Afrique

Terrorisme et migration, les deux priorités africaines d’Emmanuel Macron

Le président français a livré ce mardi 29 août les grandes lignes de sa politique étrangère lors du traditionnel discours du chef de l’État français aux 170 ambassadeurs de France dans le monde. Qualifiant l’Afrique de « continent d’avenir », Emmanuel Macron a fixé ses priorités : lutte contre le terrorisme et lutte contre l’immigration clandestine.

Sans grande surprise, le président français est revenu sur les deux principales priorités de sa politique étrangère mais aussi africaine, celle de lutter contre le terrorisme et de réduire l'ampleur de l'immigration clandestine.

Première priorité : la lutte contre le « terrorisme islamiste »

Pour ce qui est du terrorisme, d'abord, Emmanuel Macron affirme qu'il faut concentrer les efforts de la diplomatie française sur la Syrie et l'Irak bien sûr, mais aussi la Libye et le Sahel, les deux foyers du terrorisme sur le continent africain. « La lutte contre le terrorisme islamique » est la « première priorité » de sa feuille de route diplomatique, a affirmé le président français.

« Oui je parle bien d'un terrorisme islamiste et j'assume parfaitement l'emploi de cet adjectif », a-t-il par ailleurs insisté. « Car rien ne serait plus absurde que de nier le lien entre les actes terroristes que nous vivons et une lecture à la fois fondamentaliste et politique d'un certain islam. L'angélisme n'est pas de mise à cet égard. »

A (ré)écouter : Le G5 Sahel a-t-il les moyens de ses ambitions ? - L'émission « Géopolitique, le débat » du dimanche 6 août 2017

Pour cela pas beaucoup d'annonces concrètes, mais Emmanuel Macron dit vouloir associer une approche sécuritaire et de développement économique de ces zones. Exemple au Mali, avec l'engagement militaire français d'un côté mais qui ne suffit pas, « il faut faire plus », dit le président français sur la mise en place de l'accord de paix d'abord, mais aussi le développement. Il a donc annoncé ce matin la nomination d'un envoyé spécial chargé de la sécurité et du développement du Sahel sans plus de précision.

Un ambassadeur en charge des questions de migrations

L'autre priorité c'est la « crise migratoire », comme l'a qualifiée Emmanuel Macron. « Accueillir les migrants est un devoir humain » affirme le président français, sans toutefois proposer des solutions concrètes.

Il annonce toutefois la nomination d'un ambassadeur chargé de coordonner les négociations liées aux migrations entre la France, l'Union européenne et l'Union africaine.

Europe-Afrique: Macron présente un plan d'action pour les migrants

Globalement, le discours de ce mardi matin a offert assez peu de clarifications sur ce sujet. Il aura plutôt servi à revenir sur des actions menées par le gouvernement français et à répéter des annonces déjà formulées précédemment.

Emmanuel Macron a cependant annoncé une visite prochaine, à Ouagadougou. Un passage dans la capitale burkinabè dont la date n'a pas été précisée, mais qui sera pour lui l'occasion de présenter plus avant sa vision de la politique africaine.

C’est en Afrique que se joue largement l’avenir du monde. La France ne saurait être ce pays post-colonial hésitant entre un magistère politique affaibli et une repentance malsaine.

Emmanuel Macron

Et cette vision, le discours délivré ce mardi matin a déjà permis de s'en faire une idée, avec une volonté affichée d'avoir une vision positive de l'Afrique et une approche politique quasiment lyrique. « L’Afrique n’est pas seulement le continent des migrations et des crises, c’est un continent d’avenir », a déclaré Emmanuel Macron.

Ni « magistère affaibli », ni « repentance malsaine »

« C’est aussi à ce titre que nous ne pouvons pas le laisser seul face à ses défis démographiques, climatiques, politiques. Car c’est en Afrique que se joue largement l’avenir du monde. La France ne saurait être ce pays post-colonial hésitant entre un magistère politique affaibli et une repentance malsaine », a-t-il continué.

Et Emmanuel Macron d'assurer que « les pays d’Afrique seront nos grands partenaires et nous devons continuer à apprendre d’eux comme ils peuvent apprendre de nous. » Il a également confirmé la mise en place, dans les semaines qui viennent, d'un Conseil présidentiel pour l'Afrique. Ce Conseil - c'était l'une de ses promesses de campagne -, le président français la décrit comme une « structure inédite tournée vers les attentes de nos jeunesses ».

Ce conseil, dont il affirme également qu'il « transformera la gouvernance de la politique africaine », sera composé d'une douzaine de personnes issues de la société civile, avec des personnalités du monde de la culture, du sport, ainsi que des entrepreneurs. Parmi eux, le footballeur franco-béninois Jean-Marc Adjovi-Boco, la chercheuse kényane Yvonne Mburu, l’avocat français Yves-Justice Djimi ou encore Jules-Armand Aniambossou, camarade de promotion d’Emmanuel Macron à l’ENA.

 J-A Aniambossou: Emmanuel Macron propose un nouveau partenariat pragmatique

Leur rôle au sein de ce conseil : faire entendre un son de cloche différent de celui des conseillers Afrique du président, formuler des propositions concrètes d’actions sur des secteurs d’avenir, ou encore développer un lien avec les sociétés civiles africaines. Mais il y a des inquiétudes déjà sur une présence très forte d'entrepreneurs privés et d'une vision très business de ce nouveau conseil.

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Paris accueille un mini-sommet euro-africain sur la crise migratoire

Un sommet sur l'immigration s'ouvre ce lundi après-midi à l'Elysée. Le président Macron recevra ses homologues tchadien, Idriss Déby, et nigérien, Mahamadou Issoufou. Invités également, la chancelière allemande Angel Merkel, la chef de la diplomatie européenne Frédérica Moghérini, le président du conseil italien Paolo Gentiloni, le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy ainsi que le chef du gouvernement d'Union nationale de Libye, Fayez Al Sarraj. Un sommet qui intervient alors que cet été, Emmanuel Macron a souhaité la création de hotspots en Afrique, des centres d'enregistrement des demandeurs d'asile pour limiter les flux migratoires illégaux, les morts en méditerranées et les détentions inhumaines de migrants en Libye. Une annonce controversée et problématique.

Les ambitions d'Emmanuel Macron sur le dossier migratoire vont-elles rester aussi élevées ? Cet été le président français avait annoncé la fin des campements de rue d'ici 2018, la réduction des délais de traitement des dossiers mais surtout, à la surprise générale, l'ouverture prochaine de hotspots en Libye. Vu la situation sécuritaire dans le pays, l'Elysée avait rectifié le tir et finalement parlé de hotspots au Niger et au Tchad.

Mais ces centres verront-ils le jour ? Par sûr. « Nous sommes contre ce projet qui risque de créer un appel d'air. Des milliers de candidats à l'immigration viendront chez nous », explique Hissein Brahim Taha. Selon le ministre tchadien des Affaires étrangères, deux missions françaises sont venus à Ndjamena ce mois-ci. Dont une de l'Ofpra, l'Office de protection des réfugiés.

« Nous avons parlé des 400 000 réfugiés installés sur notre territoire. La mission voulait voir comment les aider à se réinstaller, s'ils avaient droit à l'asile, lesquels étaient les plus vulnérables. Nous n'avons pas parlé de hotspots », explique Hissein Brahim Taha.

Des diplomates français sont venus à leur tour « pour voir comment nous aider à sécuriser la frontière avec la Libye », indique le ministre. Difficile de savoir ce qui va ressortir du sommet amis en tout cas l'idée des hotspots semble s'éloigner. L'organisation Human Rights Watch s'attend, elle, à des platitudes et à une réaffirmation des politiques migratoires existantes.

La frontière nord du Tchad, porte d’entrée en Libye, est un vaste territoire désertique où culmine une chaîne de montagne. C’est dans ce « no man’s land » utilisé par les passeurs pour faire entrer les migrants venant d’Afrique de l’ouest en Libye que la France avait annoncé l’installation de hotspots. Ndjamena solliciterait plutôt un appui pour assurer la surveillance de ce vaste territoire où se côtoient trafiquants, passeurs, rebelles et chercheurs d’or.

L'Italie veut demander plus de soutien

Pour le moment, les relations étroites nouées entre Rome, le chef du gouvernement libyen d’union nationale, et les communautés du sud de la Libye, semblent porter leurs fruits. Les débarquements ont diminué de 72% au mois d’août. Autrement dit : 3 168 arrivées contre 21 294 à la même période en 2016.

Mais le président du Conseil Paolo Gentiloni ne présentera pas seulement avec des chiffres encourageants lors du mini-sommet sur la crise migratoire qui s'ouvre à Paris. L’Italie, qui a accueilli plus de 600 000 migrants depuis 2014, va réitérer sa demande de partage des réfugiés en Europe, et insister sur la nécessité d’engagements plus conséquents en faveur des pays de transit et d’origine des migrants et réfugiés.

Concernant la situation, insoutenable, dans les centres de rétention libyens, Rome, dont la politique de fermeté est très critiquée par les associations humanitaires, mise avant tout sur l’intervention des organisations des Nations unies.

RFI

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La situation économique aura-t-elle une influence sur les élections en Angola?

Plus de 9 millions d'Angolais se rendent aux urnes ce mercredi 23 août 2017 pour les élections législatives. L'enjeu : désigner une majorité, qui déterminera le gouvernement et la présidence du pays. Après la chute vertigineuse des cours du pétrole ces dernières années, l'économie fut un facteur non négligeable de cette campagne.

 

A la fin de la guerre civile, en 2002, l'Angola avait un atout de taille : la manne pétrolière, qui lui a permis de se reconstruire.

Dans la capitale Luanda et dans les principales villes du pays, des gratte-ciel ont fleuri, boostant la croissance qui s'affichait alors à deux chiffres. Et ce, jusqu'à la chute des cours du pétrole en 2014.

Quand le prix du baril s'est mis à baisser de moitié entre 2014 et 2016, Luanda a perdu la moitié de ses entrées en devises. Conséquence : sur le marché informel de change, le kwanza, sa monnaie, a perdu aussi la moitié de sa valeur.

Pis, pour l'économie, cette fixation du taux de change a eu pour effet de décourager les importateurs. L'an dernier, le niveau des importations françaises a par exemple chuté de 60 %.

Les agences de notation revoient les notes du pays à la baisse

Depuis 2014 et le début de la crise, pénuries et impayés se multiplient. Car l'Angola souffre du même mal que les autres pays producteurs de pétrole : c'est une économie peu diversifiée, qui importe presque tout.

Dans un pays qui ne produit presque rien sauf du pétrole, des diamants et des infrastructures, si l'importation de matériaux de construction coûte trop cher, les chantiers s'arrêtent. C'est ce qui arrive à Luanda comme dans d'autres villes.

Plus de devises, cela signifie aussi retard généralisé sur les transferts de fonds : deux à cinq milliards d'encours, murmure-t-on dans les milieux diplomatiques.

Depuis 2014, l'Angola nourrit toutes les inquiétudes. Pour faire des économies, l'Etat a ordonné des coupes budgétaires drastiques. Et malgré un rebond attendu des cours du brut, les agences de notation revoient les notes du pays à la baisse.

Conditions de vie de plus en plus dures pour la population

La dette publique se creuse, même si la situation macro-économique reste stable d'après les agences. Le 15 août dernier, les autorités ont averti qu'elles allaient bientôt émettre pour 2 milliards d'euros d'obligations pour refinancer la dette.

Pendant ce temps, la population souffre. La croissance n'a jamais tout à fait profité aux Angolais, qui ont subi de plein fouet les restructurations des entreprises publiques, mais également l'inflation, qui continue de dépasser les 40 %.

La crise était au cœur de la campagne et pourrait peser sur le vote. Les promesses de sortir de la dépendance au pétrole pour diversifier l'économie et créer plus d'emplois sont restées vaines pour l'instant.

De quoi nourrir le ressentiment. Hausse du chômage comme des prix, pénuries… Les conditions de vie sont de plus en plus dures pour la population.

L'Angola reste très mal classé en matière de corruption

La corruption continue de gangréner le système. L’Angola est classé 164e sur 176 pays au dernier classement de l’ONG Transparency International en la matière. Joao Lourenço, le candidat du MPLA, a promis de lutter contre.

Si de nombreux scandales ont entaché l'image de ce parti, il reste le parti-Etat, omniprésent en Angola. Mais l'entourage du président sortant, qui reste président du MPLA, est accusé d'avoir pillé les ressources du pays.

S’il veut conserver un certain soutien populaire, dans les zones rurales, les provinces et les quartiers populaires, il faut que l’Etat-parti retrouve un rôle social effectif. La population attend que le MPLA fasse plus, en particulier la nouvelle génération qui n’a pas connu la période de la guerre civile, les années 1980-1990 et leurs difficultés. Ils ont donc des attentes, une approche différente nécessairement. Lourenço va devoir apporter des changements pour améliorer leurs conditions de vie, ça ne va pas se régler en parlant de la guerre, de la crise liée à la chute des cours du pétrole.

RFI

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Angola: 9 millions d’électeurs aux urnes pour un scrutin annoncé sans surprise

Les bureaux de vote ont ouvert en Angola, où plus de 9 millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour les élections législatives ce mercredi 23 août. Le parti qui obtiendra la majorité au Parlement décrochera la présidence du pays. L'actuel chef de l'Etat, José Eduardo dos Santos, au pouvoir depuis 38 ans, cède sa place. Le candidat du MPLA, son parti, devrait normalement lui succéder. Il s'agit de l'ancien ministre de la Défense, João Lourenço.

Le vote a démarré ce mercredi 23 août à 7 h, heure locale (6 h TU) dans tout le pays. Plus de 9 millions d'électeurs sont appelés aux urnes dans ce pays qui compte quelque 24 millions d'habitants.

• Quels sont les partis en lice ?

Le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), le parti-Etat qui tient tous les leviers du pays depuis 42 ans – soit plus longtemps que le président sortant José Eduardo dos Santos lui-même -, est un mouvement de libération d’inspiration marxiste-léniniste, converti au capitalisme sauvage.

Pendant la campagne, les drapeaux du MPLA étaient omniprésents et les affiches des autres candidats étaient arrachées. Le MPLA a d’ailleurs une cellule dédiée à ces arrachages dans chaque ville du pays.

Et sur les deux principales chaînes télévisées d'Angola, il recueillait plus de 80 % de l’attention médiatique, selon les décomptes réalisés par de jeunes activistes.

En face, son rival historique, l’Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (Unita), a déjà déposé un recours et espère encore gagner. C’est en tout cas ce qu’affichent sa direction et ses militants.

Mais lors du dernier meeting de l’Unita, son leader Isaias Samakuva a dénoncé une fraude et a rappelé qu’il y avait le secret du vote, appelant les électeurs à ne pas se laisser intimider par la machine MPLA.

Parmi les quatre autres partis en compétition, une formation fait beaucoup parler d’elle : la Casa-Ce. Cette toute jeune coalition de l’opposition, créée en 2012 peu avant les précédentes élections générales, semble séduire de plus en plus de jeunes urbains.

► A(re)lire :

• Pour son dernier meeting, l'Unita dénonce déjà des irrégularités

• « Quand vous n’êtes pas avec le MPLA, vous êtes contre le MPLA »

• Quels sont les enjeux du scrutin ?

Si, comme annoncé, le MPLA remporte la majorité et donc la présidence, José Edouardo dos Santos sera tout de même remplacé à la tête de l’Etat après 38 ans de présidence. Mais ses successeurs auront affaire à de nouveaux défis.

Ils leur faudra prendre la tête du pays dans un contexte de crise économique et de grogne sociale sans précédent, et avoir affaire surtout à l’entourage de l’ancien président, propriétaire de la plupart des grandes entreprises du pays et accusé de gabegie.

RFI

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