Afrique

UA-UE: un sommet sous la pression de la crise migratoire

Comme lors de chaque grand rendez-vous international, un thème s’invite en général en marge de la réunion. Pour ce sommet Union africaine - Union européenne, la jeunesse devait avoir tous les projecteurs braqués sur elle, finalement, ce sont les migrants qui ont retenu la majeure partie de l’attention.

De notre envoyée spéciale à Abidjan,

Deux déclarations communes marquent la fin de ce sommet entre l’Union africaine et l’Union européenne à Abidjan. La première était attendue. Elle concerne notamment le partenariat Afrique - Europe, mais aussi les jeunes qui étaient au cœur de la thématique de cette rencontre : « Investir dans la jeunesse pour un avenir durable ». La seconde déclaration s’est, elle, imposée en raison de l’actualité avec la mise en lumière ces dernières semaines du calvaire des migrants africains en Libye.

La situation des migrants en Libye est « dramatique » pour Moussa Faki Mahamat, le président de la Commission de l’Union africaine. Selon des estimations données lors de conférence de presse de fin de sommet, il y aurait « entre 400 000 et 700 000 migrants africains en Libye ». L’UA, avec les autorités libyennes, aurait déjà identifié près d’une quarantaine de camps. « Mais il y en aurait beaucoup plus », selon le haut responsable de l’UA. Il faut donc agir rapidement avec déjà près de 3 800 Africains identifiés à évacuer de toute urgence du pays pour la commissaire de l’Union africaine aux Affaires sociales, Amira Elfadil.

Les responsables présents au sommet condamnent donc collectivement dans cette déclaration les images qui ont montré la vente de migrants comme esclaves en Libye. Ils saluent les efforts des autorités libyennes et l’enquête qui a été ouverte. Les migrants qui le souhaitent doivent pouvoir rentrer dans leurs pays d’origine et donc les responsables soulignent la nécessité de toutes les parties libyennes de faciliter l’accès des organisations internationales et des autorités consulaires au territoire libyen. Ils appellent également à une action internationale pour accélérer la résolution de la crise libyenne.

Une « task force » UA-UE-ONU

C’est notamment le rôle qui sera donnée à la « task force » annoncée dès mercredi soir. Des sources européennes et au sein de l’Union africaine ont été claires « il ne s’agit pas d’une intervention militaire », mais plutôt d’une action conjointe, une action renforcée entre des acteurs déjà présents sur le terrain. Pas question d’envisager l’envoi de militaires étrangers sur place, confirme Moussa Faki Mahamat qui dément une divergence avec les propos du président français Emmanuel Macron tenus sur RFI et France 24 où il évoquait une « initiative policière et militaire ». Pour Moussa Faki Mahamat, ces actions auront lieu dans les pays où les passeurs et trafiquants sont aussi présents pour les traduire en justice. Et elles seront menées par les autorités des pays concernés.

Pour cette « task force », « on ne démarre pas de zéro, insiste une source européenne. L’Organisation internationale des migrations est sur terrain, le Haut-Commissariat aux réfugiés est sur le terrain. L’ONU est là ainsi que les pays d’origine. Des actions contre les trafiquants sont déjà menées, mais il s’agira d’arriver à un changement d’échelle et à une plus grande coordination ».

Une annonce loin d’être une solution pour Oxfam. Pour l’ONG, c’est encore une fois une réponse à court terme à un problème conjoncturel. Ces décisions ne prennent pas en « compte la complexité du problème libyen ». « Vous vous imaginez, il y a en Libye, en plus des migrants, près de 350 000 déplacés, affirme la responsable de l’ONG en Afrique de l’Ouest, Imma de Miguel. Qu’est-ce qu’on fait pour eux ? On ne s’attaque pas aux causes ».

Nouveau partenariat Afrique – Europe

Et pourtant, les raisons de la situation en Libye, il en a été question lors de la conférence de presse de fin de sommet. Alpha Condé, le président guinéen et président en exercice de l’UA, a rappelé que les pays africains subissent aujourd’hui les conséquences d’une intervention militaire « que nous ne voulions pas ». Il a insisté sur la voix de l’Afrique qui n’avait pas eu d’écho à l’époque, en 2011, expliquant que désormais ce ne serait plus jamais pareil. L’occasion d’évoquer pour le chef de l’Etat, le nouveau partenariat entre le continent africain et l’Union européenne.

« L’Afrique parle désormais d’une seule voix, ce qui n’était pas le cas avant. Nous sommes unis et nos partenaires ont compris que nous avons pris notre destin en main ». Le président l’a dit et redit « les choses changent ». Avoir une relation plus équilibrée, c’était l’ambition de la délégation européenne pour ce rendez-vous. Il y a eu à Abidjan dans ce domaine comme dans d’autres beaucoup d’intentions, mais finalement peu de réalisations.

C’est notamment le cas pour tout ce qui concerne les jeunes. Le sommet leur était dédié. Pourtant, il n’y a pas eu d’annonce concrète les concernant. Tous les dirigeants et responsables se sont accordés sur un point : la jeunesse est aujourd’hui en Afrique un des secteurs clés pour le développement du continent. « Nous avons écouté les jeunes, car nous ne pouvons pas faire le bonheur de quelqu'un à son insu », a même déclaré Alpha Condé dans son discours de clôture.

C’est « une opportunité gâchée » pour Friederike Röder de l’ONG One. « On avait la possibilité de définir un plan global, une véritable stratégie commune. Finalement, il n’est pas là ce plan dont on a besoin alors que la population africaine va doubler d’ici 2050 ». Et même si la responsable salue la déclaration sur la Libye, « cela ne fait qu’éteindre les feux de forêt, il n’y a pas de mesures à moyen et long terme ».

Et le défi est majeur puisque l’Afrique a désormais besoin de plus de 20 millions de créations d’emplois par an pour répondre à la démographie galopante. Dans les débats et les échanges, il a donc été question d’éducation, de formation, de la place des jeunes filles. Mais pour les grandes annonces, il faudra attendre. Attendre le 8 février 2018 et la Conférence de financement du Partenariat mondial pour l’éducation qui aura lieu à Dakar, qui se tiendra au Sénégal.

RFI

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Visite d'Emmanuel Macron au Ghana, une première pour un président français

Emmanuel Macron a quitté Abidjan et pris la direction d'Accra, la capitale du Ghana. Il est arrivé ce jeudi 30 novembre dans ce pays anglophone, ce qui constitue une première pour un président français. Le chef de l'Etat français est d'ailleurs accompagné par le Premier ministre des Pays-Bas. Emmanuel Macron va s'entretenir avec son homologue ghanéen Nana Akufo-Addo.

Les deux hommes vont parler nécessairement du Togo. Nana Akufo-Addo a été mandaté par ses pairs d'Afrique de l'Ouest pour piloter une tentative de dialogue entre le pouvoir et l'opposition du Togo.

De son côté, Emmanuel Macron a déclaré au micro de RFI et France 24 qu'il « souhaitait des élections libres qui rendent possible une éventuelle alternance ». Et c'est en réponse à une question sur le Togo, qu'il a affirmé que « la conservation longue du pouvoir sans processus électoral pluraliste » n'était pas « une bonne chose ».

Promouvoir le français au Ghana

Au-delà du Togo, les deux chefs d'Etat partagent la même ambition pour la démocratie sur tout le continent africain, puisque Nana Akufo-Addo a été élu l'an dernier dans des conditions tout à fait transparentes.

Autre point commun entre les deux chefs d'Etat français et ghanéen : le bilinguisme. L'un parle aussi bien l'anglais que l'autre le français. Depuis son arrivée au pouvoir, le président ghanéen veut promouvoir l'apprentissage du français dans les écoles de son pays. Une initiative saluée par Emmanuel Macron qui se veut le promoteur d'une francophonie plus offensive.

RFI

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Sommet UA-UE à Abidjan: vers une «initiative euro-africaine» sur les migrations

3 000 migrants ont disparus en Méditerranée depuis le début de l’année. 164 000 sont arrivés par la mer en Europe, les trois quarts en Italie, selon les dernières statistiques publiées par l’OIM (l’Organisation internationale des migrations). Malgré des chiffres en baisse par rapport à 2016, la question constitue toujours un enjeu colossal pour l’Europe qui a du mal à gérer cet afflux, comme pour l’Afrique qui voit sa jeunesse fuir massivement le continent. Depuis des semaines et la diffusion des fameuses images de migrants vendus aux enchères, cette question est remontée en tête des préoccupations des gouvernements africains. La question migratoire est d’ailleurs l’un des deux grands thèmes du sommet Afrique-Europe qui s’ouvre pour deux jours à Abidjan.

Devant les 800 étudiants réunis, mardi 28 novembre, dans un amphithéâtre de l’université Joseph-Ki-Zerbo de Ouagadougou au Burkina Faso, le président français Emmanuel Macron est revenu d’emblée et longuement sur ces images qui ont suscité une onde de choc diplomatique et politique en Afrique, évoquant « un crime contre l’humanité », « stade ultime d’une tragédie que nous avons laissé prospérer sur les routes de la nécessité ».

Face à cette « atteinte à notre dignité humaine », « premier péril qui pèse sur nos consciences », le président français doit présenter ce mercredi à Abidjan une « initiative euro-africaine » sur le sujet. « Une initiative qui doit commencer par frapper les organisations criminelles, les réseaux de passeurs qui agissent impunément depuis les centres urbains de la corne de l’Afrique et de l’Afrique de l’Ouest jusqu’aux côtes européennes. Je proposerai également que l’Afrique et l’Europe viennent en aide aux populations prises au piège en Libye en apportant un soutien massif à l’évacuation des personnes en danger » avait déclaré Emmanuel Macron.

La traite des êtres humains en Libye est un fléau que les ONG ne cessent de dénoncer depuis des années. Les images de CNN, sur lesquels nombre de dirigeants européens et africains ont feint de découvrir une réalité, ont eu le mérite de relancer le débat sur les responsabilités et les méthodes. Comme elle l’a fait avec la Turquie pour tarir le flux de migrants et réfugiés en provenance du Moyen-Orient vers la Grèce, l’UE traite depuis plusieurs mois avec plusieurs « autorités » libyennes pour contenir ces mêmes flux en provenance d’Afrique sur la rive sud de la Méditerranée.

Parmi les « autorités » financées directement ou indirectement par l’UE en Libye, les garde-côtes. Sur le papier cette politique semble donner des résultats puisqu’à en juger par les derniers chiffres publiés par l’OIM, le nombre de migrants arrivés en Europe par la mer a été plus que divisé par deux par rapport à l’an dernier (164 000 depuis le 1er janvier 2017 contre 348 600 sur la même période en 2016).

L’Europe pointée du doigt

Mi-novembre, le Haut commissaire des Nations unies aux droits de l’homme a fustigé cette coopération de l’Union européenne avec la Libye, décrivant une situation « catastrophique ». « La politique de l’UE consistant à aider les garde-côtes libyens, à intercepter et renvoyer les migrants est inhumaine. La souffrance des migrants détenus en Libye est un outrage à la conscience de l’humanité », a déclaré dans un communiqué Zeid Ra’ad al-Hussein.

Depuis des mois, les ONG et organisations internationales critiquent cette politique européenne, qui s’accompagne selon elles d’une certaine passivité face aux conditions de vie désastreuses des candidats à l’exil et aux sévices qu’ils subissent, notamment dans les centres où ils sont parqués.

« Il y a ce discours de lutter contre les trafiquants, mais en même temps l’Union européenne finance les garde-côtes libyens, dont on sait pertinemment - et l’ONU a pu le vérifier - qu'ils participent eux-mêmes au trafic. C’est quand même assez paradoxal de vouloir lutter contre les trafiquants sans tirer les conséquences sur où vont les fonds européens, où va l’aide technique et opérationnelle de l’UE auprès des Libyens, qui par ailleurs placent les migrants et réfugiés dans des centres de détention où ils sont persécutés, torturés et parfois exécutés », explique Jean-François Dubost, chargé de la « Protection des populations » pour Amnesty International France

« Responsabilité partagée »

Certains dirigeants n’hésitent pas à pointer la responsabilité de l’Europe dans ce drame. « Ce sont les Européens qui ont demandé aux Libyens de bloquer les gens là-bas. Donc il y a aussi la responsabilité de l’Europe », commentait il y a quelques jours sur RFI le Guinéen Alpha Condé président en exercice de l’Union africaine. « Comment voulez-vous qu’un Etat où il n’y a pas de gouvernement, où des milices se partagent le pays, ait les moyens de garder les gens dans des conditions décentes ? C’est les livrer clairement à une vie de bête sauvage. Comment on peut accepter que les milices prennent les gens et les gardent dans des conditions totalement inadmissibles, inhumaines », a-t-il ajouté.

Faut-il pour autant occulter la responsabilité des dirigeants africains incapables d’offrir à leurs jeunesses des perspectives d’avenir dans leurs pays respectifs ? « La responsabilité est partagée », tempère Moussa Faki Mahamat. Pour le président de la Commission de l’Union africaine, il faut désormais se concentrer sur des solutions en amont du cas libyen. « Je ne pense pas que ce problème puisse trouver une solution en empêchant les gens de partir [de Libye] en Europe. Je souhaite vivement qu’au lieu de bloquer le passage, il faut plutôt faire en sorte que les gens ne se ruent pas en Libye pour chercher à traverser la Méditerranée. Donc il faut s’attaquer aux racines par le développement, par des projets concrets dans ces pays », ajoute-t-il.

Aider à leur retour

A long terme, le développement, mais à court terme, le tri. En octobre, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) a commencé à identifier dans deux pays de transit, le Niger et le Tchad, les migrants susceptibles d’obtenir le statut de réfugiés en France. Ils pourraient être 3 000 en deux ans à l’obtenir avec ce programme. Quant aux migrants déboutés, ils devront être reconduits dans leur pays, avec le concours de l’Organisation internationale des migrations.

« Nous devons aussi encourager le travail de l’OIM avec tous les Etats africains d’origine, et aider au retour dans ces Etats d’origine. Nous ne pouvons pas laisser des centaines de milliers d’Africains qui n’ont aucune chance d’obtenir le droit d’asile, qui vont passer parfois des années en Libye prendre tous les risques en méditerranée, courir à ce drame. Il est donc indispensable d’œuvrer à leur retour et d’aider à cet égard l’OIM. La France a commencé à faire ce travail en lien étroit avec les autorités tchadienne et nigérienne. Mais face à l’ampleur de la tragédie nous devons changer d’échelle », a plaidé le président français à Ouagadougou.

Mais au-delà du défi logistique et des considérations philosophiques que cela pose, une gageure diplomatique s’impose à Emmanuel Macron : convaincre non seulement les pays d’Europe à participer à la sélection des migrants dans les pays de transit comme la France le fait au Niger et au Tchad. Mais surtout convaincre les pays d’origine, pour qui souvent la diaspora est une manne financière, d’accepter le rapatriement de leurs candidats à l’exil, voire de participer à ce retour.

RFI

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Emmanuel Macron à Ouagadougou: genèse d’un discours

Emmanuel Macron sera lundi soir 27 novembre au Burkina Faso. Le président français aura un premier entretien avec son homologue Roch Marc Christian Kaboré et fera une première déclaration. Mardi matin, il prononcera à l'université de Ouagadougou un discours sur sa politique africaine devant 800 étudiants. Les thèmes qu’il entend mettre en avant ? Le développement du secteur privé, la mobilité et l’éducation. Son entourage l’assure : « le président n’esquivera aucune question ».

Les appels à manifester lancés ces dernières heures par plusieurs organisations de la société civile burkinabè ne font que confirmer une réalité : Emmanuel Macron ne sera pas mardi en terrain conquis.

Une réalité dont l’Elysée dit avoir parfaitement conscience : « On aborde ce discours en se disant "ce n’est pas un public conquis d’avance par ce qu’on vient de dire" ». Et l’un de ses conseillers d’ajouter : « Au-delà du Burkina Faso, le sens de ce déplacement c’est aussi de prendre conscience que la France en Afrique n’est pas attendue partout, que la vision n’est pas forcément bonne, que notre influence est en recul ».

Un discours qui a vocation à parler «aux Africains mais aussi à la France»

Un constat qui n’empêche pas son entourage de fonder de grands espoirs dans ce discours. L’objectif premier ? Qu’il enclenche le renouvellement de la relation entre la France et le continent. L’ambition à terme ? Que ce discours permette non seulement de « faire évoluer la perception de la France par cette jeunesse [africaine] », mais qu’il suscite également « un mouvement, un appétit, qu’il créée une mobilisation collective en France et en Afrique ».

Car selon l’Elysée, l’intervention d’Emmanuel Macron mardi à Ouagadougou a vocation à parler « évidemment aux Africains » mais aussi « à la France et notamment à la jeunesse française ».

Comment le président français entend-il s’y prendre pour marquer les esprits ? Pour garder l’effet de surprise, son entourage n’a divulgué que des bribes d’informations.

Des éléments qui ne sont pas sans rappeler la manière de faire de certains de ses prédécesseurs. Exemple : comme Nicolas Sarkozy il y a dix ans, Emmanuel Macron s’adressera à la jeunesse africaine. Comme lui, il s’exprimera depuis l’amphithéâtre d’une université. A un détail près, l’actuel locataire de l’Elysée aura face à lui 800 étudiants alors qu’en 2007, Nicolas Sarkozy avait préféré s’exprimer uniquement devant des universitaires pour éviter toute réaction hostile.

Développer le secteur privé, l’une des priorités pour Emmanuel Macron

Si l’on ne connaît pas la teneur du message qu’entend délivrer Emmanuel Macron, plusieurs éléments permettent toutefois d’en entrevoir les contours. Durant la campagne, le candidat avait fait du « développement du secteur privé, notamment des PME africaines qui sont créatrices d’emploi », l’une de ses priorités. Car, expliquait-il dans Jeune Afrique en avril dernier, « un des grands défis pour nous tous, c’est de créer en Afrique des emplois pour la jeunesse africaine ».

L’entrepreneuriat et plus généralement l‘économie devraient donc être au cœur de son plaidoyer. A l’Elysée, on répète aujourd’hui vouloir établir « un nouveau partenariat » avec le continent. Au cours de son voyage, le président a prévu de soutenir l’innovation et l’entrepreneuriat. Dans ce cadre, Emmanuel Macron ira notamment visiter un incubateur de start-up jeudi à Accra. Et son entourage précise bien que ses déplacements sur le terrain illustreront son discours.

Un discours également axé sur la mobilité et l’éducation

Les autres thèmes qui seront mis en avant ? Les travaux du Conseil présidentiel pour l’Afrique (CPA) nous éclairent sur ce point. Cette structure chargée d’aider le président à préparer son discours, a centré sa réflexion autour non seulement du secteur privé, mais aussi de l’éducation, de la mobilité, de la culture et des nouvelles technologies.

Après s’être réuni une fois par semaine pendant deux mois, le CPA a remis ses conclusions au président le 14 novembre dernier. Ce soir-là, au cours d’un dîner à l’Elysée, chaque membre a été amené à sensibiliser le président sur chacun de ces sujets et à formuler des propositions. Si l’Elysée ne veut pas en dire plus, il apparaît clair que le président a en tête de mettre ce mardi l’accent sur la mobilité et l’éducation. Ce n’est donc pas un hasard si le ministre français de l’Education, Jean-Michel Blanquer, fait partie de la délégation qui accompagne le président.

Secteur privé, mobilité, éducation…. Emmanuel Macron abordera-t-il également des sujets plus sensibles comme la colonisation ? Pendant la campagne, le candidat Macron avait surpris son monde en qualifiant la colonisation en Algérie de « crime contre l’humanité ».

Dans Jeune Afrique au mois d’avril, il précisait le fond sa pensée : « Je ne m’inscris pas dans la repentance, mais je ne souhaite pas non plus refouler ce passé, dont la connaissance doit nous aider à construire un avenir apaisé ». Et le candidat d’enfoncer le clou : « C’est en assumant la vérité sur notre histoire commune que nous pourrons regarder l’avenir avec confiance ». Simple discours de candidat en campagne ou position clairement assumée ? Désormais président, Emmanuel Macron se veut beaucoup plus discret sur le sujet. Un événement récent lui a sans doute fait prendre conscience de l’importance de la question pour certains de ses interlocuteurs.

La colonisation, objet d’un débat animé lors du dîner avec le CPA

Selon plusieurs sources, le dîner du 14 novembre à l’Elysée avec les membres du CPA a donné lieu à un échange animé sur le sujet entre le président et l’une des membres de ce conseil, Elisabeth Gomis. Contrairement à ce qui était attendu, la journaliste décide ce soir-là de sensibiliser le président sur les enjeux mémoriels. « En fait, je me suis dit qu’il fallait qu’on commence par le commencement, explique-t-elle aujourd’hui. Parlons de la colonisation. En Afrique et en France pour la diaspora c’est un vrai sujet. En Afrique, toutes les crispations elles sont autour de ça. »

La ligne défendue par cette jeune réalisatrice ? Que la France regarde son passé en face. « Je ne demande pas qu’il se mette à genoux et qu’il demande pardon ! C’est pas ça l’idée, c’est juste acceptons l’Histoire, embrassons cette histoire de France et arrêtons d’en faire un tabou qui nourrit aujourd’hui tous les fantasmes ».

Ainsi ce 14 novembre, Elisabeth Gomis dit au président ce qu’elle a sur le cœur : « Je sais que De Gaulle c’est une figure pour Emmanuel Macron. Je lui ai dit qu'effectivement De Gaulle, c’était un héros pour la France mais c’était aussi le blanchiment des troupes coloniales. Et si on ne le dit pas, on ne raconte pas l’histoire ! »

Un parti pris qui fait vivement réagir le locataire de l’Elysée. « Il ne m’a pas lâché, relate-t-elle. Ça a été un petit peu une joute verbale, il fallait que j’argumente ». Au final, la journaliste formule plusieurs propositions comme le soutien à la création d’une fondation pour la mémoire de l’esclavage, un projet lancé par François Hollande et porté aujourd’hui par l’ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault. A-t-elle au final été entendue ? Si à l’Elysée on assure que le président n’a aucun problème avec ce sujet, la journaliste ne cache pas ses inquiétudes. « J’ai peur qu’il soit un peu trop léger sur cette question », confie-t-elle.

Autre sujet de tension sur lequel le président est attendu : le franc CFA. Emmanuel Macron en parlera-t-il ? Une source assure à RFI qu’il abordera le sujet non pas dans son discours, mais au cours de la séance de questions-réponses avec les étudiants. Une séance au cours de laquelle « le président n’esquivera aucune question », promet-on à l’Elysée. Y compris sur l’assassinat de Thomas Sankara, dont le Burkina Faso vient de commémorer le trentième anniversaire ? « S’il est interrogé là-dessus, il répondra », assure un de ses conseillers.

Pas un discours de stigmatisation contre certains chefs d’Etat africains

Ce qui est sûr, c’est qu’à Ouagadougou, Emmanuel Macron n’entend pas pointer du doigt ses homologues africains qui ont du mal lâcher le pouvoir. « Ce ne sera pas un discours de stigmatisation, explique son entourage. Il ne parle[ra] pas aux chefs d’Etat ». Et l’Elysée de préciser : « Le lendemain [à Abidjan pour le sommet UE-UA, ndlr], on sera dans un autre exercice. Un exercice de huis clos entre chefs d’Etat et avec une diplomatie plus classique où on se voit, où on se parle et là les messages peuvent être passés ».

Ce mardi, Emmanuel Macron s’adressera aux étudiants qu’il aura face à lui pour tenter, décrypte ses proches, « de toucher aux préoccupations les plus immédiates de ce public ». Il formulera des propositions concrètes. Présents à ses côtés, les membres du CPA seront chargés d’assurer le suivi de ces propositions. Un suivi qui « sera aussi important que le discours lui-même » aux yeux de son entourage.

Ecoles fermées à Ouagadougou pendant la visite d'Emmanuel Macron

Les écoles sont fermées lundi et mardi dans la province du Kadiogo, c'est à dire à Ouagadougou et sa périphérie, en raison de la venue du président français au Burkina Faso. Une mesure destinée à faciliter la circulation des délégations, explique le porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication, Remis Fulgance Dandjinou.

 

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