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Etats-Unis: le gouvernement peine à réunir les familles de migrants séparées

Aux Etats-Unis, le délai imposé par la justice américaine à l'administration Trump pour réunir les familles de migrants séparées à la frontière mexicaine expire ce jeudi. Plus de 2 500 enfants ont été séparés de leurs parents en traversant illégalement la frontière mexicaine, mais à la veille de l’expiration du délai, l'administration américaine était toujours à la recherche de plusieurs centaines de parents.

Avec notre correspondant à San Francisco,Eric de Salves

Au nom de la politique de tolérance zéro de Donald Trump, son administration a séparé entre mai et juin plus de 2 500 enfants de leurs parents entrés clandestinement aux Etats-Unis. Face au tollé suscité par les images de bambins arrachés des bras de leurs mères par les douanes américaines, Donald Trump a finalement fait marche arrière et suspendu cette mesure très contestée par un décret du 20 juin.

Six jours plus tard, après une plainte d'ACLU, une puissante association de défense des libertés, un juge de San Diego donnait 30 jours à son gouvernement pour réunir ces familles avec leurs enfants âgés de plus de 5 ans et un peu moins pour les enfants de moins de 5 ans. Un délai que les autorités ne semblent aujourd'hui pas en mesure de tenir.

ACLU dénonce un « processus de réunification chaotique ». Une semaine avant expiration, à peine 350 des 2 500 familles de migrants séparés à la frontière mexicaine avaient en effet été réunies. Mardi, l'administration Trump assurait en avoir réuni plus d'un millier et 600 autres d'ici ce jeudi 26 juillet.

Le problème, c’est que les autorités expliquent avoir perdu la trace d'au moins 500 parents qui auraient été expulsés des Etats-Unis sans leur enfant. Mardi, le tribunal de San Diego qualifiait cette incapacité du gouvernement américain à retrouver des familles qu'il a lui-même séparées de leurs enfants de « profondément préoccupante ».

REUTERS

Affaire Benalla: Emmanuel Macron change de stratégie

Une semaine après le déclenchement de l'affaire Benalla, Emmanuel Macron s'est de nouveau exprimé ce mercredi 25 juillet pour tenter de désamorcer la crise.

Emmanuel Macron poursuit son opération de reconquête. « Vous avez dit ces derniers jours beaucoup de bêtises », a-t-il lancé ce mercredi aux médias, en marge d'un bain de foule à Bagnères-de-Bigorre, dans le sud-ouest de la France. Evoquant les avantages dont aurait bénéficié son ex-collaborateur Alexandre Benalla, le chef de l'Etat l'affirme : « Tout cela était faux. »

« J'ai vu ces derniers jours beaucoup de gens perdre la raison avec des réactions disproportionnées et avec une violence.... », a regretté Emmanuel Macron, fustigeant le recherche d'« un procès politique sur la base d'une affaire qui est triste mais qui est l'affaire d'un homme ». « Je suis fier de l'avoir embauché à l'Elysée parce que c'était quelqu'un qui était dévoué et qui avait un parcours différent », a-t-il encore affirmé aux journalistes de BFMTV et CNEWS, seuls présents dans cette étape qui n'était pas prévue à son agenda.

Calmer les esprits

Après cinq jours de silence suite aux révélations du Monde sur les violences commises par son ex-collaborateur lors des manifestations du 1er-Mai, Emmanuel Macron tente de reprendre la main. Son but : essayer de désamorcer lui-même les critiques dont il fait l'objet afin de calmer les esprits. Sa tactique : assumer toutes les décisions prises par ses collaborateurs pour sanctionner Alexandre Benalla dont il condamne les actes violents qualifiés de « choquants », tout en ne reniant pas les qualités dont il avait fait preuve auparavant et qui l'avaient incité à l'embaucher.

Alexandre Benalla « a fait une faute réelle, grave, que j'ai vécue comme une trahison. Il a été sanctionné pour cette faute. Il a ensuite repris son travail conformément à cette sanction. Quand il a fait une deuxième faute, il a été sanctionné plus durement, par un licenciement », a rappelé le chef de l'Etat. Emmanuel Macron assume, mais admet néanmoins qu'il n'est pas « infaillible ». Il cherche ainsi à faire comprendre que la recherche de l'exemplarité n'empêche pas de faire des erreurs.

Remobiliser la majorité

La riposte a commencé hier après-midi lors de la séance des questions au gouvernement au Palais Bourbon. Dans une ambiance électrique, le Premier ministre Edouard Philippe a répondu au feu roulant des critiques des députés. Avec déjà les mêmes arguments que ceux avancés depuis par Emmanuel Macron. L'affaire Benalla n'est pas « une affaire d'Etat », mais « une affaire individuelle », a ainsi martelé le chef du gouvernement. L'opération s'est poursuivie avec l'audition du directeur de cabinet de l'Elysée Patrick Strzoda devant la commission des Lois de l'Assemblée nationale, qui a assumé les sanctions prises contre Alexandre Benalla. Puis avec une prise de parole du président lui-même qui a remobilisé sa majorité.

Devant des ministres et des élus LREM-MoDem réunis à la Maison de l'Amérique latine à Paris pour arroser la fin de la session parlementaire, le chef de l'Etat s'est affirmé comme « le seul responsable » de l'affaire. « Qu'ils viennent me chercher », a-t-il lancé, bravache.

Si le défi s'adressait à l'opposition, celle-ci ne demande que ça, réclamant, au moins pour une partie d'entre elle, que le président de la République vienne répondre aux questions des commissions parlementaires et s'exprime devant l'ensemble des Français, plutôt que de ne parler qu'à son camp. Mais le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux rejette l'hypothèse d'une audition d'Emmanuel Macron par les députés, au nom du principe de la séparation des pouvoirs. Quant à s'adresser aux Français, il n'en est pas non plus question pour le moment. Le président reste le « maître des horloges », assure Benjamin Griveaux.

L'Assemblée se déchire sur la liste des auditions

Mais pendant que la majorité peaufine sa stratégie de communication, les commissions d'enquête parlementaire poursuivent leur travail. Le directeur de cabinet du président Patrick Strzoda était ainsi auditionné ce mercredi par la commission des Lois du Sénat qui l'a interrogé notamment sur la sanction infligée à Alexandre Benalla. Alors que le porte-parole de l'Elysée Bruno Roger-Petit avait indiqué que l'ex-collaborateur d'Emmanuel Macron avait fait l'objet d'une mise à pied de 15 jours avec retenue sur salaire, Patrick Strzoda a livré ce mercredi une version un peu différente. D'après lui, M. Benalla a touché l'intégralité de son salaire en mai et la retenue sur ses jours de congés. Voilà qui devrait nourrir à nouveau le feu des critiques de l'opposition.

A la commission des Lois de l'Assemblée, en revanche, la séance du jour a été houleuse, les députés se déchirant sur la suite des auditions. Alors que la majorité LREM jugeait « inutile » d'auditionner d'autres membres de l'Elysée et du gouvernement, les oppositions ont dénoncé « une mascarade ». Il a finalement été décidé à la suite d'un vote que le préfet de police de Paris et le directeur de l'ordre public et de la circulation seraient de nouveau entendus, et d'ajouter le responsable de la compagnie de CRS présente sur les lieux où Alexandre Benalla a molesté deux manifestants.

Parallèlement, une perquisition du bureau d'Alexandre Benalla à l'Elysée a été menée aujourd'hui, dans le cadre de l'enquête judiciaire ouverte après les révélations du Monde. Débutée en milieu d'après-midi, elle s'est achevée vers 20h, en présence de l'ancien collaborateur d'Emmanuel Macron, mis en examen dimanche notamment pour « violences en réunion ».

ludovic MARIN / AFP

Emmanuel Macron sur l'affaire Benalla: «Le seul responsable, c'est moi»

Alors qu'il ne s'est toujours pas exprimé publiquement depuis le début de l'affaire Benalla, Emmanuel Macron a pris la parole ce mardi 24 juillet devant des élus de la majorité LREM-MoDem et plusieurs membres du gouvernement réunis à la Maison de l'Amérique latine, à Paris. Près d'une semaine après l'éclatement de l'affaire Benalla, Emmanuel Macron est venu regonfler le moral des troupes, sans la présence de la presse.

Selon des propos rapportés par des députés présents, Emmanuel Macron dit avoir ressenti les « actes du 1er-Mai » d'Alexandre Benalla comme « une trahison ».

Mais alors que quelques heures plus tôt, devant l'Assemblée nationale, son directeur de cabinet Patrick Strzoda et le Premier ministre Edouard Philippe l'exonéraient, le chef de l'Etat revendique sa responsabilité. « Ça n'est pas la République des fusibles, la République de la haine. On ne peut pas être chef par beau temps et vouloir s'y soustraire lorsque le temps est difficile. S'ils veulent un responsable, il est devant vous. Qu'ils viennent le chercher. Je réponds au peuple français », a-t-il déclaré, sans qu'on sache qui ce « ils » désignait.

« La République exemplaire n'empêche pas les erreurs. S'ils cherchent un responsable, le seul responsable, c'est moi et moi seul. C'est moi qui ai fait confiance à Alexandre Benalla. C'est moi qui ai confirmé la sanction », a poursuivi le président, toujours selon des propos rapportés. Devant la commission des Lois ce mardi après-midi, Patrick Strzoda avait affirmé avoir pris la décision de suspendre M. Benalla lui-même sans en référer au président de la République, en déplacement en Australie.

« Personne dans mon cabinet n'a jamais été soustrait aux lois de la République. Jamais », a aussi assuré Emmanuel Macron, qui s'est exprimé pendant « une bonne demi-heure » devant « beaucoup » de monde, selon un élu. Le chef de l'Etat intervenait à la Maison de l'Amérique latine devant des élus et membres du gouvernement, dont le Premier ministre Edouard Philippe, réunis pour un pot de fin de session parlementaire des députés de la majorité LREM-MoDem.

Alexandre Benalla n'a jamais détenu de codes nucléaires. Alexandre Benalla n'a jamais occupé un 300 m² à l'Alma. Alexandre Benalla n'a jamais gagné 10 000 euros. Alexandre Benalla lui non plus n'a jamais été mon amant, ces choses qu'on a entendues ces derniers jours...
Emmanuel Macron évoque le personnage Alexandre Benalla 25/07/2018 - par BFM
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Puis, toujours aux côtés des membres du gouvernement, et après l'avoir salué pour son « engagement », Emmanuel Macron a lâché Alexandre Benalla, qui était l'un de ses proches depuis sa campagne présidentielle victorieuse : « Ce qui s'est passé le 1er mai a été pour moi une trahison » a déclaré le président.

Selon un sondage publié ce mardi, 75 % des Français souhaitent que le président de la République sorte publiquement de son silence au sujet de l'affaire Benalla, du nom de son collaborateur filmé en train de molester des manifestants lors de la fête du Travail à Paris. « Emmanuel Macron parle à Emmanuel Macron. La République de l'entre-soi », a réagi le chef de file des sénateurs Les Républicains Bruno Retailleau, en échos à Eric Ciotti pour qui le chef de l'Etat « préfère s'expliquer dans l'entre-soi de sa petite caste plutôt que de donner les explications qu'attendent les Français ».

GONZALO FUENTES / POOL / AFP

Affaire Benalla: ce proche de Macron a-t-il interféré avec le GSPR?

Le Groupe de sécurité du président de la République, court-circuité par un personnage sulfureux ? Adjoint au chef de cabinet du président de la République, Alexandre Benalla, actuellement dans l'œil du cyclone pour sa bavure lors du défilé du 1er-Mai, et pour son rôle obscur à l'Elysée, semble s'être mêlé de la sécurité d'Emmanuel Macron depuis son élection. Une prérogative des hommes du GSPR.

Depuis l'ascension d'Emmanuel Macron, Alexandre Benalla était adjoint au chef de cabinet du président. Mais son rôle exact à l'Elysée reste flou. Pas plus tard que le 16 juillet dernier, deux mois après sa bavure à la fête du Travail, il était encore photographié dans le bus de l'équipe de France, de retour de Russie, juste devant Didier Deschamps. Certains ont évoqué un rôle prépondérant dans la sécurité du chef de l'Etat. Un rôle, une proximité, perceptibles lors de certains déplacements.

« Sa proximité avec le président n’était pas forcément liée non plus à sécurité, précise Alain Le Caro, qui a fondé le GSPR en 1982 sous Mitterrand. Elle pouvait être liée au rôle qu’il jouait officiellement au sein de l’Elysée, adjoint au chef de cabinet, sans pour autant entrer dans le champ d’intervention du GSPR. Et j’ose espérer qu’il en était ainsi. Car ce serait une faute grave, à mon avis, que de laisser plusieurs origines différentes de sécurité autour d’un même président. »

S'occuper de la sécurité du chef de l'Etat, « ça n’a rien à voir »

C'est au service d'ordre du PS que M. Benalla s'est formé aux métiers de la sécurité. Outre Montebourg et Aubry, il a notamment fait partie du service d'ordre du candidat Hollande en 2012. Sauf que protéger un candidat, ce n'est pas protéger un président. C'est l'avis du fondateur du GSPR. « Ce n’est pas là qu’on apprend la sécurité présidentielle. On fait du service d’ordre, mais on ne fait pas de sécurité présidentielle », considère Alain Le Caro, interrogé par RFI.

S'occuper de la sécurité du chef de l'Etat, « ça n’a rien à voir, c'est quelque chose de plus profond », estime l'auteur de Les mousquetaires du président. « Ce sont des techniques qui s’apprennent, on met des années pour cela et il y a, au sein du service, différentes spécialités, différentes spécialisations, qui permettent d’assurer une sécurité totale et qui nécessitent pour celui qui la commande, d’être investi de toutes ces connaissances. Ce que n’a pas M. Benalla, a priori. »

Aux yeux d'Alain Le Caro, le GSPR est l'unité chargée de protéger Emmanuel Macron, point. Toute interférence est potentiellement dangereuse. « Ça ne peut pas fonctionner. Ça ne peut pas fonctionner sur le plan de la sécurité, au niveau de l’efficacité. Si on a plusieurs responsables et si on a plusieurs services qui se superposent, en cas d’intervention, c'est contreproductif. Ça peut même attirer des incidents », estime l'ancien commandant de la sécurité de François Mitterrand.

Le préfet assume le port d'arme, parce que l'Elysée l'a demandé

Lors de son audition, lundi, le préfet de police Delpuech a dit avoir croisé M. Benalla lors de plusieurs déplacements présidentiels. Comme au Salon de l'agriculture. Il déclare lui avoir remis une autorisation de port d'arme en octobre 2017, à la demande de l'Elysée, pour ses « fonctions liées à la sécurité » : « Dès lors que l'Elysée avait relayé auprès de moi cette demande, sans faire pression, en me laissant le soin d'apprécier et d'apprécier seul, j'assume cette responsabilité. »

Lors de la campagne 2017, en marge d'une visite à l’usine Whirl­pool d'Amiens, Emmanuel Macron avait exprimé son besoin de ne pas se sentir prisonnier d'un système de sécurité trop lourd : « Les mecs de la sécu­rité, ce n’est pas eux qu’il faut écou­ter (…) Il faut prendre des risques, aller au cœur de la bête à chaque fois. Parce que si vous écou­tez les mecs de la sécu­rité, vous finis­sez comme François Hollande. Peut-être que vous êtes en sécu­rité, mais vous êtes morts. »

REUTERS/Pascal Rossignol

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