Afrique

Attentat de Tunis: les premières pistes

Après l’attaque du Bardo, les regards se portent vers deux organisations : la brigade tunisienne d’al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), baptisée Okba ibn Nafa, et des Tunisiens du groupe Etat islamique, qu’ils viennent de Syrie, d’Irak, de Libye, ou qu’ils soient de simples sympathisants restés en Tunisie.

La piste jihadiste ne fait guère de doute, la question étant plutôt de savoir quelle fraction des jihadistes tunisiens a pu mener cette opération. Il y a deux pistes et la première est celle de la branche tunisienne d’Aqmi. Opérant depuis 2012, la brigade Okba Ibn Nafaa, compte une soixantaine de combattants, et des cellules dans toute la Tunisie, y compris en zone urbaine. Ce maquis met en déroute les autorités avec des accrochages presque tous les mois, souvent meurtriers pour les forces de sécurité tunisiennes.

Jusqu'à présent, cette phalange tunisienne d’Aqmi, très active sur le mont Chaambi, à la frontière algérienne, s’était concentrée sur des attaques contre des cibles sécuritaires mas jamais civiles ou touristiques.

L'autre piste, c'est celle de l'organisation Etat islamique qui elle, en revanche, n’hésite pas à frapper des civils, et surtout des Occidentaux.

Ressortissants tunisiens nombreux en Syrie et en Libye

Le groupe Etat islamique n’a pas encore de branche tunisienne, mais les Tunisiens sont les ressortissants étrangers les plus nombreux en Syrie et en Irak avec 3000 jihadistes pour 11 milllions d’habitants, et sans doute aussi des centaines en Libye.

D’ailleurs le week-end dernier en Libye un des émirs tunisiens de l’organisation Etat islamique, à Syrte, en Libye, était tué dans des combats. Ahmed Roussi était considéré en Tunisie comme le cerveau des deux assassinats politiques en 2013 de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi.

Déstabiliser le processus démocratique

Selon des publications jihadistes publiées mercredi soir sur internet les deux jeunes terroristes tunisiens visaient initialement le Parlement qui votait au même moment une loi anti-terroriste mais ils en auraient été repoussés par sa garde.

Ils se sont alors rabattus sur le musée du Bardo dont le bâtiment est dans la même enceinte. Sur les réseaux sociaux les jihadistes se félicitaient de cette attaque meurtrière et de ses conséquences, la chute de la bourse de Tunis notamment, car pour eux l’objectif est de faire dérailler le processus démocratique en Tunisie.

Cette attaque est un défi majeur pour le gouvernement actuel qui a fait toute sa campagne sur le retour de la sécurité, la fermeté vis-à-vis des jihadistes. Cette attaque est un défi pour le gouvernement formé par le parti Nidaa Tounes d'autant qu'il y a tout lieu de penser que des attaques de ce type pourront se reproduire car la Tunisie est le pays sans doute le plus menacé par le jihad en Syrie étant donné le nombre de ressortissants tunisiens qui combattent au Moyen-Orient dans les rangs du jihad.

La menace terroriste a été minimisée

Pour le chercheur Mehdi Taje, directeur de Global Prospect Intelligent, société de conseil, la menace terroriste en Tunisie a été sous-évaluée, voire occultée. « D’où vient cette menace, quelle est sa nature ? D’où vient-elle d’abord ? s'interroge le chercheur joint par RFI. Forcément, il y a un terreau local, ça c’est indéniable. D’où provient-il ? Au minimum d’un laxisme, voir de la complicité d’un gouvernement de la troïka qui pendant trois ans n’a rien fait de concret pour lutter contre le terrorisme, voir nier cette menace terroriste. Le groupe Ansar al-Charia n'a été classifié organisation terroriste qu’en août 2013. Pendant deux ans, il organisait des meetings, alors qu’il y avait eu l’attaque menée contre l’ambassade des Etats-Unis, alors qu’il y avait eu des assassinats politiques, etc... »

Pour Mehdi Taje, l'attitude des pouvoirs publics était complaisante voire complice. « Là, nous rentrons dans l’analyse sociologique et politique de la nature des Frères musulmans. Je constate simplement que le pouvoir sous la troïka, a permis l’enracinement de la menace terroriste en Tunisie, qui est un constat irréfutable. Des députés, alors que des soldats étaient tués, parlaient de jeunes faisant du sport au mont Châambi. La menace terroriste était minimisée, était occultée. »

Nord du Mali: médiation de la dernière chance à Kidal

Plusieurs représentants de la médiation internationale sont attendus ce mardi 17 mars à Kidal. À l'invitation de la Coordination des mouvements de l'Azawad, ils passeront quelques heures dans cette ville du nord du pays. Objectif : écouter et convaincre, si c'est encore possible, ceux qui n'acceptent pas de parapher l'accord déjà paraphé à Alger le 1er mars par les autres parties au conflit. En l'état, les groupes rebelles du nord ont refusé le projet d'accord de paix qui leur a été proposé, tout en réaffirmant leur attachement au processus de paix.

Au début du mois, le gouvernement malien et les groupes armés qui le soutiennent avaient validé le texte proposé par la médiation internationale. Les groupes rebelles, eux, avaient demandé du temps pour consulter leur base, qui a alors très clairement signifié son opposition à la paraphe lors d'échanges organisés sur le terrain à Kidal.

Une déclaration d'une page a donc été diffusée ce lundi soir, signée par Bilal Ag Acherif, secrétaire général du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA, membre de la Coordination des mouvements de l'Azawad ou CMA). On peut y lire que la CMA remercie le gouvernement malien pour sa disponibilité dans la recherche d'une solution négociée, mais interpelle la communauté internationale pour reprendre la discussion.

Moussa Ag Acharatoumane, chargé de communication au sein du MNLA, explique à RFI : « Aujourd'hui, le document ne prend pas en compte beaucoup de réalités, beaucoup d'aspirations. Et de ce faits, nous souhaitons que les discussions puissent continuer sur ce document-là, qui peut servir de base de discussion. Mais en l'état actuel des choses, nous ne pensons pas que nous serons en mesure de le parapher tel qu'il est présenté là tout de suite. »

La porte ouverte aux médiateurs

Après plusieurs jours de réunion, marqués par de nombreuses manifestations dans leur fief de Kidal, les groupes rebelles pouvaient de fait difficilement valider le texte sans donner aux populations l'impression d'avoir été dupées, voire trahies. En cause : l'absence, dans le projet d'accord, de statut politique spécifique pour les régions du nord du pays, que les rebelles nomment Azawad.

Mais le voyage de la médiation est maintenu. Car ce « non », qui n’en est pas encore vraiment un, laisse la porte ouverte à la visite des médiateurs. C'est d’ailleurs sur la base d'une invitation datée du 11 mars et signée Bilal Ag Acherif, que ceux-ci se rendront à Kidal ce mardi.

« Nous partons à Kidal sur la base d’une invitation écrite, confirme ainsi Pierre Buyoya, Haut Représentant et chef de la Mission de l'Union africaine pour le Mali et le Sahel (Misahel), pour les aider à parler à leurs gens. Pour expliquer (...) l’intérêt que l'accord a pour les populations du nord. C’est une mission pour assister les dirigeants de la Coordination dans le travail qu’ils sont en train de faire. »

Déjà prévu samedi, le voyage avait finalement été repoussé, le temps d'organiser la sécurité des diplomates. Plusieurs ambassadeurs sont annoncés, dont le patron de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Misnusma), mais aussi des représentants de l’Union européenne ou de la France.

Un message clair à ceux qui refusent de signer

L'esprit est donc d'écouter les demandes et les propositions des leaders qui ont consulté leur base ces derniers jours, mais aussi de tout faire pour convaincre les opposants au texte. En allant à Kidal, la médiation entend montrer à ceux qui en doutent qu'elle sera garante de l'application de l'accord. Elle passera aussi un message clair à ceux qui refusent de signer.

« Ils seront considérés comme des obstacles au processus de paix et pourraient faire l'objet de sanctions individuelles », avertit un médiateur. « Ils n'ont pas intérêt à discuter plus longtemps, ajoute un autre membre de la délégation attendue à Kidal, car ils n'obtiendront jamais un meilleur accord. »

La médiation l'a plusieurs fois répété ces derniers jours : le fait de remettre en cause le processus de négociation n'est, à ce stade, plus vraiment possible. D’ailleurs, comme le rappelle Pierre Buyoya, en évoquant les objectifs de la médiation, « nous espérons que cela va les aider dans leur prise de décision [qui] leur appartient entièrement […] Mais notre mission essentielle, c’est de les encourager à prendre la bonne décision, celle de signer l’accord. »

RDC: réactions après l’arrestation de plusieurs activistes africains

En République démocratique du Congo, l’arrestation dimanche 15 mars de militants pro-démocratie continue de faire réagir. Venus du Sénégal et du Burkina, à l'invitation de la société civile congolaise, les leaders des mouvements Balai citoyen et Y’en a marre sont accusés par les autorités de vouloir déstabiliser le pays.

Dimanche soir, à l’issue d’une conférence de presse, des militants pro-démocratie ainsi que plusieurs personnes présentes dans la salle ont été interpellés dans le quartier de Masina, banlieue de Kinshasa. Avec eux, un diplomate américain, qui travaille sur les questions de démocratie à l'USAID, ainsi que des journalistes des médias, BBC, AFP et RTBF ont aussi été arrêtés.

Le ministre Lambert Mende explique ces arrestations en évoquant des problèmes liés aux conditions de leurs entrées sur le territoire : « La police estime avoir des raisons de croire qu’il y a une manœuvre de déstabilisation et d’atteinte à la sûreté de l’Etat derrière cette activité de personnes qui se réclament de Y'en a marre et du Balai du Burkina Faso, dans la mesure où le voyage a été entaché de pas mal d’irrégularités, d’une sorte de manipulation même de nos services d’immigration. Donc, ils ont été plus ou moins sous surveillance et on est tombé sur des choses que la police se réserve de mettre à la disposition de la justice ».

Le porte-parole du gouvernement évoque sans donner de détails des méthodes d'insurrection transmises par les Burkinabè et les Sénégalais aux jeunes Congolais : « D’organiser des bandes de jeunes pour leur demander de faire mieux que le 19 et 21 janvier où nous avons perdu 27 personnes, comme si c’était quelque chose dont il faut se vanter, de faire comme au Burkina. Nous n’avons pas l’intention de voir notre palais du Peuple être incendié. Au Burkina, que les Burkinabè s’expriment. Ils sont Sénégalais, c’est bien qu’ils s’expriment au Sénégal. Mais venir faire de la politique en RDC, ça vraiment c’est interdit par notre législation et nous ne pouvons pas accepter qu’ils viennent intoxiquer nos jeunes », estime Lambert Mende.

Les organisateurs démentent formellement ces allégations et affirment avoir insisté sur le fait que la violence n'était pas une solution, y compris lors de leur prise de parole au cours de la conférence de presse, juste avant leur arrestation. Aujourd'hui, ils s'inquiètent pour leurs collègues congolais ou étrangers détenus. Ils assurent ne pas savoir où ils se trouvent et qu'aucun n'aurait eu jusqu'ici accès à un avocat.

Plus de mobilisation si pas de libération

Au Sénégal, comme au Burkina, on se dit choqué par l'attitude du gouvernement congolais envers des personnalités invitées dans leurs pays et on appelle à leur libération immédiate. « Plus longtemps ils retiendront nos camarades, plus il y aura d’actions allant dans le sens de leur libération, mais surtout aussi allant dans le sens de la dénonciation de cette mafia politique qui a pour but simplement de préserver des intérêts individuels », promet le Burkinabè Smockey, l'un des fondateurs du Balai citoyen.

Choquée également, l'organisation de jeunes activistes de Goma, la Lucha, après l'arrestation de l'une des figures de leur mouvement Fred Ba-uma. Ces jeunes Congolais assurent n'avoir plus peur de la prison et qu'ils continueront malgré tout à œuvrer pour la démocratie. Eux aussi promettent de se mobiliser si tous les activistes ne sont pas libérés.

Seule réaction au sein de la communauté internationale jusqu'à présent, celle de l'ambassade des Etats-Unis. Elle confirme l'arrestation puis la libération du responsable du programme sur la démocratie de la coopération américain USAID au Congo. « Ces groupes de jeunes bien connus, non partisans, de même que les organisateurs congolais, visaient à promouvoir la participation des jeunes congolais au processus électoral », peut-on ainsi lire sur la page Facebook de l'ambassade. Les Etats-Unis déclarent même avoir financé ces rencontres entre jeunes activistes congolais et africains et rappellent que les autorités étaient invitées à y participer.

RDC: arrestation des leaders de Y’en a marre et du Balai citoyen

En RDC, les leaders des mouvements burkinabè Balai citoyen et sénégalais Y’en a marre ont été arrêtés ce dimanche après-midi dans la périphérie de Kinshasa. Ils participaient à un atelier organisé par le mouvement citoyen congolais Filimbi. La présence de ces deux leaders ne serait pas du goût des autorités congolaises.

C’est à l’issue d’une conférence de presse que le Sénégalais Fabel Barro de Y’en a marre et le Burkinabè Oscibi Johann du Balai citoyen ont été interpellés au siège de l’ONG Ba jeune Maboko Na Maboko Pona Congo (Main dans la main pour le Congo) dans le quartier populaire de Masina. Avec eux, quelques journalistes et plusieurs autres jeunes du quartier qui attendaient un concert que devait organiser l’ONG Filimbi.

Des éléments de la police, des militaires et d’autres agents en civil les ont amenés à bord de trois pick-up. Selon nos sources, toutes les personnes interpellées ont été conduites à l’ANR, l’Agence nationale des renseignements. Les animateurs de Y’en a marre et du Balai citoyen risquent une expulsion du territoire congolais.

Ils sont arrivés à Kinshasa il y a quelques jours pour participer à des ateliers organisés par l’ONG Filimbi. Un échange d’expériences qui aurait été mal apprécié par les autorités congolaises.

Y’en a marre a contribué à mettre fin aux ambitions d’Abdoulaye Wade qui briguait un troisième mandat présidentiel au Sénégal. Au Burkina, le Balai citoyen a été au centre des événements qui ont conduit à la chute de Blaise Compaoré.

Le rappeur sénégalais Simon, membre actif des Y'en a marre revient sur les ambitions de mouvement citoyen :

On veut faire un nouveau type d'Africain, c'est-à-dire qui est au courant de la Constitution, qui est au courant des lois de son pays, qui s'implique dans le changement de son pays en changement son environnement. C'est un mouvement citoyen, un mouvement pacifique.
SimonRappeur et membre du collectif Y'en a marre

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