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Le Yémen, un pays stratégique pour l’Arabie saoudite

L'Arabie saoudite et une dizaine de pays ont lancé une intervention militaire au Yémen pour défendre le chef de l'Etat, Abd Rabbo Mansour Hadi, menacé par la rébellion chiite houthie, soutenue par l'Iran. Une ligne rouge, intolérable pour Riyad, a été franchie dans ce pays que le royaume saoudien « contrôle » depuis plusieurs décennies.

Depuis plusieurs jours, des diplomates avaient averti qu'il existait une ligne rouge : la chute d'Aden aux mains des Houthis. Car en fait, qui contrôle Aden contrôle le détroit de Bab el-Mandeb, par où transite l'essentiel de l'approvisionnement du pétrole pour l'Occident. L'opération, baptisée « Tempête de fermeté », a été déclenchée dans la nuit du 25 au 26 mars par des frappes saoudiennes sur différentes positions des Houthis, qui ont pris le contrôle de plusieurs grandes villes, dont la capitale Sanaa, au cours des derniers mois. Ils avaient investi Aden quelques heures mercredi 25.

L'Arabie saoudite a donc mobilisé 150 000 militaires et 100 avions de combat, les Emirats arabes unis ont engagé 30 avions de combat, Bahreïn et Koweït 15 appareils chacun et le Qatar, dix. En plus de ces pays du Golfe, voisins du Yémen, l'opération mobilise d'autres pays alliés de l'Arabie saoudite comme l'Egypte, la Jordanie, le Soudan, le Pakistan et le Maroc, selon Riyad. Quatre navires de guerre égyptiens sont d'ailleurs entrés dans le canal de Suez afin de sécuriser le golfe d'Aden, au large du Yémen.

Une ligne rouge fixée

Une ligne rouge a été fixée il y a quelque jours, surtout parce que les Houthis, pour l'essentiel, viennent du nord du Yémen et qu'ils sont chiites. Avant qu'ils ne menacent Aden, tout le monde s'en accommodait en partie bien sûr parce qu'en même temps ce sont les seuls à faire le coup de feu contre les partisans de Ben Laden (originaire de la région yéménite de Shibam) aujourd'hui dénommé al-Qaïda dans la péninsule arabique. Les Etats-Unis surtout s'en accommodaient, dans la mesure où « l'ennemi de mon ennemi est mon ami ». Mais contrôler Sanna la capitale et Aden la capitale du sud du Yémen c'est trop, surtout pour le voisin saoudien.

A ce propos, l'Arabie saoudite a toujours été sourcilleuse sur tout ce qui se passe au Yémen. Il faut se souvenir, sans remonter très loin dans l'histoire, qu'il y avait deux Yémen : un Yémen du Nord et un Yémen du Sud. L’actuel Yémen est né en 1990 de la réunion de la République démocratique et populaire du Yémen (au Sud) et de la République arabe du Yémen (au Nord). Le Yémen du Nord était un imamat, ou une royauté ; le Sud, lui, était communiste. En juillet 1994, le Yémen du Sud a vainement tenté de faire sécession sous le nom de République démocratique du Yémen, avant de retomber sous le contrôle du gouvernement de Sanaa. Mais une fois réunis en un seul pays, que faire? Impossible de s'entendre sur une monarchie ou un parti unique. Le Yémen deviendra une république - aujourd'hui encore il ya une vingtaine de partis politiques avec un vrai Parlement et une vrai pluralité de la presse. Autrement dit, il s'agit de la seule république, voisine de l'Arabie, et entourée de monarchies pétrolières.

Un Yémen de tout temps surveillée de très près

Riyad a donc toujours surveillé de très près les évènements au Yémen de peur que la république ne devienne « contagieuse » et ne devienne un exemple à suivre dans la région. En outre, lorsque ce sont des chiites qui tiennent le pavé comme aujourd'hui, plus aucun dirigeant du Golfe en fait ne dort tranquille. D'autant que ces monarchies pétrolières ont toutes sur leur territoire des minorités chiites privées de droits politiques.

C'est ce qui explique que d'autres pays ont rejoint l'Arabie saoudite pour intervenir militairement. C'est le cas des cinq monarchies pétrolières du Golfe, du Pakistan également. En revanche, il y a d'autres motifs pour la Jordanie ou encore le Maroc. Pour l'Egypte qui a mobilisé quatre navires dans la région, il faut rappeler que dans les années 1960, Le Caire a mené une guerre au Yémen (l'Egypte, avec la Syrie, voulait créer à l'époque une union arabe qu'elle voulait diriger). La guerre a duré entre 1963 et 1970. Finalement, l'armée égyptienne avait été battue avec retentissement. On parlait à l'époque d'un Vietnam égyptien. Mais surtout, l’Arabie saoudite a accordé des milliards de dollars, y compris pour que l'Egypte puisse acheter des rafales à la France tout dernièrement.

La rivalité hégémonique entre l'Arabie et l'Iran

L’Iran n'a jamais nié qu'il soutient les Houthis, chiites comme l'immense majorité des Iraniens. On accuse même Téhéran de fournir de l'armement lourd aux Houthis. En tout cas les deux pays sont des ennemis irréductibles. Ils s'affrontent par groupes ou combattants interposés dans la crise syrienne. Téhéran, par l'entremise également du Hezbollah libanais, soutient le régime de Bachar el-Assad, alors que l'Arabie saoudite prête main forte aux islamistes en guerre contre l'armée syrienne. Même chose en Irak, là ou l'Arabise saoudite soutient la communauté sunnite, les Iraniens soutiennent, et même participent, aux combats que mènent les autorités irakiennes contre l'Etat islamique.

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En direct: une boîte noire de l'A320 de Germanwings retrouvée

Un Airbus 320 s'est écrasé dans les Alpes-de-Haute-Provence avec à son bord 150 personnes, toutes ont péri dans l'accident. Les victimes sont allemandes, espagnoles mais aussi turques. L'avion de la compagnie Germanwings effectuait la liaison Barcelone-Düsseldorf. L'accident s'est produit dans un endroit très difficile d'accès, d'après la gendarmerie, les hélicoptères ne peuvent pas se poser sur le site et il faudra des jours pour dégager les corps de la catastrophe. Un enregistreur de vol a été retrouvé mais pour l'instant les causes de l'accident restent inexpliquées.

L'appareil s'est écrasé à la hauteur du massif dit « des Trois Evêchés », près de la ville de Barcelonnette, située dans les Alpes-de-Haute-Provence, dans le sud-est de la France. C'est une « zone enneigée, inaccessible à des véhicules », indiquent des officiels français.

L’avion, appartenant à la compagnie Germanwings, filiale de Lufthansa, reliait la ville espagnole de Barcelone à celle, allemande, de Düsseldorf.  Il a décollé à 10h01 avec à son bord 144 passagers et 6 membres d’équipage - deux pilotes et quatre hôtesses ou stewards. Il y a 45 personnes de nationalité espagnole, 67 de nationalité allemande et des personnes de nationalité turques parmi les victimes, a déclaré un dirigeant de la compagnie lors d'une conférence de presse. Seize adolescents allemands en échange scolaire et deux professeurs étaient à bord, indique un maire espagnol. (Voir notrecarte en bas de page)

C'est au pied d'un pâturage d'un alpage situé à 1500,1700 mètres d’altitude...L'armée sécurise le site et organise l'accès pour pouvoir rapatrier les corps et tout ce qui va concerner l'enquête.
Francois Balique, maire du Vernet 24/03/2015 - par Franck Alexandre écouter

A midi, François Hollande a pris la parole depuis l’Elysée. « Les conditions de l'accident qui ne sont pas encore élucidées laissent penser qu'il n'y aurait aucun survivant », a déclaré le chef de l'Etat devant la presse. Une information confirmée par le ministre des Transports, Alain Vidalies, peu avant 13h.
Les conditions de l'accident laissent penser qu'il n'y aurait aucun survivant.
François Hollande 24/03/2015 - par BFM écouter

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé en fin d'après-midi qu'une des boîtes noires de l'appareil avait été retrouvée. « Cette boîte noire va être exploitée dans les heures qui viennent, elle va permettre de faire avancer l'enquête. En attendant, la zone de l'accident est sécurisée », a précisé Bernard Cazeneuve.

 ■ Que s'est-il passé ?

Lepatron de la compagnie Germanwings indique que l'avion aurait commencé à perdre de l'altitude vers 10h35 ce matin et il aurait chuté durant huit minutes avant de disparaître des radars français à 10h53 et de s'écraser. Cette durée suggère une descente rapide mais pas une chute libre, aux yeux de plusieurs experts en aéronautique.

L'équipage de la compagnie Germanwings n'a pas émis d'appel de détresse, a indiqué à l'AFP la Direction générale de l'aviation civile. « L'équipage n'a pas émis de "mayday". C'est le contrôle aérien qui a décidé de déclarer l'avion en détresse car il n'avait plus aucun contact avec l'équipage et l'avion », a-t-elle expliqué.

Pour l'heure, Airbus, le constructeur de l'avion, ne communique aucune information sur les circonstances du drame. Selon Germanwings, l'appareil avait subi une grosse révision à l'été 2013 et le pilote avait plus de dix ans d'expérience et 6 000 heures de vol à son service. Le Premier ministre français Manuel Valls a déclaré devant l'Assemblée nationale qu'aucune hypothèse ne pouvait être écartée, précisant qu'une « cellule de crise pour les familles des victimes a été ouverte au ministère des Affaires étrangères ». Un numéro vert destiné aux familles des passagers a été mis en place : 0800 00 97 85.

Les lieux de la catastrophe ont été « gelés pour le début de l'enquête », a appris l'Agence France-Presse, une enquête confiée au parquet de Marseille. Airbus envoie ses experts techniques pour aider à l'enquête de sécurité. Le Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA) a également annoncé l'ouverture d'une enquête.

 ■ Où en sont les secours ?
Il va falloir envoyer des alpinistes sauveteurs parce que le massif [...] est très, très compliqué d'accès. C'est de la haute-montagne.
Gérard Joany, consultant et spécialiste en aéronautique 24/03/2015 - par Caroline Paré écouter

« L'accident s'est produit dans une zone particulièrement difficile d'accès », a précisé François Hollande ce midi. Les victimes sont allemandes, espagnoles « probablement » turques. « Il n'y aurait pas de victimes françaises », mais sans « totale certitude ».

Un PC de sécurité a été installé. D'importants moyens de secours ont été engagés : 15 hélicoptères pour survoler la zone du crash ou déposer les équipes terrestres. 380 pompiers, 300 gendarmes, des CRS de haute-montagne, le Samu, des équipes médicales, un avion ravitailleur de l'armée et un civil de reconnaissance, a précisé le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Pierre-Henry Brandet. Des moyens logistiques et de désincarcération ont été également envoyés, notamment de l'éclairage pour pouvoir poursuivre les opérations durant la nuit. L'armée de terre et de l'air sont aussi mobilisées pour prêter main-forte aux secours.

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve est sur les lieux de la catastrophe pour superviser les opérations, il est accompagné par l'ambassadrice d'Allemagne. La ministre de l'Ecologie Ségolène Royal, le secrétaire d'Etat aux Transports Alain Vidalies et le ministre allemand des Transports Alexander Dobrindt  sont également sur place. La chancelière allemande Angela Merckel et le chef du gouvernement  espagnol Mariano Rajoy, accompagné du président de l'exécutif catalanan Artus Mas, ont annoncé qu'ils se rendront mercredi dans les Alpes. L'Espagne a annnoncé trois jours de deuil national..

Arrivée de Bernard Cazeneuve, le ministre français de l'Intérieur sur les lieux du crash de l'A320, le 24 mars 2015.REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Il s'agit du premier crash d'un avion de ligne sur le sol français depuis l'accident du Concorde à Gonesse, près de Roissy, en juillet 2000.

 ■ Les premières réactions

Je viens de demander l'activation de la cellule inter-ministérielle de crise
Manuel Valls, Premier ministre français 24/03/2015

Depuis l’annonce du crash, les réactions se sont multipliées dans le monde politique et aéronautique. Outre le président de la République, le Premier ministre Manuel Valls a pris la parole pour exprimer son émotion et donner les informations en sa possession. « Nous pensons d’abord aux victimes de cette catastrophe aérienne si rare mais quand elle intervient, elle nous touche d’autant plus. »

« Nous ne savons pas encore ce qui s’est passé. Notre sympathie va aux familles et aux proches des passagers de l’équipage. Si nos craintes se confirment, il s’agit d’une journée sombre pour Lufthansa. Nous espérons que des survivants pourraient être retrouvés », c’est ce qu'a déclaré le PDG de Lufthansa, Carsten Spohr, via Twitter.

La chancelière allemande Angela Merkel s'est dite « bouleversée » par l'accident et annule des « rendez-vous ». De son côté, le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy s'est dit « consterné » par la catastrophe : « Nous travaillons avec les autorités françaises et allemandes dans l'enquête. » A Paris, le roi Felipe VI d'Espagne a annoncé «  l'annulation » de sa visite d'Etat en France.

Avec Agences,

 
 
 
 
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Ce que l'on sait du crash de l’A320

Mar 24, 2015
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Ce que l'on sait du crash de l’A320

Un Airbus 320 s'est écrasé dans les Alpes-de-Hautes-Provences, aux environs de Barcelonnette, faisant 150 morts. L'avion de la compagnie la low-cost Germanwings, filiale de Lufthansa, effectuait la liaison entre Barcelone et Düsseldorf. Le président François Hollande a précisé que le drame s'est produit dans une zone difficile d'accès, enneigée, dans un massif de moyenne montagne.

En attendant le décryptage de la boîte noire retrouvée, les enquêteurs en sont réduits à éliminer des hypothèses. Parmi celles-ci, les mauvaises conditions météo ou une collision avec un autre avion, hautement improbables.

Selon le patron de la compagnie Germanwings, l'Airbus A320 aurait commencé à perdre de l'altitude vers 10h35 ce matin et il aurait chuté durant huit minutes avant de s'écraser. Cette durée suggère une descente rapide, mais pas une chute libre, aux yeux de plusieurs experts en aéronautique. Après avoir cru dans un premier temps que l'appareil avait envoyé un signal de détresse, on a appris que c’est en fait la Direction générale de l'aviation civile qui a émis ce signal après avoir constaté que l'appareil avait disparu des radars, et qu'il n'y avait plus de contact avec l'équipage.

Un appareil réputé fiable

Parmi les possibilités, des problèmes techniques : explosion du moteur, ou une rupture dans la structure de l’avion entraînant une dépressurisation… Des accidents qui pourraient justifier la descente rapide, mais qui sont rarissimes.

Par ailleurs, bien que l’A320 soit un appareil ancien, il jouit d’une grande réputation de fiabilité. L’avion de la Germanwings qui s'est écrasé ce mardi était âgé de 24 ans. Un âge courant pour un appareil de ce type. Et il était bien entretenu. Il avait été révisé à l'été 2013 et ne présentait aucune anomalie. L'équipage, quant à lui, semblait suffisamment expérimenté. D’après la compagnie Germanwings, le pilote avait plus de dix ans d'expérience et plus de 6 000 heures de vol.

« Aucune piste ne peut être écartée »

Reste des hypothèses impossibles à vérifier pour le moment, comme celle d’un déroutement de l’avion qui se serait terminée par un crash, ou encore la réaction inadéquate de l’équipage à une situation difficile, en l’occurrence des sondes bloquées, envoyant de mauvaises information comme ce fut le cas lors de l’accident du Rio Paris en 2009. Seuls l’analyse des enregistreurs de vol et un travail d’enquête minutieux sur les débris et les corps permettront d’avancer dans l’élaboration de cet accident.

« Tout est fait pour comprendre ce qui s’est passé », a déclaré cet après-midi le Premier ministre Manuel Valls. Mais pour l’heure, « aucune piste ne peut être écartée » pour expliquer le drame, a-t-il ajouté. Le parquet de Marseille s'est saisi de l'enquête. Airbus envoie ses experts techniques pour aider à l'enquête. Le Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA) a également annoncé l'ouverture d'une enquête.

L’appareil s’est écrasé dans une zone de moyenne montagne située près de Barcelonnette, à un peu plus de 200 kilomètres au nord de Marseille. Il s’agit d’une zone escarpée et enneigée à laquelle il est très difficile d’accéder. Des hélicoptères de la gendarmerie ont pu survoler les lieux du drame et visualiser les débris de l'avion. La gendarmerie estime que le site est tellement escarpé qu'il sera impossible aux hélicoptères de s'y poser et qu'il faudra plusieurs jours pour dégager les corps des victimes..


Germanwings, une jeune compagnie à l'image longtemps médiocre

Germanwings est une jeune compagnie allemande créée en 2002. Sa flotte est essentiellement composée d'Airbus A319 et A320. En tout, 80 appareils, âgés de moins de 15 ans, à l'exception de certains appareils appartenant initialement à Lufthansa. Celui qui s'est écrasé ce matin aurait été livré en février 1991, il y a 24 ans. Germanwings reprend l'essentiel des lignes court-courrier de Lufthansa en Europe. La compagnie a pour base principale l'aéroport de Cologne-Bonn, mais dessert également cinq autres villes en Allemagne. Contrairement à ses concurrents Easy Jet et Ryanair, qui disposent de bases chez eux et un peu partout en Europe, Germanwings, elle, n'est présente qu'en Allemagne.

En juillet 2013, soit plus de dix ans après sa création, la compagnie a été relancée par la Lufthansa qui espérait ainsi gagner des parts de marchés et réduire ses coûts avec, pour objectif pour la Germanwings, un retour aux bénéfices en 2015. Celle-ci a longtemps souffert d'une image de marque médiocre, attachée à une qualité de services aussi faible que ses coûts. A tel point que Lufthansa a fait peindre sur le fuselage des appareils de Germanwings « Lufthansa group » pour donner par procuration à sa filiale une image de qualité et de fiabilité.

Rfi

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Marocaine, j'ai fait l'ENA. J'ai cru en la France, elle m'a claqué la porte au nez

 

Malgré deux licences, deux masters et un diplôme de l'ENA, Anna, marocaine, n'a pas trouvé de travail en France (KROD/SIPA).

"Cette situation est bien connue par les intellectuels étrangers en France, certains ont plusieurs diplômes , se réincrivent chauqe année à la Fac, pour pouvoir garder la carte de sejour et être en règle du coup les dipklômes s'accumulent, tant mieux, mais rien au bout...." Pape CISSOKO


LE PLUS. Anna est marocaine, elle a 27 ans dont 10 passées en France. Petite, on lui a toujours dit que la France lui offrirait un bel avenir. Après un parcours scolaire en or (deux licences, deux masters et un diplôme de l'ENA), elle a fait face au mur du marché du travail. Etrangère et trop qualifiée, personne ne voulait l'embaucher. Elle a finit par rentrer au Maroc, amère. Témoignage.
Je suis arrivée en France en 2005, juste après avoir obtenu mon bac au Maroc dans un lycée français. La suite logique, quand on sort de ces lycées généralement réservés à une certaine élite, c'est de partir en France faire une grande école. C'est quasiment la voix normale. Mes parents voulaient que je puisse faire de belles études, ils ont toujours dit : "T'inquiète pas, on paiera."
La sortie de l'ENA, une belle désillusion
En 8 ans, j'ai obtenu une double licence en histoire et en sciences politiques à Paris 1, deux masters 2 en Administration du politique et Gestion publique, dont le dernier à Dauphine et à l'ENA.
Puis après, j'ai intégré l'ENA pour deux ans. Mon cursus, réservé aux étrangers, était presque le même que celui des Français, à ceci près que les étrangers ne sont pas payés pendant leurs stages obligatoires et qu'à la sortie ils ne trouvent pas de boulot.
En fait, à la fin de l'ENA – puisque c'est un programme de coopération internationale – les étrangers sont sensés rentrer dans leur pays et faire bénéficier leur pays d'origine de tous les enseignements qu'ils ont reçu. Problème, ils ne sont pas accompagnés ni suivis... contrairement aux Français, pour qui on organise même des entretiens obligatoires avec des chasseurs de tête à la fin du cursus (des entretiens qui ne leur servent à rien puisqu'ils obtiennent leurs postes en fonction de leur classement).
"Ton secteur est bouché"
Moi, je n'avais pas d'idée précise de ce que je voulais faire, si ce n'est que j'étais intéressée par les affaires publiques. Je ne voulais pas revenir au Maroc. Rapidement, on m'a dit que le secteur était bouché et qu'il valait mieux que je laisse tomber. En réalité, j'ai surtout compris que je n'avais pas le carnet d'adresse nécessaire et que personne ne voulait embaucher une étrangère, parce qu'administrativement, c'est très compliqué.
Je ne suis plus étudiante. Je reviens à Paris et me retrouve à chercher du boulot dans des branches qui ne m'intéressent pas, comme la banque ou les assurances. Là non plus, il n'y a pas de place. De mon côté, une certaine urgence se fait sentir puisque si je ne trouve pas de travail, je ne pourrais pas rester sur le territoire.
Casse-tête français
Manque de bol, le secteur professionnel dans lequel j'exerce ne fait pas partie de ceux que l'État français qualifie de "secteur en tension". Ce que je veux dire par là, c'est qu'à moins de travailler dans le bâtiment ou la restauration par exemple, il est très difficile d'obtenir un titre de séjour et une embauche.
Pourquoi ? Parce qu'il faut prouver que tu ne vas pas occuper le poste qu'un Français aurait pu prendre, mais surtout parce que ton employeur est obligé de payer une taxe à l'État pour t'embaucher. Donc en gros, on demande à ton employeur de payer pour que tu puisses bosser.
Là où la situation est comique, c'est que je ne peux pas candidater à un poste qui ne coïncide pas avec mon expertise professionnelle, dans le but d'obtenir ce titre de séjour. J'ai travaillé en préfecture, je sais très bien comment ça fonctionne. Je passe quand même des entretiens dans des boîtes et quand les gens voient mes diplômes, ils me demandent ce que je fais là.
L'impression d'avoir avalé un très gros mensonge
À ce moment-là, j'ai l'impression qu'on m'a menti. Le système t'explique qu'il faut que tu suives le chemin recommandé, fasses de belles études, ailles le plus loin possible... et puis du jour au lendemain, après avoir entendu que tu étais "un très bon élément" ou qu'on a fait confiance à tes compétences à maintes reprises, on te traite quand même comme si t'étais arrivée en France sur un boat-people.
Je veux dire : le problème n'est pas d'arriver ou non sur un boat-people, le problème c'est que le système français te fait croire que tu vas y arriver, et au moment où ça peut marcher, les portes se referment en deux secondes.
Dépression, culpabilité
Je tombe doucement mais sûrement en dépression. J'ai des angoisses surréalistes qui montent, je m'imagine déjà avec une mesure de reconduite à la frontière alors que je vis ici depuis 10 ans... ou avec un job pourri, à peine payé, qui m'oblige à faire le mouton matin et soir à la Défense (quand bien même quelqu'un voudrait m'embaucher). Je n'ai pas signé pour cette vie-là quand on m'a dit "Bosse, continue, tu vas voir, ça va marcher."
Il y a la culpabilité, aussi. Celle de voir que mes parents paient mon loyer en France alors que je ne peux pas y travailler. Tout ce que j'ai fait ici, je le remets en question. À quoi ça a servi que je me décarcasse pendant si longtemps ? À quoi bon rester ici, même s'il me reste encore un peu de temps avant que mon visa n'expire ?
Ce qui est le plus dur, c'est l'impression de m'être menti à moi-même, comme si je m'étais mise toute seule dans cette situation tout en sachant que ça ne déboucherait sur rien. Je me sens terriblement naïve d'y avoir cru. Quand j'en parle, c'est aussi ce que les gens me renvoient : "Personne ne t'a forcée."
Non personne effectivement. C'est juste le seul chemin qu'on m'a montré.
Au bout d'un moment, je rentre au Maroc chez mes parents
J'ai 27 ans, je suis partie de chez mes parents à 18 ans et je me retrouve à les appeler pour leur dire que je vais rentrer au Maroc, faute d'avoir trouvé un travail. Ils paniquent, ils ne comprennent pas la situation. Pour eux, vu l'argent qu'ils ont mis dans mes études, j'aurais dû m'en sortir sans problème.
C'était il y a un an. Aujourd'hui, j'ai trouvé du travail dans une usine. Mais selon un décret royal, en étant diplômée de l'ENA, j'avais le droit automatiquement à un poste auprès de l'État marocain. On m'a expliqué que ce décret ne s'appliquait plus, mais que je pouvais frauder le concours pour obtenir ce poste – auquel j'avais normalement droit. J'avais juste à venir le jour de l'épreuve, écrire mon nom en arabe sur la feuille et prévenir les responsables de mon passage.
J'ai le sentiment que notre génération a été sacrifiée
Je suis blasée. À ma génération, on a fait croire que les études, c'était la voie royale. On nous a dit que c'était le seul moyen d'être heureux et épanoui. On nous a dit qu'il y aurait du travail pour tout le monde et que personne ne serait oublié. Et nous on a joué le jeu, on s'est donné à fond. Seulement, pendant qu'on jouait, les règles ont changé.
Aujourd'hui, il n'y a personne pour nous écouter. Pour nos parents, nous sommes trop cyniques. Pour les plus vieux, on n'a pas connu la guerre donc on n'a pas de raison de se plaindre. Qui a besoin d'entendre ça, franchement ?
Je n'ose pas repartir
Bien sûr qu'il y a des situations mille fois pires que la mienne. Bien sûr que je ne suis pas Cosette. Mais j'ai le sentiment qu'on est nombreux dans ce cas, nombreux à devoir renoncer à nos ambitions parce qu'on s'est moqué de nous, nombreux à qui on a fait des promesses qui ne seront jamais tenues, nombreux à devoir revenir vivre chez nos parents parce qu'on n'y arrive plus financièrement.
J'ai pensé à partir au Canada, en Australie, aux États-Unis mais je crois que ce serait une fuite en avant. J'ai trop peur de me faire avoir une nouvelle fois.
Propos recueillis par Henri Rouillier. http://leplus.nouvelobs.com

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