Afrique

Tunisie: le groupe Etat islamique revendique l'attaque du musée du Bardo

Le groupe Etat islamique a revendiqué ce jeudi 19 mars dans un message audio l'attentat perpétré mercredi contre le musée du Bardo à Tunis, qui a coûté la vie à 20 touristes étrangers et à un Tunisien. C'est la première fois que l'organisation terroriste revendique une attaque en Tunisie.

Le groupe jihadiste, qui sévit en Syrie, en Irak et en Libye, a menacé la Tunisie dans son message d'autres attaques, affirmant qu'il ne s'agissait que « du début ».

Qualifiant l'attentat contre le musée d'« attaque bénie contre l'un des foyers des infidèles en Tunisie musulmane », la voix lisant le communiqué audio affirme que l'opération sanglante a été menée par « deux chevaliers du califat, Abou Zakaria al-Tounsi et Abou Anas al-Tounsi ».

Ils étaient « munis d'armes automatiques et de bombes » et sont « parvenus à assiéger un groupe de ressortissants des pays croisés semant la terreur dans le coeur des infidèles ». « (...) Ce que vous avez vu, ce n'est que le début. Vous n'allez jouir ni de sécurité ni de paix », poursuit l'enregistrement.

Selon le dernier bilan officiel, 20 étrangers de nationalités différentes -française, espagnole, japonaise, colombienne, belge, britannique, polonaise, etc...- ont été tués, outre le Tunisien. Une bonne partie des victimes étaient des croisiéristes descendus de leur paquebot en escale pour découvrir la capitale tunisienne. La présidence tunisienne a annoncé que deux assaillants avaient été tués après l'attaque et neuf suspects arrêtés.

Tunisie: neuf interpellations après l’attentat du musée du Bardo

La Tunisie reste sous le choc au lendemain de l’attentat qui a frappé le cœur de la capitale, Tunis. C’est le musée du Bardo qui a été la cible d’un attentat particulièrement meurtrier, un musée situé à proximité du Parlement. Le bilan est très lourd avec plus d’une vingtaine de morts, essentiellement des touristes. L’enquête a été ouverte et neuf suspects ont été interpellés, ce jeudi, selon la présidence. Des personnes qui auraient été en contact avec les deux assaillants.

Le scénario de la prise d’otages et la fusillade de mercredi à Tunis est de plus en plus clair. De sources sécuritaires tunisiennes, on sait désormais que deux jeunes âgés d’une vingtaine d’années sont entrés dans l’enceinte du musée du Bardo et ont ouvert le feu immédiatement sur sept bus de touristes qui se trouvaient là. Certains touristes, selon ce qu’ont raconté des témoins oculaires ce jeudi matin à RFI, ont été achevés à bout portant.

Ensuite, ces deux jeunes Tunisiens, l’un originaire de Kasserine, l’autre originaire d’un quartier de Tunis, non loin du Bardo, sont entrés à l’intérieur du musée avec des otages et c’est là qu’ils ont finalement été tués par les forces de sécurité tunisienne. On ne sait pas pour le moment si ces jeunes appartenaient à la branche tunisienne d’Aqmi, la fameuse brigade Okba Ibn Nafaâ qui est active depuis décembre 2012 le long de la frontière algérienne, ou alors au groupe Etat islamique surtout actif en Syrie, en Irak ou en Libye.

La présidence a annoncé ce jeudi que neuf suspects avaient été interpellés en rapport avec l’attaque qui a visé le musée du Bardo. Ces personnes auraient eu des contacts avec les deux assaillants. Selon le communiqué de la présidence, « quatre éléments en relation directe avec l'opération (terroriste) et cinq autres soupçonnés d'être en relation avec cette cellule » ont été arrêtés.

Une attaque prévisible

Une pareille attaque en Tunisie était prévisible, car le pays est le plus important exportateur au monde de jihadistes à l’étranger. Près de 3 000 Tunisiens, selon les chiffres officiels, combattent actuellement en Syrie et en Irak. Au moins 500 sont rentrés, toujours selon les chiffres officiels, sur le territoire tunisien. Et puis, il y a aussi plusieurs centaines de Tunisiens qui combattent actuellement en Libye au sein de la branche libyenne de l’Etat islamique. Régulièrement, pour ne pas dire toutes les semaines, des vidéos émergent de ces jihadistes tunisiens sur Internet qui menacent d’attentats la Tunisie. Et puis il y a aussi cette situation sécuritaire très relative puisque chaque mois, des accrochages ont lieu entre des jihadistes et les forces armées tunisiennes, qui subissent de lourdes pertes depuis 2012.

Témoignages: le choc dans les rues de Tunis 19/03/2015 - par Camille Lafrance écouter

Ce drame aura en tous les cas des conséquences politiques dans le pays. Ce jeudi en fin de matinée, lors d’une conférence de presse dans l’enceinte du musée Bardo, plusieurs représentants de la société civile et des ministres ont notamment mis en garde sur un discours politique qui viserait à revenir à des tentations d’autrefois, de l’ancien régime, des tentations liberticides. « Après cet attentat, l’heure est au recueillement », disait un représentant de la société civile, ancien opposant au président Ben Ali déchu. Dans l’après-midi à 16h, un grand rassemblement à l’appel du syndicat UGTT et de plusieurs entités de la société civile, aura lieu dans le quartier même où s’est déroulé la fusillade.

Des centaines voire des milliers de personnes sont attendues sur les lieux. Les gens viennent avec un message, le même que lors des attentats en France : « Nous n’avons pas peur ». Ils envoient aussi un appel aux touristes pour qu’ils reviennent dans le pays. Il faut dire que c’est un secteur clé de l’économie tunisienne avec plus de 400 000 emplois concernés.

Des hôpitaux débordés

La plupart des blessés de l'attentat sont soignés à l'hôpital de la Rabta où les autorités sanitaires tentent de faire face, même si la situation est difficile. « On n’a pas vu un tel afflux de blessés depuis la révolution », selon un médecin de cet hôpital. Ce médecin raconte les nombreux blessés par balles et les opérations d’urgence qui se sont succédées ces dernières 24 heures. Plusieurs touristes, victimes de l’attaque, sont actuellement encore en réanimation et il est difficile de se prononcer sur leur pronostic vital.

D'autres victimes sont sous le choc. Pour celles qui s’en sont sorties avec des blessures légères, une cellule de crise a été mise en place à l’hôpital avec des psychiatres extérieurs qui interdisent désormais l’accès des journalistes à ces victimes. Mais des médecins expliquent que beaucoup des survivants de l’attaque avaient besoin de parler, de raconter leur traumatisme.

Certains ont été rejoints par leur famille venue en avion pour être à leur chevet. En tout, il y a encore une quarantaine de blessés dont au moins six graves. Les familles des victimes arrivent également au compte-gouttes dans les hôtels de la capitale. Très émus, déboussolés, ils ont les larmes aux yeux et sont directement pris en charge par l’Office national du tourisme.

Attentat de Tunis: les premières pistes

Après l’attaque du Bardo, les regards se portent vers deux organisations : la brigade tunisienne d’al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), baptisée Okba ibn Nafa, et des Tunisiens du groupe Etat islamique, qu’ils viennent de Syrie, d’Irak, de Libye, ou qu’ils soient de simples sympathisants restés en Tunisie.

La piste jihadiste ne fait guère de doute, la question étant plutôt de savoir quelle fraction des jihadistes tunisiens a pu mener cette opération. Il y a deux pistes et la première est celle de la branche tunisienne d’Aqmi. Opérant depuis 2012, la brigade Okba Ibn Nafaa, compte une soixantaine de combattants, et des cellules dans toute la Tunisie, y compris en zone urbaine. Ce maquis met en déroute les autorités avec des accrochages presque tous les mois, souvent meurtriers pour les forces de sécurité tunisiennes.

Jusqu'à présent, cette phalange tunisienne d’Aqmi, très active sur le mont Chaambi, à la frontière algérienne, s’était concentrée sur des attaques contre des cibles sécuritaires mas jamais civiles ou touristiques.

L'autre piste, c'est celle de l'organisation Etat islamique qui elle, en revanche, n’hésite pas à frapper des civils, et surtout des Occidentaux.

Ressortissants tunisiens nombreux en Syrie et en Libye

Le groupe Etat islamique n’a pas encore de branche tunisienne, mais les Tunisiens sont les ressortissants étrangers les plus nombreux en Syrie et en Irak avec 3000 jihadistes pour 11 milllions d’habitants, et sans doute aussi des centaines en Libye.

D’ailleurs le week-end dernier en Libye un des émirs tunisiens de l’organisation Etat islamique, à Syrte, en Libye, était tué dans des combats. Ahmed Roussi était considéré en Tunisie comme le cerveau des deux assassinats politiques en 2013 de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi.

Déstabiliser le processus démocratique

Selon des publications jihadistes publiées mercredi soir sur internet les deux jeunes terroristes tunisiens visaient initialement le Parlement qui votait au même moment une loi anti-terroriste mais ils en auraient été repoussés par sa garde.

Ils se sont alors rabattus sur le musée du Bardo dont le bâtiment est dans la même enceinte. Sur les réseaux sociaux les jihadistes se félicitaient de cette attaque meurtrière et de ses conséquences, la chute de la bourse de Tunis notamment, car pour eux l’objectif est de faire dérailler le processus démocratique en Tunisie.

Cette attaque est un défi majeur pour le gouvernement actuel qui a fait toute sa campagne sur le retour de la sécurité, la fermeté vis-à-vis des jihadistes. Cette attaque est un défi pour le gouvernement formé par le parti Nidaa Tounes d'autant qu'il y a tout lieu de penser que des attaques de ce type pourront se reproduire car la Tunisie est le pays sans doute le plus menacé par le jihad en Syrie étant donné le nombre de ressortissants tunisiens qui combattent au Moyen-Orient dans les rangs du jihad.

La menace terroriste a été minimisée

Pour le chercheur Mehdi Taje, directeur de Global Prospect Intelligent, société de conseil, la menace terroriste en Tunisie a été sous-évaluée, voire occultée. « D’où vient cette menace, quelle est sa nature ? D’où vient-elle d’abord ? s'interroge le chercheur joint par RFI. Forcément, il y a un terreau local, ça c’est indéniable. D’où provient-il ? Au minimum d’un laxisme, voir de la complicité d’un gouvernement de la troïka qui pendant trois ans n’a rien fait de concret pour lutter contre le terrorisme, voir nier cette menace terroriste. Le groupe Ansar al-Charia n'a été classifié organisation terroriste qu’en août 2013. Pendant deux ans, il organisait des meetings, alors qu’il y avait eu l’attaque menée contre l’ambassade des Etats-Unis, alors qu’il y avait eu des assassinats politiques, etc... »

Pour Mehdi Taje, l'attitude des pouvoirs publics était complaisante voire complice. « Là, nous rentrons dans l’analyse sociologique et politique de la nature des Frères musulmans. Je constate simplement que le pouvoir sous la troïka, a permis l’enracinement de la menace terroriste en Tunisie, qui est un constat irréfutable. Des députés, alors que des soldats étaient tués, parlaient de jeunes faisant du sport au mont Châambi. La menace terroriste était minimisée, était occultée. »

Nord du Mali: médiation de la dernière chance à Kidal

Plusieurs représentants de la médiation internationale sont attendus ce mardi 17 mars à Kidal. À l'invitation de la Coordination des mouvements de l'Azawad, ils passeront quelques heures dans cette ville du nord du pays. Objectif : écouter et convaincre, si c'est encore possible, ceux qui n'acceptent pas de parapher l'accord déjà paraphé à Alger le 1er mars par les autres parties au conflit. En l'état, les groupes rebelles du nord ont refusé le projet d'accord de paix qui leur a été proposé, tout en réaffirmant leur attachement au processus de paix.

Au début du mois, le gouvernement malien et les groupes armés qui le soutiennent avaient validé le texte proposé par la médiation internationale. Les groupes rebelles, eux, avaient demandé du temps pour consulter leur base, qui a alors très clairement signifié son opposition à la paraphe lors d'échanges organisés sur le terrain à Kidal.

Une déclaration d'une page a donc été diffusée ce lundi soir, signée par Bilal Ag Acherif, secrétaire général du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA, membre de la Coordination des mouvements de l'Azawad ou CMA). On peut y lire que la CMA remercie le gouvernement malien pour sa disponibilité dans la recherche d'une solution négociée, mais interpelle la communauté internationale pour reprendre la discussion.

Moussa Ag Acharatoumane, chargé de communication au sein du MNLA, explique à RFI : « Aujourd'hui, le document ne prend pas en compte beaucoup de réalités, beaucoup d'aspirations. Et de ce faits, nous souhaitons que les discussions puissent continuer sur ce document-là, qui peut servir de base de discussion. Mais en l'état actuel des choses, nous ne pensons pas que nous serons en mesure de le parapher tel qu'il est présenté là tout de suite. »

La porte ouverte aux médiateurs

Après plusieurs jours de réunion, marqués par de nombreuses manifestations dans leur fief de Kidal, les groupes rebelles pouvaient de fait difficilement valider le texte sans donner aux populations l'impression d'avoir été dupées, voire trahies. En cause : l'absence, dans le projet d'accord, de statut politique spécifique pour les régions du nord du pays, que les rebelles nomment Azawad.

Mais le voyage de la médiation est maintenu. Car ce « non », qui n’en est pas encore vraiment un, laisse la porte ouverte à la visite des médiateurs. C'est d’ailleurs sur la base d'une invitation datée du 11 mars et signée Bilal Ag Acherif, que ceux-ci se rendront à Kidal ce mardi.

« Nous partons à Kidal sur la base d’une invitation écrite, confirme ainsi Pierre Buyoya, Haut Représentant et chef de la Mission de l'Union africaine pour le Mali et le Sahel (Misahel), pour les aider à parler à leurs gens. Pour expliquer (...) l’intérêt que l'accord a pour les populations du nord. C’est une mission pour assister les dirigeants de la Coordination dans le travail qu’ils sont en train de faire. »

Déjà prévu samedi, le voyage avait finalement été repoussé, le temps d'organiser la sécurité des diplomates. Plusieurs ambassadeurs sont annoncés, dont le patron de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Misnusma), mais aussi des représentants de l’Union européenne ou de la France.

Un message clair à ceux qui refusent de signer

L'esprit est donc d'écouter les demandes et les propositions des leaders qui ont consulté leur base ces derniers jours, mais aussi de tout faire pour convaincre les opposants au texte. En allant à Kidal, la médiation entend montrer à ceux qui en doutent qu'elle sera garante de l'application de l'accord. Elle passera aussi un message clair à ceux qui refusent de signer.

« Ils seront considérés comme des obstacles au processus de paix et pourraient faire l'objet de sanctions individuelles », avertit un médiateur. « Ils n'ont pas intérêt à discuter plus longtemps, ajoute un autre membre de la délégation attendue à Kidal, car ils n'obtiendront jamais un meilleur accord. »

La médiation l'a plusieurs fois répété ces derniers jours : le fait de remettre en cause le processus de négociation n'est, à ce stade, plus vraiment possible. D’ailleurs, comme le rappelle Pierre Buyoya, en évoquant les objectifs de la médiation, « nous espérons que cela va les aider dans leur prise de décision [qui] leur appartient entièrement […] Mais notre mission essentielle, c’est de les encourager à prendre la bonne décision, celle de signer l’accord. »

logotwitterFacebook