Afrique

Devant la cour, Simone Gbagbo dit ignorer ce qu’on lui reproche

Un peu moins de deux mois après le début du procès, c’était au tour, ce lundi 23 février, de Simone Gbagbo de comparaître devant la cour d’assises. La femme de l’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo, doit répondre comme ses 82 co-accusés d' « atteinte à la sûreté de l’Etat ». Des crimes commis pendant la crise post-électorale de 2010-2011 qui a fait au moins 3 000 morts dans le pays.

L'audience a débuté avec près de deux heures de retard. Compte tenu de la personnalité de l'accusée, il a fallu prendre certaines mesures de sécurité. Qui plus est, dans la salle des pas perdus, on a assisté au tout début de la matinée à des scènes d'esclandre entre Ivoiriens partisans et hostiles à Simone Gbagbo, les premiers réclamant que justice soit faite à l'encontre du régime de Laurent Gbagbo, les seconds demandant à ce que justice soit rendue à l'encontre des partisans du clan d'Alassane Ouattara. Tout le monde a finalement été évacué avant que l'ex-première dame ne fasse son entrée dans la salle d'audience.

Simone Gbagbo est apparue tout sourire, vers 11 heures, vêtue d’une robe beige et bleu turquoise, main dans la main avec l’un de ses avocats, Me Rodrigue Dadjé. Elle a pris le temps de saluer certains de ses amis venus la soutenir dans la salle d’audience, comme Alphonse Douati, ex-ministre de son époux Laurent Gbagbo, Richard Dakoury-Tabley, l’ex-gouverneur de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest. Egalement dans son sillage, on a aperçu Michel Gbagbo, le fils de Laurent Gbagbo.

Comme elle l'avait promis à la presse, Simone Gbagbo s'est exprimée « à satiété ». Dans ses premières déclarations publiques depuis son arrestation en avril 2011, l'ex-première dame a affirmé, devant la cour d'assises d'Abidjan, ignorer ce qu'on lui reprochait. « A l'heure où je vous parle, je ne sais pas exactement quels sont les actes matériels qu'on me reproche », a-t-elle déclaré, avant d’ajouter que « Laurent Gbagbo est le vainqueur de la présidentielle de 2010 ».

Pendant quasiment une heure, de manière ininterrompue, elle a ainsi retracé son analyse propre des événements. Simone Gbagbo en a profité pour dire tout le mal qu'elle pensait du représentant des Nations unies, qu'elle accuse d'avoir outrepassé ses fonctions, et de Nicolas Sarkozy et des forces françaises dont elle a dénoncé « l'ingérence » dans la crise post-électorale ivoirienne. Accusant l'armée française d'avoir « bombarbé la résidence présidentielle pendant une dizaine de jours alors qu'aucune résolution de l'ONU ne lui donnait ce pouvoir », Simone Gbagbo a lâché : « C'est à croire que l'objectif était l'élimination physique du président élu Laurent Gbagbo ».

Perdant un peu parfois patience face à l'inanité de certaines questions de l'accusation, l'ex-première dame a demandé à plusieurs reprises à être interrogée, et donc jugée, sur des faits précis et concrets, et non pas sur des allégations ou bien des propos rapportés dans les journaux. « On n'est pas ici pour justifier de ce que je pense, mais sur des faits précis », a-t-elle déclaré. Il est vrai que la vacuité des questions posées jusqu'ici par l'accusation laisse un peu perplexe pour un procès en assises.
Chronologie et chiffres clés

Rfi

Boko Haram: Mahamadou Issoufou plaide pour une force mixte UA-ONU

Laurent Fabius a achevé sa tournée en Afrique par le Niger. Il a été reçu ce dimanche midi par le président Mahamadou Issoufou. Contre le fléau de Boko Haram, il a répété son souhait de voir le Conseil de sécurité de l'ONU légitimer la future force africaine de quelque 8 700 hommes, force qui doit être déployée dans la zone d'ici le 1er avril. Mais Mahamadou Issoufou est allé encore plus loin.

Avec notre envoyé spécial à Niamey, Christophe Boisbouvier

Le président Mahamadou Issoufou propose que cette future force africaine anti-Boko Haram de quelque 8 700 hommes passe carrément sous la bannière de l’ONU et devienne une force mixte à la fois Union africaine et ONU sur le modèle de l’Amisom, la force mixte qui opère contre les shebabs de Somalie à partir de Mogadiscio.

Une proposition ambitieuse de laquelle on est encore loin. Pour l’instant, l’objectif est que le Conseil de sécurité des Nations unies donne le feu vert à cette force africaine anti-Boko Haram et lui donne la légitimité nécessaire pour qu’ensuite une conférence des donateurs puisse être organisée et que tous les financements nécessaires soient trouvés.

Ce midi, Mahamadou Issoufou et Laurent Fabius ont aussi parlé de l’aide tactique que l’armée française peut apporter dans l’urgence au Niger face aux attaques de Boko Haram qui se multiplient. Pour cela, une unité du dispositif français Barkhane vient d’être installée à Diffa, dans le sud-est du Niger, et l’armée française promet de multiplier les échanges de renseignement avec les troupes africaines au sol.

Enfants-soldats au Soudan du Sud: HRW critique l'inaction de l'Etat

Au Soudan du Sud, la nouvelle de l'enlèvement de 89 garçons de 13 à 18 ans dans un camp de déplacés provoque l'agacement de Human Rights Watch. Le rapt a eu lieu dans le nord du pays à Wau Shilluk, une ville où près de 100 000 déplacés ont trouvé refuge ces derniers mois. Or, cette région, très reculée, est contrôlée par les forces gouvernementales, selon l’ONG. Skye Wheeler, chercheuse à Human Rights Watch exprime son agacement car l’ONG vient de plaider auprès du gouvernement au sujet du problème de l'enrôlement d'enfants-soldats : « Ce qui est extraordinaire, c'est qu'autant d'enfants soient enlevés d'un seul coup, mais cela souligne bien l'impunité totale qui entoure la question du recrutement d'enfants-soldats, souligne-t-elle. Cela fait des dizaines d'années que c'est le cas. Le gouvernement avait fait quelques efforts après la signature de l'accord de paix avec Khartoum pour démobiliser les enfants-soldats dans l'armée, mais tout ça a volé en éclat depuis le début de cette nouvelle crise en décembre 2013. » Samedi, c’est l’Unicef qui avait annoncé l’enlèvement de ces 89 adolescents par un groupe armé non identifié, avançant le chiffre de 12 000 jeunes enrôlés depuis décembre 2013. « On assiste à un recrutement et à une utilisation d'enfants-soldats à grande échelle par le gouvernement et ses alliés comme par les rebelles, confirme Skye Wheeler de Human Rights Watch. Je parle souvent avec des enfants qui ont été recrutés par les deux camps. Pour simplifier, les hommes en armes dans ce pays passent dans les villages et recrutent de force n'importe qui, y compris des enfants, en prenant tous ceux qui peuvent tenir un fusil. Human Rights Watch venait de soulever cette question auprès de Juba et au lieu de faire pression sur leurs commandants, de mettre fin à cette pratique, ils augmentent la cadence et cela montre que le gouvernement ne prend pas cette question au sérieux. »

Rfi

Niger: les habitants d'Abadam traumatisés après le bombardement

Au Niger, à Abadam, petite localité à une dizaine de kilomètres de Bosso, à la frontière nigériane, les habitants vivent dans la peur depuis qu'une bombe est tombée sur la mosquée du village, mardi 17 février. La bombe larguée par un avion non identifié a tué 36 personnes dont le chef de village, plusieurs femmes et des enfants. Une enquête est ouverte pour savoir qui est à l'origine de ce qui ressemble à une bavure.

Quatre jours après, le traumatisme reste vif dans la localité d’Abadam. Plusieurs familles ont quitté les lieux en voiture. Mais ceux qui restent ont du mal à oublier les corps ensanglantés tués lors d'une cérémonie funéraire devant la mosquée en pleine après-midi.

Certains ne dorment pas et croient encore entendre des avions, raconte cet habitant : « Il y a des femmes qui nous disent que la nuit tombée, elles n’arrivent pas à dormir, explique-t-il. Des enfants aussi. Et il y a des gens qui nous disent qu’ils entendent des ronflements d’avion quand ils ferment les yeux. Donc ça travaille au niveau du cerveau… »

Des habitants traumatisés que rien ne peut rassurer pour l'instant. L'enquête pour eux est plus que nécessaire. C'est une obligation, comme le dit l’interlocuteur de RFI qui refuse qu'on parle d'erreur ou de bavure : « C’est un crime. Nous, nous n’avons jamais accepté que ce soit une erreur. Nous exigeons de la part de l’Etat nigérien qu’il puisse continuer à enquêter pour que la lumière soit faite. C’est une obligation. »

Pour l'heure, les autorités nigériennes ont choisi de ne pas tirer de conclusions. Elles s'en remettent au travail de la police scientifique et attendent notamment l'analyse des débris des bombes récupérés jeudi sur les lieux par des militaires.

Rfi

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