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Les propositions pour l'Afrique des candidats à la présidentielle française

A un mois du premier tour de l'élection présidentielle française, RFI donne la parole à tous les candidats et à leurs équipes : quelles sont les propositions des prétendants à l'Elysée concernant l'Afrique ? Panorama.

Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière), 47 ans

Pour Lutte ouvrière, « les travailleurs africains et français partagent les mêmes combats », car « ce sont bien souvent les mêmes exploiteurs que l'on trouve de part et d'autres de la Méditerranée. » L’objectif du mouvement est de permettre l’union des travailleurs autour d’une condition commune plutôt qu’autour d’une langue ou d’une nationalité, avec pour objectif de « mettre fin au capitalisme et à sa forme de domination actuelle : l’impérialisme », explique le responsable de l'équipe de campagne de Nathalie Arthaud, Pierre Royan.

Un impérialisme « qui prend pournom hypocrite la francophonie », explique-t-on à Lutte ouvrière. Un impérialisme qui compte parmi ses instruments le franc CFA, une « monnaie de dominés [...] contrôlée par la bourgeoisie française », selon Nathalie Arthaud. Si elle juge la suppression du franc CFA souhaitable, elle estime toutefois que cela ne suffira pas à libérer les Africains de leur exploitation.

Selon Lutte ouvrière, il faut stopper toutes les interventions militaires françaises en Afrique. « Chaque intervention suscite un chaos », et le terrorisme est le « fruit pourri » qu’elles ont produit, affirme Pierre Royan. Le mouvement de Nathalie Arthaud a aussi pour ambition de mettre fin au « pillage » du continent par les grandes entreprises françaises. Lutte ouvrière ne veut apporter « aucun soutien aux gouvernements africains qui ont été au service de la bourgeoisie française », et soutient « toutes les expropriations des capitalistes français présents en Afrique par les travailleurs d’Afrique. » Pierre Royan déplore que « la richesse des sous-sols de l’Afrique [fasse] sa pauvreté », et affirme qu’il faut redonner aux travailleurs africains les moyens de leur développement.

François Asselineau (Union populaire républicaine), 59 ans

S’il explique vouloir mettre fin à la Françafrique et permettre le développement d’une « ère de coopération égalitaire avec les pays d’Afrique », François Asselineau concède  que ces questions ne sont pas au centre de son programme. Et ce même si c’est « un continent qui lui est cher et qu’il aimerait connaître plus », souffle-t-on à l’UPR. Evoquant les « drames de la colonisation », le candidat souverainiste affirme vouloir mettre un terme à ces relations de type néocolonial, « où certains dirigeants africains sont traités par Paris […] comme des vassaux ». Si des pays veulent sortir du franc CFA, la France pourra les aider, promet François Asselineau.

Le candidat du Frexit déplore que la participation de la France dans l’Union européenne et sa proximité avec les Etats-Unis l’éloignent de l’Afrique. « Plus on construit l’Europe, plus on détruit la France. Mais plus on détruit aussi les liens d’amitié, de coopération qu’on avait avec l’Afrique. » Le patron de l’UPR mise gros sur la francophonie. Au point 165 de son programme, il dit vouloir créer un Parlement des Etats francophones, qui siègerait à Paris. « Si les Etats africains sont d’accord, on pourrait créer un parlement qui pourrait nous permettre de définir une position commune des Etats de la francophonie sur les grands sujets internationaux, par exemple sur le système financier international, sur les échanges Nord-Sud, sur le système monétaire international... »

Concernant les interventions françaises, à l’UPR, on explique qu’il faut qu’elles se déroulent « dans le cadre de la légalité internationale », c’est-à-dire uniquement si elles sont demandées par les pays eux-mêmes ou réalisées avec l’aval des Nations unies. Enfin à propos des entreprises françaises présentes en Afrique, l’Union populaire républicaine préfère voir des grands groupes tricolores que l’ « Américafrique » ou la « Chinafrique », même si cela ne doit pas empêcher d’œuvrer à « un meilleur partage des richesses ». 

Jacques Cheminade (Solidarité et progrès), 75 ans

« Libérer l’Afrique de l’occupation financière, et permettre le codéveloppement. » Tels sont les maîtres mots du programme de Solidarité et progrès pour le continent, selon Sébastien Périmony, président et responsable Afrique du parti. Si Jacques Cheminade était élu, il créerait « un ministère de la Coopération, du Codéveloppement et de l’Intégration », notamment tourné vers le continent. Autres objectifs : mettre fin à la « curatelle financière » et sortir du CFA (dans la foulée de la France, qui sortirait de l’euro) ; s’éloigner du Fonds monétaire international (FMI), de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), et des traités avec l’Union européenne ; créer des banques nationales, annuler les dettes « illégitimes »...

Jacques Cheminade prévoit de « jeter la Françafrique à la rivière ». Pour lui, la France, en coopérant notamment avec la Chine, doit permettre aux pays africains de « regagner leur souveraineté », explique Sébastien Périmony. Par exemple en lançant de « grands projets d’infrastructure à l’échelle panafricaine » (revivification du lac Tchad, achèvement du canal de Jonglei, au Soudan…). Ou encore en se dotant de « centrales nucléaires de 4e génération », développe le président de Solidarité et progrès.

Pour mener à bien ces objectifs, « les armées africaines, avec l’aide de nos soldats et de nos ingénieurs civils et militaires, devront être mobilisées pour construire des voies ferrées, des routes, des ponts et des ports », détaille le programme de Jacques Cheminade. Son monsieur Afrique précise que ce recours à l’armée serait transitoire, et qu’il dépendrait d’abord de la pacification des régions. L’intervention militaire française ? « Pour faire face au terrorisme, oui, quand c’est utile », conclut Sébastien Périmony avec pragmatisme. 

Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France !), 57 ans

Sur son site, le candidat place en quatrième position l’idée d’un « grand partenariat entre la France et l’Afrique ». Idée phare : créer une organisation des pays exportateurs de denrées agricoles, pour réduire l’instabilité des prix de ces matières premières, sur le modèle de l’Opep. Le patron de Debout la France ! veut aussi soutenir les marchés communs comme l’UEMOA et la Cemac en permettant aux pays qui en sont membres de protéger leurs économies. Selon lui, le franc CFA doit changer de nom, mais rester sous le contrôle du Trésor français. Sous l’égide de l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), Nicolas Dupont-Aignan souhaite lancer un « plan Marshall pour stimuler les investissements agricoles. »

Le responsable des questions africaines du candidat de Debout la France !, Henri Temple, place le « codéveloppement » au centre de la stratégie de Nicolas Dupont-Aignan. Premier objectif : permettre aux pays africains de transformer les matières premières qu’ils produisent. « Sauver le secteur primaire, pour créer ensuite un secteur secondaire [...] Le reste viendra progressivement », explique Henri Temple. Ayant travaillé 35 ans en Afrique, il estime que le continent « a droit à une certaine énergie nucléaire, et puis à un développement du solaire ». Le problème ? La taille de l’Afrique : « Il faudra trouver des formes d’énergies avec un rayon d’action local. »

Par ailleurs, « il doit y avoir un maintien des troupes françaises en Afrique, tant qu’on n’a pas mis en place les conditions d’une paix durable », explique Henri Temple. Les pays francophones sont les premiers concernés par les projets africains de Debout la France ! « On est dans le même fuseau horaire, on parle la même langue, on a la même culture. On a fait un bout de chemin ensemble, de 1890 à 1960. Il y a des mariages interraciaux en quantité. Il y a des Africains en France, il y a des Français en Afrique », poursuit Henri Temple. « C’est ce que j’appelle une petite communauté de destin, nous sommes liés. » Et de résumer le propos : « On est passé du colonialisme au paternalisme, il faut maintenant aller vers le fraternalisme. » 

François Fillon (Les Républicains), 63 ans

La Françafrique ? « C’est un peu un fantasme aujourd’hui », affirme François Fillon à RFI. Si le candidat du parti de droite Les Républicains (LR) accable François Hollande sur sa politique russe ou syrienne, il l’épargne sur sa politique africaine et ne lui reproche pas de faire ou défaire les régimes d’Afrique francophone. Est-ce parce qu’à l’époque où il était Premier ministre, entre mai 2007 et mai 2012, François Fillon a cautionné des pratiques plus ou moins avouables ? Est-ce ainsi parce qu’en août-septembre 2009, son gouvernement, sous l’impulsion du président Nicolas Sarkozy, a soutenu ouvertement la première élection très controversée d’Ali Bongo à la présidence du Gabon ? En tout cas, aujourd’hui, le candidat Fillon veut tourner la page. Dès septembre dernier, au lendemain de la réélection très décriée d’Ali Bongo, il a déclaré : « Le sentiment qu’on a, c’est que le président Bongo n’a pas gagné cette élection. » Et aujourd’hui, sur RFI, le candidat de LR récidive en ajoutant : « La France ne doit pas soutenir des pratiques antidémocratiques et venir au secours de dirigeants africains qui manipulent les élections. »

Mais tout de même, le candidat de LR ne se compromet-il pas avec de grandes figures de la Françafrique en acceptant des costumes de luxe offerts par l’avocat Robert Bourgi ? « On attribue à ce pauvre Robert Bourgi des pouvoirs qu’il n’a pas, réplique l’ancien Premier ministre français sur RFI. C’est un monsieur d’un certain âge qui a reçu la légion d’honneur sur la proposition d’un des plus ardents soutiens aujourd’hui d’Emmanuel Macron, l’ancien ministre [de Jacques Chirac] Renaud Dutreil. » Une pique contre le candidat Macron ! François Fillon parle des « pouvoirs [que] n’a pas » Robert Bourgi, mais il aurait pu parler des pouvoirs « que n’a plus » l’avocat. Longtemps, maître Bourgi a été le très influent conseiller d’Omar Bongo. Depuis qu’Ali Bongo a succédé à son père, il est vrai que l’avocat parisien natif de Dakar n’est plus en cour à Libreville et qu’il soutient l’opposition gabonaise. D’ailleurs, c’est par l’entremise de maître Bourgi que François Fillon a déjeuné, en juillet dernier près de son fief de Sablé-sur-Sarthe, avec Jean Ping, le n°1 de l’opposition gabonaise.

Le gaulliste François Fillon reste-t-il attaché au franc CFA, l’un des totems de la Françafrique ? Apparemment, non. « C’est une question qui doit être traitée par les Africains, affirme l’ancien Premier ministre sur RFI. La France ne tire aucun avantage de cette affaire du CFA. La question qui est posée, c’est : "Est-ce que c’est un élément de stabilité qui protège les économies des pays africains, ou non ?" C’est une discussion qui doit s’engager avec les pays africains et, pour ma part, je suis ouvert à toutes les solutions. » Pas de tabou sur le franc CFA ? « Non, aucun. »

En clair, le candidat de LR bouge sur la Françafrique. En revanche, il ne change pas d’avis sur la question coloniale. Aux antipodes d’Emmanuel Macron, François Fillon affirme sur RFI : « Je suis contre toutes ces manifestations de repentance qui font croire que la France aurait une responsabilité unique par rapport à la colonisation, alors que toutes les civilisations ont pratiqué la colonisation depuis le début de l’histoire. » En mai 2009, lors d’une visite officielle à Yaoundé, le Premier ministre François Fillon avait affirmé que les crimes coloniaux attribués à l’armée française au Cameroun étaient une « pure invention ». Ces dernières années, plusieurs livres-enquêtes, notamment La guerre du Cameroun (1), ont montré au contraire qu’il existait des preuves accablantes contre l’armée française. « Que les historiens fassent leur travail », concède aujourd’hui François Fillon sur RFI. Mais le candidat de LR ajoute : « Je n’accepte pas qu’on fasse porter à la France d’aujourd’hui des responsabilités qui ne sont pas les siennes, car le résultat de tout cela, c’est qu’on donne à la jeunesse française une image détestable de l’histoire de son pays. Et un peuple qui ne s’aime pas est un peuple qui ne peut pas avoir d’avenir. »

Benoît Hamon (Parti socialiste), 49 ans

« Je remercie mes parents et l’Afrique de m’avoir appris que la fraternité peut être aussi simple que les jeux d’enfants que nous avions à l’école », a lancé Benoît Hamon, qui a grandi à Dakar, lors de son discours de Bercy. Lui, qui promet dans son programme que « la France accompagnera les transitions avec nos partenaires d’Afrique, en Méditerranée et au Sahel », veut porter les subventions pour l’aide au développement à un milliard d’euros en 2020 (soit 0,7% du revenu national brut, deux fois plus qu’actuellement).

Benoît Hamon décrit la nécessité d’appuyer les interventions militaires françaises sur « les partenaires européens et régionaux concernés ». Dans un entretien au journal Libération, Pouria Amirshahi, le responsable des questions internationales de l'équipe Hamon, précise que ces interventions peuvent se justifier « jusqu’à ce que les armées africaines soient en situation d’assurer elles-mêmes leur propre sécurité. » Le député Amirshahi ajoute que « La France n’est pas le gendarme de l’Afrique ». Dans le programme de Benoît Hamon on peut aussi lire que « au-delà des interventions, notre diplomatie déploiera une action politique et civile déterminée et efficace ».

En janvier, dans un entretien à RFI, le député des Yvelines a noté que les conflits que fuient les populations migrantes « ne sont pas étrangers à des choix politiques qui sont ceux de l’Occident », d’où sa volonté d’instaurer un « visa humanitaire » pour les populations fuyant la guerre. Autre facilité que souhaite créer Benoît Hamon, un « visa francophone pour les étudiants, les chercheurs, les chefs d’entreprise et les artistes », qui permettrait selon lui de « cultiver le sentiment d’appartenance à la francophonie ».

Jean Lassalle (Resistons !), 61 ans

L’objectif du député pyrénéen est de conclure avec les pays africains des traités « équilibrés », qui « excluront le pillage et le détournement » des ressources. Selon son programme, Jean Lassalle souhaite aussi « mettre fin à la supervision du franc CFA par le Trésor ». Déplorant que l’Afrique ait été « sacrifiée sur l’autel des ventes d’armes et du pétrole », il regrette, dans une note consacrée aux relations entre la France et le continent, que « le malheur pousse sur les routes de l’exil des millions d’hommes, de femmes et d’enfants. Comme jadis nos montagnes se vidaient de leurs forces vives pour grossir le prolétariat des villes. »

Pour permettre le développement du continent, le fils de berger explique, dans une interview au journal Ouest-France, qu'il faut privilégier les énergies renouvelables : « Sauver l’Afrique, c’est aider cette population à apprivoiser le soleil. » Parmi les autres infrastructures à développer en priorité, il y a, selon lui, les télécommunications, afin de faciliter les relations culturelles et économiques entre les pays.

Le président de l’Association des populations des montagnes du monde (APMM) place la francophonie au cœur de son projet, car il estime que le français doit permettre de « remettre notre diplomatie au premier plan ». Jean Lassalle rappelle aussi que « notre langue, partagée avec les pays francophones, entretient un cousinage culturel précieux. Nous devons demain redevenir des partenaires et des alliés, dans un même dessein enfin appaisé. »

Marine Le Pen (Front national), 48 ans

A priori, le programme de Marine Le Pen n’est pas très séduisant pour les partenaires africains de la France. Le Front national (FN) souhaite abolir la binationalité pour les Africains (et pas pour les Européens). Il veut aussi interdire toute régularisation des sans-papiers et, en attendant leur expulsion, entend mettre fin à l’école gratuite pour leurs enfants. A un pays comme le Mali, qui, pour l’instant, ne veut pas signer avec l’Union européenne un accord de réadmission des migrants en situation irrégulière, Louis Aliot, le vice-président du FN, adresse un message musclé : « Sans l’opération Serval, il n’y aurait plus de Mali aujourd’hui. L’aide militaire de la France, c’est donnant donnant. Les Maliens ne peuvent pas avoir le beurre et l’argent du beurre. »

Pourtant, depuis quelques semaines, la candidate du FN tente une offensive de charme sur le continent africain. Le 21 mars, elle a été reçue par le président Idriss Déby dans sa résidence privée d’Amdjarass, dans le nord-est du Tchad. Jamais encore, elle n’avait été invitée sur le continent par un chef d’Etat. A l’issue de cette rencontre, la fille du fondateur du FN a ironisé sur les gens qui la croient « raciste, xénophobe et islamophobe », et a remercié le président tchadien d’avoir « brisé les barrières de l’ignorance et de la stigmatisation médiatique dont [elle] fait l’objet, bien au-delà de la France ». Puis, dans un discours devant plusieurs députés tchadiens, elle a lancé : « S’il vous plaît, comprenez-moi. Le refus de l’immigration massive n’est pas le rejet et la haine de l’autre. C’est au contraire une gestion rigoureuse, partagée et équilibrée des flux migratoires entre nos deux continents. » La candidate française a promis que, si elle était élue, l’Afrique serait « la première des priorités internationales de la France ». Faisant de l’aide au développement une « question de sécurité nationale », elle s’est engagée à y consacrer plus de 16 milliards d’euros, soit 0,7% de la richesse nationale, d’ici la fin du quinquennat, et à recréer un ministère de la Coopération de plein exercice.

Pour plaire à ses interlocuteurs africains, Marine Le Pen fait souvent le procès de la Françafrique, qui est constituée, selon elle, de « réseaux de corruption criminels et néocolonialistes ». D’ailleurs, en sortant de son audience chez Idriss Déby, elle a lancé : « Je lui ai dit tout le mal que je pensais de la Françafrique. » Comme son père en son temps, la présidente du FN se veut l’avocate du courant afro-nationaliste et plaide pour le « chacun chez soi ». Elle pourfend la Cour pénale internationale et toute forme d’ingérence occidentale sur le continent. Et elle milite contre le franc CFA. En 2015, elle n’hésitait pas à dire que cette monnaie était « un drame pour les économies africaines ». Est-ce à cause de ses dernières rencontres en Afrique ? Aujourd’hui, elle modère son discours et déclare : « L’Afrique doit avoir sa propre monnaie. Pour ceux qui ont le franc CFA, c’est un inconvénient économique. » 


Emmanuel Macron (En Marche !), 39 ans

En février dernier, lors d’un déplacement à Alger, Emmanuel Macron a fait le buzz en qualifiant la colonisation française de « barbarie » et de « crime contre l’humanité ». Jamais un homme politique français n’avait utilisé des termes aussi forts au sujet du passé colonial de la France. Réaction immédiate de François Fillon : «  C’est indigne d’un candidat à la présidence. » Quant à Marine Le Pen, elle a déclaré : « Le crime, c’est Emmanuel Macron qui vient de le commettre. » Au vu de ces réactions, et surtout de celles de la communauté des rapatriés d’Algérie et des harkis, le candidat d’En Marche ! a fait… marche arrière. Quelques jours plus tard, lors d’un meeting à Toulon, l’ancien ministre de l’Economie a gommé le terme « crime contre l’humanité » au profit du terme « crime contre l’humain ». Puis il a passé de longues minutes à demander « pardon » à ceux qui se sentaient visés. « Je suis désolé de vous avoir blessé, fait mal. Je ne voulais pas vous offenser », a-t-il lancé. Bref, en parlant de « crime contre l’humanité », Emmanuel Macron a commis une « maladresse », comme le concèdent ses porte-parole. Mais sur le fond, le candidat d’En Marche ! continue de vouloir regarder le passé de la France avec « lucidité » et n’hésite pas à s’engager sur le terrain miné de la repentance.

Est-ce à dire que le candidat « ni gauche ni droite » rejoint les courants de la gauche française qui ont une forte sensibilité anticolonialiste ? Pas si simple. Contrairement à ces mouvements de gauche, Emmanuel Macron ne souhaite pas qu’au nom de cette repentance coloniale, la France ouvre ses frontières à tous les migrants venus d’Afrique. « Je veux que nous ayons une stratégie française et européenne ambitieuse en terme d’aide publique au développement, déclare-t-il sur RFI, mais dans le cadre d’un dialogue exigeant avec les responsables africains. [...] Nous devons avoir une demande de réciprocité sur le plan des réadmissions [des migrants en situation irrégulière]. » Dans une allusion claire au Mali, le candidat d’En Marche ! ajoute, toujours sur RFI : « On ne peut pas expliquer aujourd’hui à notre population [française] que [d’un côté] on est en train de stabiliser sur le plan militaire un pays, qu’on est en train de l’aider à développer ses propres infrastructures, que d’ailleurs il est bon pour lui que les gens reviennent et n’en partent pas, et que [de l’autre côté] on ne sait pas signer un accord de reconduite à la frontière et que, quand quelqu’un n’a pas de titre de séjour, il n’est pas réadmis sur le territoire [de son pays d’origine]. Cela, c’est un jeu de dupes dans lequel nous sommes depuis des années. »

Est-ce à cause de son jeune âge ? Emmanuel Macron aime dénoncer les « rémanences de la Françafrique ». Mais pour autant, il ne veut pas renverser la table. Faut-il supprimer le franc CFA ? « C’est un débat que les pays de la zone franc doivent conduire dans les deux zones concernées. Je n’ai pas à me prononcer pour eux. C’est un élément de stabilité que nous garantissons. Ce qui est vrai, c’est que cela crée de l’hétérogénéité, en particulier au sein de la Cedeao, où vous avez plusieurs cohabitations. En même temps, je pense que le choix leur est laissé », déclare sur RFI l’ancien ministre de l’Economie qui, une fois de plus, emploie la formule « en même temps » – ses adversaires politiques le surnomment « Monsieur en même temps » ou « l’homme qui veut ménager la chèvre et le chou ».

François Hollande a-t-il eu tort de rester silencieux après la réélection très controversée d’Ali Bongo au Gabon, en août dernier ? « Je ne suis pas là pour distribuer les bons et les mauvais points. Le président Hollande a-t-il eu une autre politique africaine durant ce quinquennat ? J’ai plutôt ce sentiment par rapport à ses prédécesseurs. Il me semble que l’élection de monsieur Bongo est pleine d’incertitudes et d’inconnues qui justifient un jugement circonstancié », affirme encore celui qui, il y a quinze ans, a fait un stage ENA de six mois à l’ambassade de France au Nigeria, sous la houlette de Jean-Marc Simon. A 39 ans, Emmanuel Macron semble connaitre tout l’art du langage diplomatique.

Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise), 65 ans

C’est au point 59 de son programme que sont posées les grandes lignes de sa politique africaine. Pour « lutter contre les causes des migrations », il faut « arrêter les guerres, les accords commerciaux qui détruisent les économies locales, et affronter le changement climatique. » Les interventions françaises en Afrique ? « Nos armées doivent avoir un rôle de maintien de la paix sous mandat de l’Onu », répond un responsable de la France insoumise au site Mondafrique.

Jean-Luc Mélenchon écrit dans son programme sa volonté d’ « en finir avec la Françafrique ». Outre sa volonté affichée - c’était déjà le cas en 2012 - de supprimer le franc CFA, l’ancien sénateur dit vouloir « respecter l'indépendance des États africains et la souveraineté des peuples en s'interdisant de se mêler des élections, et en réprimant les corrupteurs. »

En janvier 2016, Jean-Luc Mélenchon a promis que, s’il devenait président, il « [irait] chercher » le prisonnier Laurent Gbagbo pour le soustraire à la Cour pénale internationale (CPI). En novembre, le candidat de la France insoumise s’est aussi fait remarquer au Parlement européen en prenant le parti de l’opposant gabonais Jean Ping, suite à l’élection controversée d’Ali Bongo à la présidence : « Nous mettrions sur le même plan les tricheurs et ceux qui font l’objet de ces tricheries, et qui en sont victimes ? Nous appellerions à la paix alors que les violences sont le fait exclusif du gouvernement en place contre les partisans de Jean Ping ? », a-t-il demandé. Avant d’ajouter : « Mieux vaudrait que monsieur Gbagbo soit libéré et monsieur Bongo jugulé. »

Jean-Luc Mélenchon estime que la présence des entreprises françaises peut servir à faire pression sur les gouvernements. Le conseiller Afrique de Jean-Luc Mélenchon, Patrice Finel prend justement l’exemple du gouvernement d’Ali Bongo : « Il y a des sanctions économiques à l’échelle internationale qui sont plutôt faciles à prendre. Au Gabon, il y a le pétrole. Total étant une entreprise française, nous pouvons agir à l’aide de ce levier. » Une manière aussi de réduire « la puissance hégémonique des groupes ayant des comportements néocoloniaux », affirme Patrice Finel à nos confrères de Mondafrique.

Jean-Luc Mélenchon explique également vouloir « passer à la francophonie politique », c’est-à-dire « réorganiser les institutions de la francophonie en agissant pour son recentrage sur la défense, le rayonnement de la langue et son usage commun. » Le candidat de la France insoumise a plus largement à cœur de lutter contre la désertification du Sahel, ou d’aider à revivifier le bassin du lac Tchad pour tarir les flux migratoires. Selon lui, agir contre le dérèglement climatique nécessite un « transfert de technologies et une aide financière et matérielle à la transition dans les pays les plus vulnérables. »

Philippe Poutou (Nouveau Parti anticapitaliste), 50 ans

Première mesure phare du candidat d’extrême-gauche, le retrait total des troupes françaises présentes en Afrique. « Si on fait le bilan des interventions armées deux ou trois ans après, il n’y a pas de stabilité dans les pays où l’on est intervenu », déplore Léon Crémieux, en charge des questions internationales dans l’équipe de campagne de Philippe Poutou. « Nous refusons l’idée d’un rôle civilisateur de l’Europe en Afrique : ce ne sont pas des petits frères et nous ne sommes pas des grands frères. »

Pour rompre avec la politique africaine de la France « issue du colonialisme », le NPA envisage aussi de mettre un terme aux contrats des grandes entreprises françaises avec les Etats africains. Selon Léon Crémieux, ces accords sont illégaux et dépossèdent les pays de leurs richesses naturelles. Objectif de Philippe Poutou : nationaliser ces entreprises, et restituer aux Etats où elles étaient implantées les infrastructures qu’elles possédaient. « Paradoxalement, l’Afrique est le continent le plus riche du monde, du point de vue de ses ressources minières et pétrolières. Mais pour se développer, elle a besoin d’une indépendance économique réelle », estime Léon Crémieux.

Pour atteindre cette indépendance, le NPA veut annuler totalement la dette souveraine des pays africains auprès des banques françaises. Autre modalité d’action : une émancipation vis-à-vis du franc CFA, « entièrement dépendant de l’Union européenne », selon Léon Crémieux. Il explique que « si des régimes démocratiques demandent de l’aide, des partenariats, on ira. Mais d’abord il faut couper les liens néocoloniaux, qui sont une catastrophe humaine, économique, politique. » Et quant à l’idée de privilégier l’Afrique francophone, il conclut : « On ne veut pas faire table rase des cultures communes, de la langue. Mais on ne veut pas cultiver la francophonie comme un reste de l’empire colonial français. »

(1) La guerre du Cameroun, L’invention de la Françafrique, Thomas Deltombe, Manuel Domergue, Jacob Tatsita, Editions La Découverte, novembre 2016

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11 types de cancer corrélés au surpoids et l'obésité ? Par La rédaction Santé-scienceetavenir

 

Hommes ou femmes mêmes enseignes

Les critères esthétiques ont évolué et la science a fait des progrès et c'est pourquoi il faut de la vigilance dans notre façon de nous nourrir pour une meilleure santé.

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11 types de cancer corrélés au surpoids et l'obésité ? Par La rédaction Santé-scienceetavenir


LA CHRONIQUE DU PR KHAYAT. Selon une vaste analyse sur la relation entre obésité et cancer, une petite dizaine de type de cancers serait liée au surpoids.

© FRANCIS DEAN/REX/REX/SIPA


Les dernières actualités de la recherche contre le cancer sont présentées pour Sciences et Avenir et en exclusivité par le Pr David Khayat, chef de service de cancérologie à la Pitié-Salpêtrière.
L'obésité est un facteur de risque reconnu du cancer. Une nouvelle évaluation du CIRC (Centre international de recherche contre le cancer, agence dépendant de l'OMS) publiée en juillet 2016 confirmait que le maintien d'un poids de santé réduisait le risque de la plupart des cancers. Selon une revue de la littérature sur la relation entre obésité et cancer réunissant plus de 200 études sur le sujet, une dizaine de type de cancers seulement serait liée au surpoids. Les résultats ont été publiés dans le British Medical Journal.
Une équipe de chercheurs britanniques de l'Imperial College de Londres a souhaité étudier la relation entre obésité et 36 types de cancers différents. Pour cela, ils ont analysé 204 études scientifiques et compilé les plus pertinentes. Selon cette compilation, 11 types de cancers, majoritairement digestifs ou hormono-dépendants, seraient associés par des preuves solides avec le surpoids : il s'agit des cancers de l'œsophage, de l'estomac, du pancréas, des voies biliaires, du côlon, du rectum, du sein, de l'endomètre, de l'ovaire, du rein et la moelle osseuse (myélome multiple). Selon les chercheurs, une incertitude substantielle persisterait pour les autres formes de cancer.
Concernant spécifiquement l'indicateur IMC (indice de masse corporelle), l'étude montre une forte augmentation, pour chaque tranche de 5 points d'IMC, du risque de cancer de la moelle osseuse et des reins ; et chez l'homme seulement, du cancer de l'œsophage et colorectal ; et enfin, chez les femmes non ménopausées, une forte corrélation avec les cancers des voies biliaires, du pancréas et de l'endomètre.

https://www.sciencesetavenir.fr/

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En Alsace, Marine le Pen parle immigration mais pas sortie de l'euro

Après un passage par le Parlement européen de Strasbourg, l'eurodéputée et candidate du Front national, Marine Le Pen, s'est rendue mercredi soir 5 avril dans une petite ville d'Alsace, Monsweiler, dans l’est de la France, pour y tenir une réunion publique devant 800 personnes. Un meeting au cours duquel elle a surtout parlé d'immigration, en évitant soigneusement de trop évoquer la sortie de l'euro dans cette région frontalière de l'Allemagne.

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Benoît Schneckenburger, le garde du corps philosophe de Jean-Luc Mélenchon ?

Qui est Benoît Schneckenburger, le garde du corps philosophe de Jean-Luc Mélenchon ?
Jean-Luc Mélenchon, l'"insoumis" en course pour l'Elysée
Voir


• PORTRAIT – Enseignant et docteur en philosophie, ceinture noire et professeur de karaté, Benoît Schneckenburger, le responsable du service d'ordre de Jean-Luc Mélenchon, a un profil atypique. Qu'il assume, pour le plus grand plaisir de ceux qui l'entourent durant cette campagne présidentielle.
par Hamza Hizzir


Une phrase a retenu notre attention dans la déclaration de patrimoine publiée sur son site, par Jean-Luc Mélenchon : "Le responsable du service d'ordre bénévole qui assure ma protection au fil de l'année n'est pas mon employé. Il est enseignant, docteur en philosophie et professeur de karaté." Tiens donc. Voilà qui nous change des gros bras, envoyés par des entreprises spécialisées, qui entourent habituellement les candidats à l'élection présidentielle. On s'est donc lancé sur la piste de Benoît Schneckenburger, d'autant plus ravi de nous parler de lui qu'il vient de publier un nouvel ouvrage (son 6e), Les phrases choc de la philosophie (ed. Ellipses).


Un livre écrit en pleine campagne électorale ? Le garde du corps, 1m75 et 65 kilos à vue de nez, admet qu'il ne peut pas toujours suivre le candidat de la France insoumise. Et pour cause. "Il y a des meetings trop lointains où je ne peux pas aller quand j'ai cours jusqu'à 12h30. Donc je délègue, raconte-t-il. On a une équipe. Lors de la marche pour la VIe République, le service d'ordre et de sécurité était constitué de 600 personnes, dont 20 pour la protection rapprochée. En meeting, c'est 50 personnes minimum, et ça peut monter jusqu'à 70 pour une salle type Zénith." C'est pourtant lui le chef d'orchestre de ce ballet particulier, même quand il enseigne la philosophie au lycée Carriat de Bourg-en-Bresse. "Assurer le service d'ordre nécessite d'animer des équipes, confirme Alexis Corbière, le porte-parole de Jean-Luc Mélenchon. Benoît a beau être un véritable intellectuel, il est prêt à toutes les tâches, même celles qui sont considérées comme les moins nobles. C'est assez fascinant."


Âgé de 45 ans, pacsé et sans enfant, Benoît Schneckenburger a fait la connaissance de Jean-Luc Mélenchon au début des années 1990. "J'étais jeune militant d'extrême gauche et je côtoyais d'autres militants, rembobine-t-il. J'ai alors rencontré des gens qui militaient avec lui et j'ai été rapidement séduit par ses convictions, sa fermeté, et aussi par l'attention qu'il portait à la formation des militants." Il le suit donc au Parti socialiste en 1992... Et quitte le PS avant lui, en 1996, par conviction. "J'ai recherché une alternative à gauche. Puis j'ai rejoint le Parti de gauche quand Jean-Luc l'a créé, en 2009. Entre-temps, j'avais fait d'autres choses, comme du syndicalisme. Mais à ce moment-là, j'ai décidé de rendre mon activité strictement politique." Car, pour lui, qui a passé sa ceinture noire de karaté en 2010, tout en poursuivant ses études de philo en autodidacte, être garde du corps est "une tâche politique comme une autre".


"Je ne pourrais pas assurer le service d'ordre de Macron ou de Le Pen"


Il s'en explique : "Par exemple, Jean-Luc Mélenchon est actuellement suivi par des officiers du ministère de l'Intérieur. Qui sont donc garants d'une sécurité uniquement physique et corporelle du candidat. Moi, j'estime que je dois aussi protéger l'intégrité politique du message des provocateurs qui voudraient le faire taire. Seuls des militants peuvent le faire. Il faut avoir une bonne connaissance du terrain politique. Identifier que ce groupe-là est de telle mouvance, qu'ils ont telle ou telle position sur tel sujet, qu'aujourd'hui on se ressemble sur telle thématique et que c'est leur dada... C'est une approche politique, et plus seulement sécuritaire. Je ne pourrais pas assurer le service d'ordre de Macron ou de Le Pen."


Dans une situation un peu chaude autour de Jean-Luc Mélenchon, privilégie-t-il l'usage de la philosophie ou celle du karaté, qu'il a aussi enseigné ? "Sa singularité, c'est sa sagesse, décrit Alexis Corbière. La sécurité, chez lui, c'est d'abord une question méthodique. Il n'y a pas d'excitation. C'est ce qui l'amène à garder sa lucidité dans des moments où il faut prendre des décisions très rapidement. Pour empêcher telle personne de s'approcher, parce qu'il veut absolument parler à Jean-Luc, ou prendre un selfie, ça passe plus souvent par quelques mots. Tout ça nécessite du doigté et de l'humanité. Benoît reste philosophe même dans ces cas-là. Il est très cohérent comme individu. C'est même ce qui fait sa force. En dehors de ses fonctions aussi, c'est un garçon calme et réfléchi. Alors que Jean-Luc Mélenchon ou moi, on est plutôt des Méditerranéens."


Jean-Luc Mélenchon l'appelle "mon philosophe de poche"


Ce contraste n'empêche pas les vifs échanges, Benoît Schneckenburger révélant qu'il lui arrive souvent de débattre avec le candidat : "Pas plus tard qu'après le meeting sur la journée de l'Écologie, qui a eu lieu au Parc Floral (le 25 février, ndlr), comme c'est moi qui suis allé le récupérer et l'amener, on est passé devant le donjon de Vincennes, où je lui ai parlé de la rencontre entre Rousseau et Diderot, la question du matérialisme... On a parfois des discussions animées, sur le plan philosophique. Jean-Luc est plus stoïcien et moi plus épicurien (rires).

J'essaye de lui montrer que si le stoïcisme est une certaine pensée de la liberté, cette liberté n'est pas assez conséquente.

Et lui, qui est fin connaisseur des textes de Marc Aurèle, argumente en disant que la vertu du stoïcisme, c'est de penser l'action dans le possible.

C'est une réaction politique.

Mais ça ne dégénère jamais en engueulades, seulement en plaisanteries. On est plutôt bons vivants (rires)

." Pour lui, et donc pour Épicure, la liberté devrait aller jusqu'à s'affranchir des notions d'argent, de faim, de manque de temps...


Celui que Jean-Luc Mélenchon surnomme affectueusement son "philosophe de poche", qui s'occupe aussi des questions de laïcité et d'anti-racisme au Parti de gauche, prend toutefois bien garde à ce que la politique n'interfère pas avec ses autres activités. "Mes élèves essayent toujours de me faire parler en entrant en cours. Avec Google, ils repèrent assez facilement qui je suis. Mais je refuse systématiquement, confie-t-il. En philosophie, je ne parle pas de mon engagement politique, même si la politique, l'État, la justice sont des notions philosophiques que je traite, mais avec Platon, Descartes ou Machiavel.

Pas avec l'actualité. Le karaté ? Ça fait deux ans que je ne l'enseigne plus, je m'entraîne, mais je ne mélange pas les choses. Je ne vais pas recruter dans mon club de karaté quoi (rires)." Difficile, de toute façon, d'en trouver deux comme lui.


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Benoît Schneckenburger


Benoît Schneckenburger, le garde du corps philosophe de Mélenchon


Amoureux d'Epicure et ceinture noire de karaté, Benoît Schneckenburger est à la tête du service d'ordre du Parti de Gauche. Rencontre.


zineb dryef

Benoît Schneckenburger à Paris, le 5 octobre 2011 - Audrey Cerdan/Rue89


En 1990, à des jeunes militants qui collaient des affiches, Jean-Luc Mélenchon a dit : « La semaine prochaine, vous allez écrire un tract. » Vingt ans après, l'un d'eux en parle encore. « Ce que j'ai appris auprès de lui et apprécié tout de suite, c'est cette autonomie et cette attention accordée aux militants », explique-t-il.
A 40 ans, Benoît Schneckenburger milite encore auprès de Jean-Luc Mélenchon ; ceinture noire de karaté, il est à la tête de son service d'ordre. Il dit que ce n'est pas une tâche ingrate et regrette que les « partis petits-bourgeois » distinguent les militants qui pensent et ceux qui collent des affiches :

« Depuis que je suis engagé en politique, je me suis toujours inséré dans les services d'ordre... Il ne faut pas être idéaliste : la politique, ce sont des rapports de force qui doivent être organisés. C'est une tâche politique parmi d'autres. »


Garder à l'œil « Le Petit Journal »


Une tâche dont Benoît découvre l'extrême violence à l'époque des bastons avec le FN – il était alors à SOS Racisme. En 2011, l'ennemi semble plutôt se nicher derrière la nuée de caméras qui suit en permanence le candidat. Benoît ne cache pas avoir une dent contre « Le Petit Journal » de Canal+ qui, « sur trois jours de tournage, ne garde que quelques secondes », forcément les plus « conflictuelles ».

« Il suffit que Mélenchon discute un peu fortement avec quelqu'un et eux foncent pour prendre cette unique scène. On le prévient. "Le Petit Journal", ce n'est pas du journalisme d'information, c'est de la peopolisation. »


Ce banlieusard, né dans une famille peu politisée – un grand-père maire adjoint RPR, « ça n'a pas joué » –, a épousé la politique d'abord à Nanterre, auprès des libertaires. Puis à Sciences-Po. Ensuite, il ne s'arrête plus.


Piqué de philosophie politique, il poursuit son apprentissage dans les livres, décroche l'agrég de philo puis soutient une thèse sur les matérialistes du XVIIIe.

Ses élèves le reconnaissent à la télé – « Je leur ai dit au début de l'année qu'on ne parlerait pas de politique en cours. »


C'est cette persévérance et une discipline hors du commun qui lui valent aussi d'être ceinture noire et titulaire d'un diplôme de prof de karaté. « C'est drôle quand même », commente un Jean-Luc Mélenchon songeur, « je ne sais pas comment il a fait pour mener tout ça de front. »

 

Benoît Schneckenburger et Jean-Luc Mélenchon lors de l'ouverture du QG de campagne du Front de Gauche aux Lilas, le 18 octobre - Audrey Cerdan/Rue89


Conversations philosophiques dans le métro


Il y a chez ce singulier garde du corps une intransigeance propre aux convertis. Revenu du PS après l'épisode de Saint-Bernard (« je ne partageais plus leurs valeurs »), il refuse depuis de se « résigner », d'accepter une augmentation symbolique du smic « quand plus personne ne peut vivre avec 1 000 euros » ou de se laisser berner par la politique du « sentiment ». Il n'entrevoit l'espoir d'une « alternative à gauche » qu'en 2008, lorsque Mélenchon quitte le PS pour fonder le Parti de Gauche. Il le retrouve alors.


Depuis, les deux hommes marchent côte à côte. Littéralement. Après les manifs, les meetings, les rendez-vous publics, Benoît raccompagne le candidat du Front de Gauche « en transports en commun ». La petite légende en marche dit que c'est durant ces trajets qu'ils échangent sur le bonheur ou la vitesse de la lumière. Une sorte de règle que s'impose Benoît pour éviter de parler de la vie interne du parti ; il ne veut pas utiliser sa proximité de garde du corps pour aborder ces questions.


Benoît aurait fait pencher Mélenchon, le stoïcien, du côté d'Epicure, durant ces voyages en métro. L'ancien sénateur en stoïcien, ça donne quoi ?

« Si un pot de fleurs me tombe dessus du troisième, je n'y peux rien donc je n'ai pas à m'en préoccuper. Par contre, certaines choses dépendent de moi, j'ai donc des marges de manœuvres.

Les stoïciens disent que la plupart des choses sur lesquelles on peut agir dépendent de la représentation que l'on s'en fait soit à titre individuel, soit par la langue commune, les opinions communes. Il faut donc travailler sur la culture, sur les mots pour faire évoluer les mentalités. Cette part de liberté est intéressante.

Mais j'ai réussi à lui faire admettre que le stoïcisme, c'est souvent une morale de maître – renoncer aux biens, cela suppose qu'on les a déjà. Et il y a les idées d'âme et de destin. Chez Epicure, il n'y a pas de destin, il n'y a pas d'âme. Mélenchon, comme moi, est matérialiste, il y est sensible. »


« Le bonheur est un thème dont la politique doit se préoccuper »


Quelques secondes, on se représente Mélenchon en épicurien, façon interprétation abusive de la doctrine du philosophe grec. C'est drôle mais il ne s'agit évidemment pas de cela :

« Libérer la contrainte, c'est une des premières leçons d'Epicure. Quand on est pauvre et qu'on a faim, qu'on est inquiet pour le lendemain, on ne peut pas être heureux. La politique doit d'abord assurer ces conditions minimales de vie ; le bonheur est un thème dont la politique doit se préoccuper. La politique doit offrir la possibilité d'activités culturelles, d'ouverture, de temps consacré aux autres.

Libérer du temps, c'est un des thèmes qui a toujours intéressé Mélenchon. Ce n'est pas seulement réduire le temps de travail : c'est l'idée que l'homme doit à nouveau être maître du temps. Or, le temps dans lequel on vit aujourd'hui, c'est le temps des échanges marchands, c'est le temps de l'instantané, tout va très très vite. Ça ouvre des potentialités mais ça nous empêche de vivre le présent dans la durée. On est dans l'instant. L'instant, ça change tout le temps, c'est inquiétant. »


Le populisme, une chance ?


Ce temps si précieux pour ce garçon que ses amis qualifient d'un « petit peu hyperactif ». Après un ouvrage consacré à Epicure puis un collectif sur le programme de Marine Le Pen, Benoît s'est attaqué au populisme. Le livre sort dans quelques semaines. Un long travail de déconstruction de l'argument facile « Mélenchon est populiste », retrouvé jusqu'en une du Monde sous la plume d'un Plantu qui l'a représenté jumeau de Marine Le Pen :

« J'essaye de montrer que derrière cette phrase, "untel est populiste", se cache une vieille tendance dans l'histoire des idées et de la démocratie libérale à refuser que le peuple participe "trop" à la vie politique.

On veut bien convoquer le peuple, comme dit Schumpeter, pour choisir parmi les élites compétitives mais on ne veut pas qu'il se mêle du politique. Eh bien, nous ne sommes pas d'accord. On pense que le peuple doit se mêler de politique, il doit commencer à réfléchir, à participer, il ne peut pas y avoir de discours politique sans éducation populaire. L'accusation de populisme cache un déni de démocratie. »


Il en revient à cette fameuse autonomie qui lui a fait préférer Mélenchon aux autres, celle qui suppose, dit-il, une culture permanente des militants.
Ce souci de l'éducation populaire au Parti de Gauche est à la charge de Benoît ; il s'occupe également de la formation. Karatéka, philosophe, garde du corps, formateur... Une somme d'activités qu'il juge cohérentes et habituelles dans son parti :


zineb dryef


http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/rue89-jean-luc-melenchon/20111018.RUE4910/benoit-schneckenburger-le-garde-du-corps-philosophe-de-melenchon.html


L'homme à tout faire de Mélenchon


Officiellement, Benoît Schneckenburger est le garde du corps du candidat du Front de gauche. Mais, en réalité, ce curieux personnage est bien plus que cela...


Par Antoine Grenapin
Mairie des Lilas


Les rues pimpantes aux façades de briques rouges nous conduisent jusqu'au QG du candidat Jean-Luc Mélenchon. Trois portes : "Passez à gauche", nous indique la porte de droite ; "encore plus à gauche", insiste malicieusement la suivante. À l'intérieur, un grand atelier ("l'usine", disent les militants), charpente de béton et de métal, tableaux accrochés partout pour colorer des mots affichés qui rêvent d'"émancipation humaine", des photos de réunions suspendues par des ficelles, des meubles hétéroclites, sièges de velours rouge, piles de tracts, rouleaux d'affiches. Odeur de café et convivialité. "On n'a plus de tasses", explique une "camarade" en nous apportant un café dans des verres. "Il y a du monde partout."


Mitraille


Il est ponctuel. Une heure de conversation s'ouvre. Une mitraille de mots.


Que fait Benoît Schneckenburger au Parti de gauche ? Il milite, il organise, il protège, il enseigne, habité par l'urgence humaniste de ses combats.
Responsable du service d'ordre, il organise la protection du candidat, répartit les tâches dans une équipe "mixte", insiste-t-il, "pas à parité, mais mixte, nous y tenons", et garde "la porte des chiottes" quand son emploi du temps le lui permet. Il forme aussi les membres de l'équipe. Ceinture noire de karaté, éprouvé aux techniques de surveillance, il met aussi la politique au programme de son groupe, car "toute action est participation au combat politique" et qu'il en va de la logique des choses et de la dignité des hommes de donner sens à ce qu'ils font. Au Parti de gauche, "un militant réfléchit, ne répète pas des slogans". Responsable de l'école de formation des militants, il organise et anime les cycles de réflexions collectives sur des sujets théoriques - intérêts de classe et intérêt général, progrès et décroissance, histoire du mouvement ouvrier... "Quand vous écoutez débattre un écolo libertaire et un marxiste sur la décroissance, c'est passionnant ce que chacun apporte à l'autre."


"Platon aujourd'hui"


Il faut "toujours intellectualiser la pratique", mais "aucune théorie ne vaut hors de son application". Ce qui est difficile, c'est qu'on se place "dans des temporalités différentes", le temps de la réflexion est différent de celui de l'action. Mais réflexion et action doivent être interactives.
Militant à temps complet ?

Non, Benoît Schneckenburger est professeur de philo au lycée Turgot à Paris et à l'université Paris-VIII. Un temps complet d'agrégé qui répond à l'élève curieux de ses responsabilités politiques : "Ouvre ton manuel, Platon, aujourd'hui."


Parents "cathos de gauche", un grand-père au RPR, il a débroussaillé son chemin, est passé par le PS, s'en éloigne au début de l'été 1996, agacé du manque de réaction du parti après l'expulsion de trois cents étrangers sans papiers de l'église Saint-Bernard-de-la-Chapelle, rejoint le syndicalisme "interprofessionnel", car "on ne peut pas être groupusculaire". Dès la création du Parti de gauche, en 2008, il adhère, car il y voit "une perspective cohérente pour le mouvement social".


Insulte


Avant l'enseignement, il a été attaché d'administration centrale, un poste "lucratif", mais coincé dans l'arborescence d'un ministère. Alors, il prépare les concours de philosophie "en autodidacte", capes, agrégation, puis doctorat. La philosophie le passionne, il pense le présent en le confrontant aux textes. Son dernier livre est sur la table, Le populisme, le fantasme des élites. "Déjà dans la Grèce antique on se désolait du décalage entre l'opinion et le pouvoir, des impasses de la vie de la Cité... Déjà Jean Bodin au XVIe siècle parlait de populace à mater à coups de bâton, il n'y a rien de nouveau aujourd'hui à utiliser le mot populisme comme une insulte"...


Cet homme pressé a une dernière fonction auprès de son mentor : la compagnie philosophique. "Après les moments de fortes tensions, comme les meetings, pour nous détendre, nous discutons, avec Jean-Luc Mélenchon, de n'importe quel sujet, de matérialisme aléatoire par exemple. C'est un homme éclectique, vous savez, un homme des Lumières." On imagine ces deux silhouettes devisant sous le portique des stoïciens. "Il est passionné par la transmission, la diffusion du savoir, et très attaché à la curiosité intellectuelle."

Ces mots-là, Benoît Schneckenburger les utilise aussi pour décrire son propre engagement.

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