Afrique

Tunisie: rien ne va plus à Nida Tounes

La première force politique du pays, vainqueur des dernières législatives, et fondée par l'actuel chef de l'Etat, Beji Caïd Essebsi, est au bord de l'implosion. En début de semaine, une soixantaine des 86 députés que compte la formation ont déclaré qu'ils ne reconnaissaient plus l'actuel comité exécutif du parti et ont appelé à un congrès national dès samedi prochain, 14 mars. Une crise qui couvait depuis bien longtemps.

L'élection de Beji Caïd Essebsi à la magistrature suprême a laissé un vide abyssal à la tête du parti. Car c'était lui, le ciment de Nida Tounes, cette coalition hétéroclite rassemblant aussi bien des personnalités de gauche que des hommes de droites, des proches de l'ancien régime que d’anciens opposants à Ben Ali. Un parti, surtout, qui a grandi très vite, mais n’a jamais tenu son premier congrès. Résultat, trois ans après sa création, Nida Tounes ne dispose d'aucune instance de direction claire, reconnue par tous.

« Les ambitions personnelles se révèlent. C'est une véritable guerre des chefs », confie un membre du parti qui préfère rester anonyme. Dimanche dernier, le parti devait justement élire son bureau politique mais le vote a été reporté en raison de dissensions internes. Et depuis, les ténors du parti s'invectivent par médias interposés.

A la tête des frondeurs, il y a Hafedh Caid Essebsi, le fils du chef de l’Etat, accusé par ses détracteurs de vouloir faire main basse sur le parti. Autre ligne de fracture qui alimente la bataille en cours : la stratégie vis-à-vis des islamistes d'Ennahda. Faut-il se réjouir de leur entrée au sein de la coalition au pouvoir ou bien s'opposer coûte que coûte à ce parti longtemps présenté comme l'ennemi à abattre ? Sur ce point aussi, Nida Tounes est divisé. Au point, selon certains, de menacer l'existence même du parti.

Mardi soir, le comité fondateur du parti a fixé une nouvelle date pour l'élection du bureau politique, le 22 mars, et promis l'organisation d'un congrès avant la fin du mois de juin. Plus tôt dans la journée, le chef de l'Etat avait reçu le directeur exécutif du parti pour lui demander de rechercher au plus vite un « consensus ».

Des soldats tchadiens quittent le Nigeria à la demande d’Abuja

Des centaines de soldats tchadiens mobilisés dans la lutte contre Boko Haram ont quitté le Nigeria, à la demande d’Abuja. Il s’agit des soldats qui ont libéré la ville carrefour de Dikwa il y a bientôt dix jours. Ils s’étaient déjà repliés sur Gambaru vendredi, mais ils ont traversé la frontière et se trouvent désormais au Cameroun.

Le mouvement porte sur environ deux régiments tchadiens, soit environ 2 500 soldats. C’est tout du moins ce que rapportent des sources militaires dans la région. Elles précisent que les éléments tchadiens sont actuellement entre Fotokol et Maltam. Ils se dirigent donc vers le sud.

Contactés par RFI, certains soldats tchadiens font part de leur frustration. Mais le carrefour stratégique de Dikwa au Nigeria n’a pas été abandonné pour autant : l’armée nigériane a pris le relais et y a installé des hommes.

D’autres sources militaires estiment donc que ce mouvement annonce sans doute une nouvelle offensive tchadienne en zone Boko Haram au Nigeria. Les soldats tchadiens pourraient, par exemple, longer la frontière camerounaise et se positionner à la hauteur de Bama et de Gwoza, deux districts nigérians au sud-est de l’Etat de Borno, où d’importants rassemblements d’insurgés ont été signalés et où des massacres ont été commis la semaine dernière.

Frapper à partir du Cameroun, c’est frapper à partir d’un pays ami, ce qui n’est pas le cas de l’Etat de Borno, encore largement infesté par Boko Haram, a indiqué à RFI une source sécuritaire bien renseignée sur les opérations en cours dans la région.

Simone Gbagbo, le déclin et la chute d’une «reine d’Afrique»

Le procès devant la cour d'assises de l’ex-Première dame ivoirienne et de ses co-accusés s’est conclu ce 10 mars avec l’annonce du verdict par les jurés. La sentence est particulièrement salée pour Simone Gbagbo. Portrait.

A la surprise générale, les neuf jurés de la cour d’assises d’Abidjan ont condamné l’ex-Première dame Simone Gbagbo à vingt ans de prison et à la privation des droits civiques. Une sentence d’autant plus surprenante que, dans son réquisitoire, l’avocat général n’avait requis qu’une peine de dix ans.

Le verdict est tombé aux premières heures du mardi 10 mars, au terme de deux mois d’un procès-fleuve au cours duquel le tribunal a jugé 79 personnes pour leur rôle dans les violences de la crise post-électorale que la Côte d’Ivoire a traversée entre 2010 et 2011. Ces violences avaient éclaté après le refus de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo de reconnaître sa défaite au scrutin de novembre 2010 face à son adversaire Alassane Ouattara, au pouvoir depuis quatre ans. Tous les accusés jugés dans le cadre du procès qui vient de se clore étaient liés au régime Gbagbo, tout comme l’épouse de l’ancien président considérée comme une protagoniste majeure de la sanglante crise qui a duré cinq mois et a fait 3 000 morts. Simone Gbagbo était accusée de « participation à un mouvement insurrectionnel », « troubles à l’ordre public » et « constitution de bandes armées ».

La veille au soir du verdict, celle-ci avait conclu l’audience pendant laquelle les accusés se sont succédé à la barre pour dire un dernier mot avant que la cour ne se retire pour délibérer. Debout, un micro à la main et vêtue d’un pagne bleu – symbole d’espoir ? -, elle avait déclaré qu’elle pardonnait à l’accusation ses « injures » et ses « outrances » à son égard.

« J’ai trouvé les avocats de la partie civile outranciers, s’était-elle plainte. J’ai subi humiliation sur humiliation durant ce procès. Mais je suis prête à pardonner. Car si on ne pardonne pas, ce pays connaîtra une crise pire que ce que nous avons vécue ». Manifestement, ces paroles conciliatrices n’ont pas ému les jurés qui ont choisi de renchérir la peine requise par le parquet.

Une nouvelle humiliation

Aux dires des témoins, celle que les Ivoiriens appellent leur « Dame de fer » n’a pas bronché à la proclamation de la sentence. Elle s’était mentalement préparée pour « faire face à toutes les éventualités », si l’on en croit son conseil. « Même si elle est affectée, elle demeure sereine, car elle est confiante que la vérité finira un jour par éclater », affirme son principal avocat, Me Rodrigue Dadjé, dont la plaidoirie passionnée la semaine dernière réclamant l’acquittement de sa cliente avait marqué les esprits.

Il avait fondé toute son argumentation sur la faiblesse de l’instruction. « Le dossier est vide, aucun élément à charge contre ma cliente, ni preuves, ni faits matériels, rien. En réalité, les infractions n’existent pas et ne sont qu’un prétexte à ce procès », avait-il expliqué à RFI. Et d’ajouter : « Si la justice ivoirienne n’était pas aux ordres du pouvoir, ma cliente serait aujourd’hui acquittée. »

Pour injustifiée qu’elle soit aux yeux de son camp, cette condamnation à vingt ans de prison est une nouvelle humiliation pour Simone Gbagbo. Celle-ci misait sur une libération conditionnelle, après avoir vécu pendant quatre longues années en résidence surveillée à Odienné, loin des siens, dans le nord-ouest du pays. Elle avait demandé à être incarcérée à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (MACA) pour se rapprocher de sa famille, mais sa requête n’avait pas été prise en compte par les autorités. C’est seulement en décembre dernier qu’elle a été transférée à Abidjan pour son procès.

La descente aux enfers de l’ex-Première dame a commencé le 11 avril 2011, lorsque les combattants pro-Ouattara, aidés par les militaires français, ont fait irruption dans le sous-sol du palais présidentiel à Abidjan et ont arrêté le couple Gbagbo, mettant un terme aux violences post-électorales. Le couple a failli se faire lyncher par la foule.

Les images de Simone Gbagbo, tresses arrachées et regard apeuré, se tenant derrière son mari hagard, avaient fait à l’époque le tour du monde. Quelques jours plus tard, elle était envoyée à Odienné comme prisonnière pour être détenue dans une résidence privée. En état de choc, cette chrétienne évangélique fervente s’était repliée dans la prière et des lectures des ouvrages religieux.

« Trop intelligente pour une femme »

Simone Ehivet Gbagbo est née en 1949, près de Grand-Bassam, à l’est d’Abidjan, dans une famille nombreuse. Son père était gendarme. Etudiante brillante, elle s’est spécialisée en linguistique et histoire, tout en se passionnant dès le lycée pour le militantisme syndical et politique.

Militante née, elle a connu sa première interpellation policière à l’âge de 17 ans. « Déjà, Simone sortait du lot, écrit Vincent Hugeux dans son livre-portrait des premières dames africaines (Reines d’Afrique, Perrin, 2014), en citant un ancien compagnon de lutte de son héroïne. Sûre d’elle, cassante. Trop intelligente pour une femme. »

Une intelligence exceptionnelle dont Simone Gbagbo a encore fait preuve récemment. Pas plus tard que le 23 février, pendant son audition publique au Palais de Justice d’Abidjan. Neuf heures durant, elle y a croisé le fer avec les avocats de la partie civile, a battu en brèche leurs logiques et démonté les témoignages à charge peu fiables présentés par l’accusation. Au dire des observateurs de la presse internationale, elle a dominé le débat, suscitant parfois l’hilarité générale aux dépens de ses adversaires.

Réduite au silence depuis son arrestation il y a quatre ans, l’ex-Première dame a aussi profité de cette tribune judiciaire pour se livrer à des diatribes enflammées contre la France, ancienne puissance coloniale, et le régime ivoirien actuel. Pour Me Rodrigue Djadje, la performance de sa cliente pendant son audition a montré que celle-ci se situait « à un niveau d’intelligence et de compréhension largement au-dessus de la moyenne ».

Simone Gbagbo est bien loin aussi des stéréotypes des Premières dames ordinaires. Ni une potiche, ni une écervelée, elle est de la trempe de sa modèle Jihane al-Sadate, l’épouse de l’ancien président égyptien Anouar el-Sadate. C’est une vraie femme politique, au passé militant, qui fut emprisonnée et torturée. « Ma position actuelle, aimait-elle à rappeler pendant la présidence de Laurent Gbagbo, je la dois à ma trajectoire, pas au poste de mon mari. »

Crime et châtiments

Simone et Laurent Gbagbo se sont mariés en secondes noces en 1989. Le couple se connaissait depuis le début des années 1980, lorsqu’ils ont fondé ensemble l’embryon de ce qui deviendra sept ans plus tard le Front populaire ivoirien (FPI), l’instrument de leur conquête du pouvoir. Simone Gbagbo a soutenu son mari dans son accession à la présidence en 2000. Véritable éminence grise de Laurent Gbagbo, elle a profondément influencé son action à la tête de l’Etat ivoirien, notamment dans les 5 mois qui ont précédé sa chute.

Malgré les brimades et les exactions qu’elle eut elle-même à subir en tant qu’opposante dans les années 1970-1990, Simone Gbagbo s’est révélée être une « présidente » à poigne. Ses adversaires l'ont accusé notamment d’être liée à des « escadrons de la mort ». Ces derniers seraient responsables de nombreux crimes non élucidés des années Gbagbo perpétrés contre des partisans d’Alassane Ouattara, mais aussi contre le journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer, disparu en 2004 en plein Abidjan. Autant d'accusations que le camp Gbagbo a toujours nié, renvoyant la responsabilité sur les ex-rebelles ivoiriens.

Beaucoup d’Ivoiriens avaient espéré que le procès-fleuve d’Abidjan permettrait de résoudre ces énigmes qui continuent d’envenimer la vie publique ivoirienne, quatre ans après l’arrestation du couple Gbagbo. Il n’en a rien été.

Loin d’éclairer le passé, la sentence spectaculaire infligée à l’ex-première dame a dû sonner aux oreilles de la société civile de la Côte d’Ivoire comme un aveu cinglant de l’incapacité de sa classe politique à conduire le pays vers l’indispensable réconciliation nationale.

Mali: la concertation de Kidal s'ouvre dans un climat électrique

La concertation voulue par la Coordination des mouvements de l'Azawad (CMA) s'ouvre sous très forte pression à Kidal. Le 1er mars dernier à Alger, les mouvements favorables à un statut particulier pour le nord du Mali ont souhaité se concerter avec leur base avant de signer le projet d'accord de paix déjà paraphé par le gouvernement malien et des groupes pro-Mali du nord. La réunion est finalement repoussée à jeudi matin compte tenu de la l'ambiance sur place.

Les échos qui parviennent de Kidal depuis ce mercredi matin parlent d'ambiance électrique, de « pression totale ». La petite ville est noire de monde. Les populations civiles, venues des alentours ou de plus loin par les pistes, sont remontées à bloc : pas question de signer le document d'Alger selon elles. Cet accord est « notre arrêt de mort », « on ne va pas céder, on ne va pas reculer », entend-on chez les manifestants, au point que les chefs politiques et militaires ont décidé de reporter à demain jeudi la grande réunion commune.

D'ici là, les responsables se retrouvent en petits comités toute la journée, en conclave avec la jeunesse, les femmes, les combattants... Une réunion avait lieu ce mercredi midi, et d'autres étaient prévus dans l'après-midi. L'objectif de la CMA est de lire et d'expliquer le document d'Alger à tous les délégués de la jeunesse, des chefs de faction et de tribu, ainsi qu'à ceux des réfugiés.

De l'avis de témoins sur place, il sera bien difficile de faire évoluer les positions. Ce représentant du camp de Djibo, Sidi ag Baye, explique depuis Kidal qu'on « ne peut pas nous imposer ce que l'on ne voulait pas ». « On veut une paix qui tienne compte de notre spécificité, on veut une paix qui tienne compte du développement de notre territoire, on veut une paix qui, même si elle reconnait l'intégrité territoriale du Mali, reconnaisse au moins notre identité chez nous. Je vous le dis très clairement, ce n'est pas une paix », assure Sidi ag Baye.

L'embarras des chefs de la CMA semble réel. Ces derniers sont conscients de se trouver pris en tenaille entre la communauté internationale, qui attend des mouvements, qu'ils signent ce document, et une population remontée à bloc contre le projet d'accord d'Alger.

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