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La réforme du collège ne passe pas auprès des enseignants

En France, les enseignants se sont mobilisés ce mardi contre la réforme du collège. Selon le Snes, principal syndicat d'enseignants du second degré, un enseignant sur deux serait gréviste. Le ministère de l'Education nationale parle quant à lui de 27 % de grévistes. Malgré la grogne, la ministre Najat Vallaud-Belkacem l'a répété : la réforme du collège entrera en vigueur comme prévu à la rentrée 2016. Quant à la réforme des programmes, elle fait encore l'objet d'une consultation.

Les opposants s'inquiètent notamment pour l'enseignement du latin et du grec, auquel sera privilégié un enseignement interdisciplinaire sous l’appellation « les langues et cultures de l'Antiquité ». Les professeurs d'allemand craignent les effets de la suppression des classes bilangues. Les nouveaux programmes d'histoire au collège ont eux aussi soulevé des polémiques très virulentes. Mais pour les syndicats d'enseignants qui ont appellé à manifester ce mardi, les principaux points de crispation sont l’autonomie accrue des établissements et les enseignements interdisciplinaires.

Une autonomie feinte

Dès la rentrée 2016, les collèges pourront décider en effet de 20% - c'est-à-dire 4 heures - de l'emploi du temps des élèves. Elles pourront être consacrées à de l'accompagnement personnalisé en petits groupes et à des enseignements interdisciplinaires. Plus précisément, les élèves de 5e, de 4e et 3e auront une heure d'accompagnement personnalisé et trois heures d'enseignements pratiques interdisplinaires : les EPI.

Les enseignants ne peuvent pas faire valoir leur expertise puisque ce sont les chefs d'établissement par l'intermédiaire d'un conseil pédagogique qui prennent les décisions. Benjamin Marol est professeur d'histoire-géographie au collège Lenain de Tillemont à Montreuil en banlieue parisienne. Il témoigne : « un enseignant est attaché à sa liberté pédagogique. A partir du moment où le chef d’établissement va imposer des directives dont on ne voit pas la pertinence, cela va entraver notre liberté pédagogique. Cette autonomie ne donne pas plus de liberté, mais plus de servitude. »

La réforme du collège prévoit un accompagnement personnalisé. Il existe déjà en 6e, où il est de trois heures par semaine. Il va être généralisé à raison d'une heure par semaine pour les 5e, 4e et 3e. L’initiative pourrait être salutaire et permettre plus d’égalité entre les élèves. Sauf que, là encore, le contenu des cours d'accompagnement des élèves se fera selon l'arbitrage du chef d'établissement.

Frédéric Boucherot est professeur de physique-chimie dans un collège en banlieue parisienne. Il regrette que cet accompagnement empiète sur des enseignements de base. « Si actuellement, par exemple, on dispense quatre heures de mathématiques pour un niveau donné, il n’y aura plus que trois heures dédiées à cette matière puisqu’on va prélever une heure pour aider quelques élèves. L’accompagnement, c’est une très bonne chose s'il est personnalisé pour aider les élèves en difficulté, mais malheureusement, c’est au détriment d’heures d’enseignement de base qu’ils auront en moins », explique le professeur.

Les EPI

Point clé de la réforme, les Enseignements pratiques interdisciplinaires, les fameux EPI, dont l'idée est de décloisonner les disciplines. Par exemple, deux professeurs de français et d'histoire construiront un cours ensemble. Là encore, les enseignants qui manifestaient ce mardi après-midi ne contestent pas l'idée, mais sa mise en œuvre. « La mise en place des EPI va se faire au détriment des horaires d’enseignement fondamentaux, estime Frédéric Boucherot. De plus, il n’y a aucune annonce qui est faite sur les moyens de concertation de ces travaux interdisciplinaires. Ça ne peut pas se faire comme ça d’un coup de baguette magique ; ces projets d’EPI risquent de se faire par injonction du chef d’établissement puisque c’est le conseil pédagogique qui décidera des thèmes abordés. Pour ma part, l’interdisciplinarité, je ne la vois que sur la base du volontariat des enseignants. On a envie de travailler avec quelqu’un, il faut des aptitudes communes, une entente commune, une volonté de travailler ensemble. La réforme du collège ne prend pas ça en compte. »

A en perdre son latin

La réforme propose de remplacer les « options grec et latin », jugées trop « minoritaires », par une « initiation aux langues anciennes » au sein du français (dont les heures ont pourtant été réduites à peau de chagrin), et par une intégration du grec et du latin à un EPI « langues et cultures de l'Antiquité », module obligatoire optionnel. Face à la pluie de critiques, la ministre a lâché du lest fin mars en proposant d'ajouter un « enseignement de complément » pour les élèves désireux d'approfondir l'apprentissage du latin.

Mais même les élèves les plus motivés verront le volume horaire dévolu à cette discipline réduit de moitié. Une inquiétude pour les enseignants. « Si la réforme a pour but d’être plus égalitaire, de faire réussir tous les élèves, elle s’y prend mal », souligne Benjamin Marol, professeur d’histoire-géographie dans un collège en banlieue parisienne. Il ajoute : « les langues anciennes aujourd’hui sont enseignées dans 75 % des établissements difficiles. On sait qu’avec les EPI, cela risque de ne plus être le cas. Le latin fait pourtant partie des codes qui permettent de s’intégrer à des études supérieures dans un système républicain qui est élitiste, il faut le savoir. Le fait d’enlever cet enseignement de langue ancienne, c’est créer des différences irréparables dans le temps. »

A l’exception de la FCPE , Fédération des parents d’élèves et de deux autres syndicats enseignants, la réforme du collège fait l'unanimité contre elle. Des syndicats habituellement opposés manifestent côte à côte, certains demandent le retrait pur et simple de la réforme. D'autres comme le Snes, principal syndicat des enseignants du secondaire, demandent la reprise des discussions.

C'est l'égalité dans la médiocrité.
Dans le cortège contre la réforme du collège

Rfi

10 mai Journée commémorative de l'abolition de l'esclavage, le Maire D.GUILLAUME et son équipe–Choisy-le-Roi 2015 ; une première

 

Le 10 mai est la journée commémorative de l'abolition de l'esclavage en France. Ce jour a été célébré pour la première fois à Choisy-le-Roi à l'initiative de ma collègue et amie, Chantal GRASSET-PRIAN, conseillère municipale associée aux droits de l'homme et aux actions contre les discriminations.
Je voulais vous partager mon intervention prononcée à cette occasion dans le Parc de la Mairie au pied de la statue de la Paix de David Erevantzi.
"Mesdames, messieurs Nous voici réunis aujourd'hui pour rendre hommage à la mémoire des victimes de l'esclavage et de la traite négrière, et pour commémorer l'abolition de ces tragiques institutions.
Depuis 2006, les cérémonies du 10 mai participent de la construction d'une mémoire lucide, apaisée et réconciliatrice.
Cette journée est l'occasion de rappeler la France à son héritage, à son destin, et aux valeurs sur lesquelles repose notre pacte social.
C'est au nom de ces valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité, que des hommes et des femmes se sont élevés au-dessus de leur idéal pour prendre part à l'abolition de la traite et de l'esclavage. Je pense à Victor SCHOELCHER dont une partie des descendants résident à Choisy-le-Roi, à Louis DELGRÈS et son ami Joseph IGNACE qui font partie des premiers à s'être soulevés accompagnés de 200 autres camarades, à L'Abbé GRÉGOIRE, rédacteur d'une première loi d'abolition de l'esclavage avant qu'elle ne soit retirée par Napoléon Bonaparte, et une jeune femme prénommée "Solitude" qui s'est également révoltée, et à tous ceux qui, par leurs combats pour l'abolition, ont contribué à dessiner le visage de notre République et à forger son identité humaniste.
Mais célébrer l'abolition ne doit pas servir à oublier le sort qui a été réservé aux victimes de l'esclavage.
En mettant des êtres humains au rang de « biens meubles », en permettant que des êtres humains soient vendus, loués, achetés comme des marchandises, l'homme nous a prouvé qu'il pouvait devenir le pire ennemi de l'homme.
L'esclavage et la traite négrière nous montrent le danger encouru par l'humanité lorsque la barbarie prend le pas sur la civilisation. Bien évidemment nous préférons bien souvent célébrer les événements qui sont glorifiant.
Le désir est toujours grand d'enterrer ce que nous voudrions n'avoir jamais vu le jour. Mais, comme nous en avertissait Aimé Césaire :
« Une civilisation qui s'avère incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement est une civilisation décadente. Une civilisation qui choisit de fermer les yeux à ses problèmes les plus cruciaux est une civilisation atteinte. Une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde. »
Ces paroles d'Aimé Césaire conservent toute leur actualité et toute leur force de vérité.
Je pense que la grandeur d'une nation se mesure au courage dont elle fait preuve pour se retourner sur son Histoire. Toute son Histoire.
Pas par honte, mais par honneur. Pas par fragilité, mais par force.
Ce passé, s'il n'est pas dit, s'il n'est pas interrogé, s'il n'est pas mis en partage, continuera à faire le lit des blessures, des rancunes et des communautarismes.
A nous d'assumer notre passé si nous voulons assurer notre avenir commun. Certains pensent que pour aller de l'avant, il faut oublier.

Oublier ces victimes ?! Ce serait faire mourir une seconde fois les millions de vie qui furent dévastées par cette tragédie. Oublier ces combats, ce serait déshonorer la mémoire de tous ceux qui ont lutté contre l'esclavage au nom des principes de la République.
Oublier ces blessures, ce serait nous empêcher d'être solidaires les uns envers les autres et nous priver du bienfait de vivre ensemble. Oublier ces crimes, ce serait mettre en péril la lucidité dont nous avons besoin pour prendre garde à ce que ces désastres ne se reproduisent pas : c'est un appel à la vigilance.
Cette tragédie n'est pas seulement celle des descendants d'esclaves, mais celle de tous les citoyens. Cette mémoire ne saurait être seulement le patrimoine des originaires d'Outre-mer ou des descendants d'esclaves.
Nous devons continuer à œuvrer pour que cette mémoire devienne un bien commun à tous et un patrimoine de vigilance pour les générations. La mémoire et la transmission donc, mais aussi la vigilance.
Les dernières élections sont là pour nous rappeler que la barbarie et les forces de la haine ne sont jamais une fois pour toutes anéanties.
Les préjugés, les haines racistes et antisémites ne sont pas éteintes, je dirais même se ravivent et prospèrent. Il nous faut les combattre sans relâche, les pourchasser où qu'elles se trouvent et les terrasser sans hésitation.
Cette journée de commémoration est aussi là pour nous rappeler qu'être silencieux devant la haine de notre prochain revient à y consentir, à l'encourager et à la renforcer. Notre pays, notre ville, doit être fière de ses origines multiples.
Aujourd'hui encore, l'homme n'est toujours pas à l'abri de l'homme. Aujourd'hui encore dans le monde, le commerce d'êtres humains n'a pas encore disparu. Aujourd'hui encore des enfants, des femmes et des hommes sont victimes de traites d'un genre nouveau.
Cette journée de commémoration de l'esclavage, de la traite et de leurs abolitions est également décisive pour appeler chacun d'entre nous à être lucidité, à assumer ses responsabilités. L'esclavage continue d'exister à l'heure même où nous parlons.
Il doit être combattu sans atermoiement et sans faiblesse. Il doit être combattu avec force, avec courage et avec détermination.

Le combat pour la liberté n'est pas derrière nous. Les valeurs de notre République font notre fierté. Mais elles ne peuvent faire notre fierté que si elles font et sont d'abord, notre exigence.
Les Droits de l'homme, les valeurs de dignité, d'autonomie et de respect de ne doivent pas être réservés à ceux qui sont nés au « bon endroit » de la terre.
Liberté, égalité, fraternité : la devise républicaine ne doit pas être un slogan. Elle doit être un parti pris éthique qui alimente notre action. Ici, comme à travers le monde, ce combat pour la liberté, l'égalité, la justice sociale est plus que jamais d'actualité!
Tâchons d'être, ensemble, à la hauteur de cette responsabilité."

blog de Didier Guillaune Maire de Choisy-le-Roi Val de Marne France

"Les jeunes équipes  municipales, prennent en compte les attentes de la diversité. Un peuple qui s'accepte dans sa diversité, un peuple qui ne veut pas se métisser est un peuple qui s'étiole, la France quoi qu'on dise n'a pas son pareil dans ce monde moderne, les crises destabilsent nos esprits mais la cérité est ailleurs, prenons-garde et sachons reconnaître chez l'autre notre propre regard ( Levinas)". Pape CISSOKO

Tourisme religieux, une aubaine pour le Sénégal

 

La religion occupe une grande place dans le quotidien des populations sénégalaises. Chaque année, ce sont des millions de croyants musulmans ou chrétiens qui parcourent le pays pour prendre part à des événements religieux ou pèlerinages. Des destinations culturelles et religieuses marquées d'histoires, et qui s'étendent peu à peu vers une cible internationale.
« Il y a énormément d'investisseurs qui veulent ouvrir des hôtels à Touba, Tivaoune, Ndiassane, Popenguine et autres. L'organisation annuelle de nombreuses manifestations religieuses dans de nombreuses villes constitue une importante opportunité en termes de retombées touristiques, aujourd'hui cette piste devrait être explorée pour relancer le secteur. Le tourisme religieux a montré son impact dans un pays comme le Maroc ou l'Arabie saoudite, le Sénégal a de nombreux atouts et devrait prendre exemple » explique Xavier Starkloff, directeur Afrique de l'ouest de la plateforme hôtelière jovago.com
Dans ces villes et villages, les visiteurs peuvent se rendre sur des lieux de culte historiques, parcourir des livres anciens dans des bibliothèques ou encore jeter un œil sur des manuscrits et se recueillir devant des mausolées.
Mise en avant des événements
L'histoire de grands noms comme Sérigne Touba, El Hadj Malick Sy, Baye Niasse, Seydina Limamoulaye ou encore Seydou Nourou Tall, pour ne citer que ceux-là, constituent de nombreuses inspirations religieuses et de grandes attractions pour de nombreux visiteurs, croyants de toutes nationalités qui font le déplacement chaque année pour le magal de Touba, le gamou de Tivaouane, le gamou de N'diassane, le gamou de Médina Baye. Certains événements et sites chrétiens comme le pèlerinage au sanctuaire marial de Popenguine, les recollections de Keur Moussa, ou la Cathédrale de Dakar sont également de véritables attractions pour le tourisme religieux. « Notre pays possède une histoire religieuse importante, et dans une ville comme Joal Fadiouth le dialogue inter-religieux est visible, ce qui nous manque c'est juste une bonne promotion » explique François Touré, de l'association des guides touristiques de Joal-Fadiouth. En effet, pour que le Sénégal devienne une destination importante dans le tourisme religieux, il demeure important que les événements religieux ainsi que l'histoire de ces grands hommes soient mis en avant à travers le monde.

Ismaël Cabral Kambell Resp Relations Publiques l'Afrique de l'Ouest
Tel: +221 76 644 38 93 l Skype: Is-kambel

Le prof de philo, « Charlie », et la liberté d’enseigner : Jean-François Chazerans professeur de philo au lycée est accusé d’apologie du terrorisme …

 

Le prof de philo, « Charlie », et la liberté d'enseigner : Jean-François Chazerans professeur de philo au lycée est accusé d'apologie du terrorisme ou quand réfléchir ou apprendre à prendre du recul pour mieux juger est un défaut

Où s'arrête la liberté de penser, de parler, d'enseigner ? La philosophie est-elle forcément subversive ? Peut-on être neutre ? L'histoire de Jean-François Chazerans pourrait se décliner en dizaines de sujets de philosophie. Depuis le mois de janvier, elle ne cesse de faire disserter.
Sur la Toile, ce professeur de philosophie de Poitiers, sanctionné pour des propos tenus en classe après l'attaque contre Charlie Hebdo, est devenu, en l'espace de quelques mois, la figure du professeur engagé, libre et anticonformiste, au service de l'émancipation des esprits. Provocateur et sans tabou. Et aujourd'hui victime d'une injustice. Mais dans « l'affaire Chazerans », difficile de démêler la part de mythe et de réalité. Ne serait-ce que parce qu'elle repose sur des propos rapportés, sortis de leur contexte, déformés, interprétés.
Il est 10 heures, jeudi 8 janvier. Depuis la veille défilent à la télé les images d'une rédaction décimée, la traque des frères Kouachi, des visages horrifiés par la tuerie. Au lycée Victor-Hugo − dans le centre-ville de Poitiers −, lorsque les élèves de terminale ES arrivent dans la classe de Jean-François Chazerans, ils sollicitent un débat sur l'attentat. Pourquoi pas. La veille, la ministre de l'éducation a demandé aux enseignants de « répondre favorablement aux demandes d'expression » des élèves. Et les cours de M. Chazerans commencent toujours ainsi : un élève ou le professeur propose un sujet, qui est voté puis débattu. Ce jour-là, pendant deux heures, on parle justice, liberté d'expression, racisme, origines du terrorisme... « Hormis le contexte, ce n'était pas un cours différent de d'habitude », souligne le professeur de 55 ans.
Dix jours plus tard, pourtant, il est convoqué chez la proviseure. Deux inspecteurs de l'éducation nationale l'y attendent. « Ils me disent : "Monsieur, on est là pour rédiger un rapport qui sera ce soir sur le bureau du recteur et demain sur celui de la ministre." » Il s'avère qu'un parent d'élève a envoyé un courrier à la proviseure, dénonçant certains de ses propos lors du cours. Selon cette lettre, il aurait dit : « Les militaires envoyés dans les pays en guerre, c'est de l'impérialisme » et « les crapules de Charlie Hebdo ont mérité d'être tuées ».
Un dossier « pas vierge »
Apologie du terrorisme ? Le recteur de l'académie de Poitiers, Jacques Moret, prend l'affaire très au sérieux. Il accorde d'autant plus d'importance à cette dénonciation que M. Chazerans est un enseignant qui « pose question », dit-il, et que « son dossier n'est pas vierge ». Il suspend le professeur, diligente une enquête administrative. Puis, comme celle-ci « n'a pas permis de démêler le vrai du faux », saisit le procureur de la République le 23 janvier.

L'enquête pénale écarte les soupçons d'apologie de terrorisme. Jean-François Chazerans a parlé de « crapules » au sujet des journalistes de Charlie Hebdo, mais « à aucun moment il n'a soutenu l'action des terroristes », souligne le procureur, Nicolas Jacquet. « J'ai prononcé le mot crapules en pensant au Charlie de ma jeunesse. Je n'aimais pas ce qu'ils étaient devenus ; pour moi, ils avaient un peu viré racistes. Alors oui, je me suis permis une petite provocation à la Charlie... », explique le professeur.

Côté justice, l'affaire est classée sans suite. Elle se prolonge côté éducation nationale, non plus sur l'apologie du terrorisme, mais sur les propos et la manière de faire cours de M. Chazerans. Car le procureur a mis en garde l'administration : le professeur aurait fait part de ses opinions en classe. Des élèves ont rapporté qu'il a « fait le lien entre terrorisme et impérialisme de l'Occident » − il a notamment projeté un article tiré d'un blog intitulé « Le terrorisme, produit authentique de l'impérialisme ». D'autres disent qu'il a assimilé les militaires français à des terroristes. « C'est un élève qui avait quitté le cours qui a rapporté ce qu'un camarade a cru entendre. Quoi qu'il en soit, je ne livre pas mes opinions, se défend M. Chazerans. C'est un cours de philosophie, je sème le doute, je pose des questions pour ébranler des certitudes. »

Toujours est-il que le 13 mars, un conseil de discipline se tient. Il vote en faveur de la sanction proposée par l'administration : le déplacement d'office. Jean-François Chazerans est muté à 80 kilomètres de Poitiers, dans un lycée des Deux-Sèvres. Son avocat et lui s'apprêtent à déposer un recours devant le tribunal administratif et envisagent de porter plainte pour dénonciation calomnieuse.
« Je ne livre pas mes opinions. C'est un cours de philosophie, je sème le doute, je pose des questions pour ébranler des certitudes. »

Que lui est-il reproché précisément ? Des mots, d'abord. Lors de leur enquête, les deux inspecteurs ont été agacés par sa façon de prétendre « prendre le contre-pied du discours ambiant dominant ». L'arrêté de sanction qualifie ses propos d'« inadaptés » eu égard au « contexte particulièrement tendu ». Jean-François Chazerans aurait franchi les limites de son devoir de réserve et porté atteinte à l'image de sa fonction. Sa méthode est aussi mise en cause : pas de cours, seulement des débats, qui seraient menés sans préparation, sans organisation, sans synthèse.
La sanction aurait sans doute été moins lourde si M. Chazerans n'avait pas reçu, en 2014, un blâme pour propos « déplacés ». Ou si, en 2012, il n'avait pas déjà eu affaire au procureur. Militant du Droit au logement, il avait projeté, lors d'un cours, une vidéo de l'expulsion d'un camp de mal-logés à Poitiers par la police. La fille du commissaire, élève à Victor-Hugo, en a entendu parler. Elle a rapporté l'histoire à son père, qui a porté plainte. L'affaire a été classée sans suite.
Autogestion

Voilà plusieurs années que M. Chazerans est dans le collimateur de l'administration. Celle-ci dit recevoir régulièrement des remontées de parents. Il faut dire qu'il n'est pas tout à fait un enseignant « dans le moule ». Sa classe fonctionne plus ou moins en autogestion. C'est collectivement qu'est décidé le sujet du jour. La prise de notes est recommandée, mais pas obligatoire. Deux contrôles par trimestre sont organisés ; ceux qui veulent s'entraîner davantage peuvent proposer un sujet ou en demander un. « Je ne considère pas mes élèves comme des gamins, mais comme des esprits qui s'émancipent, explique l'enseignant. Je n'exige pas grand-chose d'eux. Pour moi, ça fait partie de l'acquisition de l'autonomie, ce qui est le rôle du cours de philosophie et celui de l'école. »
Voilà pour le cadre. Pour ce qui est de son enseignement, M. Chazerans est plus Socrate que sophistes. Plus conversation que cours magistral. Les élèves sont en cercle et discutent. Le rôle du professeur est d'« accompagner la pensée collective » : poser des questions, recadrer, jouer le maître provocateur, se mettre en retrait quand il le faut. « Mais il y a aussi des moments où je donne des références, des clés méthodologiques, où l'on construit une dissertation à l'oral », assure-t-il. Cette méthode, certains élèves l'adorent. D'autres craignent de ne pas être suffisamment préparés au bac. Au lycée, le professeur a sa réputation : « Avec Chazerans, on ne fout rien. »
Cette petite musique a fini par remonter aux oreilles de l'inspectrice de philosophie, Brigitte Estève-Bellebeau. En 2014, elle est venue voir M. Chazerans pour lui dire que « le débat ne pouvait être l'alpha et l'oméga » de l'enseignement de philosophie. « Un débat se prépare, pour éviter de tomber dans le café du commerce ; il se dirige, donne lieu à une synthèse et repose sur un programme. » L'inspectrice lui a aussi demandé de contrôler son langage. « Les professeurs de philosophie aiment bien le registre de la provocation, et pourquoi pas. Mais il ne faut pas oublier qu'on est face à des esprits en construction, il y a une posture à avoir. Or, le lendemain de l'attentat, quand l'émotion était si forte, fallait-il amener un débat de nature aussi brûlante ? »
« Un débat se prépare, pour éviter de tomber dans le café du commerce ; il se dirige, donne lieu à une synthèse et repose sur un programme. »

Mais M. Chazerans reste droit dans ses bottes. Sa méthode, voilà vingt ans qu'il la construit. Elle est née un jour de 1994, lorsque, à la télévision, il tombe sur une émission avec Marc Sautet, le fondateur du premier café-philo, place de la Bastille. Une révélation. L'année suivante, il crée son propre café-philo à Poitiers. Et lorsqu'il obtient le Capes en 1998, c'est cette méthode fondée sur le dialogue qu'il tente d'importer dans ses cours.

Dans le monde enseignant, son histoire a heurté. Beaucoup l'interprètent comme une atteinte à la liberté pédagogique. L'association des professeurs de philosophie a fait part de son inquiétude face à « l'emballement » d'une procédure « sur le seul fondement du témoignage de quelques élèves ». « On est plus exposé que je ne le pensais, déplore Alain Quella-Villéger, professeur agrégé d'histoire-géographie au lycée Victor-Hugo. D'un côté, on nous demande de forger des esprits critiques. De l'autre, on ne peut sortir d'une langue de bois formatée sans risquer d'être sanctionné. »

Depuis l'affaire, certains disent même se censurer. « Mes cours sont plus plats, moins illustrés. Je laisse moins de place aux débats, regrette un collègue sous couvert d'anonymat. « Il faut garder à l'esprit que tout ce qu'on dit peut être mal interprété, renchérit un autre. Au lendemain d'un attentat, Jean-François Chazerans a pu être maladroit face à des élèves qui en avaient une vision manichéenne. Il a pris des risques et en paie le prix fort. »

www.lemonde.fr/education

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