Afrique

A bord de l'Aquarius, des migrants éprouvés en route vers l'Espagne [témoignage]

Les 629 migrants sauvés en mer par l'Aquarius le week-end dernier seront accueillis à Valence en Espagne. C'est là que le bateau des organisations MSF et SOS Méditerranée accostera en fin de semaine, tout comme les deux navires italiens qui ont pris à bord une partie des passagers. RFI a joint dans la nuit l'équipe de SOS Méditerranée qui nous a raconté ce difficile voyage vers l'Espagne pour des migrants déjà éprouvés par des jours de mer dans des conditions extrêmement précaires.

C’est une traversée extrêmement longue et très éprouvante pour les 630 rescapés qui ont déjà « passé entre 12 et 18 heures en mer sur des canaux surchargés pour fuir l’enfer libyen», nous raconte Julie Mélichar de SOS Méditerranée.

« Ils ont vécu pour certains l’incertitude d’un transfert, après avoir été secourus par les garde-côtes italiens. Et pour d’autres, l’horreur lorsque l’un des canaux s’est brisé en deux en pleine mer et de nuit.

Sauter à l'eau plutôt que de retourner en Libye

Et avec le refus des autorités italiennes de laisser l’Aquarius débarquer les rescapés en Sicile, les 630 personnes ont passé 72 heures entassées sur le pont de l’Aquarius, exposées aux éléments sous un soleil de plomb et surtout dans l’incertitude de ce qui allait leur arriver. Certains ont menacé de sauter à l’eau s’ils devaient être renvoyés en Libye ».

«Valence est une ville solidaire»: écoutez le témoignage de Joan Ribo, maire de la ville
14-06-2018 - Par Juliette Gheerbrant
00:00 00:54

Que ce soit l'Italie ou l'Espagne, tout ce que demandent les rescapés, c'est d'échapper au plus vite à « l'enfer d'où ils viennent», poursuit Julie Mélichar. «Aujourd’hui, je parlais avec un homme qui m’a raconté sa tristesse d’apprendre que l’Italie fermait ses portes à l’Aquarius, mais qui m’a aussi fait part de son grand soulagement au moment où il a appris que, oui, il allait pouvoir venir en Europe et débarquer en Espagne, tout en restant inquiet de ce qui l’attendait encore pendant ce long trajet pour arriver à Valence.

Maintenant, l'important, pour ces rescapés, « c’est de trouver un endroit sûr où se remettre des horreurs qu’ils ont vécues ».

Quand le mal de mer s'en mêle

Ecoutez le témoignage de Julie Mélichar de SOS Méditerranée, jointe à bord de l'Aquarius
14-06-2018 - Par Benoît De Solminihac
00:00 01:04

« Après deux jours d’arrêt complet entre Malte et la Sicile, demandés par les autorités italiennes, l’Aquarius a repris sa navigation (mardi) soir, cette fois en direction de Valence. Ce sont quatre jours de navigation supplémentaires qui attendent les rescapés.

Nous n’avons pas suffisamment de vivres pour effectuer la traversée jusqu’en Espagne, mais les autorités italiennes en sont informées. Un premier réapprovisionnement a été effectué aujourd’hui (mercredi) et nous espérons que d’autres suivront bientôt.

Comme prévu, le temps est en train de se détériorer et complique encore la traversée. Nous attendons des vagues jusqu’à 4 mètres de haut et un vent jusqu’à 35 nœuds [près de 65 km/h NDLR]. Ce soir, beaucoup de rescapés ont commencé à avoir le mal de mer et ont dû recevoir un traitement médical pour y remédier.

« des souffrances supplémentaires et inutiles »

Nous avons tendu des cordes sur le pont pour permettre aux gens de se déplacer sans tomber et sans perdre l’équilibre. Nous avons dû faire rentrer tous les hommes qui dormaient sur le pont dans l’abri qui est normalement réservé aux femmes et aux enfants, car ils devenaient trop malades. Et on voit ainsi que ce sont des souffrances supplémentaires et inutiles qui leur sont infligées avec cette longue traversée vers l’Espagne».

 
Distribution de vêtements secs et chauds à bord de l'Aquarius qui a recueilli plus de 600 migrants qu'il emmène à Valence en Esapgne, le 13 juin 2018.
 
 
©Karpov / SOS Mediterranee/handout via REUTERS
Acquittement de Jean-Pierre Bemba : les victimes centrafricaines entre colère et incompréhension

L'ancien Premier ministre d'Ibrahim Boubacar Keïta fait partie de ses challengers déclarés à la présidentielle du 29 juillet. Membre de la « Convention des bâtisseurs », une coalition d'opposants, il se dit aujourd'hui prêt à se ranger derrière un autre candidat pour assurer une qualification au second tour.

Il est présenté comme un des plus sérieux prétendants à la succession d’IBK. Après une première candidature en 2013, où il avait récolté 1,5 % des voix, Moussa Mara, ex-Premier ministre du président sortant d’avril 2014 à janvier 2015, a annoncé son intention de se présenter à l’élection présidentielle du 29 juillet.
À moins que l’ambitieux expert-comptable de 43 ans ne s’efface au profit d’un autre candidat de la « Convention des bâtisseurs », la coalition d’opposition dont il fait partie. Dans l’entretien accordé à Jeune Afrique dans son bureau de Bamako, il lance notamment un appel à Cheick Modibo Diarra, l’ancien Premier ministre de la transition, dont il se dit proche.

Jeune Afrique : C’est la deuxième fois que vous vous présentez à l’élection présidentielle. Qu’avez-vous de plus à proposer aux Maliens qu’en 2013 ?

Moussa Mara : Il y a cinq ans, il s’agissait d’une candidature de témoignage et de découverte. Nous savions que nous partions de très loin pour prétendre gagner. En 2013, j’avais présenté une candidature unique, pour découvrir le pays, présenter mes idées aux Maliens, me distinguer, me faire connaître et prendre date pour le futur.

Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. J’ai été ministre puis Premier ministre. Nous avons aussi obtenu des députés à l’Assemblée nationale, ce qui nous a permis d’implanter davantage notre parti Yelema (le changement, en bambara) et de nous préparer pour 2018. Cette fois, nous nous présentons pour gagner, seul ou en groupe.Comme Ghislain Bertrand Bouanga, des victimes ont laissé éclater leur colère quelques heures après l’annonce de la libération provisoire de Jean-Pierre Bemba, acquitté vendredi 8 juin par la Cour pénale internationale (CPI), à la surprise générale, de « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité ».
Des exactions « impunies »

Entre octobre 2002 et mars 2003, appelés à la rescousse par le président centrafricain Ange-Félix Patassé pour contrecarrer la tentative de coup d’État lancée par le général (et futur président) François Bozizé, les miliciens « banyamulenge » du MLC de Jean-Pierre Bemba se sont livrés, sans retenue et pendant plus d’un mois, à de terribles sévices dans la capitale centrafricaine.

    Nous allons nous adresser au gouvernement pour sortir immédiatement de la CPI. La Centrafrique n’est plus dupe !

Des exactions restées « impunies », selon Bernadette Sayo, fondatrice de l’Organisation pour la compassion et le développement des familles en détresse (Ocodefad, ONG créée en 2004 en soutien aux victimes des « Banyamulenge »).

« Dépenser des dizaines et des dizaines de millions de dollars de fonctionnement de cette CPI pour en arriver à ce résultat, alors que ça ne change rien au sort des victimes… », rage-t-elle, avant d’ajouter : « Nous allons nous adresser au gouvernement pour sortir immédiatement de la CPI. La Centrafrique n’est plus dupe ! »
« La CPI ne vaut rien ! »

« La CPI ne vaut rien ! », abonde Ghislain. Lui craint que cette décision ne favorise l’impunité des chefs de guerre du pays, dont l’État ne contrôle qu’une mineure partie du territoire et où les groupes armés se battent pour le contrôle des ressources et de l’influence locale.

« Nous croyons que [la CPI] est en train d’encourager les criminels, les grands criminels tel qu’Ali Darassa [chef du groupe armé Union pour la paix en Centrafrique], Noureddine Adam [chef du groupe armé Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique] et les « comzones ». Ils tuent, ils pillent, ils violent, ils font tout dans le pays et par la suite on va dire qu’ils ne sont pas coupables ! », s’énerve-t-il.

    Ils ont violé ma fille et m’ont violée

Dans la mémoire de nombreux habitants de Bangui, l’intervention des combattants du Mouvement de libération du Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba – qui deviendra en 2003 vice-président de la RDC puis sera battu à l’élection présidentielle de 2006 par Joseph Kabila – a laissé des traces indélébiles.

« Quand les Banyamunlenge sont arrivés chez nous, près de la concession de l’école Begoua, ils ont violé ma fille. J’ai commencé a pleurer, et d’autres sont arrivés et m’ont violée. Quand mon mari s’est interposé, ils l’ont tué », raconte d’une voix tremblante Marie (le prénom a été changé) en se grattant compulsivement le bras. Cela faisait des années qu’elle n’avait plus parlé de son calvaire.

Aujourd’hui, elle veut oublier, et ne nourrit aucune colère contre la décision de la CPI. Pour elle et d’autres victimes, Jean-Pierre Bemba n’est pas responsable, puisqu’il n’était pas là au moment des faits.
Dédomagements

« C’est la faute du commandant des « Banyamulenge » à Bangui et non de Bemba. Bemba n’est jamais venu sur le terrain. C’est la personne sur le terrain qui devait surveiller ses éléments », explique Joséphine (le prénom a été changé), une autre femme violée par les combattant du Mouvement de libération du Congo (MLC).

Nelly (le prénom a été changé), également victime d’un viol, partage cet avis, mais souhaiterait être dédommagée. « Si Jean-Pierre Bemba est conscient de ce qui nous est arrivé, il n’a qu’à nous dédommager des viols et des pillages ».

À Bangui, l'acquittement et la mise en liberté provisoire mardi 12 juin du Congolais Jean-Pierre Bemba a suscité l’incompréhension des victimes centrafricaines des razzias commises par les miliciens de l'ancien vice-président congolais.

Seize ans après les faits, les souvenirs sont encore à vif. « Ils ont attrapé deux de mes sœurs et les ont tuées », se rappelle depuis Bangui Ghislain Bertrand Bouanga. « Ils ont tué ma mère aussi et ils ont pris tout ce qui était dans la maison. Ils ont ligoté ma sœur cadette, l’ont fouettée et l’ont violée. Depuis, elle est handicapée, ses bras ne marchent plus car ils ont serré les liens trop fort. Elle a passé une année à l’hôpital, en traumatologie. Elle saignait à cause du viol », témoigne-t-il.

Par Jeune Afrique avec AFP

Présidentielle au Mali – Moussa Mara : « Je suis prêt à m’effacer et à soutenir un autre candidat »

L'ancien Premier ministre d'Ibrahim Boubacar Keïta fait partie de ses challengers déclarés à la présidentielle du 29 juillet. Membre de la « Convention des bâtisseurs », une coalition d'opposants, il se dit aujourd'hui prêt à se ranger derrière un autre candidat pour assurer une qualification au second tour.

Il est présenté comme un des plus sérieux prétendants à la succession d’IBK. Après une première candidature en 2013, où il avait récolté 1,5 % des voix, Moussa Mara, ex-Premier ministre du président sortant d’avril 2014 à janvier 2015, a annoncé son intention de se présenter à l’élection présidentielle du 29 juillet.
À moins que l’ambitieux expert-comptable de 43 ans ne s’efface au profit d’un autre candidat de la « Convention des bâtisseurs », la coalition d’opposition dont il fait partie. Dans l’entretien accordé à Jeune Afrique dans son bureau de Bamako, il lance notamment un appel à Cheick Modibo Diarra, l’ancien Premier ministre de la transition, dont il se dit proche.

Jeune Afrique : C’est la deuxième fois que vous vous présentez à l’élection présidentielle. Qu’avez-vous de plus à proposer aux Maliens qu’en 2013 ?

Moussa Mara : Il y a cinq ans, il s’agissait d’une candidature de témoignage et de découverte. Nous savions que nous partions de très loin pour prétendre gagner. En 2013, j’avais présenté une candidature unique, pour découvrir le pays, présenter mes idées aux Maliens, me distinguer, me faire connaître et prendre date pour le futur.

Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. J’ai été ministre puis Premier ministre. Nous avons aussi obtenu des députés à l’Assemblée nationale, ce qui nous a permis d’implanter davantage notre parti Yelema (le changement, en bambara) et de nous préparer pour 2018. Cette fois, nous nous présentons pour gagner, seul ou en groupe.

Jeune Afrique

Liberté provisoire pour Bemba: à Kinshasa, le MLC fête la décision de la CPI

Scènes de liesses mardi 12 juin en fin d'après-midi au siège national du MLC, le parti de Jean-Pierre Bemba, dans le centre-ville de Kinshasa. Certains cadres ont attendu toute la journée l'annonce de la libération provisoire de leur leader, d'autres ont afflué lorsque la nouvelle s'est répandue. Ils étaient moins nombreux que vendredi dernier. Mais la joie était toujours là.

Un cadre du MLC quitte le siège du parti en fanfare. Devant son véhicule, deux hommes sautent dans les bras l'un de l'autre. « La joie, la joie ! Le leader congolais est libre. Enfin libre, Jean-Pierre Bemba ! », s’exclame Desiré Mbonzi wa Mbonzi, l'un des porte-parole du parti.

« Vers 16h30-45, c’était l’euphorie ici, poursuit-il. Il y a eu un chahut terrible. Les gens jubilaient. On a crié, on a sauté. On a même bu à l’occasion dans nos bureaux. Ma batterie est déchargée, à force d’avoir reçu des appels. Jean-Pierre Bemba incarne réellement le développement de ce pays. La démocratie et la liberté. C’est formidable. »

De la joie mais des regrets aussi. Dix ans de prison c'est long, soulignent plusieurs militants. Leur souhait désormais que Jean-Pierre Bemba puisse rentrer au Congo pour rejoindre sa famille d'abord puis faire son retour dans l'arène politique en vue de la présidentielle.

« C’est l’espoir de tout un peuple. Le pays est à la dérive. Là il est libre provisoirement. Le 4 juillet, il sera acquitté, c’est ma ferme conviction. Et je peux confirmer que nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour qu’il soit présent avec nous le 12 juillet au congrès. »

Pas de rassemblement dans les rues en revanche ce mardi soir. Les militants ont reçu pour consigne de fêter discrètement cette libération. « Nous sommes dans un régime où il y a des intimidations par-ci par-là, souligne José Ngoto Wenengue, l'un des fondateurs du parti. Les consignes que nous avons reçu, c’est que chacun se protège aussi. Puisque de l’autre côté, du pouvoir, ils ne se réjouissent pas. »

Une messe en l'honneur de Jean-Pierre Bemba est tout de même prévue dans la capitale congolaise ce mercredi après-midi.

Reportage au siège du MLC à Kinshasa

RFI

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