descente de police à la résidence de l'ambassadeur du Maroc en banlieue parisienne, en février 2014. Des policiers venus notifier au patron du renseignement marocain, Abdellatif Hammouchi, une demande d'audition de la justice française saisie par des ONG. Ces dernières avaient porté plainte contre lui pour « apologie de torture ». En réponse, Rabat suspendait sa coopération judiciaire avec Paris.

Une série d'incidents et de « couacs » diplomatiques sont aussi survenus, que les coups de fil de François Hollande au roi du Maroc ou les excuses de Laurent Fabius à son homologue n'étaient pas parvenus à faire oublier : fouille inopinée du chef de la diplomatie marocaine à l’aéroport, menaces reçues par un haut gradé dans sa chambre d’hôpital, placement du Maroc parmi les pays sous vigilance par le quai d’Orsay, ce qui avait entrainé l’annulation de milliers de séjours touristiques en quelques jours.

Fin janvier, pour permettre un réchauffement, la coopération judiciaire avait été rétablie à l'occasion d'une visite du ministre marocain de la Justice à Paris. Il faut dire que les attentats de Paris ont donné un coup d'accélérateur à la reprise des relations judiciaires et sécuritaires entre les deux pays. Le Maroc, qui lutte aussi contre les filières de recrutement jihadistes, est en effet un allié incontournable dans la région. Désormais, Rabat et Paris sont déterminés « à lutter ensemble contre le terrorisme ».

Le nouvel accord de coopération judiciaire conclu entre les gardes des Sceaux des deux pays favorise notamment les échanges de renseignements et d'informations. Mais d’autres rencontres sont programmées après ce tête-à-tête entre chefs d'Etat. Selon l'Elysée, le Premier ministre Manuel Valls et le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius devraient se rendre tout prochainement au Maroc pour poursuivre les discussions.

Au lendemain de la rencontre, ce mardi 10 février, la fermeté de Rabat a payé, commente en substance la presse marocaine. Le fait de freiner l’échange de renseignements dans la lutte antiterroriste a servi d'argument de poids pour renégocier les conditions des relations bilatérales. Pour les médias du pays, le Royaume ressort ainsi renforcé de ce bras de fer.

La renégociation de la coopération judiciaire sonne comme une réparation aux affronts successifs subis par les officiels marocains en France. Et vu de Rabat, la brouille aura aussi été l’occasion de réformer l’action diplomatique du Maroc, en affirmant vouloir s’affranchir d’une certaine tutelle française, alors que Rabat oriente de plus en plus sa diplomatie économique vers le continent africain.

Niger: des cellules dormantes de Boko Haram dans le sud-est

Niger: des cellules dormantes de Boko Haram dans le sud-estCe sont des éléments dormants de Boko Haram à Diffa et Bosso qui ont attaqué les premiers les soldats nigériens, vendredi 6 février 2015. La nébuleuse islamiste a en effet recruté en masse dans la région de Diffa, et nombre de ses membres ont infiltré les camps de réfugiés.

En trois ans d’existence dans le lit du lac Tchad, Boko Haram a eu largement le temps de s’installer, de s’armer, et de recruter parmi les jeunes dans l’extrême sud-est du Niger, sur plus de 400 km le long de la frontière dans cette région de Diffa. De Menestroa à Bosso, de Mamouri à Nguigmi, Boko Haram a recruté des adeptes issus des écoles coraniques pour servir d’abord de ravitailleurs, en carburant, armes et munitions par exemple, et ensuite en combattants le temps venu. Au nom de l’islam, ces « fous de Dieu » sont prêts à tout, pourvu qu’une fois morts, ils accèdent au paradis.

Ce sont ces cellules dormantes, aujourd’hui planquées dans cette région, qui ont engagé les premiers combats contre les soldats nigériens à Bosso et Diffa. A Bosso, les membres de cette cellule sont rentrés au Niger dans le lot de réfugiés qui fuyaient Boko Haram. C’est du camp de réfugiés situé juste en face du camp de la gendarmerie nationale que les premiers éléments de Boko Haram ont fait irruption, vendredi 6 février, pour attaquer les forces de l'ordre. Selon un général tchadien, plus de 200 corps d’islamistes en décomposition sont visibles dans les vallées de Bosso et Mamouri.

Ce sont toujours les mêmes cellules dormantes, à Diffa cette fois-ci, qui sont sorties de leurs cachettes des quartiers, celui de Diffa Koura notamment (mais pas uniquement), pour attaquer la prison civile entre autres. Des fouilles méthodiques s’avèrent nécessaires dans certains camps de réfugiés de Bosso et Diffa, précise une source sécuritaire. Coupés de leurs camarades, bloqués de l’autre côté du Koumadougou Yobé - le fleuve qui sert de frontière avec le Nigeria voisin -, ces cellules dormantes pourraient être amenées à utiliser des bombes artisanales et des kamikazes, pour créer la psychose au sein de la population.

Rfi

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