International

Etats-Unis: acculé par les scandales, le ministre de l'Environnement démissionne

Emporté par une vague de scandales retentissants, le directeur de l’Agence américaine pour la protection de l’environnement (EPA) démissionne. Depuis sa nomination, Scott Pruitt, un climato-sceptique, a dépensé des sommes considérables pour assurer le confort de sa fonction aux frais du contribuable. Le président américain a annoncé sur Twitter avoir accepté sa démission.

Avec notre correspondante à Washington,  Anne Corpet

« Scott a réalisé un travail exceptionnel et je lui en serai toujours reconnaissant », écrit Donald Trump, sur Twitter comme d'habitude, sans faire mention de la série de scandales qui ont conduit le directeur de l’Agence de protection de l’environnement, arrivé avec lui en janvier 2017, à rendre son tablier.

« Les attaques implacables contre moi et ma famille sont sans précédent et ont eu un impact considérable sur nous tous », constate pour sa part Scott Pruitt dans sa lettre de démission. Le républicain était visé par une dizaine d’enquêtes. Sa position n’était plus tenable malgré la protection du président.

Depuis l'arrivée à la tête de l’Agence de protection de l’environnement du procureur général de l'Oklahoma, quasiment pas une semaine ne s’était écoulée sans qu’une nouvelle affaire ne survienne. Liens douteux avec les lobbyistes, train de vie somptueux, utilisation de fonds publics à des fins personnelles...

Probablement un autre climato-sceptique pour remplacer Scott Pruitt

La liste des scandales est interminable. Scott Pruitt a dépensé trois millions de dollars d'argent public pour assurer sa sécurité et le confort de sa fonction, avec parfois des choix étranges aux frais du contribuable. Par exemple l'installation d'une cabine téléphonique sécurisée dans ses bureaux pour 43 000 dollars.

Son bilan se résume en une ligne : détruire un maximum de réglementations instaurées sous l’administration Obama pour protéger l’environnement. Avant sa nomination, M. Pruitt était l'un des plus efficaces lobbyistes du secteur pétrolier, et l'un des plus farouches soutien du retrait de l'accord de Paris.

Son départ ne signifie pas que cette politique va cesser. Son adjoint, qui lui succède en attendant la nomination d'un nouvel administrateur, est aussi un ancien lobbyiste : il a longtemps représenté l'industrie du charbon dans la capitale fédérale, Washington. Et comme Scott Pruitt, c'est un climato-septique.

RFI

France: revivez l'entrée de Simone Veil au Panthéon

Décédée il y a un an à l’âge de 89 ans, le 30 juin 2017, Simone Veil a fait ce dimanche son entrée au Panthéon où elle repose désormais aux côtés de son mari Antoine Veil, intronisé en même temps qu'elle. Survivante de la Shoah, Simone Veil a marqué son époque pour avoir mené à bien la loi qui porte son nom pour la dépénalistaion de l’avortement avant de devenir la présidente du premier Parlement européen en 1979 puis de faire son entrée à l’Académie française en 2010. Elle avait témoigné de cette existence hors du commun dans son autobiographie sobrement intitulée « Une Vie ».

Élue à l’Académie française en 2010, elle était déjà « immortelle ». Son cercueil transféré aujourd’hui au Panthéon, un an et un jour après sa disparition, voilà désormais Simone Veil « éternelle ». C’est un destin à tous points de vue hors du commun pour une femme au parcours exemplaire qui fut d’abord et avant tout la survivante d’un drame à la fois collectif et personnel qui l’aura marquée pour une vie entière. Survivante de la Shoah, le génocide des juifs durant la Seconde Guerre mondiale, Simone Jacob, son nom de jeune fille, avait été déportée en mars 1944 à l’âge de 16 ans au camp d’Auschwitz avec ses parents André et Yvonne et son frère Jean qui n’en sont pas revenus, et l'une de ses deux soeurs, Madeleine, surnommée Milou. Son autre soeur, Denise, sera arrêtée par la Gestapo et déportée en juillet de la même année au camp de Ravensbrück.

Réchappée de justesse de l’Holocauste, elle avait rencontré Antoine, son futur mari, en février 1946 à Sciences Po alors qu’elle n’avait que dix-huit ans et lui dix-neuf. Le coup de foudre avait été mutuel entre les deux jeunes gens qui s'étaient mariés huit mois plus tard. Couple qualifié de fusionnel par tous leurs proches, Simone et Antoine, mariés durant 67 ans, vont continuer à reposer ensemble mais sous la coupole du Panthéon. C’est un petit clin d’œil de l’Histoire en direction de celle qui avait milité auprès du président François Mitterrand pour que les femmes, à l’égal des hommes, soient célébrées dans ce monument à la gloire des plus grands Français, situé en plein cœur de Paris, dans le Vearrondissement.

Une femme déterminée

Simone Veil dans les années 1950, une beauté magnétique.© MPP

« Ses yeux pers dans un visage éclatant réfléchissaient le vécu d'une tragédie indélébile », avait écrit à son propos Antoine Veil, lequel avait pour sa part échappé à la déportation, contrairement à sa sœur. Leur vie conjugale s’était d’abord construite autour de sa carrière à lui, jeune énarque vite engagé comme conseiller d'ambassade. Simone Veil l'avait ainsi accompagné à la fin des années 1940 à Wiesbaden puis à Stuttgart où il avait été nommé. À des proches qui s'en étaient indignés, elle avait expliqué qu'il fallait « distinguer les nazis des Allemands dans leur ensemble », une attitude lucide mais témoignant aussi d’une grandeur d’âme particulière. Durant les premières années de la vie du couple, c’est donc le mari qui tient le haut de l'affiche. Peu enclin à pousser sa femme à travailler, Antoine Veil voit d’ailleurs d'un mauvais œil le souhait de Simone de devenir avocate.

À (re)lire : Simone Veil, une combattante éternelle (juin 2017)

Simone Veil sur l'avortement 01/07/2018 - par Archives RFI Écouter

Se souvenant que son père avait empêché sa mère de poursuivre ses études après son mariage, Simone Veil décide quand même de devenir magistrate, preuve d’une détermination qui fera toujours sa force. Auparavant, elle a déjà donné naissance à trois fils (Jean en 1947, Claude-Nicolas en 1948, décédé en 2002, et Pierre-François en 1954). À la Chancellerie, sa capacité de travail ne passe pas inaperçue et elle devient, en 1970, la première femme désignée secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature. C’est là que Jacques Chirac la repère. Nommé Premier ministre en 1974, il la propulse ministre de la Santé. C’est une première pour une femme, une voie de pionnière qu’elle poursuivra en devenant, en 1979, la présidente du premier Parlement européen puis, en 1993, la première femme ministre d'État en France et, dans la dernière partie de sa vie, seulement la sixième femme à être admise à l'Académie française, en 2010.

C’est son combat pour faire adopter en 1975 la loi sur l'interruption volontaire de grossesse - contre une partie de la droite, son propre camp - qui l'avait fait connaître du grand public. Elle était devenue un peu plus tard la personnalité politique la plus populaire du pays. Passé au second plan dans le couple, Antoine Veil eut l’intelligence et l’humilité d’accompagner la carrière de son épouse sans en concevoir ni jalousie ni aigreur. Remisant ses ambitions de jouer un rôle en politique, il aura privilégié les affaires, enchaînant les hauts postes : directeur général de la compagnie aérienne UTA, président du comité stratégique du groupe Bolloré, PDG de Manurhin, de Matra transport, d'Orlyval, administrateur d'Havas.

« Je pense avoir su l'écouter et avoir su la lire entre les lignes. Mais les déportés parlent surtout entre eux », a dit celui qui fut aussi conseiller régional centriste d'Ile-de-France, et conseiller municipal de Paris. En 2010, après une visite au camp d'Auschwitz-Birkenau, où elle avait été déportée, Simone Veil avait dit de son inséparable « Tony », qui tenait à voir ce camp avant leur mort : « Il vit beaucoup plus pour moi que je ne vis pour lui » .Grand Officier de la Légion d'honneur et Commandeur de l'Ordre du Mérite de la République fédérale d'Allemagne, Antoine Veil est décédé en avril 2013.

L’hommage de la nation

Simone Veil avec Jacques Chirac, lors de son entrée à l'Académie Française.Foto: Reuters/Charles Platiau

Vendredi et samedi, les cercueils de Simone et Antoine Veil avaient été exposés dans la crypte du Mémorial de la Shoah à Paris – mémorial dont Simone Veil était l’un des membres fondateur avant d’en être, de 2001 à 2007, la présidente. Pour la journée d’intronisation de dimanche, l'Elysée et le Centre des monuments nationaux ont mis en scène une cérémonie solennelle forte en symboles. Depuis un an, partout en France, un grand travail a été fourni sur la mémoire de Simone Veil, notamment dans les classes mais aussi à l'occasion d'inaugurations de rues ou de places à son nom, notamment à Paris où la station de métro Europe et la place de l’Europe, dans le 17e arrondissement, ont été rebaptisées du nom de la grande dame.

À (ré)écouter : L'hommage national à Simone Veil (juillet 2017)

L'hommage à Simone Veil au Mémorial de la Shoah 01/07/2018 - par Laurence Théault Écouter

Ce dimanche matin, le cortège funèbre a traversé la Seine et le Quartier latin, puis les cercueils ont remonté la rue Soufflot jusqu'au Panthéon sur une moquette bleue, « couleur de la paix, de l'ONU et bien sûr de l'Europe », a précisé l'Elysée. La cérémonie du Panthéon en elle-même a rassemblé un millier d'invités, dont les anciens présidents Nicolas Sarkozy et François Hollande ainsi que les membres du gouvernement et de nombreux élus. L'Elysée avait annoncé dès vendredi 29 juin que le président en exercice Emmanuel Macron prononcerait un discours sur « cette figure contemporaine qui a mené ses combats avec un temps d'avance » et n'a cessé d'agir « dans un esprit de réconciliation ».

La famille entre honneur et déchirement

Les portrait de Simone Veil et son mari Antoine Veil au Panthéon, à Paris.REUTERS/Benoit Tessier

L'entrée de sa mère au Panthéon est « un immense honneur », a reconnu Pierre-François Veil, son second fils encore vivant, à Madame Figaro. Mais c'est aussi «  un second arrachement » parce que « nous devons désormais partager notre mère » et que « le Panthéon et sa crypte n'incitent guère à la conversation intime ». A l'Elysée, on s’est dit conscient que, pour leurs descendants, « l'annonce de la panthéonisation a rendu leur deuil impossible », avec « l'étrange déchirement entre la fierté de voir leurs parents entrer au Panthéon et une forme de douleur de les voir exhumés, transférés, réinhumés... ».

L’an dernier, lors de l'hommage national aux Invalides, Emmanuel Macron avait déjà salué les « combats du siècle » dernier menés par Simone Veil. Notamment sa « bataille pour que cessent les conditions sordides et meurtrières dans lesquelles se déroulaient les avortements » lorsque, ministre de la Santé de Valéry Giscard d'Estaing, elle avait porté en 1974 la loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG). La cérémonie de dimanche a commencé comme prévu à 11H00 précises (9H00TU) au son d’un violoncelle sur le parvis du Panthéon et sous le chaud soleil de ce début de juillet.

Portés chacun par six gardes républicains, les deux cercueils de Simone et Antoine Veil sont arrivés sur le tapis bleu couleur Europe. Ensuite, un texte témoignage préenregistré de Simone Veil a été diffusé dans les hauts-parleurs, texte dans lequel elle a parlé de ses parents morts en déportation. Puis les porteurs des cercueils se sont avancés le long de la rue Soufflot, accompagnés d'applaudissements pleins de retenue des spectateurs massés de part et d'autre de l'artère qui mène à la place du Panthéon.

« Merci Simone »

Les deux cercueils place Edmond Rostand avant leur arrivée rue Soufflot.REUTERS/Pascal Rossignol

Sur le parcours, plusieurs femmes portaient des t-shirts barrés d'un « Merci Simone ». « Elle a brisé tous les plafonds de verre, celui de la place des femmes dans la société, mais aussi celui de l'extermination des juifs: c'était un tabou qu'elle a brisé », a expliqué à l'Agence France-Presse Bernard Greensfeld, un badaud, devant le Mémorial. « Elle n'entre pas au Panthéon en tant que victime de la Shoah, mais comme quelqu'un qui a vaincu cette horreur. Et c'est pour ça qu'elle est dans le cœur des gens », a-t-il encore estimé.« Simone Veil est d'abord pour moi l'héroïne du XXe siècle », avait pour sa part déclaré l'ancien président de la République Nicolas Sarkozy au Journal Du Dimanche. « Elle ne cédait pas sur ses valeurs. Elle pouvait tolérer des désaccords, mais elle ne supportait ni la lâcheté, ni l'hypocrisie, ni le mensonge ».

Seulement la cinquième femme au Panthéon

Pendant le discours d'Emmanuel Macron sur le parvis.Ludovic Marin/Pool via Reuters

Le président Emmanuel Macron a prononcé un discours de 25 mn durant lequel il a rendu hommage aux combats de Simone Veil. « La France aimait Simone Veil » a-t-il appuyé. Il a rappelé que la décision de la transférer avec son mari au Panthéon « ne fut pas seulement la (sienne), ce ne fut pas non plus celle de sa famille qui cependant y consentit, cette décision fut celle de tous les Français ».

« C'est intensément, tacitement, ce que toutes les Françaises et tous les Français souhaitaient (...) Avec Simone Veil, entrent ici ces femmes qui ont fait la France sans que la Nation leur offre la reconnaissance et la liberté qui leur était due », a ajouté le chef de l'État. Il a également rendu hommage à Yvonne Jacob, née Steinmetz, la mère tant aimée de Simone Veil, morte du typhus quelques jours avant la libération du camp où elle avait été déportée. Puis à Antoine Veil « son chevalier servant », ce « haut fonctionnaire doué pour la vie ».

Je suis une enfant de la guerre, j'ai vécu l'antisémitisme
Jeanine Rekzanec, une dame âgée venu assister à la cérémonie 01/07/2018 - par María Carolina Piña Écouter

À l’issue du discours, La Marseillaise interprétée par la chanteuse lyrique Barbara Hendricks accompagnée par le chœur de l’Armée française a retentit sur le parvis. Puis a été observée une minute de silence durant laquelle a été diffusé le son du « silence » du camp d’Auschwitz Birkenau, où a été internée Simone Veil, moment enregistré sur place en Pologne, le 17 juin dernier à l'aube, par le réalisateur David Teboul. Les deux cercueils recouverts du drapeau français sont entrés par le portail monumental du Panthéon en présence du président et de son épouse Brigitte, des deux fils encore vivants du couple Veil et de leurs descendants, au son d'un solo de violoncelle de la suite numéro 5 de Jean Sébastien Bach. Cette entrée a été applaudie par le millier d'invités et les nombreux anonymes qui avaient suivi la cérémonie autour du Panthéon.

Qu'il n'y ait aucune femme au Panthéon, c'est nier ce que dans le passé les femmes ont apporté à la patrie
Réécoutez l'Édition spéciale de dimanche diffusée sur RFI 01/07/2018 - par RFI Écouter

Simone Veil reposera à partir de lundi avec son époux dans le sixième caveau de la crypte aux côtés de Jean Moulin, André Malraux, René Cassin et Jean Monnet, « quatre grands personnages de notre Histoire », qui « furent comme elle des maîtres d'espérance », selon Emmanuel Macron. Avec elle, c'est aussi le martyr juif de la Seconde Guerre mondiale qui fait, pour la première fois, son entrée sous la coupole du monument. Simone Veil est par ailleus seulement la cinquième femme à être inhumée au Panthéon après Simone Berthelot, Marie Curie, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Germaine Tillon. Le monument sera exceptionnellement ouvert gratuitement au public jusqu'au 8 juillet.

Simone Veil en 13 dates
  • 13 juillet 1927: naissance à Nice (Alpes-Maritimes) de Simone Jacob, benjamine d'une famille de quatre enfants.
  • mars 1944: déportée à Auschwitz avec sa soeur Madeleine (Milou) et sa mère. Cette dernière y mourra. Les trois soeurs Jacob retrouveront la liberté en 1945.
  • 1946: mariage avec Antoine Veil, futur inspecteur des finances.
  • 1970: première femme à devenir secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature (CSM).
  • 1974-1978: ministre de la Santé (gouvernements Chirac et Barre).
  • 17 janvier 1975: promulgation de la «loi Veil» autorisant l'avortement en France, après des débats houleux
  • 1979-1982: présidente du Parlement européen.
  • 1993-1995: ministre d'Etat, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville (gouvernement Balladur)
  • 1998-2007: membre du Conseil constitutionnel.
  • 2000-2007: présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah. Elle en restera présidente d'honneur
  • 2008: élue à l'Académie française.
  • avril 2013: mort de son mari, Antoine.
  • 30 juin 2017: décès.
  • François Guillot/AFP
France: un braqueur récidiviste s'évade par hélicoptère d'une prison

Redoine Faïd, un braqueur récidiviste, s'est évadé ce dimanche 1er juillet au matin par hélicoptère de la prison de la région parisienne où il était incarcéré.

L'opération « de quelques minutes » n'a fait ni blessé ni otage, selon l'administration pénitentiaire.

Redoine Faïd était incarcéré à la maison centrale de Réau (région parisienne). Lors de son évasion, il a bénéficié de l'aide d'hommes « lourdement armés », a-t-on précisé de source proche de l'enquête. Redoine Faïd s'était déjà évadé de la prison de Lille-Séquedin (nord de la France) en 2013.

De source proche du dossier, on précise que l'évasion s'est faite « par hélicoptère, avec trois complices ». « L'hélicoptère a été retrouvé » à Gonesse, à une soixantaine de kilomètres de la prison, et « un dispositif de recherche a été activé dans toute l'île-de-France », a-t-on ajouté. Selon une source policière, l'hélicoptère, qui a été retrouvé brûlé, serait parti du Bourget, au nord de Paris.

Selon Nicole Belloubet, ministre de la Justice, les complices « avaient sans doute repéré les lieux par le biais de drones ». La police judiciaire a été saisie et « tous les moyens sont mobilisés pour localiser le fugitif », indique une source au ministère français de l'Intérieur. Les unités territoriales de la police et de la gendarmerie « ont été immédiatement alertées » et « des dispositifs coordonnées de contrôle et d'interception sont mis en place, qui tiennent compte de la dangerosité du fugitif et de ses possibles complices ».

Croquis d'audience qui montre Redoine Faïd devant la cour d'assises de Paris, le 2 mars 2016.BENOIT PEYRUCQ / AFP

Sa spécialité : l’évasion

La spécialité de Redoine Faïd c'est l'évasion. Durant l'évasion de la maison d'arrêt de Lille-Sequedin en 2013, il fait sauter cinq portes à l'explosif et prend quatre surveillants en otage. Après un mois et demi de cavale, il avait été rattrapé par la police dans un hôtel de la banlieue parisienne.

Son inspiration, Redoine Faïd l'a trouvé dans le cinéma. Il est notamment un grand fan du film Heat du réalisateur américain Michael Mann. Un film de 1995 dans lequel un policier incarné par Al Pacino pourchasse un braqueur à l'explosif.

Dans un livre qu'il a publié en 2010 et qui est intitulé Braqueur : des cités au grand banditisme, il confie qu'il a vu le film des dizaines de fois. C'est cela qui l'a poussé à se spécialiser dans le braquage de fourgons blindés de transport de fonds.

L'homme de 46 ans a été condamné en appel en avril à 25 ans de prison. Il avait organisé un braquage raté en région parisienne qui avait causé la mort en 2010 d'Aurélie Fouquet, une policière municipale.

« Un commando très bien renseigné »

Martial Delabroye est le secrétaire du syndicat Force ouvrière de la prison de Réau. Il est arrivé trente minutes après l'évasion de Redoine Faïd et de ses complices. Ses collègues lui ont parlé d'un commando « très bien renseigné, organisé et déterminé » : « Un hélicoptère s’est posé dans la cour d’honneur de l’établissement. C’est le seul endroit où il n’y a pas de filet antiaérien parce que à cet endroit-là, normalement il n’y a aucun détenu. Des individus lourdement armés de fusils d’assaut et de kalachnikovs sont descendus de l’hélicoptère, deux ou trois individus cagoulés. »

Quand ces individus sont descendus de l’hélicoptère, poursuit Martial Delabroye, ils ont « craqué des fumigènes de part et d’autre de la cour. Je pense que c’était pour créer un mouvement de panique. Ils ont disqué la première porte qui menait au parloir côté famille. Une fois arrivés au parloir, ils ont disqué les grilles palières pour accéder jusqu’au parloir de Redoine Faïd. Arrivés devant la porte du parloir, ils ont ouvert la porte, toujours à l’aide de la disqueuse, et l’ont fait sortir et l’ont extrait via l’hélicoptère. »

Une défaillance ?

La ministre française de la Justice a reconnu lundi sur Europe 1 qu'il y avait « peut-être » eu une défaillance à la prison d'où s'est évadé dimanche par hélicoptère le braqueur récidiviste Redoine Faïd, toujours en fuite. « J'ai demandé à ce qu'une mission d'inspection générale de la justice se rende sur place dès aujourd'hui et puisse voir comment les mesures de sécurité auraient été le cas échéant défaillantes pour que nous puissions y remédier », a encore déclaré la ministre.

Thomas SAMSON / AFP

Sommet de l'UE: accord au bout de la nuit sur les questions migratoires

A Bruxelles, les vingt-huit dirigeants de l'Union européenne ont trouvé un accord sur la question migratoire, vendredi 29 juin au petit matin, lors d'un sommet tendu, alors que les Italiens menaçaient de faire capoter la réunion faute d'engagements précis de ses partenaires européens concernant l'accueil des migrants.

« Les Vingt-Huit se sont accordés sur les conclusions du sommet, y compris la migration », a annoncé sur Twitter le président du Conseil européen, Donald Tusk, à 4h30 (2h30 TU), après des tractations marathon entamées la veille en début de soirée. Les détails de cet accord n'ont pas été précisés dans l'immédiat. « C'est la coopération européenne qui l'a emporté », s'est aussitôt félicité le président français Emmanuel Macron devant la presse, jugeant que « la solidarité que nous devons aux pays de première entrée a été actée ».

C'est « un très bon compromis », s'est réjoui de son côté le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki. « Il y a des déclarations sur des relocalisations (la répartition de demandeurs d'asile, NDLR) sur une base volontaire et elles sont basées sur le consensus », a-t-il ajouté. Le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte s'est félicité d'un accord qui prévoit « une approche intégrée, comme nous l'avions demandé » avec « une Europe plus responsable et plus solidaire ». « C'était une longue négociation » mais « nous sommes satisfaits », a-t-il affirmé devant les journalistes.

Le président français Emmanuel Macron en discussion avec le président du Conseil, Donald Tusk. «L'Europe aura encore à vivre longtemps avec des pressions migratoires qui viendront de pays en crise, de pays pauvres», a souligné le président français.REUTERS/Francois Lenoir

« Qui arrive en Italie, arrive en Europe »

Parmi les points de satisfaction pour l'Italie, M. Conte a cité « le principe selon lequel qui arrive en Italie, arrive en Europe », « la possibilité de créer des plateformes de débarquement dans les pays tiers, sous l'autorité du Haut Commissariat aux réfugiés des Nations unies (HCR) » et celle de « créer des centres (d'accueil) dans les Etats européens mais seulement sur une base volontaire, avec une gestion collective européenne ». De plus, le compromis « pose comme principe que tous les bateaux doivent respecter les lois, donc aussi les ONG, et ne pas interférer avec les opérations des garde-côtes libyens », a-t-il encore approuvé. Cette formulation répond aux critiques de Rome contre les ONG qui secourent des migrants près des côtes libyennes, comme l'ONG allemande qui opère le navire Lifeline, que l'Italie accuse de faire le jeu des passeurs.

Angela Merkel défiée par la CSU

Le sommet a également lieu sur fond de fragilité inédite de la chancelière allemande Angela Merkel, dont l'autorité est défiée sur la question migratoire par ses alliés de la CSU, l'aile droite de sa coalition. Son ministre de l'Intérieur menace de refouler aux frontières les migrants déjà enregistrés ailleurs, de manière unilatérale, faute de mesures européennes contre les déplacements de migrants dans l'UE, appelés « mouvements secondaires ». « L'Europe a beaucoup de défis mais celui lié à la question migratoire pourrait décider du destin de l'UE », a prévenu jeudi Mme Merkel, appelant à des solutions « multilatérales » et non « unilatérales ».

Si les dirigeants européens ne se mettent pas d'accord, ils vont fournir « un nombre croissant d'arguments » à des mouvements populistes, avait auparavant prévenu le président du Conseil européen, Donald Tusk. Et ce, même si les arrivées sur les côtes européennes ont chuté de manière spectaculaire comparé au pic enregistré à l'automne 2015.

Pays européens « volontaires »

Les propositions franco-italiennes qui ont alimenté les débats entre dirigeants européens portaient notamment sur la création de « centres contrôlés » dans des pays européens « volontaires », où seraient débarqués les migrants arrivant dans les eaux européennes. Les migrants éligibles à l'asile pourraient être répartis depuis ces lieux dans d'autres pays européens, eux-aussi volontaires, répondant ainsi au souhait italien d'une « responsabilité partagée » pour tous les migrants arrivant en Europe.

Une source gouvernementale italienne a salué la « contribution importante » de M. Macron, tout en relevant que quelques pays s'étaient opposés « avec force » à ces propositions, en laissant entendre qu'il s'agissait notamment de la Hongrie. « Ce qui est arrivé avec l'Aquarius est intéressant », a fait valoir cette même source en référence à ce navire avec 630 migrants à son bord, à qui l'Italie et Malte avaient refusé l'accostage début juin. « A son arrivée en Espagne, il y a eu un partage entre pays européens » de l'accueil des passagers, a observé cette source. Quant au Lifeline, un autre bateau humanitaire que Rome refusait d'accueillir, il a lui pu accoster mercredi à Malte après des jours d'incertitude.

Des centres hors de l'Union ?

Pour réduire au maximum le nombre de bateaux arrivant dans les eaux européennes, le président du Conseil européen Donald Tusk a de son côté proposé aux dirigeants des pays de l'UE de réfléchir à des « plateformes de débarquement hors de l'Europe » pour les migrants secourus en mer, qui « mettrait fin au modèle économique des passeurs ». Débarquer les migrants hors de l'UE épargnerait aux Européens de se quereller pour la prise en charge de navires. Mais les contours du projet restent encore très flous, et il suscite de nombreuses questions sur sa compatibilité avec le droit international.

Le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, a déjà fait savoir jeudi que son pays rejetait l'idée de tels centres d'accueil hos de l'Union européenne. Ce sommet du 28 juin devait initialement permettre de débloquer la réforme du régime d'asile européen, enlisée depuis deux ans. Mais cet objectif a été abandonné, les divergences étant trop fortes sur la réforme du Règlement de Dublin, qui confie aux pays de première entrée dans l'UE la responsabilité des demandes d'asile. La Commission propose de déroger à ce principe en période de crise, avec une répartition des demandeurs d'asile depuis leur lieu d'arrivée. Mais des pays comme la Hongrie et la Pologne, soutenus par l'Autriche, s'y opposent frontalement. L'Italie demande de son côté un système permanent de répartition, et l'abandon pur et simple du principe de la responsabilité du pays d'arrivée.

(avec AFP)

logotwitterFacebook