Afrique

France-Maroc: les raisons d'une brouille, les motifs de rapprochement

Les pourparlers de Paris réunissant les ministres de la Justice de la France et du Maroc ont permis aux deux pays de mettre un terme à leur trop longue brouille diplomatique. Les deux capitales ont décidé de reprendre leur coopération judiciaire et sécuritaire pour mieux lutter contre le terrorisme.

« La coopération judiciaire et sécuritaire entre la France et le Maroc est désormais rétablie, avec le retour du magistrat de liaison marocain à Paris et de son homologue français à Rabat, dès ce lundi », a déclaré  à RFI Chakib Benmoussa, l’ambassadeur du royaume chérifien dans la capitale française. « Nos deux pays ont adopté d’un commun accord un nouveau cadre pour que nos services judiciaires puissent retravailler ensemble ».

Cette déclaration fait suite à la réunion entre les ministres de la Justice des deux pays qui s’est tenue en fin de semaine dernière, Place Vendôme, à Paris. Mustapha Ramid et Christiane Taubira se sont d’abord vus jeudi, puis vendredi pour un second round de négociations, qui n’était pas prévu dans leurs agendas. Selon les entourages des ministres, c’est cette deuxième réunion qui aurait permis de parvenir à un accord qui relance aujourd’hui la coopération entre les deux pays, suspendue depuis le 27 janvier 2014. « Le " baiser de la Place Vendôme " fit oublier la " gifle de Neuilly " qui avait provoqué la longue brouille entre Paris et Rabat il y a un an », écriront peut-être demain les historiens des relations diplomatiques entre les deux capitales.

Des signaux savamment distillés

Depuis quelques semaines, Paris comme Rabat envoient des signaux - savamment distillés - de leur volonté politique de résoudre la crise diplomatique qui envenime leurs relations depuis onze mois. On se souvient de la déclaration faite devant l’Assemblée nationale par Manuel Valls il y a deux semaines, réaffirmant « l’amitié » et « les liens étroits » entre les deux pays et la « nécessité absolue » de sortir de la brouille née, selon le Premier ministre français, d’une série d’« incompréhensions ».

La profession d’amitié pour le royaume chérifien par le locataire de Matignon faisait suite à d’autres affirmations du même acabit prononcées par des autorités françaises au plus haut niveau. Elles se sont faites plus insistantes, surtout depuis les attaques terroristes meurtrières du début de cette année, qui ont sensibilisé les décideurs français à l’urgence de reprendre avec les services secrets marocains l’échange de renseignements. « Cet échange est devenu d’autant plus urgent étant donné que près de 3000 Franco-Marocains combattent aujourd’hui aux côtés des jihadistes en Syrie et en Irak », explique Pierre Vermeren, spécialiste de l’histoire du Maghreb contemporain et professeur à l’université de Paris I-Sorbonne.

Côté marocain aussi, les pressions se sont faites plus fortes au cours des dernières semaines. La dernière en date était l’annulation à la dernière minute de la visite à Paris du chef de la diplomatie marocaine Salaheddine Mezouar. Faute d’explication officielle, les Français ont dû se contenter d’une bribe d’information publiée sur le site internet du quotidien marocain Akhbar al-Yaoum, selon laquelle le ministre avait reporté son voyage en raison de « l’absence d’avancées dans les discussions » en cours entre les deux pays.

Ce même ministre s’est signalé à l’attention en accordant tout récemment une longue interview au magazine Jeune Afrique dans laquelle il déplorait l’absence de « volonté politique » à Paris pour remettre les relations franco-marocaines sur les rails. Il critiquait le rôle de Paris dans la région sahélo-saharienne, rappelant que « le temps de la tutelle » était révolu. La surenchère était aussi du fait de la presse marocaine, plus précisément de l’hebdomadaire El Watan Al Ane dont l’édition du 29 janvier illustrait un article sur la condition des musulmans en France, avec une photo du président Hollande grimé en Hitler. Difficile d’imaginer qu’une telle caricature ait pu paraître sans la bénédiction des autorités de tutelle.

Origines et causes de la brouille

Difficile aussi de comprendre la dérive que les relations franco-marocaines connaissent depuis un an. Traditionnellement, ces relations sont étroites et cadrées. Certes, les autorités marocaines se sont toujours mieux entendues avec la droite française (avec Giscard, Chirac ou Sarkozy), mais elles comptent aussi des amis parmi des personnalités de gauche, dont les plus connues s'appellent Martine Aubry, Elisabeth Guigou ou Dominique Strauss-Kahn. La présidence Hollande avait d’ailleurs bien commencé pour le Maroc dont le souverain Mohammed VI fut le premier visiteur étranger à être reçu à l’Elysée après l’élection d’un nouveau président de gauche en 2012.

Mais la relation s’est progressivement distendue, sans doute parce que les dirigeants socialistes, plus stricts sur les valeurs républicaines et la laïcité, ont du mal à composer avec les us et coutumes de « la monarchie de mission divine », selon l’expression qu’utilisait le feu roi Hassan II pour désigner son pays. Les relations furent glaciales, semble-t-il, entre Hassan II et Lionel Jospin.

La brouille entre la France de Hollande et le Maroc de Mohammed VI a commencé en février 2014, lorsqu’un juge français a fait délivrer à la résidence de l’ambassadeur du Maroc à Paris (Neuilly) une convocation visant le chef du renseignement du royaume, Abdellatif Hammouchi, qui se trouvait alors en France. L’homme était mis en cause dans une plainte pour complicité de torture déposée devant la justice française. La justice étant libre en France, le parquet n’a pas son mot à dire sur les modalités d’instruction des dossiers par les juges des tribunaux. Les Marocains ont vécu la convocation par le juge visant l’un de leurs principaux responsables comme une gifle à leur souveraineté. Ils ont immédiatement suspendu leur coopération judiciaire avec Paris, réclamant une remise à plat du cadre de leur coopération.

Tout au long de l’année 2014, des incidents diplomatiques se sont multiplié, alimentant l’agacement des autorités marocaines. Parmi ces couacs, une fouille policière injustifiée du ministre Mezouar à l’aéroport parisien de Roissy et une saillie de très mauvais goût prêtée à un diplomate français de haut rang, comparant le Maroc à une maîtresse « dont on n’est pas particulièrement amoureux, mais qu’on doit défendre ». L’auteur de la saillie a, depuis, démenti d’avoir tenu de tels propos. Le mal était fait !

Mais si l’on en croit Pierre Vermeren, la véritable cause de la dégradation des relations entre les deux pays est à chercher ailleurs que dans les seuls incidents diplomatiques. « En particulier, le Maroc vit très mal, explique l’historien, le rééquilibrage des relations de la France avec l’Algérie » à l’œuvre depuis l’arrivée au pouvoir de François Hollande. Le tropisme pro-algérien du président français est très mal vécu à Rabat qui y voit la fin du soutien de la France pour la poursuite du contrôle marocain du Sahara occidental. L’Algérie soutient, pour sa part, le Polisario qui réclame l’indépendance du Sahara occidental.

Des intérêts imbriqués

Malgré leur méfiance mutuelle, les deux capitales sont conscientes de la nécessité urgente de dissiper les malentendus. Les deux pays peuvent en effet difficilement se passer l’un de l’autre compte tenu de l’imbrication de leurs intérêts communs. Paris est le premier partenaire économique du royaume, où vivent entre 60 000 et 80 000 Français tandis que plus de 1,3 million de Marocains résident en France.

Dans un entretien accordé au quotidien français L’Opinion, Pierre Vermeren revient sur l’ampleur de la collaboration économique entre les deux pays. « Les groupes français sont très présents au Maroc, notamment dans l’automobile, la banque, les services et leurs investissements sont importants. La France est aussi un relais d’influence du royaume en Europe et le Maroc un des piliers du système français en Afrique. C’est notamment une plate-forme pour les investissements conjoints et la conquête de marchés sur le continent… »

Les autorités craignent que la crise diplomatique qui oppose les deux capitales ne grève à long terme leurs relations économiques. A plus court terme, cette crise a des conséquences immédiates sur la coopération judiciaire entre les deux pays, notamment en matière de transfèrements des prisonniers d’un pays à l’autre.

Plus grave encore, la coopération sécuritaire dans le cadre de la lutte antiterroriste est au point mort. Traditionnellement, les policiers français travaillent en étroite collaboration avec les services secrets marocains qui sont régulièrement confrontés à la violence islamiste radicale. Or, depuis un an, les informations concernant les mouvements des combattants islamistes, notamment dans la bande sahélo-saharienne, ne remontent plus, handicapant lourdement les services de renseignement français et européens qui dépendent de ces renseignements pour pouvoir resserrer l’étau policier sur des jihadistes originaires des pays européens. Pour la France, la reprise de la coopération sécuritaire avec les Marocains est devenue une nécessité absolue, surtout à la suite des attaques terroristes de début janvier qui ont fait 17 morts sur son sol.

Ce contexte explique pourquoi, après avoir tergiversé, pendant presque dix mois, Paris a donné l’impression de vouloir mettre la bouchée double au cours des dernières semaines pour apaiser les tensions avec le royaume. Mais étant donné que l’indépendance de la justice est une cause sacrée en France, il n’est pas sûr que l’affaire Hammouchi ne se reproduise pas à l’avenir. Sauf si des garanties spécifiques dans ce sens aient été données par l’exécutif français. Lesquelles ?

TROIS QUESTIONS AU PROFESSEUR BENHAMMOU

Mohammed Benhammou est le président du Centre marocain des études stratégiques et professeur à l’université Mohammed V à Rabat.

RFI: Il y a un mois, vous disiez sur nos antennes que les relations franco-marocaines sont dans une impasse. Maintenant que la brouille est derrière nous, quelles leçons tirez-vous de ces onze mois de crise qui ont envenimé les relations entre Paris et Rabat ?

Mohammed Benhammou : Le Maroc et la France sont de vieux partenaires, liés par des relations multiséculaires. La grande leçon de ces onze mois est que ce qui lie nos deux pays est beaucoup plus important que ce qui peut nous séparer ponctuellement. Dans le passé, il y a eu des malentendus entre Paris et Rabat, notamment à l’époque de François Mitterrand, mais parce qu’il y avait une volonté politique, nous avions réussi à dissiper ces malentendus. Cette fois aussi, il y a eu des déclarations solennelles de la part du Premier ministre Manuel Valls, mais aussi des déclarations par le président de la République. C’est cette volonté politique qui a permis de mettre fin à la brouille, même si parfois on a eu l’impression que les troupes n’obéissaient pas toujours aux chefs !

A quelles « troupes » faites-vous référence ?

Il n’est pas utile de pointer du doigt telle ou telle personne. Je constate seulement qu’il y a dans l’équipe gouvernementale française actuelle des francs-tireurs qui regardent encore le Maroc à travers des grilles d’autrefois. Je leur dis que notre pays a énormément changé au cours des dernières décennies. C’est un pays jeune qui s’est résolument tourné vers la modernité. En matière de coopération aussi, le Maroc s’est montré un partenaire exemplaire. J’en veux pour preuve le dossier malien. Le royaume a apporté un appui considérable à la France pendant l’intervention militaire française au Mali. Le Maroc a aussi joué le jeu s’agissant de la coopération tripartite entre Rabat, Madrid et Paris dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Les services secrets français reconnaissent volontiers la fiabilité de leurs homologues marocains en matière de renseignements et de connaissance du terrain.

Quelles garanties les autorités françaises ont-elles données pour relancer la coopération entre les deux pays ?

Les Marocains n’ont demandé ni de garanties, ni d’immunité pour leurs responsables, comme on a pu lire dans la presse. Le Maroc n’a demandé rien de plus que le rétablissement de la pratique diplomatique habituelle, qui veut que les demandes de la justice passent par les canaux diplomatiques habituels, s’agissant des diplomates d’un autre pays.

Rfi

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Mali: douze jihadistes tués lors d'une opération militaire française

Douze jihadistes ont été tués lors d'une opération militaire française de Barkhane dans la nuit du 30 au 31 janvier. L'opération s'est déroulée dans la zone est de l'Adrar des Ifoghas, a annoncé lundi le ministère de la Défense. Au cours de cet accrochage, « une douzaine de terroristes ont été mis hors de combat » et « les forces françaises n'ont subi aucune perte », précise-t-il.

L’opération n’était pas planifiée plusieurs jours avant. C’est plutôt grâce à un renseignement d’opportunité que les forces spéciales françaises de l’opération Barkhane sont intervenues dans l’Adrar des Ifoghas, non loin de la localité d’Abeïbara.

La cible : un convoi de véhicules transportant probablement des proches d’un chef jihadiste malien. Quasiment tout le groupe a été neutralisé, c’est-à-dire tué dans le jargon de l’armée française. Au total, l’opération a fait douze morts, quelques blessés et selon les informations de RFI, deux à trois prisonniers qui pourraient donner de précieuses informations. De l’armement a été également saisi alors que des pick-up ont été détruits.

De lourdes pertes donc pour les jihadistes que le communiqué officiel qualifie de « terroristes ». Depuis plusieurs mois, ils sont clairement de retour dans le nord du Mali avec semble-t-il, la ferme volonté de s’installer à nouveau. Les casques bleus de l’ONU dans le Nord ont du mal à les contenir. Leur adversaire de taille reste ici l’armée française.

Rfi

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Nigeria: Boko Haram, enjeu électoral et sécuritaire

Le 14 février prochain, les Nigérians seront appelés aux urnes pour le premier tour de la présidentielle afin de donner ou non à Goodluck Jonathan un second mandat à la tête du pays, alors que le président est très critiqué pour n'avoir pas su empêcher la progression de Boko Haram depuis son arrivée au pouvoir. A l'approche de ce scrutin, les islamistes nigérians font une fois de plus la démonstration de leur volonté de semer la terreur et d'asseoir leur contrôle sur le territoire dans le nord du pays. Exemple encore ce lundi, avec une explosion à la sortie d'un meeting de Goodluck Jonathan.

L’explosion a eu lieu, à Gombe, dans le nord-est du pays, vers 15h. La déflagration est survenue dans le parking devant le stade où quelques minutes plus tôt se tenait une rencontre entre Goodluck Jonathan et ses partisans. L'explosion a eu lieu alors que le convoi du chef de l'Etat venait tout juste de quitter les lieux. Le bilan fait état de 2 morts et d'une vingtaine de blessés. Deux femmes kamikazes seraient à l'origine de l'attaque.

Selon des témoins, des dizaines de jeunes ont ensuite manifesté en ville contre Goodluck Jonathan, parce que selon eux, la visite présidentielle est la cause de cet attentat. C’est la première fois que les islamistes sont aussi près d'atteindre le président. Il s’agit d’un vrai signal, d’un vrai défi qui lui est lancé à quelques jours de la présidentielle.

L’enjeu de Maïduguri

Autre signal lancé par Boko Haram, ce week-end, avec l’attaque menée contre la grande ville de Maiduguri. Dimanche, les islamistes ont lancé une importante offensive sur la capitale de l'Etat de Borno. Mais l'armée et les forces civiles de défense les ont repoussés après trois heures de combats.

Maïduguri constitue un enjeu stratégique, car la ville est le berceau de Boko Haram, fondé au début des années 2000, et les jihadistes la considèrent comme leur fief. Le contrôle de Maïduguri représente aussi un enjeu majeur pour la crédibilité du scrutin. On y trouve près d'un million et demi de personnes. D'où la très forte présence des soldats qui quadrillent complètement la cité.

Une force de 7 500 hommes

Une série d’attaques qui intervient dans le contexte d’une mobilisation croissante des pays de l’Union africaine. Une quinzaine de chefs d’Etat se sont rassemblés ces derniers jours en marge du sommet de l’Union africaine d’Addis Abeba, pour un Conseil de paix et de sécurité dédié au problème Boko Haram. Les dirigeants africains ont apporté leur soutien au déploiement d’une force multinationale de 7 500 hommes. Elle comprendrait des effectifs du Nigeria, du Tchad, du Cameroun, mais aussi du Niger et du Bénin.

Le mois prochain, les pays africains vont saisir le conseil de sécurité des Nations unies pour qu’il puisse apporter une aide logistique et financière à cette force au travers d’un fonds spécial. Pendant ces discussions d'Addis Abeba, le Tchad lui s'est engagé sur le terrain. L’armée tchadienne est entrée au Cameroun le 17 janvier. Ndjamena a engagé plusieurs milliers de soldats, plusieurs dizaines de blindés et notamment des chars.

L’objectif affiché est la reprise de Baga, conquise par Boko Haram début janvier. Le président Déby l'a décrite comme « l'épicentre des échanges économiques de la zone ».

Au fil des jours, les militaires tchadiens se sont rapprochés de la frontière nigériane. La semaine dernière, l’aviation tchadienne a bombardé Malam Fatori, au Nigeria, à la frontière avec le Niger, dans le but de désorganiser Boko Haram, et d'éparpiller ses hommes.

Les Tchadiens entrent au Nigeria

Plus au Sud, les soldats de Ndjamena se sont massés à Fotokol. Ils seraient 2000 sur place. En face, de l'autre côté de la frontière, on trouve la ville nigériane de Gambaru, détenue par Boko Haram depuis cinq mois. Là aussi, l’aviation tchadienne a bombardé. Vendredi, Boko Haram aurait lancé une série de roquettes sur les Tchadiens qui auraient répliqué, entraînant des combats à distance de plusieurs heures.

Le lendemain, pour la première fois, des soldats tchadiens ont franchi la frontière pour affronter Boko Haram directement au sol avant de retourner à Fotokol. Une incursion autorisée par le Nigeria, qui a donné aux Tchadiens un droit de poursuite. Bilan de ces affrontements selon Ndjamena : 123 jihadistes tués, trois militaires tchadiens morts.

Ce lundi encore, Gambaru a été une fois de plus visée par deux avions Soukoï et un hélicoptère envoyés par Ndjamena, preuve que la ville reste encore contrôlée par les miliciens. Dans le même temps, les militaires tchadiens attendent un feu vert pour franchir la frontière et traquer Boko Haram au Nigeria.

Boko Haram, enjeu électoral

Dans un tel contexte, la lutte contre Boko Haram s’invite évidemment dans la campagne électorale. L’enjeu électoral est de taille d'autant que Goodluck Jonathan et son principal concurrent, l'opposant Muhamadou Buhari, seraient aux coudes à coudes selon des observateurs. Leurs meetings attirent les foules. Or Muhamadou Bouhari est un musulman du Nord, il a donc un avantage dans les régions du Nord car Jonathan est un chrétien du Sud.

Certains reprochent d’ailleurs au chef de l'Etat de ne pas avoir œuvré en faveur du développement du Nord. Et même d'avoir délibérément permis à Boko Haram de contrôler cette zone afin d’y empêcher la tenue du scrutin présidentiel, et surtout l’élection du gouverneur dans l'Etat de Borno.

Concernant l'entrée en action des Tchadiens, difficile de mesurer l’impact sur le scrutin. Cette aide extérieure peut paraître humiliante pour le chef d’Etat du pays le plus peuplé d'Afrique. Mais ce recours permet aussi d’obtenir des résultats et de désorganiser Boko Haram.

Rfi

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Nigeria: les combats font rage à deux semaines de la présidentielle

Des attentats ont secoué dimanche les villes nigérianes de Gombe et Potiskum dans le nord-est du pays, alors même que les combats continuaient entre le groupe islamiste Boko Haram et les armées tchadienne et nigériane à Gamboru et Maiduguri, plus à l'est. Attaque à Maidugiri, attaque à Gamboru, Boko Haram est sur tous les fronts, à deux semaines de la présidentielle.

Boko Haram a lancé une offensive contre son ancien bastion de Maiduguri, une ville qui a vu sa population doubler avec l'arrivée massive d'habitants fuyant les tueries des derniers mois. Les témoignages confirment que les jihadistes sont extrêmement nombreux au nord de Maiduguri, ce qui rend plus complexe la tâche des armées engagées sur les fronts. Des hélicoptères tchadiens ont bombardé dimanche des positions de Boko Haram dans la ville de Gamboru. Ce même jour, les villes de Potiskum et de Gombe ont été secouées par des attentats.

Attentats-suicides à Potiskum et Gombe

Au moins sept personnes ont été tuées et sept autres blessées par un attentat-suicide à Potiskum, dans l'Etat de Yobé. Selon des témoins, le kamikaze est arrivé en bus et a déclenché sa charge devant la maison de Sabo Garbu, membre de la majorité présidentielle et candidat aux législatives du 14 février.

Le politicien tenait une réunion à son domicile dans la perspective du scrutin, mais aucun des participants n'a été blessé. Le climat est lourd dans la ville avec les attaques régulières des islamistes de Boko Haram. Dans un témoignage à RFI, une policière de la ville de Potiskum décrit la difficulté d'exercer son métier dans une telle ambiance :

« On vit dans une situation délétère. On doit relever beaucoup de défis, mais on est impuissants. Les armes de Boko Haram sont plus puissantes et plus sophistiquées. Je ne sais pas ce que fait le gouvernement. Il devrait mieux nous équiper, nous donner les moyens de faire face à une telle puissance de feu. Mais on a rien. En quelques mois, j'ai perdu une quinzaine de collègues dans des attentats. Certains ont même été tués tout près du commissariat. C'est dur de travailler dans ces conditions. On doit faire notre devoir, au péril de notre vie, ça fait partie du métier, mais vraiment ces attentats c'est trop, c'est trop, c'est trop. Je n'ai pas les mots pour exprimer à quel point c'est dur. On est dépassés. Mais je n'ai pas peur de la mort. Je peux mourir à tout moment, ça fait partie de mon travail. Les attentats ne m'empêcheront pas d'exercer mon métier ».

Deux explosions ont également secoué ce dimanche la ville de Gombe, capitale de l'Etat du même nom, située au nord-est du Nigeria, tuant cinq personnes.

Une nouvelle offensive contre Maiduguri

A un peu moins de 300 kilomètres au nord-est de Gombe, Boko Haram a lancé aussi ce dimanche 1er février une nouvelle offensive contre Maiduguri. Ils ont tenté d'entrer à Maiduguri par le sud, lourdement armés. Mais les jihadistes se sont heurtés à un important dispositif militaire. l'armée, épaulée par les milices de défense civile ont repoussé les assaillants. Un deuxième assaut s'est produit depuis la route de l'est, mais là encore l'armée a repoussé l'attaque. « Ils n'ont pas atteint les habitations, ils se sont contentés de tirer depuis la route de Dikwa, précise le correspondant à Maiduguri de la rédaction Haoussa de RFI. Ils se sont heurtés à l'armée et aux forces civiles de défense. »

Maiduguri est une place forte, c'est la deuxième fois en huit jours que Boko Haram tente en vain d'y pénétrer. A moins de deux semaines de l'élection présidentielle, le régime ne peut se permettre de perdre cette ville d'un million et demi d'habitants.

« La capitale est bien sécurisée, on est plus en paix à l'intérieur de Maidiguri qu'à l'extérieur », explique le professeur Dikwa, de Maidiguri.

Dans l'Etat de Borno, l'armée se concentre désormais sur quelques villes stratégiques devenues des forteresses imprenables. Les jihadistes contrôlent eux de vastes territoires allant du lac Tchad à la frontière camerounaise.

L'armée tchadienne bombarde Gamboru, l'une des places fortes de Boko Haram

A la frontière camerounaise, à Gamboru, l'armée tchadienne a elle aussi expérimenté la supériorité numérique de Boko Haram. Après avoir tenté de pénétrer dans Gamboru, l'armée tchadienne y a envoyé son aviation. Les bombardements ont duré tout le week-end.

Pour la deuxième journée consécutive, l'armée tchadienne a bombardé à deux reprises ce dimanche la ville de Gamboru, l'une des places fortes de Boko Haram. Les soldats de Ndjamena, qui avaient tenté samedi d'entrer dans cette ville depuis le Cameroun, ont découvert une réalité : les jihadistes ont pour eux le nombre. Le chiffre de 15 à 20 000 miliciens au total circule dans les états-majors africains.

Une supériorité numérique démontrée dans leur attaque contre Maiduguri où, là encore, les miliciens ont tenté en grand nombre de prendre la capitale de l'Etat de Borno. Les assaillants venaient du sud, probablement de la forêt de Sambissa. Si l'on se souvient que Boko Haram contrôle aussi les bases de Baga et Monguno à plus de cent kilomètres au nord de Maiduguri, on comprend que les jihadistes disposent probablement de milliers de combattants.

Mais les évènements de Gamboru et de Maiduguri démontrent aussi que face à des armées décidées et équipées, les jihadistes sont mis en échec. Maiduguri est sanctuarisé par l'armée nigériane. Et à Gamboru la puissance de feu tchadienne empêche Boko Haram de progresser. Depuis des mois, l'armée camerounaise repousse systématiquement les assauts venus de sa frontière ouest. Dernier exemple frappant, le 9 janvier à Damaturu, Boko Haram a échoué face à l'armée nigériane.

Objectif Baga

Les soldats tchadiens sont désormais déployées le long de la rivière el-Beïd, avec du matériel lourd comme des chars et ou encore des auto-mitrailleuses. 2 500 militaires tchadiens seraient en ce moment au Cameroun, selon une source militaire.

Avec pour but affiché de reprendre Baga, base militaire prise par Boko Haram début janvier. La stratégie serait une prise en tenaille avec une pression sur Gambaru, une autre au nord sur Malam Fatori, bombardé également depuis plusieurs jours. Baga se situant pile entre les deux. La tâche s'annonce cependant ardue.

Selon une bonne source, l'ordre de leur laisser franchir la frontière pour traquer Boko Haram sur les terres nigérianes serait imminent.

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