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Election en Turquie: Erdogan peut-il perdre?

En Turquie, un peu plus de 56 millions d’électeurs sont appelés ce dimanche 24 juin aux urnes, pour des législatives à un seul tour, et le premier tour de la présidentielle. Un vote avancé de 16 mois et une campagne à l’image du pays : sous contrôle et sous tension. Depuis la tentative manquée de coup d’Etat en juillet 2016, le pays est secoué par de vastes purges, des milliers d’arrestations et de détention.

De notre envoyée spéciale à Istanbul,

Stands et camions avec musique à fonds, meetings parfois 5 fois par jours, la campagne électotale turque sature tout l'espace public. Un seul candidat surtout : lampadaires, balcons, panneaux publicitaires son visage s’étale à tous les coins de rues et à la télévision aussi où l’écrasant essentiel du temps d’antenne lui est consacré. Bref, Recep Tayip Erdogan est partout. Mais aux commandes du pays depuis 16 ans, le président est fatigué. Il se répète dans ses discours, tourne en rond. Une panne de prompteur lors d’un discours et c’est le silence : impossible désormais pour lui d’improviser.

Le président qui était le seul jusqu’ici à électriser les foules affronte aussi parmi tous ses adversaires, et c’est la première fois, une figure capable de lui tenir tête et de le défier dans la joute oratoire. Tout le pays suit désormais son ping pong verbal à distance avec Muharrem Ince, et c’est souvent musclé. « pauvre type » attaque un jour le président, réponse du candidat du vieux parti kémaliste : « il vaut mieux être un pauvre type qu’un corrompu ». Tabou levé dans un pays où l’insulte au président peut conduire à la prison.

Le visage de Recep Tayyip Erdogan s’étale à tous les coins de rues.REUTERS/Stoyan Nenov

Les électeurs peu diserts

Violence verbale chez les candidats, tension chez les électeurs : une société si polarisée désormais que l’échange entre pro et anti Erdogan se résume de plus en plus à des menaces. Mais ce qui résonne le plus fort dans le pays, c’est le silence des électeurs. Suivre un candidat de l’opposition en campagne, c’est enchaîner les serrages de main et les distributions de tracts et attendre que la discussion s’engage, le plus souvent sans succès. Certes, on peut sans grande difficulté évoquer avec les passants la crise économique qui fait sentir ses premiers effets et qui a motivé, disent les observateurs, l’avancement de la date des élections de près d’un an et demi. Le chômage augmente, environ 10% désormais, la livre turque bat des records à la baisse, l’inflation à deux chiffres ampute le pouvoir d’achat et ralentit l’activité des entreprises et des petits commerces. Mais de là à conclure que la réussite économique qui avait tant porté le président Erdogan lui coûtera des points dans les urnes.. difficile à dire. C’est un critère de vote, mais c’est loin d’être le seul.

Au fonds de sa boutique un commerçant du centre d’Istanbul accepte de livrer ce qui le préoccupe : « le gouvernement actuel s’est bien débrouillé au début, l’économie est revenue sur les rails, le pouvoir a su investir dans les services publics comme les hôpitaux, mais la moitié du pays en ce moment n’est pas contente du tout. Bien sûr la stabilité politique, la plupart du temps, ça veut dire stabilité économique. Mais je suis sûr que si on levait l’état d’urgence (ndlr : renouvelé 7 fois depuis avril), ça améliorerait l’état de l’économie. Moi, je suis un citoyen banal, l’état d’urgence ne m’impacte pas et quoiqu’il arrive je m’en sors à la fin du mois. La crise ne m’a pas affecté. Mais quand j’ai réfléchi aux élections, à mon bulletin de vote, j’ai pensé au bien de mon pays, à son avenir. Le fait est qu’il n y a plus aucune confiance dans la justice, et que quand on sort de chez soi, quand on prend le métro ou le bus, on ne voit plus aucun sourire sur les visages.  Ca me rend très triste, très malheureux et c’est ça qui va motiver mon vote. Je vais voter pour la personne qui mettra l’argent au service du pays, et aussi pour quelqu’un qui ne va pas étouffer le peuple ». Un réquisitoire sévère contre le pouvoir mais à l’abri des oreilles indiscrètes et des passants qui flanent dans le climat moite, chaud et orageux de ce début de vacances scolaires.

Une chape de plomb sur la Turquie

Pour Kadri Gürsel, journaliste à éditorialiste critique du pouvoir au quotidien Cumhuriyet (il a déjà fait 11 mois de prison), depuis la répression qui a suivi la tentative ratée de coup d’état en juillet 2016, le pays vit désormais sous une chape de plomb : « il y a une spirale de la peur dans la société, c’est une tendance bien établie. Les gens ont peur de s’exprimer, seuls un quart des turcs déclarent avoir le courage ou l’intention de s’exprimer sur les réseaux sociaux. L’environnement où les gens se sentent le plus libre, c’est en famille. Les gens se referment. Il y a une paranoïa qui augmente. Est-ce qu’ils ont peur de l’opposition ? Est-ce que ça vous paraît logique ? non, ça ne me paraît pas logique ».

Le pari risqué de Recep Tayip Erdogan

« Pas logique » : ça l’est en tout cas pour la partie de la société opposée au président. Car il y a aussi dans le pays encore une adhésion à la personnalité et à la politique du président Erdogan. Un soutien qui va bien au-delà des militants de l’AKP qui applaudissent quand le président-candidat qualifie l’alliance des partis d’opposition de « terroristes » ou les électeurs qui pourraient se détourner de lui de lui de « mécréants ». Une partie de la classe moyenne à la fois conservatrice sur les questions de religion et demandeuse de stabilité s’interroge mais n'a pas forcément décidé, dit l’universitaire Ali Bayramoglu, de retirer son soutien au pouvoir : « si Recep Tayip Erdogan gagne depuis si longtemps les élections, c’est qu’il a ouvert les places dans le système aux croyants. Ils ont eu le droit de faire des études universitaires avec le voile, d’être fonctionnaires. Il y a eu partage du pouvoir politique et économique. Les électeurs vont voter sur ce contexte : pour les séculaires, contre l'autoritarisme, la personnalisation du pouvoir, pour les conservateurs le motif le plus important c’est : 'même si je n’aime pas Erdogan, s’il perd, moi aussi je perds' ».

Le soutien à l’homme fort de la Turquie depuis 16 ans se fissure, mais impossible de savoir à quel point et surtout dans quelle mesure cela se traduira dans le vote dimanche. Reste qu’aujourd’hui personne dans ce pays soumis à une forte pression et à une polarisation exacerbée n’imagine Recp Tayip Erdogan perdre totalement le pouvoir. Etre contraint à un second tour et perdre la majorité à l’assemblée serait déjà perçu comme une très grande défaite. Surtout que dans cette toute dernière ligne droite, les rumeurs les plus folles au sujet de l’organisation d’une fraude électorale circulent. Au fond tout se passe comme si l’enjeu de ce double scrutin était surtout d’évaluer le niveau d’influence perdu par le président.

RFI

Le Congrès reporte le vote d'une loi sur l'immigration chère à Donald Trump

Les représentants qui devaient adopter ce jeudi un projet de loi clé sur l’immigration auquel le président tient par-dessus tout, ont finalement reporté leur vote à la semaine prochaine. Et, malgré un décret présidentiel, la Maison Blanche est toujours empêtré dans la crise qui secoue le pays au sujet de la séparation des familles de migrants.

Avec notre correspondante à Washington, Anne Corpet

Malgré ses tweets enflammés contre les démocrates et ses rencontres avec les élus, le président américain n’est toujours pas parvenu à ses fins au Congrès.

Le vote clé, censé apporter le financement du mur à la frontière et des restrictions à l’immigration légale auxquelles Donald Trump tient tant, a été reporté après le rejet d’un premier texte porté par les plus conservateurs. Les républicains sont très divisés, et ont voulu se donner une chance supplémentaire de se réconcilier avant de voter.

Le texte doit, outre une réforme globale de l’immigration dont ne cesse de parler Donald Trump, inscrire dans la loi l’interdiction des séparations de familles de migrants. Malgré la signature mercredi de son décret, le président n’a pas réussi à clore ce chapitre controversé. Les critiques continuent de fuser.

ANALYSE
Une des mesure proposées, c'est que les demandes d'asiles soient examinées et que la décision soit rendue en 14 jours. C'est juste impossible de préparer correctement une demande d'asile dans un délai de 14 jours.
Melissa LopezDirectrice du centre diocésain de services aux migrants et réfugiés 22/06/2018 - par Juliette Gheerbrant
Écouter

Démocrates et associations de défense des droits de l’homme s’insurgent contre l’abolition de la limitation de durée des séjours en centre de rétention pour les familles : elle est actuellement fixée à vingt jours, mais Donald Trump souhaite que parents et enfants restent détenus pendant toute la durée de l’examen de leur situation judiciaire.

Le sort des 2342 enfants qui ont déjà été séparés de leurs familles inquiètent aussi beaucoup outre-Atlantique. Les retrouvailles avec leurs parents ne s’annoncent pas faciles.

Les familles ont été dispersées sans réelle coordination entre les services et beaucoup de parents ignorent tout simplement où se trouvent leurs enfants. La Maison Blanche assure cependant qu’elle souhaite la réunion de ces familles.

Ce que redoute Melissa Lopez, avocate et directrice du Centre diocésain de services aux migrants et réfugiés à El Paso, à la frontière avec le Mexique, c’est que l’on enferme désormais des familles entières. « Ce que le gouvernement va faire pour réunir les 2342 familles qui ont déjà été séparées, à mes yeux ce n’est pas clair. […] Et je tiens à dire qu’on ne doit pas mettre en détention des gens qui viennent chercher asile dans ce pays,  c’est une forme de punition, à but dissuasif, et c’est inacceptable. »

Déplacement polémique pour Melania Trump

Melania Trump a été envoyée en première ligne ce jeudi : elle est allée au sud Texas dans un centre de rétention pour mineurs. La Première dame a demandé comment elle pouvait venir en aide à ces enfants pour qu’ils puissent au plus vite retrouver leurs familles.

Enfants séparés aux Etats-Unis: Melania Trump envoyée à la frontière mexicaine

L’opération de communication a cependant été escamotée par une faute de goût manifeste : Melania Trump portait pour cette visite une veste sur le dos de laquelle était écrit « je n’en ai vraiment rien à faire... et vous ? » en grandes lettres blanches. Son porte-parole a assuré qu’il s’agissait d’une simple veste et qu’il ne fallait pas s’attarder sur le slogan.

Mais le président l’a contredit : Donald Trump a affirmé sur Twitter que c’était un choix vestimentaire délibéré de son épouse et que le message s’adressait aux médias.

REUTERS/Kevin Lamarque

Trump signe un texte pour éviter la séparation des familles

Dans un spectaculaire retournement, le président américain Donald Trump a signé mercredi un décret pour éviter la séparation des familles de migrants ayant franchi illégalement la frontière avec le Mexique. L'administration américaine était sous le feu des critiques, tant au niveau national qu'international, alors que plus de 2 300 mineurs ont été séparés de leurs parents en cinq semaines.

Le président et son équipe répètent depuis plusieurs jours qu'ils ne font qu'appliquer la loi et que seule une modification de cette dernière par le Congrès permettrait de mettre fin aux séparations très critiquées, aux Etats-Unis mais aussi à travers le monde. Face aux images d'enfants séparés de leurs parents à la frontière qui ont bouleversé l'Amérique et le monde, Donald Trump s'est longtemps arc-bouté. Puis face au malaise politique grandissant dans son propre camp, il a soudain fait volte-face.

Le président américain a annoncé mercredi qu'il allait signer un texte pour éviter la séparation des familles de migrants ayant franchi illégalement la frontière avec le Mexique. « Cela me tient particulièrement à coeur [...] Nous voulons que les familles restent ensemble. C'est très important », a affirmé Donald Trump en signant le décret dans le Bureau ovale, quelques heures après avoir annoncé qu'il allait mettre fin à cette pratique qui lui a valu une avalanche de critiques, y compris au sein de son propre camp.

De leur côté, les démocrates n’entendent pas voter le projet de loi sur l’immigration qu’exige le président américain, rapporte Anne Corpet, envoyée spéciale permanente de RFI à Washington. C'est ce qu'explique Joaqim Castro, représentant démocrate du Texas : « On veut résoudre ce problème mais on ne veut pas que le président utilise ces abus comme un levier pour obtenir de notre part un mur à la frontière ou pour expulser les immigrés sans procédé légal. Donc oui, nous sommes tout à fait d’accord pour résoudre ce problème mais nous n’allons pas troquer la fin du traumatisme de ces gens contre un mur à la frontière. ».

Pour continuer à pouvoir incarcérer 100 % des migrants qui entrent clandestinement dans le pays, le décret de Donald Trump prévoit d’abroger le texte qui limite à vingt jours la détention de famille de migrants. Les associations de défense des droits de l’homme entendent porter l’affaire en justice.

De plus, ce décret ne résout pas la crise humanitaire aux frontières. Près de 2 300 enfants ont été séparés de leurs familles et il ne sera pas facile de retrouver leurs parents rapidement.

REUTERS/Jose Luis Gonzalez

Projet de loi asile-immigration en France: «Ils auront du sang sur les mains»

Ce mardi, le projet de loi asile-immigration était présenté au Sénat. Un texte qui doit durcir les conditions d'accueil des réfugiés en France et favoriser les reconduites aux frontières. Au même moment, ils étaient plusieurs centaines à protester devant l'entrée du bâtiment. Principale revendication : le retrait de ce projet de loi.

Un chant - « Etrangers, réfugiés, bienvenue dans nos contrées » - pour souhaiter la bienvenue aux migrants résonne devant le Sénat. A l'intérieur, au même moment, il est plutôt question de renforcer les frontières.

Mathilde Mas de l'assocation Action des chrétiens pour l'abolition de la torture (Acat), explique l'une des nombreuses conséquences que ce projet de loi pourrait avoir, comme par exemple la fin du regroupement familial pour les frères et sœurs d'un réfugié mineur : « Cela veut dire qu’aujourd’hui les parents d’un réfugié mineur, isolé, qui arrivent en France, qui est reconnu réfugié, les parents sont obligés de choisir entre rester au pays avec leurs autres enfants ou rejoindre leur enfant qui est en France. Et les sénateurs ont souhaité maintenir ça pour le moment, c’est très inquiétant. »

A quelques pas, Claude Bernard a les mains recouvertes de peinture rouge. Tout un symbole : « Dans peu de temps, les sénateurs et les députés, s’ils votent cette loi, ils auront du sang sur les mains. »

Justement, comme une lueur d'espoir, Jean-Pierre Sueur, sénateur socialiste, sort avec un mégaphone à la main. Il assure qu'il défendra leur point de vue devant le Sénat : « Ces associations ont beaucoup de mérite et je leur ai dit que je parlerai tout à l’heure en pensant à elles. »

La preuve pour ces manifestants que leur mobilisation sert à quelque chose.  Leur voix sera entendue pendant toute la durée des débats.

STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

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