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Départementales: la droite en tête, le FN progresse, la gauche résiste

Au soir du premier tour des élections départementales, les estimations placent la droite en tête, devant la gauche et le Front national. Crédité d'un score autour de 25 %, le parti d’extrême droite réalise son meilleur résultat dans une élection locale. Selon les dernières estimation, le FN est en tête dans 43 départements.

C’est la petite surprise de ces départementales : le Front national n’est pas le premier parti de France, comme il l’avait été aux européennes. Pour la première fois, la dynamique de Marine Le Pen est enrayée. Le FN ne progresse pas d’une élection à l’autre.

Au siège du parti à Nanterre, les cadres avaient du mal à cacher déception et amertume à l’annonce des résultats. Mais devant les médias, ils ont préféré positiver. Aurélien Legrand a dénoncé « le jeu des médias qui mélangent droite, gauche, des candidats sans étiquette avec des candidats PS, UMP-UDI. Une espèce de mélange générale qui est uniquement destiné à masquer le fait que le Front national arrive deuxième, seul ».

« J’avais dit qu’à partir de 20 %, c’était un succès, à 25, c’était un triomphe. Eh bien clairement c’est un triomphe ce soir », s’est félicitée Marine Le Pen. Jamais l’extrême droite n’avait été aussi forte dans une élection locale. Marine Le Pen est en passe de réussir l’enracinement du Front national, un passage obligé avant la présidentielle.

L’UMP réussit sa stratégie de reconquête

Second vainqueur de ce scrutin, la droite. Très largement en tête, elle peut tabler sur une France des départements repeinte en bleu dimanche prochain. Un succès pour Nicolas Sarkozy depuis son retour à la tête de l’UMP en novembre dernier. « L’alternance est en marche, rien ne l’arrêtera », a-t-il ainsi déclaré. Pas peu fier, il voit ainsi sa stratégie de reconquête validée.

Le président de l’UMP appelle à la mobilisation pour le second et met à nouveau garde contre le vote FN. « Ce parti, qui a le même programme économique que l’extrême gauche, qui s’est félicité de l’élection du nouveau gouvernement grec d’extrême gauche, n’apportera aucune réponse aux difficultés des Français. Au contraire, il les aggravera », a-t-il prévenu. Nicolas Sarkozy a également réitéré la consigne du « ni-ni », ni Front national, ni gauche, pour les duel PS-FN à venir. Il entend de nouveau battre la campagne pour le second tour : il sera notamment à Perpignan jeudi prochain.

Le PS estime avoir « limité la casse »

La gauche, elle, est la grande perdante, alors qu’elle détenait 61 départements jusqu’ici. Partie au combat très divisée, elle a vu les électeurs manifester leur volonté de sanctionner le gouvernement. Dans au moins un quart des cantons, le candidat socialiste est éliminé dès le premier tour.

Pour sa porte-parole, le Parti socialiste a néanmoins « limité la casse ». Alors que les sondages annonçaient une déroute, celle-ci a été évitée. Et cela, « grâce à une participation plus importante et un Front national qui n’est pas le premier parti de France », estime-t-elle. « Le mot d’ordre de ce soir, c’est que le Front national n’est pas le premier parti de France et je crois que ça vaut le coup d’être souligné », insiste-t-elle.

Le Front national, c’est contre lui que le PS, mené par Manuel Valls, a fait campagne. Et va continuer à faire campagne pour le second tour. Pour cela, le Premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis appelle au front républicain. Un appel auquel s’ajoute un appel au rassemblement de la gauche. « Ce rassemblement se fera, parce que tous ceux qui imaginaient un parallèle entre la situation grecque et la France vont constater que la gauche, dans notre pays, est représentée par le Parti socialiste et qu’il n’y a pas d’alternative à gauche en dehors du Parti socialiste », affirme Claude Bartolone. Un message sans ambigüité aux écologistes et au Front de gauche…

Rfi

France: des cantonales aux départementales, quels changements?

Ce dimanche 22 mars, plus de 43 millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour le premier tour des élections départementales, jusqu’ici appelées « cantonales ». Nouveau nom, parité, nouvelle carte des cantons, nouveau mode de scrutin, ces élections laissent perplexe bon nombre de Français, alors qu’en 2011 le taux d’abstention aux cantonales était déjà de près de 56 %.

Les Français éliront désormais tous les six ans, et non plus tous les trois ans, leurs conseillers départementaux, - les jusqu’ici nommés « conseillers généraux » -, par binôme mixte (une femme-un homme) par canton, pour respecter la parité, lors d’élections départementaleset non plus « cantonales ».

Ces conseillers départementaux seront désormais au nombre total de 4 108 pour 2 054 cantons, alors qu’en 2011, ils étaient 4 035 conseillers généraux pour… 4 035 cantons. Le découpage cantonal qui avait à peine bougé depuis Napoléon a été revu pour garantir un meilleur équilibre démographique et éviter que le doublement du nombre d'élus par canton (de un à deux) conduise à un doublement du nombre total d'élus.

Le mode de scrutin ne change pas, lui. Pour être élu au premier tour, le binôme doit obtenir au moins la majorité absolue des suffrages exprimés (plus de 50 %) et un nombre de suffrages égal à au moins 25 % des électeurs inscrits. Si aucun binôme n'est élu dès le 1er tour, les deux binômes arrivés en tête au premier tour peuvent se maintenir. Les binômes suivants peuvent se maintenir, eux, seulement s'ils ont obtenu un nombre de suffrages au moins égal à 12,5 % des électeurs inscrits. Par exemple, si l'abstention atteint 50 %, le binôme arrivé troisième doit recueillir 25 % des voix au premier tour pour figurer au second tour. Pas évident d’obtenir un tel score alors que ce scénario des 50 % d’abstention est très probable. Le binôme qui obtient le plus grand nombre de voix au second tour, qui aura lieu le dimanche 29 mars pour ces élections départementales 2015, est élu.

Une réforme contestée

Des circonscriptions plus grandes, une parité homme-femme, un mandat des élus plus long : la réforme pour conduire à ces élections départementales, adoptée à une courte majorité au Parlement en 2013, a été fortement contestée, à cause notamment de la nouvelle carte des cantons.

Si les nouveautés ne favorisent pas la mobilisation des électeurs, le contexte politique non plus. L'avenir des assemblées départementales, qui remplacent les conseils généraux, paraît en effet incertain. Certes, le gouvernement Valls a renoncé à son projet de les supprimer à brève échéance (à l'horizon 2021), suite à une levée de boucliers au printemps 2014 des conseillers généraux eux-mêmes. Mais la disparition de ces assemblées semble programmée, économies obligent. Le projet de collectivité territoriale unique - fusion du conseil régional et général (ou départemental) - n'est pas abandonné. Rejeté par les Alsaciens, les Corses et les Guadeloupéens, il sera testé en Guyane et en Martinique dès le 1er janvier 2016, et est déjà en vigueur à Mayotte, le petit-dernier des départements français. Alors à quoi bon voter ?

69 % des Français estiment avoir été mal ou pas du tout informés sur ces élections départementales, et 86 % d’entre eux jugent que la campagne électorale n’a pas été « à la hauteur » de leurs attentes, selon une enquête Odoxa/Le Parisien Aujourd’hui en France/CQFD-iTélé publiée ce vendredi.

Pourtant les enjeux sont grands, en termes de vie politique comme de vie quotidienne. Les compétences des conseillers départementaux sont les mêmes que celles des conseillers généraux. Ils s’occupent principalement des aides sociales aux personnes âgées, aux handicapés, aux enfants maltraités, aux bénéficiaires du RSA, de financer en partie les collèges, les pompiers, et impactent sur la vie sportive et culturelle de leur département.

Vers un duel UMP/FN

Dans un scrutin traditionnellement boudé des électeurs et défavorable au pouvoir en place, le Front national, lui, espère se tailler une belle part des cantons, sur le dos de l’UMP. Vainqueur aux élections européennes de mai dernier où il a raflé 25 % des voix, le FN a accaparé la campagne et les esprits pour cette élection. A tel point quele Vaucluse pourrait devenir son fief. Mais ses chances sont tout de même faibles, en général, car le Parti socialiste, s’il risque de perdre plus de 20 départements, appellera sans doute à voter pour l’UMP.

La gauche est en effet divisée. Selon une étude du Cevipof, elle n’est rassemblée autour d’un binôme que dans 433 cantons, contre 1 285 pour la droite. Et comme il faut au moins franchir le seuil de 12,5 % des inscrits pour atteindre le second tour, la gauche « risque d’être éliminée au soir du 22 mars dans de très nombreux cantons », estime Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop. S’annoncerait un duel UMP/FN.

Paris, Lyon, la Guyane et la Martinique ne votent pas

On ne vote pas partout, ces dimanches 22 et 29 mars. Dans le 75, la commune de Paris fait office de département, elle a déjà les pouvoirs de l’assemblée départementale. Traditionnellement, on n’y votait pas lors des cantonales, ce ne sera pas le cas non plus pour les départementales.

Le redécoupage territorial en grosses régions, départements et métropoles induit une réorganisation dans le Rhône. Une partie du territoire sera appelée aux urnes tandis que la métropole de Lyon, qui endosse une partie des compétences des assemblées départementales via son conseil municipal, ne votera pas.

En Guyane et en Martinique, il n'y aura pas d'élections départementales non plus. Les mandats des conseillers généraux sont prolongés jusqu'au 1er janvier 2016. À partir de cette date, les deux départements seront dotés d'une collectivité territoriale qui aura les compétences d'un département et d'une région réunis.

Attentats-suicide meurtriers au Yémen

Au Yémen, une série d'attentats-suicide contre deux mosquées fréquentées par des Houthis, la milice chiite qui s'est emparée du pouvoir, ont été perpétrés ce vendredi matin dans la capitale. Les attaques, revendiquées par le groupe Etat islamique, ont eu lieu alors que les fidèles se rassemblaient pour la prière du vendredi, à une heure de très forte affluence, aussi le bilan ne cesse-t-il de s'alourdir.

Selon un dernier bilan, au moins 142 personnes ont trouvé la mort dans cette série d'attentats-suicide, qui ont également fait 351 blessés. La première explosion a eu lieu en fin de matinée, dans une mosquée située dans le sud de Sanaa. La deuxième a eu lieu au même endroit quelques instants plus tard, et un troisième attentat a frappé une seconde mosquée, située elle au nord de la capitale yéménite.

Ces mosquées sont fréquentées par les miliciens houthis, des chiites venus du nord du pays, qui se sont emparés à l'automne dernier de la capitale et s'opposent à la fois au président en place, Abd Rabbo Mansour Hadi, et au réseau terroriste d'al-Qaïda dans la péninsule arabique.

Violents combats à Aden jeudi

Le groupe Etat islamique a revendiqué ces attentats. Il s’agit des attaques les plus sanglantes depuis la prise de pouvoir de Sanaa par les Houthis.

C’est aussi la démonstration particulièrement sanglante des difficultés rencontrées par ces miliciens pour asseoir leur domination, et pour assurer la sécurité à Sanaa. La capitale yéménite n'est pas la seule ville au Yémen à être déchirée par les violences : jeudi, c'est à Aden que de violents combats ont éclaté, cette fois entre les forces loyales au président Hadi, et des unités rebelles alliées aux miliciens houthis.

Rfi

Une première loi «musclée» pour le renseignement français

Demandé en juillet dernier par le président Hollande, le projet de loi sur le renseignement a été présenté ce jeudi en Conseil des ministres par le chef du gouvernement, Manuel Valls. Il s’agit de la première loi encadrant l’activité des services de renseignement français. Mais certaines voix dénoncent une atteinte aux libertés individuelles.

« Notre rôle, ce n’est pas de faire peur », assure Manuel Valls. Mais le chef du gouvernement rappelle également que « nous n’avons cessé de le répéter depuis trois ans : la menace terroriste est à un niveau sans précédent ». Une menace, qui plus est, qu’il qualifie de « protéiforme », émanant de groupes évoluant à l’étranger comme d’individus présents sur le sol français.

Pour appuyer son propos, Manuel Valls a rappelé les chiffres : 1 900 Français sont impliqués dans les filières d’acheminement vers des zones où opèrent des groupes jihadistes, 1 450 rien qu’en Syrie et en Irak. Un nombre auquel il faut rajouter, selon le Premier ministre, plus de 1 200 profils menaçants qui propagent sur Internet des vidéos et des messages menaçants. « En 15 mois, le nombre de départs a été multiplié par 2,5 », souligne Manuel Valls.

Autre fait inquiétant pour le chef du gouvernement : « seul un individu sur deux qui arrive en Syrie a été détecté avant », déclare-t-il. Il faut donc « resserrer les mailles du filet de la surveillance des individus radicalisés et dangereux ».

Combler un vide juridique

Pour l’exécutif, le contexte rend donc cette loi indispensable. Mais elle est également nécessaire pour combler un vide juridique. Contrairement aux autres pays occidentaux, la France ne dispose actuellement d’aucun texte législatif encadrant l’activité des services de renseignement. « Du coup, tout le monde y perd », assure le Premier ministre. « La sécurité, car les services ont moins de moyens juridiques que leurs homologues étrangers. Le droit, car les activités des services sont concrètement moins contrôlées qu’ailleurs. Les agents, à qui on demande d’agir sans sécurité juridique », énumère-t-il. Le projet de loi se veut donc un outil de travail pour les services de renseignement mais aussi une garantie des droits des citoyens.

Si le texte, que le gouvernement présentera au Parlement le mois prochain, est adopté, il légalisera et encadrera des méthodes souvent déjà pratiquées. Des balises pourront être placées sur des voitures pour surveiller leurs déplacements, des micros mis en place dans des logements pour écouter les conversations, des logiciels enregistrant toutes les frappes d’un clavier d’ordinateur (keylogger)… La loi légalise aussi l’usage de « dispositifs mobiles de sécurité ». Ce sont des appareils espions, de type Imsi catcher, qui permettent de capter les données qui se trouvent sur des téléphones ou des ordinateurs situés à proximité.

Atteinte aux libertés

Pour engager ce type de surveillance, les services de renseignement n’auront pas besoin de l’aval d’un juge : une autorisation administrative suffira. « On n’est pas dans des poursuites judiciaires, mais dans la détection », explique-t-on au ministère de l’Intérieur. Certains y voient une atteinte aux libertés, estimant que l’administration sera plus encline que la justice a autorisé l’espionnage de personnes.

Une accusation que rejette le gouvernement. Une nouvelle autorité de contrôle sera créée : la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement. Elle pourra recommander l’interruption de la mise en œuvre d’une technique qu’elle estime irrégulière et si son avis n’est pas suivi, saisir le Conseil d’Etat. « Le secret de la défense nationale ne sera pas opposable à ce juge. Il pourra ordonner au gouvernement d’interrompre une mesure de surveillance qui serait illégale car disproportionnée. C’est une première dans notre système juridique, une petite révolution au service des libertés publiques », assure Manuel Valls. Chaque citoyen qui s’estime victime d’une surveillance abusive pourra également se retourner vers la plus haute juridiction administrative. Si sa situation est alors déclarée illégale, il pourra réclamer des indemnités et les renseignements obtenus le concernant seront détruits.

Mais le point le plus sensible, c’est probablement l’installation d’une boîte noire dans les équipements de réseau internet pour détecter automatiquement une succession suspecte de données de connexion. Le gouvernement veut en fait créer un algorithme capable d’attirer l’attention des services de renseignement lorsqu’une même personne enchaîne les comportements qui ne sont pas très inquiétants en soi mais qui, cumulés, peuvent être révélateurs. Ce sont ce que les forces de l’ordre appellent les « signaux faibles » et qui sont plus difficiles à détecter.

Avis mitigé de la CNIL

Rien à voir avec le programme américain PRISM révélé par Edward Snowden, assure le gouvernement français. « Nous voulons surveiller des gens et non les gens », explique le ministère de l’Intérieur. Le gouvernement assure que la collecte de renseignements ne portera que sur les métadonnées : l’heure de connexion à un site particulier par exemple. Elle ne concernera pas les contenus : pas de filtrage des correspondances donc à la recherche de mots suspects. Enfin, Manuel Valls affirme que la collecte de ces informations se fera dans l’anonymat le plus strict. Le nom des Internautes ne sera connu que si soupçon il y a.

Consultée, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a rendu un premier avis pour le moins mitigé sur ce projet de loi. Elle relevait tout d’abord que le texte comporte des « mesures de surveillance beaucoup plus larges et intrusives » que celles en vigueur actuellement. Mais dans son avis final rendu ce jeudi, elle souligne que le projet de loi final « tient compte sur plusieurs points » de son avis. Mais d’autres acteurs ne partagent pas cet avis. L’association de défense des libertés sur Internet La Quadrature du Net dénonce « une désastreuse dérive » : « ce que prévoit le gouvernement, c’est la surveillance massive de l’ensemble des citoyens, d’aller surveiller l’ensemble des communications de l’ensemble des Internautes », déclare Adrienne Charmet, coordinatrice des campagnes de l’association.

Sur RFI ce jeudi, le député UMP Alain Marsaud, ancien juge d'instruction anti-terroriste, exprimait lui aussi des critiques : « jamais dans l’histoire de nos institutions, on a donné autant de pouvoirs intrusifs à un service de renseignement ou à des services d’enquête. Nos concitoyens vont devoir prendre conscience qu’à tout moment, ils peuvent être suivis, écoutés, détectés… ». Un avis qui n’est pas majoritaire au sein de son parti. Nicolas Sarkozy, le président de l’UMP, a annoncé que le texte serait voté par sa formation s’il n’est pas « détricoté ». Le débat parlementaire commencera le mois prochain. Le gouvernement espère faire adopter le texte cet été.

Rfi

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