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Rapport sur la torture à la CIA: un exercice de démocratie compliqué

Mardi 9 décembre, le Sénat américain a rendu public un rapport très attendu sur la torture pratiquée par la CIA dans les années 2000, après les attentats du 11-Septembre. L’audit original de 6 000 pages restera secret. Mais sa version expurgée, longue de 500 pages tout de même, est à la disposition du public malgré les pressions exercées par l’Agence, qui a tenté d’empêcher sa publication.

Pendant plus d’une heure, ce mardi 9 décembre devant un Sénat américain bondé, la sénatrice Dianne Feinstein, présidente de la commission du Renseignement, a présenté les conclusions du rapport tant attendu sur la torture pratiquée par l'Agence centrale américaine de renseignement (CIA) dans les années 2000. Le Congrès avait tenté de repousser ce moment depuis trois mois. « Les actes de la CIA, voilà 10 ans, sont une tache qui salit nos valeurs et notre histoire, a lancé la démocrate face à ses pairs. La diffusion de ce rapport de 500 pages ne peut effacer cette tache, mais cela montre à notre peuple et au monde que les Etats-Unis sont assez matures pour reconnaître ce qui est mal, et sont assez confiants pour apprendre de leurs erreurs. »

Le public savait depuis des années que la CIA avait torturé des détenus, dans des prisons secrètes hors du territoire américain. Les simulacres de noyade, d’exécution, les détentions dans des cages, les privations de sommeil avaient été documentés. Les méthodes de l’agence, décrites dans ce rapport, étaient déjà dénoncées de longue date par d’anciens agents, des élus et des organisations de défense des droits de l’homme, rappelle notre correspondante Anne-Marie Capomaccio. Mais ce que ce texte (disponible ici en anglais) met véritablement en lumière, ce sont les manœuvres de la CIA pour garder le secret. Le mensonge a en effet été érigé en système : la presse et les élus ont été les cibles d’une désinformation constante sur les résultats des interrogatoires menés.

L'obstination d'une sénatrice contre le système CIA

Le département de la Justice lui-même a posé des questions auxquelles l’agence a répondu par des mensonges, assure Mme Feinstein : « La CIA a procuré des informations inexactes au département de la Justice, alors que ses avocats se penchaient sur la légalité des techniques employées. La CIA a affirmé les choses suivantes : les méthodes coercitives n’étaient pas employées de manière répétitive ; des médecins devaient s’assurer que les interrogatoires ne causaient pas de graves blessures, et ils devaient pouvoir intervenir à tout moment pour arrêter la procédure. Aucune de ces affirmations n’a été de près ou de loin mise en pratique. »

Et l'élue démocrate d’insister : même la Maison Blanche, à l’époque du président républicain George W. Bush, n’a jamais su ce qu'il se passait vraiment. De quoi réaliser à quel point, pendant les cinq ans qu’aura duré l’enquête de la commission du Sénat, la CIA a tenté de l’empêcher de parvenir à ses fins. Au-delà des réactions provoquées par certaines informations contenues dans ce rapport, il faut donc retenir, d'abord, l’obstination de la sénatrice Feinstein, élue de Californie depuis 22 ans, qui a travaillé sans relâche, sous la pression, avec persévérance et courage, pour que tout ceci soit rendu public. Dianne Feinstein a même été menacée.

Dianne Feinstein, avec des journalistes au Capitol de Washington, le 9 décembre 2014.PHOTO / SAUL LOEB

« Torturer donne plus de mauvaises informations »

Modeste, Dianne Feinstein a souligné à plusieurs reprises que la publication de son travail a été rendue possible grâce à des institutions américaines fortes, et avec la bénédiction de la Maison Blanche. Barack Obama a lui-même dénoncé des méthodes « contraires » aux valeurs des Etats-Unis, qui ont « fortement terni la réputation de l'Amérique dans le monde ». Mais la détermination de la démocrate force l’admiration de ses pairs. Qu’ils aient soutenu, ou pas, la diffusion de cette enquête, la plupart des parlementaires américains saluent en effet cet exercice public de la démocratie. Il n'est en effet pas simple d'assumer de tels actes, d'autant que le rapport conclut, au sujet des méthodes brutales d'interrogatoires de la CIA, qu'elles n'ont pas été efficaces dans la « guerre contre le terrorisme ».

Un point accablant, sur lequel a insisté le sénateur républicain John McCain à la tribune du Sénat, juste après l’intervention de Dianne Feinstein. Très impliqué dans les dossiers de politique étrangère, l’ancien candidat à la présidence de 2008 avait soutenu, contrairement à la plupart des élus de son parti, la diffusion du texte. Et ce, en tant qu’élu, mais aussi en tant qu’ancien prisonnier de guerre blessé et torturé au Vietnam. « Je sais par expérience que torturer les prisonniers donne plus de mauvaises que de bonnes informations, a dit John McCain. Je sais qu’ils diront n’importe quoi, ce que les tortionnaires veulent entendre, s’ils pensent que cela va faire cesser leurs souffrances. »

« Le monde sait depuis longtemps que nous avons torturé »

Jason Wright est un ancien avocat militaire. Il défendait jusqu'au mois d'août dernier Khalid Sheikh Mohammed, qui a revendiqué la responsabilité morale des attaques du 11-Septembre, et qui a subi torture, supplice de la baignoire et mauvais traitements lors des programmes de restitution extraordinaires de la CIA. Selon l'avocat, ce rapport marque un tournant. « C'est la première tentative réelle du Congrès, qui exerce un pouvoir administratif sur les activités des agences de renseignement. Nous savons que le président Obama s'est élevé contre l'utilisation de la torture […] Mais maintenant, nous avons en plus le Congrès qui déclare, en tant que représentant du peuple, que c'est un véritable problème, et qu'on ne doit plus jamais y recourir. »

Pour John McCain, « plus que tout, je sais que la torture anéantit les principes qui nous différencient de nos ennemis, l’idée que même les prisonniers doivent bénéficier de droits élémentaires, qui sont protégés par les conventions internationales. Est-ce que la diffusion de ce rapport risque de provoquer une colère pouvant mener à des violences dans les pays musulmans ? Je pense que c’est possible. Mais le monde entier sait depuis longtemps que nous avons pratiqué la torture sur nos prisonniers, que nous avions des prisons secrètes. Les terroristes peuvent utiliser ce rapport sur la reconnaissance de la torture comme prétexte pour attaquer des Américains, mais franchement, ils n’ont pas besoin d’excuse pour cela. »

 
Sculture de l'artiste britannique Marc Quinn, à Basel, inspirée par une photo prise à la prison d'Abou Ghraib.AFP PHOTO/ FABRICE COFFRINI

« Ce ne sont pas des choix politiques, ce sont des crimes »

Aujourd’hui, certaines associations demandent des poursuites judiciaires contre les responsables, même si la plupart des experts estiment que cela est impossible. Barack Obama, qui a soutenu la publication de ce rapport explosif, avait fait de la fin des violations des droits de l'homme l'une de ses principales promesses de campagne en 2008. Mais ça ne suffit pas, estime Reed Brody, conseiller juridique de l'organisation Human Rights Watch : « Le président Obama a bien sûr mis fin à l'utilisation de ces techniques, mais il a traité la torture comme s'il s'agissait d'un choix politique regrettable, et non d'un crime. Il faudrait, avec ce rapport, que le gouvernement enquête et poursuive les hauts fonctionnaires de l'administration Bush qui en sont responsables. »

Reed Brody n’épargne personne, pas même Georges Bush,« qui a trouvé le waterboarding », dit-il. Le président américain a reconnu en 2010 avoir approuvé personnellement cette méthode. « Ce ne sont pas des choix politiques erronés, ce sont des crimes, plaide M. Brody. Et les Etats-Unis sont dans l'obligation de poursuivre ces crimes. Si le gouvernement américain ne lance pas d'enquête criminelle crédible, d'autres pays devront le faire. C'est ce qui est arrivé avec Pinochet, avec Hissène Habré au Sénégal. Quand on ne trouve pas justice dans son pays, il faut que les victimes puissent saisir des tribunaux, que ce soit français ou espagnol, où il y a d'ailleurs des enquêtes qui sont ouvertes pour les crimes de Guantanamo, Abou Ghraib et autres. »

« Certains secrets devraient le rester », juge-t-on en Pologne

Ce sont précisément ces « autres » lieux de détention qui risquent de créer le plus de vagues à l’international. Alliés de longue date, les Etats-Unis et la Pologne mènent des relations étroites sur le plan militaire. Dans ce pays, où la CIA aurait torturé plusieurs prisonniers dans une prison secrète en 2003, la volte-face américaine a de quoi inquiéter. Barack Obama a appelé en personne le Premier ministre polonais Ewa Kopacz dans la nuit de lundi à mardi pour l'informer. Diplomate, cette dernière a joué la carte de l'apaisement, affirmant qu’il n'y aurait pas d'impact négatif sur la relation bilatérale. En revanche, son ministre de la Défense s'est montré plus brut : « Certains secrets devraient le rester. Cette publication pourrait affaiblir la confiance accordée aux Etats-Unis par leurs alliés », a réagi Tomasz Siemoniak.

Officiellement, la Pologne n'a jamais admis avoir accueilli des prisons secrètes de la CIA, explique notre correspondant à Varsovie Damien Simonart. En juillet dernier, la Cour européenne des droits de l'homme l'a toutefois condamnée pour sa complicité dans les tortures subies sur son territoire par un Palestinien et un Saoudien entre 2002 et 2003. Pour faire la lumière sur cette histoire, le parquet polonais mène sa propre enquête depuis six ans. Son porte-parole a annoncé mardi qu'une demande serait formulée aux Etats-Unis pour recevoir l'intégralité du rapport du Sénat américain. Affaire à suivre.

France: ce que prévoit la loi Macron pour relancer l'activité

La loi Macron, du nom du ministre de l'Economie, doit être présentée ce mercredi en conseil des ministres. Ce projet de loi est censé, selon le ministre, remédier aux trois maux de la France : la défiance, la complexité et le corporatisme. Les parlementaires vont donc s'emparer du texte pour le décortiquer.

Ce texte, c'est l'héritage laissé par Arnaud Montebourg après son départ de Bercy, mais c'est aussi le caillou dans la chaussure d’Emmanuel Macron qui est attendu au tournant par sa majorité. Imaginé par son prédécesseur afin de redonner 6 milliards d'euros de pouvoir d'achat aux Français, le nouveau ministre de l'Economie s'est emparé du texte pour le modifier. Du pouvoir d'achat, on est ainsi passé à la croissance et l'activité.

Afin de redynamiser l'économie française, Emmanuel Macron souhaite modifier la réglementation du travail dominical et passer de 5 à 12 ouvertures de magasins par an. Autre proposition, la libéralisation des professions réglementées : huissiers, notaires, commissaires-priseurs. Ils devront revoir leurs tarifs pour faire jouer la concurrence. Troisième point : accélérer la libéralisation des transports en autocar, ce qui selon le ministre pourrait créer de l'emploi.

« Tout le monde a conscience de l’urgence de la situation économique, tout le monde a conscience que nous avons besoin de plus de vitalité, que tout le monde a besoin que cela marche mieux en France, a justifié Emmanuel Macron. Les commentaires que j’entends avant que la loi soit déposée sont des commentaires de principe, de posture. C’est la responsabilité de la gauche au gouvernement de conduire des réformes qui sont des réformes justes et efficaces. Sur le travail le dimanche, il y a des zones où l’activité, le tourisme, justifient qu’on ouvre le dimanche ou en soirée parce que ça va créer des emplois et donc là nous allons le faire. »

Déjà contesté

Le projet prévoit également une simplification des procédures prud'homales pour en réduire les délais. Le ministre souhaite également que l'épargne salariale se généralise dans les entreprises.

Le projet de loi est déjà contesté aussi bien par la majorité que par les intéressés. Les professions libérales demandent son retrait pur et simple. En signe de protestation, une grande mobilisation est prévue début janvier au moment même de la discussion au Parlement.

L’ex-otage Serge Lazarevic: «La liberté, c’est plus cher que tout»

Détenu durant plus de trois ans par al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) avant d’être libéré hier, Serge Lazarevic, 51 ans, a mis le pied sur le sol français, ce mercredi 10 décembre. A sa descente d’avion, à l’aéroport de Villacoublay, près de Paris, il a été accueilli par le président français François Hollande et par ses proches.

Avec nos envoyés spéciaux à l'aéroport de Villacoublay,

C’est l’image de ce petit matin : un sourire. Et quel sourire, celui de Serge Lazarevic radieux, qui descend de l’avion de la présidence, puis enlace tendrement sa maman, sa sœur. Un instant fort, intense. L’ex-otage visiblement en forme du haut de ses presque deux mètres, même s’il a perdu du poids. Le crâne rasé, petit bouc poivre et sel, pantalon de toile et gros manteau, car il fait frais ici. Une belle image, celle d’un homme solide visiblement serein, loin très loin des images de la dernière vidéo diffusée il y a trois semaines.

Serge Lazarevic était le dernier otage français dans le monde. Libéré mardi, au Mali, après trois ans passés aux mains du groupe terroriste Aqmi, il a fait une brève escale à Niamey, au Niger, hier soir avant de s’envoler pour la France. Il a atterri ce mercredi matin, à 7h45 (heure de Paris) à l’aéroport de Villacoublay, près de Paris.

Examens médicaux et débriefings au programme

A sa descente d’avion, Serge Lazarevic a été accueilli par le président François Hollande - qui est venu accueillir à Villacoublay tous les otages libérés depuis qu’il a accédé à la tête de l’Etat -, mais aussi par sa famille. Sa fille, Diane, était déjà dans l’avion avec lui, puisqu’elle s’était rendue à Niamey hier. Le directeur et un employé du centre de crise du gouvernement étaient aussi à bord, ainsi qu’un médecin urgentiste qui a pu faire un premier examen médical.

Le premier examen est rassurant, nous dit-on, mais il sera prolongé dans la matinée de ce mercredi, inévitablement, par des examens médicaux dans un hôpital militaire de la région parisienne. Ensuite comme tous les otages après leur libération, Serge Lazarevic va être débriefé dans les jours qui viennent en un lieu discret par la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), les services secrets français. Ce débriefing est donc une étape obligée et même une étape essentielle, car ces fameux débriefings, encore appelés RETEX dans le jargon des services secrets, permettent d'en savoir plus sur les preneurs d'otages.

Ces entretiens se font selon une procédure bien rôdée et généralement en deux étapes : La première a lieu le plus rapidement possible, dans le cas de Serge Lazarevic peut être même a-t-elle eu lieu la nuit dernière lors du vol retour. Il s'agit à ce moment-là de s'appuyer sur la mémoire et les émotions immédiates avant que les souvenirs ne s'estompent. La seconde phase a lieu après le retour en France, elle se déroule généralement, dans l'une des bases de la DGSE près d'Orléans. Les hommes du renseignement vont alors demander à Serge Lazarevic un maximum de détails : sur ces conditions de vie, ses lieux de détentions, sur le comportement de ses ravisseurs. Ils vont chercher à savoir s’il y a notamment des dissensions entre eux, et de quel matériel ils disposent. Chaque détail à son importance, car ces débriefings ou Retex ont un objectif opérationnel. Il s'agit pour les services secrets de parfaire leur connaissance du terrain et de reconstituer précisément les modes opératoires des ravisseurs.

Hollande : « N'allez pas là où vous pouvez être enlevés »

« A tous nos compatriotes qui peuvent se trouver sur des zones que l’on dit "à risque", faites en sorte de ne pas aller là où vous pouvez être enlevés. Nous sommes dans un monde dangereux, a lancé François Hollande devant la presse. Il y a des régions où il ne doit pas être accepté d’aller en voyages. Ce sont des règles. On sait maintenant les risques qui sont encourus. »

« C’est, pour un président de la République, une épreuve que de vivre des prises d’otages, comme pour les Français d’apprendre qu’un de leurs compatriotes a été enlevé, a poursuivi le chef de l’Etat. Et c’est une joie extraordinaire de pouvoir assister à une arrivée comme celle que vous avez eue, monsieur Lazarevic, cette joie que vous nous avez exprimée de retrouver les vôtres, de retrouver votre fille, votre mère, votre sœur, votre fils, tous vos amis. Et je veux maintenant vous dire, faites en sorte de témoigner de tout ce que vous avez vécu parce que c’est, pour les Français aussi, une fierté que de savoir qu’un des leurs a pu pendant trois ans résister à tout… »

L'ex-otage a pris la suite du président de la République devant les médias présents à Villacoublay : « Etre otage, c’est un peu compliqué, ce n’est pas très simple, mais la vie est belle de retrouver la liberté. Je ne savais pas avant ce que c’était la liberté, j’avais oublié ce que c’était la liberté. Et n’oubliez jamais qu’être un homme libre, c’est faire attention à soi, partout où vous allez comme l’a dit Monsieur le président. Faites attention parce que la liberté, c’est plus cher que tout. Quand on est pris, quand on est malmené, quand on est perdu, quand on est au bord de la mort, on pense plus à la vie. »

Et Serge Lazarevic de conclure : « Je vous remercie tous d’être là et je dis encore merci au peuple français, et merci au gouvernement qui a tout fait pour nous libérer [lui et Philippe Verdon, tué l’année dernière]. Je vous remercie tous. Vive la liberté. »

7H47. La porte de l'avion s'ouvre et Serge Lazarevic pose le pied sur le sol français. Avec ce sourire immense, une sérénité impressionnante.
Retour sur l'arrivée de Serge Lazarevic en France 10/12/2014 - par Guillaume Thibault écouter

Plus d'informations à venir.

 

L'ex-otage à la sortie de l'avion qui l'a ramené en France, le 10 décembre à Villacoublay.AFP PHOTO / MARTIN BUREAU

Espoir dans l’enquête sur l’assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon

Cette libération renvoie à l'assassinat de nos deux confrères de RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon, tués par al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) près de Kidal, dans le nord du Mali, le 2 novembre 2013. Depuis l’enquête est difficile, mais pour l'association « Les amis de Ghislaine Dupont » le fait que la France n’ait plus d’otages dans la région est un espoir pour enfin connaître la vérité.

Nous posons la question : est-ce que cette libération va avoir des conséquences sur l’enquête ? Est-ce que ça va faciliter le travail des juges ? Est-ce que les autorités vont avoir davantage les coudées franches, la possibilité d’agir peut-être de manière plus rapide, plus radicale ? C’est ce que l’on espère aujourd’hui.

Pierre-Yves Schneidersecrétaire général et porte-parole de l'association «Les amis de Ghislaine Dupont» 10/12/2014 - par Sébastien Nemeth

Rfi

Opération déminage pour Macron devant les députés socialistes

C'est l'un des grands textes du quinquennat. Il est censé « déverrouiller l'économie française ». La loi « pour la croissance et l'activité » sera présentée mercredi 10 décembre en Conseil des ministres par Emmanuel Macron. Elle prévoit notamment l'extension du travail du dimanche et la libéralisation de plusieurs professions réglementées. Le ministre de l'Economie sera ce mardi matin à la réunion des députés socialistes à l'Assemblée nationale, pour déminer le terrain.

Si le contenu précis de la loi Macron n'est pas encore connu, cette dernière suscite d'ores et déjà des résistances parmi les députés de la majorité. Voilà pourquoi le ministre de l'Economie se rend ce mardi 9 décembre à l'Assemblée pour les rencontrer.

Ce sera un peu son « grand oral », ou le grand saut. Car ce ministre n'a en effet jamais été élu. C'est d'ailleurs « un problème », lâche l'un de ses collègues au gouvernement, agacé par ce qu'il appelle « les macronneries », les gaffes à répétition d'Emmanuel Macron sur les « illettrés », les 35 heures ou « l'échec » du pacte de responsabilité.

Emmanuel Macron veut libérer l'économie pour sauver l'Etat-providence. Mais les députés socialistes ne l'entendent pas forcément de cette oreille. Ils sont particulièrement remontés contre l'extension du travail du dimanche.

« Il ne maitrise pas le débat parlementaire »

La nomination de M. Macron fin août, après le départ d'Arnaud Montebourg, avait fait jaser. D'abord pour ce qu'Emmanuel Macron incarne : le virage social-libéral de François Hollande, la politique « pro-entreprises » du gouvernement.

Ancien banquier, enfant gâté du hollandisme nommé ministre sans passer par la case élection ; lui et sa loi ont tout pour déplaire à des députés socialistes volontiers frondeurs. Pas sûr qu'il existe une majorité autour d'un texte jugé « fourre-tout ».

C'est donc un gros travail de conviction qu’entame Emmanuel Macron. Avec un autre handicap : « Il ne maîtrise pas le débat parlementaire », reconnaît un ministre. Il lui reste quelques semaines pour faire ses armes.

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