Afrique

Côte d'Ivoire: ICASA, une conférence pour faire reculer le sida en Afrique

L’ICASA, la Conférence internationale de lutte contre le sida et les infections sexuellement transmissibles, se tient du 4 au 9 décembre en Côte d’Ivoire. C'est le grand rendez-vous du continent consacré à la lutte contre le VIH. 10 000 délégués sont attendus, et parmi les intervenants, Michel Sidibé, directeur exécutif de l’ONUSIDA, ou encore la Dr Matshidiso Moeti, du Botswana, qui dirige la branche africaine de l'OMS. Le thème de la conférence : « L’Afrique : une approche différente vers la fin du sida ».

La Côte d'Ivoire, pays hôte de l'ICASA, enregistre le taux de prévalence le plus important d'Afrique de l'Ouest. Il est estimé à 4%. Il n’existe pas de statistiques réactualisées, mais ce chiffre masque des taux très élevés dans les populations à risque, notamment, chez les homosexuels, avec des chiffres jusqu'à cinq fois celui de la population générale.

A Abidjan, Espace confiance, une ONG créée en 2004, propose une prise en charge des homosexuels atteints du VIH. Au total, cette structure accueille plus de 1 200 personnes séropositives, dont 700 personnes sous traitement. Mais pour mieux lutter contre la maladie, cette structure veut aujourd’hui mettre l’accent sur la prévention.

Il y a beaucoup de gens qui ne se reconnaissent pas comme homosexuels, donc nous notre rôle c'est d'aller vers les gens, les sensibiliser sur comment négocier l'utilisation du préservatif.

Un centre pour prendre en charge les homosexuels

Malgré des chiffres toujours élevés en Côte d’Ivoire, on note une relative amélioration. L'épidémie recule, notamment en raison des messages de prévention. Mais beaucoup de choses restent encore à faire, notamment en milieu rural. RFI s'est rendue à Zaliohouan, dans le centre-ouest du pays où les mentalités changent progressivement.

Je suis marié, mais si j'ai des copines, j'utilise des préservatifs.

RFI

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Burkina Faso : ce qu'il faut retenir du discours d'Emmanuel Macron-le choc des vérités-: « Arrêtez de dire que le problème c'est l'autre !

 

Burkina Faso : ce qu'il faut retenir du discours d'Emmanuel Macron-le choc des vérités-: 

Par Romain Gras

Lors du discours d'Emmanuel Macron, à Ouagadougou le 28 novembre 2017. © SIPA


Assassinat de Thomas Sankara, lutte contre le terrorisme, migration, éducation... pendant plus de deux heures, le président français Emmanuel Macron s'est adressé aux étudiants de l'Université de Ouagadougou, pour la première étape de sa tournée africaine. Retour sur les points clés de son intervention.
• Promesse de déclassification des archives françaises sur Thomas Sankara

Thomas Sankara à Ouagadougou au Burkina Faso, le 26 février 1987. © Archives Jeune Afrique-REA


Tous les documents que la justice voudra consulter (...) seront ouverts et transmis


Emmanuel Macron a choisi d'ouvrir son discours en rendant hommage à Thomas Sankara, sous les applaudissements des étudiants de l'Université de Ouagadougou. Le président français a promis, à l'occasion d'un point presse au sortir de son tête-à-tête avec le président Marc Roch Christian Kaboré, que les documents jusqu'ici classés secret-défense sur l'assassinat de l'ancien président burkinabè seront déclassifiés et que la justice burkinabè pourrait y accéder.
En réponse à la question d'un étudiant, il a affirmé s'être engagé à ce que « tous les documents produits par administration française pendant le régime de Sankara et après son assassinat soient déclassifiés pour être consultés en réponse aux demandes de la justice burkinabè. (...) Ce qui veut dire que tous les documents que la justice voudra consulter (...) seront ouverts et transmis. »


Interrogée par Jeune Afrique, Mariam Sankara, la veuve du président burkinabè dont l'assassinat en 1987 n'a toujours pas été élucidé, a dit sa satisfaction à cette annonce. « Nous souhaitions la déclassification de ces archives depuis longtemps. C'est donc une bonne chose, mais nous attendons maintenant de connaitre le contenu de ces documents et de voir quelle sera la suite de la procédure », a-t-elle déclaré.


• Défense de l'intervention française dans le Sahel

Des soldats français de la force Barkhane, à Gao, le 18 mai 2017. © Christophe Petit Tesson/AP/SIPA


Vous ne leur devez qu'une chose aux soldats français : les applaudir !


Confrontée à des problèmes de financement, la force militaire du G5 Sahel, qui doit compléter la Mission de l'ONU au Mali (Minusma) ainsi que l'opération Barkhane, stagne et tarde à se mettre en place. « Nous devons accélérer le travail de coopération avec le G5 Sahel, a affirmé le chef d'État français. Les premières expériences ont été faites avec succès. Je veux que nous puissions désormais conduire les premières victoires pour terrasser les terroristes. Ce sont des organisations régionales plus fortes qui ont vocation à prendre le relais contre le fardeau du terrorisme. Il faut renforcer les forces régionales crédibles et réactives. C'est le sens de l'histoire »
Le budget de fonctionnement de la force G5 Sahel – estimé à 423 millions d'euros – est pour l'instant loin d'être bouclé, malgré la promesse des États-Unis de contribuer d'avantage.


Emmanuel Macron a également profité de son intervention pour saluer le bilan de son prédécesseur en matière de lutte contre le terrorisme. « La France a été à vos côtés et je salue la décision de François Hollande d'intervenir au Mali. C'était la bonne décision. La France a été aux côtés de l'Afrique comme l'Afrique a été aux côtés de la France », a-t-il affirmé, rappelant au passage que la France, comme le Burkina Faso, « ont été meurtris par le terrorisme islamiste ».
Un sujet qui a aussi valu à l'un des étudiants, qui l'interrogeait sur le déséquilibre entre le nombre de visas étudiants et le nombre de soldats français présents au Sahel, une réponse cinglante : « Vous ne leur devez qu'une chose aux soldats français : les applaudir ! », a lancé le président français, visiblement agacé par la question.


• Crise migratoire : « Une crime contre l'humanité »

Un migrant subsaharien dans une geôle libyenne, en 2013. © Manu Brabo/AP/SIPA


Qui sont les trafiquants ? Ce sont les Africains mon ami ! Et nous les combattons avec vigueur !


Suite à la diffusion du reportage de CNN qui a démontré l'existence d'un marché aux esclaves en Libye et provoqué l'indignation mondiale, le président français avait qualifié ces ventes de « crimes contre l'Humanité ». Des propos qu'il a réitéré lors de son discours à Ouagadougou. « La tragédie de ce que j'appelle les routes de la nécessité, (..) le pire désastre de notre histoire partagée, il faut le nommer pour agir avec force ». Emmanuel Macron a également annoncé qu'il proposerait mercredi à Abidjan, à l'occasion du sommet Union africaine-Union européenne, « une initiative euro-africaine pour mettre un terme à la stratégie des terroristes et des trafiquants d'armes. »


Interrogé sur le sujet après son discours par une étudiante, le président a cette fois réagi plus sèchement : « Qui sont les trafiquants ? Ce sont les Africains mon ami ! Et nous les combattons avec vigueur ! » avant d'ajouter : « Arrêtez de dire que le problème c'est l'autre ! Présentez-moi un passeur belge, français, allemand ou que sais-je encore ! Vous n'en trouverez pas ! »


• Franc CFA : « Je suis favorable à ce qu'on en change le périmètre »

Le franc CFA déchaîne les passions. © Adria Fruitos pour JA
Il ne faut pas avoir une approche bêtement anti-impérialiste


Concernant la devise monétaire ouest-africaine, Emmanuel Macron a estimé que le franc CFA nécessitait quelques ajustements. « Le franc CFA n'a plus le bon périmètre (notamment avec la présence du Nigeria). Mais je sais que ça donne de la stabilité monétaire. Il ne faut pas avoir une approche bêtement anti-impérialiste », a-t-il expliqué devant les étudiants de l'Université de Ouagadougou. Le président français s'est dit « favorable à ce qu'on en change le périmètre et peut-être même le nom » .
« Si le président Kaboré veut sortir de la zone franc, il peut le faire quand il veut ! (...) Dès qu'il aura fini de réparer la climatisation... » a encore ajouté Emmanuel Macron.
• Jeunesse, éducation et mobilité : « Multiplier les partenariats, les échanges, les formations croisés »

Des étudiants en filière Éducation à l'université de Porto-Novo, au Bénin, en mai 2017. © Flickr / Creative Commons / World Peace Intiative


Je veux que ceux qui sont diplômés en France puissent y revenir aussi souvent qu'ils le souhaitent


C'était un des axes prioritaires de la visite d'Emmanuel Macron, « faire évoluer la perception de la France par la jeunesse africaine ». « Le changement, le renouveau générationnel, dans un continent comme l'Afrique, ce n'est pas une option, c'est une loi mathématique », a-t-il martelé lors de son discours.
Le président français a affirmé que les membres du Conseil présidentiel pour l'Afrique, créé fin août , seront « en lien constant avec la jeunesse africaine pour en restituer la voix ». Ce Conseil présidentiel pour l'Afrique (CPA ), se veut un « outil de concertation et d'aide à la décision directement rattaché au président », expliquaient les services de la présidence française lors de son lancement.


Il a également annoncé la création d'une « maison de la jeunesse africaine », dont il a promis l'ouverture « avant le 14 juillet prochain ».
Au sujet de la mobilité des jeunes diplômés, le président français a défendu une politique d'échange plus large. « Je veux que ceux qui sont diplômés en France puissent y revenir aussi souvent qu'ils le souhaitent grâce à des visas de circulation longue durée », a-t-il affirmé, plaidant également pour « multiplier les partenariats, les échanges, les formations croisés, les doubles-diplômes qui nous permettront d'apprendre l'un de l'autre ».


« Je souhaite que plus de jeunes Français puissent venir travailler en Afrique (...) en privilégiant les candidats qui parlent ou ont commencé à apprendre une langue africaine », a-t-il encore ajouté.


• Démographie : « Je veux qu'en Afrique, partout, une jeune fille puisse avoir le choix »

Une mère et son nouveau-né, dans une maternité de Freetown, en Sierra Leone en 2010. © Felicity Thompson/AP/SIPA


Quand vous voyez des familles de 6, 7, 8 enfants par femme, êtes-vous sûrs que cela soit le choix de la jeune fille ?


Interrogé sur la démographie en Afrique début juillet, à l'occasion du G20, Emmanuel Macron avait déclenché une polémique en parlant problème « civilisationnel » quand certaines femmes « ont 7 à 8 enfants ». « Sa mention de la démographie du continent est caricaturale et je ne partage pas l'idée que, si on investit des milliards d'euros, nous n'obtiendrons aucun résultat », avait alors jugé, dans une interview à Jeune Afrique, Jean-François Kobiané, démographe à l'université de Ouagadougou, au Burkina Faso, et directeur de l'Institut supérieur des sciences des populations (ISSP).


Lors de son discours à Ouagadougou mardi, le président français est revenu sur la question en déclarant : « Quand vous voyez des familles de 6, 7, 8 enfants par femme, êtes-vous sûrs que cela soit le choix de la jeune fille ? Je veux qu'en Afrique, partout, une jeune fille puisse avoir le choix ».« C'est une conviction profonde qui m'a poussé à faire de l'égalité femme-homme une grande cause de mon mandat. La démographie peut être une chance mais à condition que chaque femme puisse choisir son destin » a-t-il ajouté.

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Mohammed VI à Abidjan : « Le temps n'est plus aux polémiques d'arrière-garde, mais à l'action » jeuneafrique

 

Mohammed VI à Abidjan : « Le temps n'est plus aux polémiques d'arrière-garde, mais à l'action » jeuneafrique


Par Nadia Lamlili @nadialamlili

Le roi du Maroc, Mohammed VI a rencontré le président sud-africain, Jacob Zuma, le 29 novembre 2017 à Abidjan © Maghreb Arab Press (MAP)
Se posant en leader des questions de migration au sein de l'Union africaine, le roi du Maroc a adressé mercredi un message au sommet UA-UE d'Abidjan. Il plaide pour une responsabilité partagée afin de dépasser les stéréotypes et de construire un pacte bicontinental.


Le déplacement qu'effectue actuellement le roi du Maroc à Abidjan, à l'occasion de la tenue du sommet UA-UE les 29 et 30 novembre, devrait rester dans les annales. D'abord en raison de la portée du message qu'il y a adressé, mercredi 29 novembre, sur la question de la migration, et ensuite parce qu'il y a rencontré, pour la première fois, le président sud-africain, Jacob Zuma, deuxième allié du Polisario après l'Algérie sur le continent.


Un entretien empreint de « franchise » et de « bonne entente » selon l'agence marocaine MAP et à l'issue duquel les deux chefs d'État ont convenu de désigner des ambassadeurs dans leurs capitales respectives – elles ne sont actuellement représentées que par des chargés d'affaires. C'est un événement important dans les relations entre les deux pays qui va, sans doute, avoir de fortes conséquences sur les alliances que le royaume a progressivement tissées sur le continent.
Dans son message envoyé mercredi au sommet d'Abidjan, le roi du Maroc s'est voulu offensif. « Dix sept ans après l'émergence de ce partenariat UE-UA, le temps n'est plus aux diagnostics, ni aux polémiques d'arrière-garde.

Le temps est à l'action. » Il faut, déclare en substance le souverain, aller vers une compétitivité partagée, une co-localisation des entreprises productives, une mobilité humaine régulée et des échanges culturels féconds.


Ce qui s'est passé en Libye « est un véritable déni de l'humanité »


Pour cela, il s'attend à ce que les pays occidentaux changent leur politique de la dette envers les pays africains, qu'ils arrêtent de leur imposer des conditions impossible à respecter. Moins d'un siècle après leur indépendance, dit-il, croire que les pays africains pourront avoir les mêmes performances politiques et économiques que celles de l'Europe est une « aberration (...) d'autant plus vive que ces mêmes pays européens ont parfois, eux-mêmes, de grandes difficultés sur les plans financier et politique ».
Par la suite, Mohammed VI s'est attelé à corriger les perceptions « erronées, passionnelles ou xénophobes » sur la question de la migration. Il a rappelé que les flux migratoires font partie de l'Histoire et des échanges humains et qu'ils n'ont commencé à avoir leur connotation négative qu'après la création des frontières post-indépendances. C'est à partir de cette période que la migration a commencé à être perçue comme une source de danger et non d'enrichissement mutuel, soutient-il. Associée aux trafics en tout genre, à la guerre et aux sécheresses, elle se traduit actuellement dans l'imaginaire humain par la pauvreté, la précarité, l'instabilité et même de la mort, selon lui.
À ce propos, le roi du Maroc s'indigne des scènes d'esclavage de migrants en Libye, des crimes perpétrés, selon lui, par des milices qui échappent au gouvernement libyen. « Il s'agit d'un véritable déni de l'humanité », dit-il, contraire aux droits fondamentaux et aux valeurs du peuple libyen.
L'Europe doit arrêter de dépouiller l'Afrique de ses talents


La situation de la migration aurait été maîtrisée si les groupements régionaux étaient fonctionnels, estime le roi. « Or, l'Union du Maghreb arabe (UMA) n'existe pas ! » Et les flux migratoires, à la faveur de conflits régionaux, sont souvent la proie de réseaux de trafics divers allant des stupéfiants aux filières terroristes.
« Le temps est à l'action », martèle Mohammed VI. Mais il faut que l'Europe change de politique migratoire.

Il n'est pas acceptable qu'elle convoite les meilleurs talents du continent au mépris de l'investissement de leur pays d'origine en termes de formation. L'hémorragie des cerveaux qui s'ensuit est « déplorable », estime-t-il.


Le souverain enchaîne ensuite par un rappel historique. Les populations européennes et africaines ont toujours été dans une dynamique migratoire. Aujourd'hui, ces déplacements relèvent de la chimère. Les migrants africains ont contribué grandement à la reconstruction de l'Europe d'après-guerre. Et depuis une dizaine d'années, des Européens s'installent au Maroc, amenant leur savoir-faire, créant localement des PME et des emplois.


Pour un dialogue franc et direct entre anciens colonisateurs et anciens colonisés


Sur la base de cette histoire partagée, le roi du Maroc propose que le partenariat entre l'Europe et l'Afrique évolue vers « un pacte bi-continental nouveau », car il est essentiel selon lui que « le dialogue entre les anciens pays colonisateurs et anciens pays colonisés demeure franc et direct et qu'il faut aujourd'hui lui donner un nouvel élan ». L'UE et l'UA sont deux groupements égaux devant les défis et tout autant devant les opportunités et les responsabilités, conclut-il.


Depuis le sommet de l'UA de janvier 2017 qui a vu la validation de son adhésion à l'organisation panafricaine, le roi du Maroc a été chargé de concevoir une nouvelle feuille de route sur la question de la migration. Une note préliminaire a été présentée par son frère, le prince Moulay Rachid, au précédent sommet de l'UA, en juillet à Addis-Abeba. Aujourd'hui, cet agenda est fin prêt et promet d'être l'un des moments forts du prochain sommet de janvier 2018.
Corriger certaines idées préconçues sur la migration africaine


Le souverain marocain y a corrigé certaines idées préconçues sur la migration africaine. Elle est d'abord inter-africaine : sur cinq Africains qui se déplacent, quatre souhaitent rester sur le continent. Elle n'appauvrit pas le pays d'accueil : 85% des gains des migrants restent dans ce pays. Et puis, contrairement aux discours politiques ou à l'image véhiculée par les médias, la migration irrégulière ne concerne que 20% de la migration internationale.


Le mot de la fin du message royal constitue un appel à la mobilisation. « Dans le cadre de cet agenda, conformément à leurs engagements internationaux, et loin des pratiques honteuses et inhumaines, héritées d'une époque révolue, les pays africains assumeraient leurs responsabilités dans la garantie des droits et de la dignité des migrants africains sur leur sol ».

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La tragédie du Zimbabwe

Déc 01, 2017
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La tragédie du Zimbabwe

Le jour où Mugabe a démissionné, Donemore Moyo n'a rien fêté. Harare, submergée par la joie, célébrait la fin du tyran, après trente-sept ans de peur. Pas lui. Visage rond et doux sourire de pasteur, il plonge ses yeux dans ceux de son interlocuteur, comme sans doute dans ceux de ses paroissiens. « J'ai pensé à tout ce qui reste à résoudre », confie-t-il, dans les bureaux déserts de l'ONG chrétienne Habakkuk Trust. En ce samedi, le ciel déverse des trombes d'eau sur Bulawayo, la deuxième ville du Zimbabwe, à 450 kilomètres au sud-ouest de Harare. Il s'est revu en ce matin de 1983, la pire journée de sa vie. C'était en mars, un jeudi. Un jour sans école, on allait traiter les vaches contre les tiques. Son oncle s'en occuperait, Donemore sortirait les chèvres. « Je prenais de l'eau, quand ils sont arrivés », se souvient-il. « Ils », c'était la 5e brigade, formée par la Corée du Nord pour chasser les « dissidents » de la Zapu, branche concurrente de la rébellion de Mugabe, la Zanu. Ils avaient une liste d'hommes à tuer, dont son oncle. Ils lui ordonnent de le suivre, la marche macabre commence. « Ils étaient avec un chef de la Zapu qu'ils avaient éventré, il avait noué son tee-shirt pour retenir ses intestins. Ils l'ont abattu quand il ne pouvait plus marcher, ils ont interdit qu'on l'enterre. Ensuite, ils ont pris un camarade de classe, John Kumako, qui portait le même nom qu'un gars qu'ils cherchaient. » Le jeune homme a beau supplier, « ils lui ont dit que c'était si loin, là où il allait, qu'ils allaient creuser sa tombe pour lui. Il pleurait, ils l'ont abattu, il est tombé dedans. Elle était peu profonde, ils ont interdit qu'on le recouvre ». Plus loin, « ils ont enfermé un homme avec ses deux frères et ils ont mis le feu à la hutte ». Quand un fusil s'enraie devant le quatrième, ils tentent de le tuer à coups de badine, à la tête et aux tibias. « Les os craquaient, ça faisait des trous. Et là, ils sont partis et ils m'ont laissé. C'était la volonté de Jésus. »

Le souvenir des massacres contre les Ndebele

Cette vague de massacres, qui a fait au moins 20 000 morts entre 1983 et 1984 dans la région du Matabeleland et parmi les membres de l'ethnie ndebele, porte le nom poétique de Gukurahundi, « la pluie qui lave la balle de la dernière récolte avant les pluies printanières ». Et son principal responsable est Emmerson Mnangagwa, le nouveau président du Zimbabwe, qui vient de prendre la suite de Mugabe. David Coltart, Zimbabwéen blanc et ancien ministre d'opposition, est catégorique : « Mugabe était l'architecte, mais il n'aurait rien pu faire sans Mnangagwa, ministre de la Sécurité d'État, dont dépendait le CIO [Central Intelligence Organisation, les renseignements], qui établissait ces listes et guidait la 5e brigade. » En 1983, Coltart était avocat depuis deux semaines quand lui est arrivée la première plainte pour disparition. D'autres ont suivi ; ainsi a commencé l'enquête de toute une vie : « C'était un génocide, à tout le moins un politicide. »

Investiture de Mnangagwa

Il y a quelques jours, une marée humaine a célébré l'investiture, au National Sports Stadium de Harare, de Mnangagwa. Plus de 60 000 personnes, des affiches « Notre héros, notre père », la liesse. « Le passé est le passé », a-t-il dit. Pour Donemore et les siens, comment oublier ? « On voyait des chiens se promener une main dans la gueule, à cause de ces tombes peu profondes », décrit-il. En 1983, le Zimbabwe n'est indépendant que depuis trois ans, Mugabe est Premier ministre. Dans le Matabeleland, on le hait déjà. « À Harare, ils n'ont compris qu'en 2000, quand l'économie s'est effondrée », lance Dumisani Nkomo, porte-parole de Habakkuk.

Zimbabwe, une histoire tragique

L'histoire du Zimbabwe ressemble à une longue tragédie dont la victime est le peuple, jamais consulté. Cette malédiction tient à sa richesse. Sa terre enclavée n'attire l'attention des Anglais que dans les années 1870. Précisément de Cecil Rhodes, magnat du diamant qui a mis la main sur les mines de Kimberley, en Afrique du Sud. Pétri d'impérialisme britannique, il lorgne le Matabeleland, royaume zoulou, et le Mashonaland, région shona. Après un traité avec le roi matabele Lobengula, il crée la British South Africa Company (BSAC) et obtient de la reine Victoria une charte lui permettant d'exploiter la concession, mais aussi de l'administrer. En 1890, il constitue une « colonne de pionniers », une centaine de volontaires envoyés dans le Mashonaland pour le développer. Chacun touche 12 kilomètres carrés de terre et 15 droits de prospection. Ils créent Fort Salisbury, future Harare. Par divers traités et guerres contre les Ndebele, redoutables guerriers, puis les Shona, Rhodes conquiert des territoires qui finissent par porter son nom, en 1895 : la Rhodésie, coupée en deux. Celle du Nord deviendra la Zambie, le Sud, le Zimbabwe. Les pionniers prennent l'ascendant sur la BSAC et finissent par obtenir l'autonomie politique, en 1923. La ségrégation est instaurée, les meilleures terres sont réservées aux Blancs.

Les Noirs, en pleine explosion démographique, sont plongés dans la pauvreté. Dans les années 1950, l'Angleterre réorganise la région en fédération et améliore les droits des Noirs, dont certains, comme Joshua Nkomo, nationaliste ndebele, fondent des partis. Devant la volonté britannique de les intégrer à la vie politique, Ian Smith, à la tête du Front rhodésien, raciste, prononce l'indépendance de la Rhodésie en 1965. La première. La Grande-Bretagne lui impose des sanctions. Et la Zanu et la Zapu en profitent pour lancer des actions de guérilla. En 1970, la Rhodésie devient une république, dont Smith est Premier ministre. L'Angleterre cède. Les nationalistes se forment en Chine à la guérilla, qui s'étend à la région. Le Zimbabwe n'obtient son indépendance, la deuxième, qu'en 1980, après dix ans de conflit et plus de 20 000 morts. Mugabe en devient Premier ministre. Mais le libérateur devient bientôt oppresseur, les Zimbabwéens, qui se pensaient enfin libres, se découvrent sous le joug d'un tyran. Robert Mugabe, un enfant solitaire

D'après Heidi Holland, auteure d'une biographie de Mugabe, l'explication se trouverait dès son plus jeune âge. Robert Gabriel, né le 21 février 1924, est un enfant solitaire. Son père est parti, sa mère l'idolâtre. Il est frêle, bousculé à l'école, il dévore des livres qu'il emporte quand il garde les vaches, dans son village de Kutama. Il en conçoit une insécurité mêlée de mépris et d'insensibilité envers son prochain. Au Ghana, où il devient professeur, il rencontre sa future épouse, Sarah Francesca Hayfron, « Sally », ghanéenne. Tous deux suivent les premières manifestations anticolonialistes et rentrent en Rhodésie, où il devient une figure militante. De 1963 à 1974, il est emprisonné dans des conditions extrêmement dures et, lorsque son fils unique meurt d'une encéphalite, à 3 ans, il n'a pas le droit d'aller à son enterrement. Il ne l'oubliera jamais. Libéré en 1975, il rejoint la Zanu au Mozambique et en devient le chef.

Le témoignage d'un vétéran

Rugare Gumbo, vétéran au rire jovial, a appuyé l'ascension de ce marxiste cultivé et charismatique. « Mais, en trois mois, j'ai compris qu'il était affreusement autoritaire, il emprisonnait quiconque s'opposait à ses idées. » Dans l'intimité, son charme opère. « Avec Sally, ils étaient comme mes parents », témoigne Daphné Kanoti, dans son salon sans électricité, qui a vécu chez eux au Mozambique. Pendant la guerre, ils prennent cette enfant-soldat comme bonne et la remettent à l'école, comme Mugabe le fera bientôt pour tout son peuple, au début. « Sally m'a tout enseigné, comment mettre la table, faire un lit au carré. Elle me rapportait des cadeaux de l'étranger, des sous-vêtements. Lui aussi a toujours été très gentil. » Mais jamais elle ne lui pardonnera sa liaison avec Grace, dactylo de la présidence, tandis que Sally mourait d'un cancer. Pénétrée d'idéaux révolutionnaires, Daphné a 15 ans lorsqu'elle s'engage, en 1976, avec 52 camarades de classe. « On était très politisés, on voulait lutter pour l'égalité. On n'avait pas le droit d'utiliser les mêmes toilettes que les Blancs, on n'avait pas d'école secondaire, on était cantonnés à des emplois d'infirmières ou de jardiniers. Et les Blancs avaient toute la terre. » L'esprit de corps de ceux qui deviendront les redoutés anciens combattants se forge dans les camps où ils portent des AK-47 trop lourds et seront peu à peu décimés par la faim et les combats.

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