Afrique

Lutte contre Boko Haram: le Tchad va envoyer des troupes au Cameroun

Le Tchad va envoyer des renforts au Cameroun, pour l'aider dans sa lutte contre Boko Haram. L'Assemblée nationale du pays a autorisé l'envoi des soldats tchadiens par un vote unanime de 155 voix pour et aucune voix contre, ce vendredi. La veille, l'annonce avait été faite dans un communiqué du président camerounais Paul Biya qui remerciait le chef de l'Etat tchadien pour ce geste. Depuis des mois, le Cameroun doit faire face à la multiplication des attaques du mouvement terroriste nigérian, dans le nord de son territoire. Cette aide est donc la bienvenue.

La secte nigériane Boko Haram multiplie des raids meurtriers dans l'extrême nord du Cameroun. Le pays se réjouit donc de l'annonce de l'arrivée d'un renfort tchadien pour l'aider dans sa lutte. Le ministre camerounais de la Communication Issa Tchiroma Bakary, qui se fait le porte-parole de la satisfaction du président et du pays, rappelle l'importance de l'allié tchadien dans ce combat : « C’est la manifestation concrète de la solidarité, de l’entente parfaite entre deux chefs d’Etat dont les peuples sont des peuples amis, en raison également de l’interdépendance économique des uns vis-vis des autres. »

Le Tchad a en effet pour débouché maritime le port camerounais de Douala. Désormais, la route stratégique Douala-Ndjamena est menacée de manière permanente par les attaques de Boko Haram.

Issa Tchiroma Bakary salue ce renfort militaire apprécié autant par le gouvernement que les Camerounais : « Le chef de l’Etat du Cameroun a salué ce geste fraternel, à manifester sa reconnaissance vis-à-vis du Tchad qui à ce moment précis de notre histoire se tient solidement au côté du Cameroun pour aider ces derniers à faire face à cette agression barbare. Et à travers ce communiqué, c’est toute la nation camerounaise qui se réjouit de la présence des armées du Tchad, des forces armées tchadiennes qui sont des forces armées que nous connaissons tous aguerries. »

Cette annonce tchadienne est intervenue quelques heures après l'accusation lancée par le secrétaire d'Etat américain à propos de Boko Haram. En évoquant l'attaque de début janvier, qui a été la plus destructrice depuis 2009, John Kerry a dénoncé « un crime contre l'humanité ». Selon l'organisation Amnesty international, durant la destruction de Baga, le carrefour commercial du nord-est du Nigeria au bord du lac Tchad, des centaines de personnes, « voire plus », ont été tuées..

Pour Issa Tchiroma Bakary, ministre de la Communication, il est urgent que les engagements pris par les pays africains et la communauté internationale soient honorés.Source : http://www.spm.gov.cm/

Si un renfort militaire tchadien est annoncé, le communiqué présidentiel ne précise pas les effectifs qui seront envoyés. Pour le ministre camerounais de la Communication, il ne s'agit que d'un détail : « Ce sont des questions techniques qui seront discutées au niveau des deux états-majors. Notre ministre de la Défense a eu le privilège d’être reçu par le chef de l’Etat du Tchad. Ce dernier lui a confié un message pour son frère et ami le président Biya. D’après moi, ils ont dû évoquer la question de l’organisation. C’est le temps qui nous dira exactement comment cela va se passer. »

Seul contre Boko Haram

Le Cameroun se sent abandonné, seul à faire face à Boko Haram. Alors, il rappelle les  autres pays dits « de la ligne de front » - ceux qui ont une frontière commune -, mais aussi la communauté internationale, à leurs engagements pris il y a près d'un an lors de la conférence de Paris.

Le ministre camerounais de la Communication Issa Tchiroma Bakary déplore ainsi l'inaction de certains pays : « Nous aurions bien aimé que tous les pays de la ligne de front, que chaque pays fasse le ménage chez lui. Vous avez bien vu ce que nos forces de défense et de sécurité font chaque fois. Nous avons fait l’objet d’une quarantaine d’agressions. Chaque fois, nos forces ont infligé une leçon inoubliable pour les insurgés. »

Saluant le travail effectué sur le terrain par les forces armées camerounaises et les résultats obtenus malgré « le caractère asymétrique de cette bataille », le ministre de la Communication ne peut oublier, lui non plus, les décisions annoncées en France : « A l’occasion du sommet de Paris, les grandes puissances, à commencer par la France pays hôte, l’Union européenne, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis d’Amérique, la Chine, l’Allemagne, tous ces pays donc s’étaient engagés à apporter leur soutien et assistance d’une manière ou d’une autre aux pays de la ligne de front. »

Pour Issa Tchiroma Bakary, il est urgent que les engagements soient honorés : « Evidemment, ce que nous souhaitons, c’est que toutes les puissances qui s’étaient portées volontaires pour aider les pays de la ligne de front, que ceux-là se manifestent de manière concrète. Et le président de la France avait pris le parti d’être le facilitateur, d’être le dénominateur commun qui permet la construction de cet ensemble. Nous souhaitons simplement voir la concrétisation de cette chose-là. »

Rfi

Lu 612 fois
Évaluer cet élément
(0 Votes)
Tunisie: 4 ans après la révolution, les proches des victimes en colère

La Tunisie célébrait mercredi le 4e anniversaire de sa révolution, le 14 janvier marquant la date du départ de Ben Ali. Une cérémonie officielle s'est tenue au palais présidentiel, mais elle a été marquée par la colère des familles des victimes de la révolution (plus de 300 morts et des centaines de blessés).

Elles réclament la vérité sur la mort de leurs proches. Les festivités ont même été interrompues.

Il venait de promettre d’être « la voix des sans voix », mais à peine terminé son discours, le chef de l’Etat nouvellement élu, Beji Caïd Essebsi, est interrompu par les protestations d’hommes et de femmes qui demandent « fidélité aux martyrs ». Des Tunisiens déçus que les noms de leurs proches décédés pendant la révolution ne figurent pas en haut de la liste de remise de médailles de la République.

Au milieu des pleurs, et des cris de colère, Nabil s’accroche au portrait de son frère, victime de la révolution : « On est fâché du fait qu’il ne parle pas des gens comme mon frère. Ça fait quatre années et on ne voit rien du tout. C’est très long », regrette-t-il. Nabil reproche aux autorités de n’avoir rien fait pour accélérer les procès des martyrs. L’argent reçu ces dernières années en compensation ne remplacera pas « la vérité », dit-il.

« Tous les martyrs seront décorés »

Malgré la tension, le conseiller politique du président, Mohsen Marzouk, assure ne pas être surpris : « Pendant les quatre dernières années, les gouvernements qui étaient en place et le président de la République n’ont rien fait pour les conséquences économiques, sociales et juridiques des familles des martyrs, souligne-t-il. On a entendu le message et on va tout faire pour essayer de trouver les solutions là où les autres n’ont pas réussi à trouver des solutions. »

« Tous les martyrs sont dans nos esprits et seront décorés. Ce que vous faites n'est donc pas nécessaire », a commenté Beji Caïd Essebsi, avant de quitter la scène.

Logements sociaux

A noter que le chef du gouvernement provisoire, Mehdi Jomaa, a remis hier les clés de six logements sociaux à des blessés de la révolution.

Rfi

Lu 470 fois
Évaluer cet élément
(0 Votes)
Le Sénégal interdit la diffusion du dernier Charlie Hebdo

Le ministre sénégalais de l’Intérieur annonce l’interdiction au Sénégal de la distribution et de la diffusion « par tout moyen » des éditions de mercredi de l’hebdomadaire français Charlie Hebdo, dont la Une comporte une caricature du prophète Mahomet, indique un communiqué transmis à l’Agence de presse sénégalaise. L'agence précise que le journal n'était plus distribué au Sénégal depuis deux ans, mais seulement disponible dans certaines librairies.

Est-ce un virage à 180 degrés ? Est-ce simplement une façon d’être plus en phase avec l’opinion publique sénégalaise qui dans l’ensemble, tout en condamnant la tuerie, se déclare choquée par la caricature du prophète ? Ce qui est sûr c’est que la présence à Paris, dimanche, du président Macky Sall aux côtés de ceux qui scandaient « Je suis Charlie » a été critiquée cette semaine dans la presse et sur les réseaux sociaux par des hommes politiques et des chefs religieux. Certains y ont vu une caution au blasphème, d’autres un nouvel acte d’allégeance à la France.

La dernière Une de « Charlie » a été perçue au Sénégal comme la provocation de trop, d’où cette décision du gouvernement sénégalais. Selon une source ministérielle, si Macky Sall est venu à Paris, c’est au « nom de la sacralité de la vie humaine ». S’il interdit aujourd’hui Charlie Hebdo, c’est au nom du respect de la foi religieuse.

Cela dit, selon l’agence de presse nationale et selon un libraire, Charlie Hebdo n’était pas distribué au Sénégal depuis près de deux ans. Un seul journal sénégalais avait reproduit la Une de Charlie Hebdo. Le journal français Libération de mercredi est également interdit.
Rfi

Lu 573 fois
Évaluer cet élément
(0 Votes)
Compte rendu Boko Haram met à feu et à sang le nord du Nigeria

Plus de quinze villages voisins attaqués en quelques jours, « des centaines de corps jonchant le sol » décrits par les rares survivants à avoir atteint des villes de la région : autour de Baga, dans l’extrême nord-est du Nigeria, un massacre d’une ampleur inédite vient d’être commis en l’espace de plusieurs jours par les insurgés de Boko Haram. Lire aussi : Cent morts dans l'attaque d'une ville du Nigeria par Boko Haram Le temps n’est pas encore à l’exactitude des chiffres, mais à la prise de conscience que cette série d’attaques vient d’annihiler une agglomération, Baga, et des villages voisins dans un rayon de plusieurs dizaines de kilomètres, alors que la ville est le siège d’une force régionale, la MNJTF (Multinational Joint Task Force, force multinationale conjointe). A Baga, la MNJTF devait coordonner la réponse militaire du Nigeria avec celle du Niger et du Tchad voisins contre Boko Haram, dont les actions dans cette vaste zone frontalière se sont intensifiées et durcies au cours de l’année écoulée. Le Tchad voit les actions de Boko Haram se rapprocher dangereusement du point où son sol sera bientôt frappé à son tour. La capitale tchadienne, N’Djamena, n’est qu’à quelques heures de route de cette zone. Vagues d’assassinats A Baga, la MNJTF (il ne se trouvait à ce moment que des soldats nigérians dans la base) n’a pas pu empêcher un massacre d’une ampleur inédite. Amnesty International estime qu’il s’agirait de « l’acte le plus meurtrier dans une série d’attaques de plus en plus atroces menées par le groupe ». Même si d’autres sources évoquent plus prudemment un nombre de victimes s’établissant à « plusieurs centaines », l’ampleur de ces tueries est considérable. Elle découle d’abord d’une organisation méthodique de la violence, mélange d’exécutions et de destructions systématiques, si complètes du reste qu’il a fallu que les assaillants s’y prennent à plusieurs fois pour « raser à 90 % » Baga, comme l’ont rapporté des survivants à Maiduguri (200 kilomètres de marche) au journal Daily Trust, qui ont dû laisser derrière eux des blessés agonisants et enjamber des monceaux de cadavres. La première attaque avait eu lieu samedi 3 janvier. Déjà, des vagues d’assassinats, des destructions. Boko Haram s’empare alors de la base de la MNJTF. L’objectif est de première importance. La proximité de Baga avec le lac en fait un endroit stratégique. Boko Haram contrôle certaines des îles du lac, et des convois d’armes qui ont transité par le Tchad, en provenance de Libye, ont sans doute emprunté des itinéraires passant dans cette région. De plus, c’est de là que la réponse militaire régionale est supposée trouver un point d’ancrage. Le Tchad étudie de très près les possibilités d’intervention contre Boko Haram dans la zone frontalière avec le Nigeria et le Cameroun. Frapper cette base, pour les insurgés, est donc un signal de défi à l’adresse des pays de la région. Boko Haram menace aussi le Cameroun, et son président, Paul Biya, d’une intensification de la guerre sur son sol. Certains de leurs hommes se trouvent sur le territoire nigérien. Autant de menaces pour les pays voisins. La base de Baga aurait dû être l’un des éléments de réponse militaire, même si le Cameroun n’est pas associé à cette unité. Soldats nigérians piégés Mais Baga est aussi un cul-de-sac. La fin des routes. Et un piège, donc, pour les soldats nigérians, qui se sont trouvés face à plusieurs centaines d’insurgés, arrivés à leur façon habituelle sur des pick-up, des petits camions et des nuées de motos. Les 7 et 8 janvier 2014, une nouvelle vague d’attaques était menée. Une partie de la population des environs a fui. Certains, à pied, ont pris la direction de Maiduguri, où ils ne sont arrivés que quelques jours plus tard. D’autres ont tenté de traverser le lac Tchad. Plus de 20 000 personnes semblent arrivées sur l’autre rive. Mais dans un mouvement désespéré, des personnes se sont noyées, y compris des soldats. Des fuyards en nombre inconnu se trouveraient encore sur des îles, sans provisions, exposés au froid de cette saison, aux moustiques. Vendredi 9 janvier, un autre groupe de combattants djihadistes attaquait cette fois Damaturu, dans l’Etat voisin de Yobe. A environ 200 kilomètres : une broutille pour les groupes de Boko Haram, très mobiles sur les anciennes pistes séculaires, qui passent à travers la brousse. La ville carrefour a été attaquée à plusieurs reprises au cours des années passées. La dernière fois, c’était il y a quelques semaines, et il y a eu plus de cent morts, dont 38 policiers tués dans leur caserne investie à la sortie de la ville, malgré ses protections et ses systèmes de défense qui la faisaient ressembler à un petit fort. « L’attaque sur la ville par ces chiens et leurs méfaits depuis le 3 janvier devraient convaincre tous les gens bien intentionnés à travers le monde que Boko Haram représente le mal que nous devons éliminer tous ensemble », estime leporte-parole des forces armées Damaturu demeure une cible : la ville est suffisamment importante (50 000 habitants, des banques, des commerces, plusieurs camps militaires) pour constituer une belle prise en cas de victoire. Mais pas trop grosse, pour ne pas entraîner l’échec à coup sûr. Car les forces de Boko Haram, loin de pouvoir compter sur une efficacité éprouvée, n’ont pour elles que leur nombre (elles attaquent désormais en masse), leurs armes contre des civils, et surtout la faiblesse des forces armées, démoralisées, infiltrées, affaiblies par la corruption. Là où les soldats (parfois dos au mur, comme aux portes de Maiduguri, la capitale de l’Etat de Borno) résistent, Boko Haram ne passe pas. La secte a perdu sans doute plus de cent hommes dans sa dernière attaque de Damaturu. Vendredi 9 janvier, ils ont encore échoué. Ces revers ne peuvent cependant dissimuler la réalité d’une extension du territoire sous contrôle, ou sous la menace, des djihadistes. La vaste région frontalière du Cameroun, mais aussi celle proche du Niger, ou encore le triangle aride au nord de Maiduguri : toutes ces régions sont devenues le fief des insurgés, qui y frappent lorsqu’ils le souhaitent, même s’ils ne « tiennent » pas la plupart des agglomérations. Un nombre croissant de villes prises Monguno, à 60 km, a été déjà attaquée de manière terrible en 2013. De même que la ville de Dikwa. Selon nos sources, des bastions importants pour Boko Haram se trouvent juste à proximité, parfois dans de petites agglomérations : vers Adjibo, par exemple. Un « Boko Haram Land » est en voie de constitution, où les militaires nigérians, quand ils n’ont pas fui, vivent encerclés dans leurs bases, ne se déplaçant qu’en lourds convois, incapables de porter secours aux populations. Il y a pire : les actes de vengeance des soldats ou de leurs alliés des milices locales. En avril 2013, des soldats subissent une attaque légère près de Baga et perdent un homme. En représailles, ils brûlent 2 000 maisons, comme les clichés satellite de Human Rights Watch, coïncidant avec les déclarations des survivants, l’ont prouvé. Les forces gouvernementales avaient alors tué 193 personnes. Cette foi, c’est Boko Haram qui a « puni » Baga, de la plus terrible façon. L’armée y perd son âme et le soutien des populations. Les insurgés tiennent le pays par la terreur. C’est avec ce genre de massacre que Boko Haram, courant 2014, a poursuivi sa politique de conquêtes territoriales. Un nombre croissant de villes sont désormais « tenues », même si les destructions et les tueries en ont vidé le plus clair de la population, afin de donner corps à la décision de son chef, Abubakar Shekau, de constituer un « califat » à partir de Gwoza, vers la frontière avec le Cameroun. La partie sud du Nigeria a vécu dans l’idée pernicieuse que Boko Haram était un phénomène naturellement circonscrit, le fruit du Nord, et plus encore celui des trois Etats du Nord-Est (Borno, Adamawa, Yobe). Il a fallu plus d’une semaine aux responsables militaires pour aborder, publiquement, la question du massacre de Baga. Ce que le porte-parole des forces armées, le général major Chris Okulade, a finalement dit samedi soir, est révélateur : « L’attaque sur la ville par ces chiens et leurs méfaits depuis le 3 janvier 2015 devraient convaincre tous les gens bien intentionnés à travers le monde que Boko Haram représente le mal que nous devons éliminer tous ensemble, plutôt que de critiquer les personnes qui essayent de les contrer. » Abuja, la capitale, a été frappée à plusieurs reprises par des attentats-suicides. Lagos, la capitale économique, a subi une tentative similaire. Mais l’indifférence du sud du pays vis-à-vis de ce lointain nord mis à feu et à sang n’a pas encore été brisée par la force des chiffres : selon le Council on Foreign Relations (CFR), plus de 10 000 personnes auraient été tuées dans le cadre de l’insurrection (par les insurgés, les forces de l’ordre ou leurs auxiliaires des milices locales) en 2014. Le Monde.fr

Lu 725 fois
Évaluer cet élément
(0 Votes)

logotwitterFacebook