International

Après le premier tour, une nouvelle campagne commence pour Le Pen et Macron

Après les résultats du premier tour de l’élection présidentielle, quelles leçons tirer du premier tour ? Gérard Courtois, éditorialiste au « Monde » a répondu à vos questions.

Au lendemain du premier tour, qu’Emmanuel Macron et Marine Le Pen ont remporté, quels enseignements tirer ? Le vote blanc et l’abstention risquent-ils d’être élevés ? Quelles conséquences pour celle ou celui qui sera président(e), et pour leurs soutiens ? Gérard Courtois,éditorialiste au Monde, a répondu, dans un tchat organisé lundi 24 avril, à vos questions.

Lire aussi :   Présidentielle 2017 : ce qu’il faut retenir du premier tour, des résultats aux réactions

– SebR : Maintenant que le PS est dans un position de faiblesse extrême, sa survie passe-t-elle obligatoirement par une alliance avec Emmanuel Macron ? Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon pourrait-il continuer à grappiller des voix aux législatives si une telle alliance ouverte et officielle naissait ?

C’est évidemment l’un des résultats majeurs de la soirée de dimanche. Le Parti socialiste (PS) se trouve pratiquement laminé : avec 6,3 % des suffrages exprimés (et moins de 5 % des inscrits), il enregistre son plus mauvais résultat depuis un demi-siècle.

Ce résultat est d’autant plus calamiteux que Benoît Hamon avait obtenu le ralliement du candidat écologiste Yannick Jadot. Par comparaison, François Hollande et Eva Joly, en 2012, avaient rassemblé 31 % des suffrages exprimés.

Tout y a contribué : le quinquennat chaotique de François Hollande, les fractures qui sont apparues entre socialistes de gouvernement et frondeurs, enfin la campagne terriblement ratée de Benoît Hamon. C’est un échec individuel pour lui qui espérait s’imposer à la tête du PS à l’avenir. Et c’est un échec collectif pour l’ensemble des socialistes.

Lire aussi :   Pour Valls, au Parti socialiste, « c’est la fin d’une histoire »

Une alliance avec Emmanuel Macron paraît à ce stade difficilement réalisable. L’ancien ministre de l’économie a en effet imposé à tous ceux qui postulent pour être ses candidats aux législatives de se placer sous la bannière d’En marche ! Pour les quelque 230 députés socialistes sortants, un tel choix relèverait de l’hara-kiri.

Le risque, dès lors, pour les socialistes est de se retrouver à la fin du mois de juin à l’étiage parlementaire qu’ils avaient connu en 1993 : à peine plus de cinquante députés. C’est sur la base de ces résultats aux législatives qu’un accord de gouvernement pourrait éventuellement être passé avec les forces soutenant le président de la République, Emmanuel Macron par hypothèse.

Lire aussi :   Election présidentielle 2017 : quels reports de voix pour Macron et Le Pen au second tour ?

– Emilie : Emmanuel Macron était plein d’euphorie hier soir. Il ne semble pas avoir pris la mesure de la présence de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. Les reports de voix en sa faveur sont-ils si certains qu’aucune action de conquête de l’électorat de ses adversaires ne s’impose ?

L’euphorie du candidat d’En marche ! était effectivement manifeste. Et assez logique si l’on prend la mesure de l’invraisemblable pari qu’il a réussi à tenir en quelques mois. Mais il est évident qu’il aurait grand tort de croire le deuxième tour déjà joué. C’est une nouvelle campagne qui commence. Elle va être très différente de celle du premier tour, où l’on n’a pas eu de véritable confrontation entre les candidats.

Durant la douzaine de jours à venir et notamment lors du débat télévisé du 3 mai, c’est au contraire un affrontement sans merci qui va s’engager avec la candidate du Front national. En outre, aucun candidat n’est à l’abri d’une erreur lourde de conséquences, surtout dans un délai aussi ramassé. Si Mme Le Pen s’imposait nettement lors du débat du 3 mai, il resterait fort peu de temps à M. Macron pour riposter.

– E. : Y aura-t-il une vague Cevipof entre les deux tours ? De plus, la fracture villes-campagne est frappante, les grandes villes ont l’air d’avoir voté majoritairement Mélenchon-Macron…

Oui, il y aura une vague Cevipof entre les deux tours. Elle sera a priori publiée dans le journal du 3 mai (daté 4 mai). Quant à la fracture ville-campagne, j’ai répondu dans une précédente question.

– Ghils : Au vu du peu d’entrain que suscite ce second tour pour les électeurs de gauche (dont je suis), le vote blanc et l’abstention risquent d’être assez élevés ! Pour ma part, je voterai blanc. Quelles conséquences pour la légitimité du/de la futur(e) président(e) ?

Au premier tour, contrairement à ce que laissaient présager les sondages, le taux d’abstention (21,8 %) et le niveau des votes blancs (1,8 %) n’ont pas été particulièrement supérieurs à ce que l’on avait observé lors des scrutins de 2012 et de 2007.

En revanche, il est très vraisemblable que le niveau du vote blanc va être beaucoup plus significatif au second tour. A gauche, bon nombre d’électeurs de Jean-Luc Mélenchon, en particulier, ne se reporteront pas sur Emmanuel Macron. Ils sont aujourd’hui 29 % à refuser ce choix. A droite, de la même manière, bon nombre d’électeurs de François Fillon et surtout de Nicolas Dupont-Aignan préféreront l’abstention ou le vote blanc à un vote Macron.

Quant à la légitimité du futur président, elle est de toute façon vouée dès le départ à être fragile : Emmanuel Macron a recueilli à peine plus de 18 % des voix des inscrits et Marine Le Pen à peine plus de 16 %. C’est un socle très faible pour l’un comme pour l’autre.

– tarti : La plus belle victoire d’hier n’est-elle pas celle des sondeurs ?

Vous n’avez pas tort. On a assez, de tous côtés et sur tous les tons, accusé les sondeurs de raconter n’importe quoi pour ne pas souligner la précision de leurs enquêtes d’intentions de vote et de leurs estimations dimanche soir.

C’est en particulier le cas d’Ipsos, qui est notre partenaire avec le Centre de recherche de Sciences Po (Cevipof) depuis dix-huit mois. Les dernières enquêtes précédant le premier tour indiquaient non seulement l’ordre d’arrivée exacte des principaux candidats mais également leurs scores à un point près au maximum. Quant à l’estimation à 20 heures hier, elle était exacte à 0,3 point près.

– Elisia : L’élimination des deux grands partis au premier tour annonce-t-elle la fin du bipartisme français tel qu’on l’a connu jusqu’à aujourd’hui ?

C’est indéniablement un bouleversement du paysage politique. Celui-ci a été dominé depuis le début des années 1970 par l’affrontement bipolaire entre la droite et une gauche conduite par le Parti socialiste. L’élimination des candidats de ces deux partis dimanche soir est donc un double séisme.

Selon l’expression qui s’est rapidement imposée, c’est une sorte de « 42 avril », c’est-à-dire le 21 avril 2002 multiplié par deux. L’échec des Républicains et l’effondrement du Parti socialiste traduisent la décomposition d’un système ancien, usé jusqu’à la corde, autant qu’un besoin très fort d’un renouvellement auquel aspirent les Français.

Mais cette décomposition ne préjuge en rien, à ce stade, de la manière dont le paysage politique va se réorganiser. Selon les résultats du PS et des Républicains aux législatives de juin, sera ou non confirmé leur effacement durable. Le risque est évidemment beaucoup plus fort pour les socialistes qui viennent d’enregistrer l’un des revers les plus cuisants de leur histoire.

Lire aussi :   Le PS « unanime » appelle à voter pour Emmanuel Macron

– Jérémy : Le vote pour Emmanuel Macron est-il un vote d’adhésion, ou un vote « par défaut », qui s’explique surtout par le rejet de la personnalité (et des affaires) de François Fillon ? Peut-on dire que, pour ce premier tour, les motivations des électeurs sont d’une certaine façon les mêmes qu’en 2012, où le rejet de la personnalité de Nicolas Sarkozy avait valu la victoire à François Hollande, plus que l’adhésion à son programme ?

Dans toutes élections et notamment à la présidentielle, il y a une part de vote de rejet. C’est particulièrement vrai lorsque le président sortant se représente et se voit reprocher son bilan. C’est ainsi que François Mitterrand l’avait emporté contre Valéry Giscard d’Estaing en 1981 et que François Hollande avait surclassé Nicolas Sarkozy en 2012.

Cette année, on a assisté à « un vote contre » tous azimuts : vote contre François Fillon du fait des affaires judiciaires qui l’ont discrédité, vote contre Benoît Hamon parce que l’affaiblissement de sa candidature donnait à beaucoup d’électeurs le sentiment d’un choix perdant, vote contre Marine Le Pen au profit d’Emmanuel Macron vécu par bon nombre d’électeurs comme le meilleur rempart contre l’extrême droite.

Il y a bien sûr eu une part de vote d’adhésion, notamment en faveur de Jean-Luc Mélenchon, de Marine Le Pen et d’Emmanuel Macron. Mais il est certain que le vote utile, ou plus exactement les votes utiles, a pesé plus lourdement que lors des deux précédents scrutins présidentiels. Et ce comportement risque d’être démultiplié au second tour.

 

 

Le Monde.fr

Lu 14 fois
Évaluer cet élément
(0 Votes)
Editorial du « Monde » : le refus du Front national

La présence de Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle et la défaite cuisante des candidats LR et du PS font peser une menace inédite.

Editorial du « Monde ». Le bouleversement du paysage politique provoqué par le premier tour de la présidentielle, dimanche 23 avril, allie deux caractéristiques d’apparence contradictoire : à la fois prévisible et radical, attendu et néanmoins surprenant. Il était prévisible parce que les instituts de sondage, irréprochables tout au long de cette campagne, avaient annoncé la physionomie du second tour depuis plusieurs semaines.

Dans le cas d’Emmanuel Macron, cette perspective est récente, elle a grandi à chacun des nombreux coups de théâtre de cette période, dont le candidat a su profiter avec talent. Pour ce qui est de Marine Le Pen, les choses se dessinent depuis plus longtemps. La vie politique française se structure depuis plus de deux ans autour de cette certitude que la présidente du FN occuperait l’une des deux places convoitées, et que tous les autres devraient se battre pour la seconde.

 Lire aussi :   Macron-Le Pen : un duel attendu pour une élection inédite

C’est arrivé, comme prévu, malgré une mauvaise campagne de la candidate FN, et un score en retrait par rapport aux différentes élections depuis 2012. Mais il ne faudrait surtout pas que la banalisation de ce résultat relativise la gravité de la blessure infligée à la nation. Pour la première fois, le FN vient de dépasser les 20 % de voix à une élection présidentielle. Sa candidate y a établi le record de suffrages de son parti, avec 7,6 millions d’électeurs, soit 2,8 millions de plus que son père au premier tour de la présidentielle de 2002. Pour la deuxième fois en quinze ans, un parti nationaliste et xénophobe, manipulé par un clan familial cynique et affairiste, se qualifie ainsi pour l’échéance majeure de notre système politique.

Un refus sans faille du FN

Cette récurrence devrait à la fois alerter sur l’état de notre démocratie, et déclencher, comme en 2002, un refus sans faille. Pour Le Monde, cette réaction ne souffrira pas la moindre ambiguïté. Nous avons redit, avant le scrutin, que le Front national est incompatible avec chacune de nos valeurs, avec notre histoire et notre identité. Logiquement, nous souhaitons donc la défaite de Marine Le Pen et appelons pour cela à voter en faveur d’Emmanuel Macron.

Mais le pire, le plus dangereux, le plus irresponsable pour l’avenir de notre pays, serait de considérer que ce prévisible-là est acquis, que la victoire du candidat d’En marche ! ne souffre pas l’ombre d’un doute. Une comparaison devrait suffire à convaincre de la fragilité de ce pronostic. Emmanuel Macron se lance dans cette deuxième partie de campagne avec 62 % des intentions de vote (selon Ipsos Sopra-Steria) là où Jacques Chirac avait conclu la sienne à 82,2 % des suffrages. Vingt points se sont évaporés en quinze ans. Comme se sont volatilisés les appels à manifester de 2002 ou la notion même de « front républicain » opposé au FN.

 Lire aussi :   Résultats de l’élection présidentielle : la France traversée par une double fracture

C’est le défi que rencontrent les dynamiteurs de système : ils doivent se mouvoir dans un environnement où plus rien n’est stable. Le souffle de l’irruption fulgurante d’Emmanuel Macron a causé d’innombrables dégâts dans les formations majeures de la politique française. Les deux partis de gouvernement et d’alternance sont pour la première fois absents en même temps du second tour, ce qui n’était jamais arrivé à la droite. Le PS a chuté à un score qui le renvoie aux heures les plus difficiles de la SFIO, il y a plus d’un demi-siècle. La droite, pour n’avoir osé tirer la conclusion qu’un candidat discrédité éthiquement ne pourrait se qualifier politiquement, subit une humiliation d’autant plus cuisante qu’elle est infligée par un ancien ministre de François Hollande, président honni dans ce camp, allié à l’autre repoussoir, François Bayrou.

Surmonter la colère

De l’ampleur de ces déconvenues ont fatalement jailli beaucoup de rancœur et d’amertume. Benoît Hamon a su les surmonter pour lancer un appel digne en faveur de l’ancien ministre de l’économie. Mais à droite, les choses semblent beaucoup moins faciles à digérer. Nombre de dirigeants, et d’éditorialistes, font mine de croire que le résultat est certain, pour se dispenser de donner une consigne claire. Beaucoup d’électeurs conservateurs auront sans doute du mal à surmonter leur colère, tant ils ont été chauffés à blanc par un François Fillon, appuyé par les militants de Sens commun, qui n’a pas hésité à tirer toutes les ficelles des extrémismes – incluant complotisme et mise en cause des médias et de la justice – dans sa fuite en avant.

Emmanuel Macron devra également tenir compte de l’ampleur de la protestation sociale mise en avant par le très bon score du leader des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon. Rompant avec toutes les traditions de la gauche, celui-ci a refusé, dimanche soir, d’appeler à voter pour l’adversaire du FN. Nul doute qu’un nombre non négligeable de ses électeurs seront tentés par la même attitude. Pour les convaincre de changer d’avis, le candidat centriste ne devra surtout pas commettre la même erreur que Hillary Clinton, qui n’avait tiré aucune conséquence de la longue résistance que lui ont opposée les électeurs de Bernie Sanders. Pour rappel, la candidate démocrate était donnée comme triomphatrice certaine face à Donald Trump, à deux semaines du vote américain.

Le risque d’une abstention massive, un dimanche d’élection qui tombera au milieu du pont du 8 mai, est également loin d’être négligeable. Emmanuel Macron a donc moins de quinze jours pour démontrer à tous ces électeurs réticents qu’il a pris la mesure du choc subi par le système politique français.

Le Monde

Lu 15 fois
Évaluer cet élément
(0 Votes)
Présidentielle 2017 : François Fillon annonce qu’il votera pour Emmanuel Macron

François Fillon, éliminé dimanche au premier tour de l’élection présidentielle, s’est exprimé après l’annonce des résultats, dimanche 23 avril. Le candidat des Républicains a appelé à voter pour Emmanuel Macron au second tour : « L’extrémisme ne peut qu’apporter malheurs et divisions à la France. Il n’y a pas d’autre choix que de voter contre l’extrême droite. Je voterai en faveur d’Emmanuel Macron. J’estime de mon devoir de vous le dire avec franchise, il vous revient en conscience de réfléchir à ce qu’il y a de mieux pour votre pays et pour vos enfants. »

Il a par ailleurs assuré la responsabilité de cette défaite : « Malgré tous mes efforts, ma détermination, je n’ai pas réussi à vous convaincre. Les obstacles mis sur ma route étaient trop nombreux, trop cruels. La vérité de cette élection sera écrite. J’assume, cette défaite est la mienne, c’est à moi et moi seul de la porter. »

LE MONDE

Lu 15 fois
Évaluer cet élément
(0 Votes)
Présidentielle : Macron en tête, affrontera Marine Le Pen au second tour

Encore inconnu il y a deux ans et demi, le jeune candidat d'En marche ! a renversé la donne politique. Une révolution par les urnes.

Les Français en ont assez. Assez des vieux discours, des vieux politiciens, des vieilles promesses... Ils avaient trois moyens de renverser la table lors de ce premier tour : la manière forte avec Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon et la manière douce avec Emmanuel Macron. C'est cette dernière qu'ils ont choisie en portant en tête du premier tour ce jeune homme de 39 ans avec 23,7 % selon les premières estimations d'Ipsos devant Marine Le Pen, qualifiée au second tour avec 21,7 %. Emmanuel Macron aura réussi le pari fou en deux ans et demi de 1) sortir de l'anonymat ; 2) créer un mouvement en passe de devenir un parti ; 3) réunir les hommes de bonne volonté de droite et de gauche pour tenter de faire évoluer le compromis de 1945 sur lequel repose l'État-providence ; 4) se jouer des rumeurs sur son argent et sa vie privée ; 5) se démarquer du bilan de François Hollande tout en l'ayant servi au bas mot quatre ans...

Macron a diffusé de l'optimisme, mais a surtout profité d'un incroyable concours de circonstances : le renoncement de François Hollande, l'élimination de Manuel Valls à la primaire de la gauche et enfin l'affaire Fillon qui éclate en février, plante la droite, à qui cette élection présidentielle était promise. Certes, Fillon – éliminé selon les estimations d'Ispos avec 19,5 % – avait commencé à dévisser dès janvier, compte tenu d'une campagne qu'il a eu du mal à reprendre après sa victoire à la primaire. Les primaires, tout en le faisant triompher, ont semé les grains de sable qui ont, petit à petit, grippé sa campagne. Les meilleurs arguments contre François Fillon, c'est Alain Juppé lui-même qui les avait fournis durant la campagne... Le candidat, trop sûr de sa victoire, a, dans un premier temps, écarté les sarkozystes de tout poste important pour se replier sur un tout petit cercle de fidèles. Parce que, disait-il, il ne devait "rien au parti". Erreur qu'il a ensuite corrigée lorsque Le Canard Enchaîné a entamé son pilonnage...

C'est, en effet, à ce moment-là que Macron passe devant Fillon dans les sondages. L'électorat juppéiste s'est en partie détourné de Fillon ou s'est réfugié dans un repli abstentionniste. "Macron a pris les grandes villes, Le Pen a pris les campagnes. Les deux se sont partagé les villes moyennes. Nous n'avons plus d'espace", analysait Jean-François Copé. Seul l'électorat des 70 ans et plus est resté filloniste. Ce qui peut être suffisant dans une élection départementale, mais ne suffit pas dans une présidentielle dont le taux de participation (80 % selon Ipsos) est trop élevé et relativise le poids des seniors dans les urnes.

Marine Le Pen avait, quant à elle, besoin d'une abstention forte. Le FN réalise ses plus gros scores quand l'électorat se démobilise, car ses partisans se surmobilisent. Là aussi, ce qui vaut lors des régionales – où elle passe les 40 % par endroits – ne se vérifie pas dès lors que le corps électoral se déplace en masse et dilue, par conséquent, le vote extrême. Cela dit, elle a rempli sa mission a minima : la fille de Jean-Marie Le Pen se propulse au second tour comme son père il y a 15 ans. Dans un contexte tout autre : Jean-Marie Le Pen avait, par surprise, arraché sa place en finale en devançant de quelques milliers de voix Lionel Jospin. Marine Le Pen, elle, faisait la course en tête dans tous les sondages depuis trois ans...

Mélenchonisation

Jean-Luc Mélenchon peut se satisfaire de son score (19,5 % selon Ipsos). Il a atteint l'un de ses buts : détruire le PS, qu'il avait quitté en 2008, après le congrès épouvantable qui avait vu Martine Aubry et Ségolène Royal s'accuser de tricheries. Mélenchon considérait alors que le PS, confit dans la social-démocratie, était irrécupérable et qu'il fallait refonder un vrai parti de gauche. Son OPA sur le vieux Parti communiste a été mené de main de maître, car si les dirigeants du PCF sont restés réticents à suivre le leader de La France insoumise, la base des militants communistes, elle, était mélenchonisée. Que fera le leader pro-chaviste de son réservoir de voix pour le second tour ? Vers qui se tourneront ses électeurs... ?

Benoît Hamon, quant à lui, a totalement raté sa campagne. Comme en 1969 où le tandem Deferre-Mendès France s'était effondré à 5 %, le frondeur Hamon s'écrase à 6,2 % selon Ipsos. Comment pouvait-il en être autrement après le quinquennat Hollande ? Les frondeurs ne pesaient que 30 % des militants PS lors du congrès de Poitiers. Minoritaires dans leur parti, les dissidents de la ligne Hollande n'ont pas réussi à trouver le bon dosage entre le réalisme économique et la gauche du cœur. Les électeurs socialistes partisans d'une gestion sérieuse des déficits sont partis chez Macron tandis que les tenants de "l'utopie réaliste" ont trouvé chez Jean-Luc Mélenchon un tribun digne de leurs aspirations révolutionnaires. Hamon s'est fait dévaliser et l'homme, sympathique par ailleurs, a commencé à flotter dans un costume présidentiel un peu grand.

Le Point.fr

Lu 22 fois
Évaluer cet élément
(0 Votes)