International

Macron-Poutine: un dialogue «franc et direct» sur la Syrie et l'Ukraine

Le président russe est reçu ce 29 mai à Versailles pour inaugurer une exposition sur les 300 ans des relations franco-russes. Vladimir Poutine et Emmanuel Macron se sont entretenus en tête à tête avant de partager un déjeuner de travail. Lors de la conférence de presse commune qu'ils ont donnée, le président français a voulu jouer sur deux cordes: dialogue et exigence, comme il l'avait promis avant la rencontre.

Il n'y a pas eu de chaleur entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine durant la visite du président russe à Versailles. Mais l'objectif n'était certainement pas pour le chef de l'Etat français d'afficher une proximité avec son homologue comme il l'avait fait avec Angela Merkel, Justin Trudeau ou même Theresa May qu'il a rencontrés au G7. Rien à voir non plus avec la tension physique de la poignée de main virile avec Donald Trump. Là, il s'agissait d'établir un rapport de force avec un dirigeant réputé pour être dur et avec lequel les sujets de frictions sont nombreux. Face à Vladimir Poutine, Emmanuel Macron devait montrer avant tout sa fermeté.

La rencontre a donc donné lieu à un échange « franc, direct » avec « beaucoup de choses qui se sont dites », selon les termes d’Emmanuel Macron. En langage diplomatique, cela signifie qu’il y a des sensibilités différentes, souligne notre envoyée spéciale Anastasia Becchio.

Mais Vladimir Poutine, comme Emmanuel Macron, ont tenté d’y mettre les formes, affirmant qu’ils voulaient travailler à construire des actions communes. « Nous avons cherché des points de convergences sur les questions clé. Je pense que nous les voyons », a affirmé Vladimir Poutine.

Dans ce décor fastueux du château de Versailles que le chef du Kremlin affirme visiter pour la première fois, les deux dirigeants ont assailli l’auditoire de références historiques. Emmanuel Macron a rappelé que Pierre le Grand était le symbole de cette Russie qui s’ouvrait à l’Europe et symbole aussi de l’amitié franco-russe. Une amitié mise à mal ces dernières années.

« Aucun enjeu essentiel ne peut être traité sans dialoguer avec la Russie », a insisté le président français. Les deux hommes ont donc passé un large éventail de sujets, en particulier la Syrie et l’Ukraine.

Lutte contre le terrorisme

Sur le dossier syrien, Emmanuel Macron s'est voulu ferme. « J'ai indiqué qu'une ligne rouge très claire existe de notre côté : l'utilisation d'une arme chimique par qui que ce soit », qui fera « l'objet de représailles et d'une riposte immédiate de la part des Français », a-t-il déclaré lors de cette conférence de presse commune avec son homologue russe Vladimir Poutine.

« Sur la Syrie, j'ai rappelé quelles étaient nos priorités et je crois que nous pouvons sur cette voie travailler ensemble, en tout cas c'est mon souhait, dans les prochaines semaines », a fait savoir Emmanuel Macron. « Notre priorité absolue, c'est la lutte contre le terrorisme et l'éradication des groupements terroristes et en particulier de Daech », a-t-il ajouté. Le chef de l'Etat français s'est accordé avec Vladimir Poutine sur la création d'« un groupe de travail » franco-russe pour lutter contre le terrorisme.

Emmanuel Macron a également plaidé pour une transition démocratique pour la Syrie, « mais en préservant un Etat syrien ». Il a indiqué qu'il faudrait « discuter avec l'ensemble des partis en présence » dans le dossier syrien, « y compris les représentants de M. Bachar el-Assad », notant, en réponse à une question, que « pour autant » la réouverture d'une ambassade de France à Damas n'était « pas une priorité ».

Processus de Minsk et format Normandie

Les deux chefs d’Etats ont également abordé la question du dossier ukrainien. Ils sont tombés d'accord sur la création d'« un forum franco-russe des sociétés civiles » afin d'approfondir le dialogue entre les deux pays et « surmonter les éventuelles incompréhensions. »

« Sur la situation en Ukraine, nous avons longuement parlé des différents points de détails et de mise en œuvre du processus dit de Minsk. Notre souhait, je crois pouvoir le dire sous le contrôle du président Poutine, c'est que dans les meilleurs délais puisse se tenir à nouveau un échange sous le format dit "Normandie" » réunissant Russie, Ukraine, France et Allemagne, a déclaré Emmanuel Macron.

Interrogé sur la question des sanctions imposées à son pays dans ce dossier, le président russe a répondu : « Vous avez demandé comment les sanctions contre la Russie pourront aider à régler la crise dans l'est de l'Ukraine ? Et voilà la réponse : aucunement ! Luttez pour la suppression de toutes les restrictions dans l'économie mondiale », a déclaré Vladimir Poutine.

La question de la répression des homosexuels en Tchétchénie a aussi été abordée. Le président français a déclaré qu'il serait constamment vigilant sur la question, assurant que Vladimir Poutine avait promis la vérité complète sur les activités des autorités tchétchènes.

■ Soulagement en Ukraine

Avec notre envoyé spécial à Kramatorsk,  Sébastien Gobert

Au moins, il a compris à qui il avait affaire. La France est très importante dans le règlement du conflit à l'est de l'Ukraine et beaucoup se réjouissent à Kiev d'avoir vu le nouveau président tenir tête au maître du Kremlin.

Médias et réseaux sociaux ukrainiens avaient longuement accusé les Occidentaux d'indécisions et d'actes manqués dans leur politique vis-à-vis de la Russie de Vladimir Poutine. Ils se félicitent aujourd'hui de la prestation d'Emmanuel Macron. Son commentaire sur les agences de presse Russia Today et Sputnik considérées comme des organes d'influence et non de journalisme a été particulièrement apprécié. Kiev dénonce depuis 2014 les effets désastreux de la propagande d'Etat russe, qui a joué un rôle important dans le déclenchement de la guerre.

Emmanuel Macron tient tête à Vladimir Poutine et l'avertit même d'une poursuite des sanctions en cas d'escalade en Ukraine. Pour autant, les commentateurs remarquent qu'il n'apporte pas de proposition nouvelle pour relancer les efforts de paix. Et, en se référant aux Accords de Minsk, le président français s'engage à prolonger un format de négociations qui n'a produit que peu de résultats tangibles depuis 2015. Le premier point de l'accord, l'application d'un cessez-le-feu, n'a jamais été totalement respecté. La veille de cette rencontre à Versailles, des bombardements avaient fait quatre blessés et détruit une école dans la zone de guerre.

RFI

Lu 36 fois
Évaluer cet élément
(0 Votes)
Dangereuses tensions au G7 par François Maugis

 

Dangereuses tensions au G7 par François Maugis

Si l'on se réfère à nos critères occidentaux, il y a belle lurette que la moitié du Monde vit sous le seuil de pauvreté et cette situation ne s'améliore pas. On dit même que cette épidémie de pauvreté touche de plus en plus les pays riches. La concentration des pouvoirs et son corollaire, la croissance des inégalités, aurait dû depuis longtemps alerter le citoyen.

Or il n'en n'est rien, pourquoi ?

Tout simplement parce que cette information dérange. Même si leur nombre diminue, les nantis ont intérêt à ce que cela ne se sache pas trop. Cette information irait à l'encontre du message politiquement correct qui vante les mérites de la croissance et du progrès. Imaginez une véritable démocratie mondiale. Avec plus de 50% de laissés pour compte, un partage plus équitable des richesses serait vite voté.

Ce sont bien les tensions dues aux inégalités sociales qui ont déclenché toutes les révolutions du Monde, les deux guerres mondiales et, probablement, le terrorisme. On a bien crée l'ONU pour éviter une troisième guerre mondiale mais on s'est bien gardé de donner à cet organisme un statut totalement démocratique. Les pays riches gardent la maitrise de toutes les décisions.


Si l'on ne change pas la donne, je ne vois pas comment on pourrait éviter cette montée croissante des déséquilibres et des tensions. Noyer le poisson dans de beaux discours a une limite que, malheureusement, nous ne sommes pas loin de franchir.

François MAUGIS – La Réunion
http://assee.free.fr

Lu 87 fois
Évaluer cet élément
(0 Votes)
Vladimir Poutine à Versailles: nouveau test diplomatique pour Emmanuel Macron

Le président français reçoit ce lundi 29 mai son homologue russe pour une visite de travail. Le rendez-vous entre Vladimir Poutine et Emmanuel Macron se déroulera dans le parc du château de Versailles, résidence des rois Louis XIV, Louis XV et Louis XVI. Les deux hommes vont inaugurer au Grand Trianon une exposition sur Pierre le Grand, empereur de toutes les Russies.

Il y a 300 ans, au château du Grand Trianon, la cour de Versailles accueillait Pierre le Grand, un tsar particulièrement tourné vers l’Europe. Une Europe que les présidents russe et français appréhendent désormais, à l'heure de ce tricentenaire, chacun à leur manière. Le premier la voit comme une entité affaiblie dépourvue d’indépendance, le second s’est donné pour objectif de la relancer.

Moscou n'avait pas parié un kopek sur la victoire d'Emmanuel Macron, rappelle notre correspondante à Moscou, Muriel Pomponne. Vladimir Poutine avait des relations anciennes et bonnes avec François Fillon. Il voyait par ailleurs dans le Front national un mouvement nationaliste et anti-européen comme il les aime. Entre les deux tours, et même après, les médias russes ont ainsi mené une campagne agressive contre M. Macron.

Macron, Poutine... les deux hommes sont des pragmatiques. Alors, Emmanuel Macron profite de cet évènement historico-culturel pour faire de la diplomatie. Et pour Vladimir Poutine, une invitation à Versailles ne saurait se refuser. Elle compense largement le rendez-vous manqué entre François Hollande et le chef du Kremlin en octobre dernier pour l'inauguration du centre culturel russe de Paris.

Poutine veut sortir son pays de l'isolement

L’accueil prévu au Trianon a de quoi séduire les Russes. A Moscou, la presse y voit un grand honneur. Le journal Moskovski Komsomolets écrit tout bonnement qu’Emmanuel Macron va recevoir Vladimir Poutine avec les honneurs dus à « un père ». Et de tisser un point commun entre Pierre Le Grand et Vladimir Poutine, deux hommes qui ont voulu ouvrir la fenêtre de la Russie sur l’Europe, selon MK.

Le président russe a besoin de l'Europe. Ses rodomontades anti-européennes n'ont mené la Russie nulle part, et les relations avec Donald Trump ne sont pas au niveau espéré. Vladimir Poutine et Emmanuel Macron se sont téléphoné le 18 mai dernier, à l'initiative de Moscou. Quoi qu'il en dise, le chef du Kremlin souhaite sortir de l'isolement. Il va donc à Paris pour « tâter le terrain ».

Emmanuel Macron et Vladimir Poutine se retrouveront d’abord en tête-à-tête puis ils déjeuneront entourés de leurs délégations, avant de visiter l’exposition consacrée au tricentenaire de la visite de Pierre le Grand au Grand Trianon. Une fois qu’il aura pris congé de son hôte, Vladimir Poutine fera un détour par le quai Branly de Paris, et sa cathédrale orthodoxe aux bulbes dorés.

Les Russes couvrent Macron de louanges

La presse officielle russe regrette la dégradation des relations entre la Russie et l’Europe depuis trois ans, même si elle n’en évoque pas les causes. « Depuis presque 200 ans, la France a toujours été un élément important pour le positionnement de la Russie en Europe. Ces relations ont été ébranlées sous l'ancien président Hollande, mais dans l'ensemble cette tradition est bien enracinée dans la politique russe », explique le spécialiste russe des relations internationales Fiodor Loukianov.

« On constate en Europe, ces dernières années, un déséquilibre intérieur de pouvoir et d'influence, ajoute-t-il. L'Allemagne, sans forcément le vouloir, s'est retrouvée dans une position hégémonique. Ce n'est pas dans l'intérêt de la Russie, même si traditionnellement, on a eu de bonnes relations elle - mais maintenant tout a changé. Et le rôle de la France en tant que contrepoids à l'influence allemande est important pour la Russie actuellement, car c'est un pays enclin à être plus pragmatique sur certaines questions que l'Allemagne. »

Les Russes veulent voir dans cette invitation de M. Macron, qu’ils qualifient à Moscou de « Wonderking de la politique », une preuve d’indépendance de Paris vis-à-vis de Berlin et Washington. L’ambassadeur de Russie en France, Alexander Orlov - qui a souvent reçu Marine Le Pen -, ne tarit plus d’éloges concernant le chef de l'Etat français, qualifié de président « compétent et brillant ».

La Syrie et l'Ukraine au menu de la rencontre

La rencontre de Versailles sera l’occasion d’évoquer deux sujets sensibles pour Emmanuel Macron et Vladimir Poutine : la Syrie et l’Ukraine. Le président français, qui a affirmé au sommet du G7 en Sicile que « la Russie a envahi l'Ukraine », a prévenu qu'il aurait un « discours exigeant » et « sans aucune concession » sur ce dossier.

Iouri Ouchakov, conseiller diplomatique du Kremlin, rappelle qu’il s’agit d’une rencontre informelle qui ne se traduira pas par la signature d’un document. De fait, il ne faudra pas s’attendre à des évolutions sur les grands dossiers où les désaccords sont les plus importants. Peut-être y aura-t-il en revanche des déclarations sur la lutte contre le terrorisme, la Lybie et quelques avancées sur le plan bilatéral.

Les deux hommes vont aussi tenter d’arrondir les angles après une campagne présidentielle française marquée par des soupçons de piratage informatique russe des équipes du mouvement présidentiel, En Marche ! Sans compter les propos peu amènes tenus par des médias proches du Kremlin sur le nouvel occupant de l’Elysée.

La marque d'Emmanuel Macron

La diplomatie selon Emmanuel Macron, c'est un savant mélange d'apaisement et de fermeté. Un mélange qui a déjà porté ses fruits ces derniers jours, puisque son entrée en matière sur la scène internationale a été unanimement saluée. Sa poignée de main de jeudi avec Donald Trump est encore dans toutes les mémoires. A travers ce geste, le président français a signifié qu'il souhaitait tenir tête à son homologue américain, sans le braquer pour autant.

Ainsi, à l'issue de la réunion du G7 samedi à Taormine, Emmanuel Macron a tenu à positiver, et ce malgré l'opposition du président américain sur le climat. Cette stratégie faite de modération et de fermeté sera de nouveau à l'œuvre cette semaine. Outre la rencontre avec Vladimir Poutine ce lundi, le chef de l'Etat français recevra le Premier ministre indien Narendra Modi samedi 3 juin.

■ Les associations de défense des droits de l'homme protestent

La visite du président russe Vladimir Poutine à Versailles ce lundi 29 mai ne suscite pas l'enthousiasme de tout le monde. Une manifestation était organisée dimanche après-midi à Paris, pour soutenir les opposants politiques en Russie et alerter sur les pratiques du régime, jugées peu démocratiques, comme l'explique Anne-Marie Goussard, présidente de la section française de la Société internationale pour les droits de l'homme, à l'origine de la mobilisation.

RFI

Lu 39 fois
Évaluer cet élément
(0 Votes)

G7: bilan d’un sommet atypique

Mai 27, 2017
Hit: 41
Écrit par
G7: bilan d’un sommet atypique

Le sommet du G7 s’est achevé ce samedi 27 mai en Sicile. Alors que le consensus a toujours prévalu lors des précédents sommets, plusieurs désaccords ont été remarqués, notamment sur la question de la lutte contre le réchauffement climatique.

Malgré les divergences profondes qui ont marqué ce G7, Paolo Gentiloni se veut positif. Dans le communiqué final de cette 43e édition, le président du Conseil italien et hôte de ce sommet a déclaré qu’il avait été un succès en termes d’organisation et de sécurité.

C’est bien l’un des seuls points positifs que l’on peut retenir. Car sur les grands dossiers, les désaccords persistent, surtout sur le climat. Paolo Gentiloni a tout de même cherché à les minimiser, expliquant que Donald Trump avait été très attentif aux arguments distillés par ses homologues. La décision des Etats-Unis de sortir ou non de l’accord de Paris sera annoncée la semaine prochaine, a précisé le président américain sur les réseaux sociaux.

Concernant le commerce, les dirigeants du G7 sont parvenus à maintenir les Etats-Unis de Donald Trump, tenté par une forme d'isolationnisme, dans un cadre multilatéral, ce qui peut être considéré comme un succès. Mais sur ce dossier, les six autres pays membres attendaient peut-être plus d’engagement de la part des Américains. Autre succès : la lutte contre le terrorisme, certainement le dossier ou le consensus a été obtenu le plus rapidement avec la signature d’une déclaration dès la première journée du sommet.

La question migratoire, en revanche, n’a enregistré aucune réelle avancée. Pour Emmanuel Macron, la résolution de la crise migratoire passe par une vraie politique de sécurité et de stabilisation des zones où les crises politiques font qu’il y a des afflux massifs de réfugiés, par la lutte contre le réchauffement climatique et pour le développement, mais aussi par une autre politique migratoire. Mais d’après lui, il s’agit d’un problème européen. « Ce n’est un sujet ni pour le Japon, ni pour le Canada, ni pour les Etats-Unis, c’est une responsabilité européenne », a-t-il déclaré.

Ce sommet restera donc certainement comme l’un des plus atypiques, non pas parce qu’il s’est déroulé dans un site idyllique, mais parce que peu de décisions y auront été prises.

RFI

Lu 41 fois
Évaluer cet élément
(0 Votes)