Afrique

A l’école d’architecture de Lomé, défense de copier les villes occidentales

 

A l'école d'architecture de Lomé, défense de copier les villes occidentales / L'originalité est à côté


L'Afrique en villes (11). L'EAMAU, au Togo, accueille des étudiants originaires de quatorze pays d'Afrique et promeut des constructions « vernaculaires » et durables.


Par Morgane Le Cam (contributrice Le Monde Afrique, Lomé)
LE MONDE 

C'est un quartier qui ne ressemble pas au reste de Lomé, la capitale du Togo. Les immeubles sont hauts, les ronds-points immenses et les façades quadrillées de vitres teintées. Au beau milieu de ce quartier administratif, un espace de 3 000 m2 tranche avec le reste du paysage. Il n'y a rien ici, à part quelques arbres, sans doute les seuls du quartier à ne pas avoir été taillés au carré. Sous la pluie chaude, cinq ouvriers construisent un bâtiment rougeâtre. Ce n'est pas un immeuble et il n'est pas en ciment. « Ça, c'est une construction en briques de terre comprimées stabilisées. La terre utilisée vient d'ici », explique Rolande Konou Akpedze en montrant du doigt le trou qu'un ouvrier est en train de creuser.


Présentation de notre série L'Afrique en villes


La jeune Togolaise est l'architecte urbaniste de ce modeste parc urbain, dit « parc FAO ». « On aurait pu construire encore une tour sur ce terrain, fairedu moderne, sans penser à la protection de l'environnement. Mais on a décidé de transformer ce parc délabré en espace vert agréable et, surtout, fait avec des matériaux locaux. » De fait, les clôtures sont en bambou de la région des Plateaux, les pierres taillées de l'arcade d'entrée viennent de Kpalimé, à 120 km, et bientôt la petite bâtisse commercialisera des produits alimentaires togolais.
Les experts qualifient cette conception d'« architecture vernaculaire ». Ou comment construire des bâtiments en tenant compte des matériaux locaux disponibles, du climat et des traditions. « Dans l'architecture africaine, c'est ce qui fait le buzz en ce moment. J'ai appris cela à l'école et je l'intègre dans beaucoup de mes projets, car je pense qu'il est grand temps que les architectes africains prennent des mesures idoines pour que la construction de nos espaces ne soit pas calquée sur les villes occidentales », soutient Rolande Konou Akpedze en se dirigeant vers son ancien campus.


Travaux pratiques


Son école, c'est l'EAMAU, l'Ecole africaine des métiers de l'architecture et de l'urbanisme. Une école unique, ou presque, en Afrique de l'Ouest, fondée en 1976 par l'Organisation commune africaine et mauricienne (OCAM, disparue depuis) et qui a déjà formé plus de 1 000 professionnels aux problématiques du bâtiment durable et de l'architecture vernaculaire.


Le campus, Rolande ne l'a jamais vraiment quitté. Etudiante jusqu'en 2013, elle est ensuite devenue professeure. « Lui, c'est le docteur Ogalama, un des enseignants les plus réputés de l'école », glisse-t-elle alors que, dans une salle de cours, une vingtaine d'étudiants en première année écoutent attentivement le débriefing de leurs travaux pratiques. Nous sommes dans un cours de gestion urbaine, l'une des trois filières principales proposées aux architectes en herbe.


« Moi, c'est ça qui m'intéresse, c'est pour ça que j'ai intégré l'école. Je veux pouvoir gérer les villes en Afrique. Comme notre continent est en voie de développement, tout reste à faire », chuchote Claude, un étudiant tchadien, pour ne pas perturber le cours. Au tableau, Béranger, venu du Bénin, dessine les courbes de niveaux d'une ville. Dans trois ans, une fois rentrés dans leurs pays respectifs, ces apprentis architectes, originaires de quatorze pays d'Afrique francophone, auront le pouvoir de modeler les villes.


Emprunter à la tradition


De son côté, Grace, qui vient du Burkina Faso, voit la chose de façon beaucoup plus pragmatique. « Dans trois ans, quand je sortirai de l'école, si je veux partir au Cameroun, au Togo ou au Bénin, j'aurai des relations. Ce mélange nous ouvre des portes et nous permet d'enrichir notre travail avec les cultures de ces pays-là », sourit-elle. Son cours préféré s'intitule « Espaces africains ». « On fait des exposés sur les peuples d'Afrique, leurs modes de vie, leurs habitats. On apprend leurs techniques de construction et ça nous donne des idées. »


Comme une évidence, lorsqu'on demande à Grace quel architecte l'inspire, elle qui pense que le vernaculaire et le durable sont les seules voies à emprunter pour façonner les villes africaines du futur, elle répond : Diébédo Francis Kéré. L'architecte star du Burkina, formé à Berlin, a gardé ses racines profondément enfouies dans la terre de son village natal, Gando, dans le sud-est du pays. Au beau milieu de la brousse, son école primaire à l'allure futuriste, bâtie en briques de boue et couverte d'un plafond d'argile, est devenue un modèle pour les élèves de l'EAMAU.


Dans quelques années, ceux-ci espèrent changer le visage de leurs villes. Aujourd'hui, ils ont déjà compris que la modernité résidait aussi dans l'emprunt à la tradition.


http://www.lemonde.fr/afrique/article

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Attaque à Ouagadougou: des assaillants «très jeunes» et prêts à mourir

Le Burkina Faso est en deuil national jusqu'au mercredi 16 août suite à l’attaque terroriste qui a fait 18 victimes, dans la nuit du dimanche 13 au lundi 14 août. Les deux assaillants qui ont été abattus n’ont pas été identifiés pour l’instant, mais l’enquête a permis de préciser leur profil.

C’est par trois jours de deuil national que la vie à Ouagadougou et dans le reste du pays reprend péniblement ce mardi. Le deuil a été décrété à la mémoire des 18 victimes qui étaient, comme on le dit ici, « au mauvais endroit, le mauvais jour », et qui sont tombées sous les balles terroristes de deux hommes qui n’ont toujours pas identifiés.

Leur apparence, l’armement utilisé et le mode opératoire rappellent cependant fortement l’attentat du 15 janvier 2016 qui avait fait 30 morts au café Cappuccino et à l’hôtel Splendid. C’est ce qu’a expliqué lundi devant la presse la procureure de la République, Maïza Sérémé. Les deux hommes étaient « des assaillants très jeunes » qui se sont « rendus au combat pour mourir ».

Les terroristes sont arrivés en moto à proximité du restaurant Aziz Istanbul, sur l’avenue Kwame Nkrumah, chacun avec « un fusil d’assaut AK-47 » et énormément de munitions. Ils ont alors tiré tous azimuts sur la clientèle du restaurant, dont une partie était venue pour célébrer un anniversaire.

Appel à témoin

Les deux hommes ont été « neutralisés » aux alentours de 22h15 par les forces de sécurité burkinabè qui ont également libéré quarante personnes qui étaient retenues en otage. La procureure a également précisé que les policiers continuent de ratisser le quartier et mènent une enquête pour trouver d’éventuelles complicités.

A ce titre, les autorités burkinabè ont lancé un appel à témoin auprès de toute personne susceptible de leur apporter des renseignements sur les ramifications de cet attentat.

Selon le bilan délivré par les autorités burkinabè, l'attentat a fait 18 morts, dont huit Burkinabè et sept étrangers - un Français, une Canadienne, un Sénégalais, un Nigérian, un Turc et deux Koweïtiennes . Les corps de trois victimes n'ont, pour l'instant, pas été identifiés. La plus jeunes des victimes était âgée de 15 ans.

L'attaque a également fait 22 blessés, parmi lesquels plusieurs enfants et cinq agents des forces de sécurité.

L'attentat de dimanche soir a eu lieu à quelques mètres à peine des établissements visés il y a un an et demi, comme une provocation à l’encontre des autorités burkinabè, qui avaient pourtant nettement augmenté leur dispositif de sécurité.

RFI

 

 

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Opinion sur les critiques en la personne du Président Paul Kagame après sa troisième réélection à la tête du Rwanda: un autre regard sous une autre optique...par Thiello UGB-_énégal

 

Du Constat à l' interrogation...


Pourquoi cet acharnement sur la personne du Président Paul Kagame après sa 3ème réélection à la tête du Rwanda avec un taux de plus de 98% ?


Décidément les apôtres de la démocratie semblent être très remontés contre Kagamé à la suitedu troisième renouvellement de son mandat.


Cette tendance à vouloir mesurer la démocratie ou la légitimité par les élections est inquiétante, plus inquiétante encore lorsque qu'on ignore la trajectoire historique et la dynamique de l' État en cause ou on préfèretout simplement faire l'omerta consciemment dans un soucis de parfaire un raisonnement logico-déductif au grand plaisir des philosophes.


La démocratie, ne se réduit, ni ne s'exclut dans l'élection, quoique transparente paraîtrait elle. L'élection n'est qu'un élément parmi d'autres qui fondent la légitimité d'unPrésident. Ce faisant, Promenons-nous dans l'historiographie du vote dans les pays dits « démocraties avancées » pour tâter un peu le pouls historique du droit devote et même son caractère démocratique.Ainsi, les États Unis, considérés comme miroir en matière de démocratie, les noirs n'ont commencéà voter qu'en 1965. En Angleterre les femmes ont disposé du droit qu'à partir de 1918. En France, ce n'est que très récemment à partir de 1944 que les femmes acquièrent le droit de vote.


Force est alors de reconnaître que même dans les pays dits démocratiques, le droit de vote pour tous les citoyens, du moins certains citoyens longtemps dépourvus dudit droit, n'est qu'acquis tardivement dans ces mêmespays. Il fut lui-même,non seulement,discriminatoire mais acquis tardivement, de surcroît.
En outre, la légitimité, elle aussi, ne s'exclut point dans la typologie classique, orthodoxe et iconoclaste de Max Weber. Elle n'est pas que charismatique, traditionnelle et légale rationnelle. Elle est aussi et fondamentalement une formulation des politiques publiques pour répondre aux besoins des populations.
La légitimité se mesure essentiellement à l'épreuve des politiques publiques mises en œuvre et de leurs succès.

C'est dans cette perspective que Philippe Zittoun en s'inspirant deMachiavel, dans son ouvrage intitulé la fabrique de politiques publiques publié en 2013, soutient : « Les politiques publiques sont le lien où se joue la stabilité du pouvoir et où se forge l'identité même du politique. »


Par ailleurs, Oui à la démocratie aux respects de règles et principes qui la gouvernent mais non à l'absolutisation outrancière de ces fameux principes et règles.


Une articulation entre contexte socioculturel et les principes exogènes ayant émergés dans un contexte particulier doit fondamentalement guider l'application des principes démocratiques avec les logiques vernaculaires. Surtout dans le cadre de ce pays, il faut garder en tête que le Rwanda est toujours un État en construction et une identité en consolidation.Pas besoin de rappeler ici le choc que ce pays a traversé, du moins, nous le pensons.


De l'interrogation du constat...
Au finish, quelles finalités aspire -t-on?


Entre l'organisation répétitives d'élections coûteuses non représentatives émaillées de contestations routinières et la « gouvernance »( pas au sens normatif de la banque mondiale comme l'aurait précisé Jean Pierre Olivier de Sardan)sous le magistère d'un homme quoique un peu "autoritaire" mais où la rigueur dans le travail est de mise, les conditions de vies améliorées, la corruption sévèrement réprimée, la salubrité sérieusement pris en compte, le taux de croissance rivalisant avec les pays du nord, quel devrait être notre choix ?


Qu'avons nous à faire avec des alternances formelles, non alternatives, stériles en matière d'amélioration des conditions d'existence et s'accommodant de clientélisme, de redistribution ciblée des ressources pour reprendre Médard.


L'actualité est fort édifiante dans le contexte sénégalais. Toutefois, nous préférons faire l'omerta sur cette calamiteuse situation car la littérature en ces derniers temps y fut abondante, très abondante.
Si aujourd'hui le Singapour est au niveau qu'il est, avec son économie dynamique qui la hisse au cœur des pays dits émergents, c'est en grande partie grâce au leadership caractérisé par un "autoritarisme souple de Lee KuanYew.


Nous ne sommes pas contre l'élection, loin de là, mais nous sommes, modestement, pas favorables àson utilisation en tant que seule ou essentielle variable pour mesurer la démocratie, saisir la teneur de la légitimité d'un Président de la République.


Promenons-nous sur le terrain des réalisations de Paul Kagamé, vaste terrain qui fonde principalement sa légitimité.N'est il pas de coutume de dire ou d'entendre que les chiffres parlent d'eux même ? En conséquence, laissons les alors parler d'eux mêmes.


Aujourd'hui, le taux de croissance du Rwanda est de 7% . Ilest le deuxième pays au palmarès de « Doing Business » et 91% d'accès de la population a l'assurance maladie. La population est à 95% aujourd'huicouverte par l'internet mobile.En outre, le taux de mortalité maternelle et infantile est divisé par 6 en 20 ans. Comme si tout cela ne suffisait pas, en matière de Sécurité, de propreté,le Rwanda est aujourd'hui une référence. Enfin, le taux de corruption minimal tourne, dérisoirement comparé aux autres taux des autres pays africains, autour de 4% au dernier classement africain de Transparency International.


Par conséquent, pour reprendre les propos de l'autre, lorsqu'un président travaille, il n'a pas du mal à se faire réélire fut-il pour un 3ème mandat au grand dam des démocraties dites modernes ou avancées.
Mais lorsque vous passez un mandat entre les avions, déconnecté de toute réalité, un 2ème mandat devient problématique et certains citoyens s'impatientent de vous voir finir rapidement votre quinquennat, quoique démocratiquement aviez vous été élu.


Je termine par ces propos de Coluchequi nous enseigne: « Si voter changeait quelque chose, il y'a longtemps queça serait interdit ».

Amadou Tidiane THIELLO
M 1 Science Politique/ UGB
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Maroc : quand les citoyens guident le changement

 

Maroc : quand les citoyens guident le changement

Les Marocains ont attendu six mois pour avoir un gouvernement. Et il a suffi de quelques maladresses pour que la crédibilité de ce cabinet né dans la douleur soit entamée.
Des milliers de manifestants réunis en hommage à Mouhcine Fikri, un vendeur de poisson mort broyé dans une benne à ordures, le 4 novembre 2016, à Al Hoceïma, au Maroc. © Samia Errazzouki/AP/SIPA
Les Marocains ont attendu six mois pour avoir un gouvernement. Et il a suffi de quelques maladresses pour que la crédibilité de ce cabinet né dans la douleur soit entamée.


Maroc : double vitesse


Le 14 mai, un communiqué des partis de la majorité a qualifié les contestations qui agitent la province d'Al Hoceima depuis octobre 2016 de « séparatisme et [de] sédition ». Le lendemain, des milliers de Rifains lui répondaient par une grande manifestation, dénonçant une atteinte à leur dignité. Le gouvernement a tenté de renouer le dialogue en dépêchant des ministres sur place.
Début juillet, El Othmani lui-même a reconnu, au cours d'une interview télévisée, qu'il regrettait les termes de ce communiqué. Mais le mal était fait, et les manifestations dans le Rif – qui n'a jamais eu de relation simple avec l'Histoire – ont pris de l'ampleur. À la mi-juillet, à peine franchi le cap des cent jours, on pouvait dire que le gouvernement de Saadeddine El Othmani avait failli sur la gestion de ce dossier brûlant. La situation lui a tellement échappé que ses appels au calme n'ont rencontré qu'indignation, tristesse et saillies.


Une déchirure grandissante


Au-delà du Rif, cette séquence a surtout révélé la déchirure toujours plus grande entre le monde politique et la population. Depuis une dizaine d'années, les différentes élections affichent de bien piètres taux de participation. Excepté en 2011, quand les politiques ont été les porte-voix d'une rue arabe en ébullition, l'abstention a été le grand vainqueur des derniers scrutins.
Un phénomène qu'on observe d'ailleurs dans d'autres pays, comme l'Algérie ou la France. Partout ou presque, l'action politique dans sa configuration actuelle n'est plus au diapason des aspirations et de l'action citoyennes. Les sociétés se développent et évoluent si vite qu'elles se détachent de plus en plus de leurs représentants politiques, tel un corps se défait d'un vêtement qui ne lui sied plus, trop vieux, trop usé. Alors, quand les acteurs politiques se retournent contre les voix qui les ont élus, qu'ils leur reprochent d'exercer leur droit de manifester librement... bonjour les dégâts !


Certes, les marches de protestation dans le Rif ont récemment été émaillées par des scènes de violence, déclenchées par des groupes de casseurs, blessant des dizaines de membres des forces de l'ordre et incendiant une résidence de la police. Elles ont cependant eu aussi leurs moments de civisme, lorsque les manifestants eux-mêmes formaient des cordons de sécurité pour protéger les biens publics des tentatives de vandalisme. Par bien des aspects, ce mouvement social montre que la culture de la manifestation pacifique s'est normalisée au Maroc.
Associer les citoyens au processus décisionnel


Dans ce pays en mouvement, l'action politique n'a pourtant pas suivi ce changement sociétal. Pis, elle a cherché à enlever à l'action citoyenne tout ce que cette dernière a acquis au cours de décennies de « mûrissement ». Ce n'est pas pour rien que de plus en plus de voix s'élèvent, y compris parmi des personnalités officielles haut placées, appelant à réinventer les mécanismes de médiation avec les citoyens pour qu'ils soient associés au processus décisionnel.


Partout dans le monde, les politiques se sentent dépassés. Mais, lorsque la situation sociale devient tendue, il faut apprendre à se surpasser. À nouvelle société, nouveaux mécanismes d'intermédiation. Ce choix ne serait pas de trop dans un royaume qui a traversé sans dégâts l'épreuve des révolutions arabes, qui a su s'adapter à la mondialisation, devenir un champion économique et qui vient de réintégrer, avec savoir-faire et grande agilité, son corps africain.


par Nadia Lamlili


Nadia Lamlili est responsable de la zone Maghreb/Moyen-Orient sur le site de Jeune Afrique. Elle est en particulier spécialiste du Maroc.
http://www.jeuneafrique.com/mag/461686/politique

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