Afrique

Niger: forte mobilisation à Niamey contre Boko Haram

Alors que sur le territoire nigérien, plus de 160 personnes ont été arrêtées soupçonnées de liens avec Boko Haram, à Niamey, la rue se mobilise contre les attaques du groupe islamiste. Des milliers de personnes se sont donné rendez-vous dans les rues de la capitale pour crier leur colère contre le terrorisme.

C’est une véritable marée humaine qui a marché pour rallier la place de l’Assemblée nationale à Niamey où le président Mahamadou Issoufou les attendait. Beaucoup de jeunes, de femmes, de religieux, de chrétiens et de musulmans ont convergé au rythme des slogans : « Notre armée est notre fierté » ou « Boko Haram est Haram (interdit) ».

Cette marée humaine indescriptible, près de 100 000 personnes dit-on, apporte son soutien aux forces de défense et de sécurité qui combattent Boko Haram, dans l’extrême est du Niger, dans la région de Diffa et du lac Tchad. « C’est notre façon de riposter contre l’envahissement de Boko Haram », confirme un homme dans la foule. A ses côtés, une femme dit être venue pour « soutenir nos forces de défense et de sécurité, mais le cortège est si long que je ne sais pas si nous tiendrons tous sur la place ».

Le clou de cette manifestation a été l’intervention du président Mahamadou Issoufou. En recevant un mémorandum des forces vives de la nation, il a déclaré que « Boko Haram nous a agressé, on n’attaque pas le Niger impunément et Boko Haram l’a appris à ses dépens, le 6 février dernier ».

Sommet de la CEEAC: 50 milliards de francs CFA contre Boko Haram

Au Cameroun, le sommet africain de Yaoundé s’est terminé ce lundi 16 février. Les chefs d'Etat d'Afrique centrale se sont réunis pour tenter d'élaborer une stratégie commune afin de lutter contre le groupe islamiste Boko Haram et de le mettre hors d'état de nuire. Autour du président camerounais Paul Biya étaient présents ses homologues tchadien, gabonais, centrafricain, congolais et équato-guinéen.

Dans son discours d’ouverture du sommet, Idriss Déby, président tchadien et président en exercice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC), a dit vouloir au terme des travaux de Yaoundé des actions immédiates et concrètes.

Ce sommet extraordinaire s’est déroulé dans cet esprit avec, pour principale annonce, l’activation - pour la première fois - du pacte d’assistance mutuelle et de solidarité qui lie les pays de la CEEAC. Un fonds d’urgence à reverser au Cameroun et au Tchad en soutien à l’effort de guerre a ainsi été arrêté. Il est de 50 milliards de francs CFA.

Outre ces financements, les chefs d’Etat et chefs de délégation ont convenu de divers appuis en équipement militaire et logistique à affecter aux deux pays déjà engagés dans la guerre contre Boko Haram, mais aussi d’actions à portée sociale et de développement en direction des localités et des populations exposées à la menace jihadiste.

Quelque temps avant, Paul Biya, président du Cameroun et hôte de ce sommet, avait fini de convaincre l’assistance que Boko Haram, de par ses méthodes et son mode de société, n’invitait à aucun compromis d’où la nécessité de le combattre jusqu’au dernier retranchement.

Précisons par ailleurs que l'armée tchadienne intervient depuis début février contre Boko Haram au Cameroun, au Niger et au Nigeria pour pallier notamment l'incapacité de l'armée nigériane à stopper les attaques islamistes. Ce lundi, l'armée nigériane assure avoir a repris deux villes du nord-est du Nigeria, Mungono et Marte, aux islamistes de Boko Haram.

Rencontre importante entre Déby et Biya

Ce sommet a aussi été le cadre des retrouvailles, pour la première fois, entre Paul Biya et Idriss Déby, depuis que ce dernier a décidé d'engager les troupes tchadiennes dans la guerre contre Boko Haram. Des retrouvailles chaleureuses, Paul Biya, saisissant le prétexte du sommet, a fait ovationner son homologue : « C’est le lieu pour moi de rendre un hommage fraternel au président Idriss Déby ».

En réponse, le président tchadien a donc de nouveau affirmé l’engagement de son pays arguant du devoir de solidarité : « La guerre que nous impose Boko Haram aujourd’hui est une formidable opportunité de raffermir nos liens de solidarité et d’inter relation face aux menaces sécuritaires. Nous pouvons nous rendre à l’évidence qu’il est difficile pour nos Etats de faire face à ces menaces isolément ».

RDC : l’ONU suspend son aide à Kinshasa pour la lutte contre les FDLR

Les Nations unies ont mis leur menace à exécution en République démocratique du Congo. Elles suspendent leur soutien aux opérations de l'armée congolaise contre les rebelles rwandais des FDLR. L'ONU et Kinshasa sont en désaccord sur la désignation dans l'est du pays de deux généraux accusés de violations des droits de l'Homme. Ce qui est particulièrement surprenant, c'est que cette suspension est annoncée trois jours avant la fin du délai accordé aux autorités de Kinshasa pour remplacer les deux officiers contestés.

L'ONU avait donné jusqu'au 13 février, à savoir vendredi prochain aux autorités kinoises pour remplacer Bruno Mandevu et Sikabwe Fall. Les deux généraux figurent sur une liste d'officiers indésirables établie par la mission des Nations unies, la Monusco. Ils sont considérés comme responsables ou complices de graves violations des droits de l'Homme qui ont eu lieu dans l'est de la RDC.

Lors d'une conférence de presse il y a quelques jours, le porte-parole du gouvernement Lambert Mendé, avait déjà clairement laissé entendre que le gouvernement de Kinshasa ne remplacerait pas les deux hommes. Pour être écarté du commandement, avait-il indiqué, il faudrait avoir « fait l'objet d'une condamnation par notre justice militaire, or il n'y a rien de tel. »

Depuis, les Nations unies semblent avoir eu une réponse plus formelle, puisqu'elles ont donc décidé de suspendre leur participation sans attendre la fin du délai fixé. Pour autant, toutes les portes ne sont pas fermées : « Nous sommes en contact constant à haut niveau avec le gouvernement », a indiqué à l'Agence France Presse un responsable de l'ONU qui s'est dit confiant dans la possibilité de trouver une solution.

Rfi

Front de Diffa: état d'urgence et forces en présence

Le gouvernement a pris la décision, en conseil des ministres extraordinaire, de décréter l’état d’urgence dans toute la région de Diffa, mardi 10 février. Plusieurs interpellations ont eu lieu mardi. Côté militaire, les troupes de la coalition anti-Boko Haram se renforcent, alors que les jihadistes optent pour deux stratégies: l'attaque directe et l'opération kamikaze.

L'état d’urgence, dit-on, permettra à l’armée de remplir correctement sa mission : celle d’éradiquer le phénomène de Boko Haram dans cette région. Il accordera des pouvoirs supplémentaires aux forces sur le terrain. Il permettra aussi des perquisitions de domiciles de jours comme de nuit. Jusqu'alors, le groupe terroriste a mené des attaques directe en tirant des obus, mais a également utilisé des kamikaze infiltrés en ville, côté nigérien.
En rencontrant la presse mardi après-midi, le Premier ministre Brigi Rafini a déclaré que ce sont de jeunes Nigériens qui ont séjourné dans les camps d’entraînement de Boko Haram et qui sont revenus attaquer leur propre pays.La jeunesse de Diffa est en train de s’organiser, a-t-il ajouté, pour dénoncer tous les éléments de Boko Haram. Dans les quartiers, plusieurs interpellations ont d’ailleurs eu lieu mardi. En dehors du couvre-feu déjà opérationnel, les autorités régionales ont interdit toute circulation d’engins à deux roues. Presque tous les kamikazes utilisent ces motos pour perpétrer leurs attentats. Deux d’entre eux ont été tués mardi par les forces armées nigériennes dans la ville de Diffa.

« L’affrontement direct nous effraie moins »

Un homme qui escaladait le mur de la garnison de Diffa a été abattu par des soldats. Les forces de sécurité sont en alerte : elles confirment que deux attentats kamikazes ont secoué Diffa, dimanche et lundi. « Notre plus grand souci, c’est l’attentat, il est difficile de le prévenir. On ne connaît pas à l’avance les objectifs, l’affrontement direct nous effraie moins », a confié à RFI une source militaire à Diffa.

Les contrôles des véhicules à l’entrée de la ville sont renforcés, les coffres des voitures sont inspectés. Les soldats recherchent en particulier des explosifs. « Les villageois coopèrent plus qu’avant et nous donnent des renseignements maintenant qu’ils voient comment la menace se manifeste concrètement », a affirmé une autre source policière. Le gouverneur de Diffa a néanmoins encouragé la population à dénoncer les assaillants qui se cachent dans des maisons. Les suspects arrêtés sont transférés à Niamey. Le grand marché du mardi a été annulé hier à la demande des commerçants, dans une ville de Diffa qui se vide progressivement de sa population.

Mais que la population de Diffa se rassure, a indiqué pour sa part le ministre de l’Intérieur. Selon Hassoumi Massaoudou, Boko Haram ne prendra aucune ville du Niger. Pour soulager les soldats au front depuis plusieurs mois, le gouvernement vient de doubler leur indemnité de sujétion de 1 500 francs CFA par jour et monte donc à 3 000 francs pour toute la période de mobilisation.

5 000 hommes du côté de la coalition

L'armée nigérienne s'est déployée, aux côtés de l'armée tchadienne. Elle opère depuis le camp de la zone de défense 5. Côté nigérien les effectifs militaires sont estimés à 3 000 hommes. Les Tchadiens auraient quant à eux envoyés 2 000 hommes. En Face, côté Nigérian, Boko Haram pourrait aligner 5 à 700 hommes, d'après des sources locales.
Les forces armées nigériennes (FAN) ont également déployé leur artillerie.

Certains éléments des FAN avaient participé aux opérations dans le nord du Mali, et disposent donc d'une expérience au combat. Mais les hommes de Boko Haram, sont également aguerris, et manoeuvrent de manière efficace comme l'ont prouvé les récents combats à Fotokol côté camerounais. Au fil des attaques, les miliciens de Boko Haram ont récupéré des pièces d'artillerie, des blindés, et des pick-up, armés de mitrailleuses et parfois de bi-tube de 23 mm. Bien assez pour abattre un aéronef.

Les Tchadiens ont déployé leurs hélicoptères Mil-mi 24, les Nigériens, au moins un exemplaire. Le Niger a également acquis 2 Sukhoi 25, des bombardiers qui ont été vus en vols récemment à Niamey. L'armée de l'air française n'est pas loin au Tchad, mais également dans la capitale nigérienne avec des chasseurs bombardiers, des ravitailleurs et des drones. Si elle est capable de mener des tirs d'appuis à Niger, elle n'a pas été sollicitée à ce jour. Officiellement, la participation de l'armée française se limite aux renseignements et à l'aide à la coordination.

Rfi

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