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Expulsions à Notre-Dame-des-Landes: manifestations de soutien aux zadistes

L’opération des forces de l'ordre à Notre-Dame-des-Landes (ouest de la France) se poursuit ce mardi 10 avril. La mission des 2 500 gendarmes mobilisés est d’expulser les occupants illégaux de la Zad (Zone à défendre). Sept personnes ont été interpellées lundi, et près de dix lieux évacués. Les zadistes pourraient compter sur de nouveaux renforts sur place. Dans l'Ouest, mais aussi à Paris, Lyon et Marseille, des rassemblements de soutien ont eu lieu dans la soirée. A Nantes, la manifestation a rassemblé près de 1 200 personnes, selon la police.

« Inexpulzad » ou encore « La terre à ceux qui en prennent soin », proclament des pancartes brandies par des manifestants très remontés dans les rues de Nantes. Pas de heurts avec les CRS, mais sur les visages, beaucoup de tristesse après les premières expulsions de zadistes, rapporte notre envoyé spécial sur place, Alexis Bédu. L'évacuation de la Ferme des « 100 noms », lieu de vie emblématique de la Zad, a particulièrement choqué ce jeune manifestant.

« L’expulsion de la ferme des "100 noms" est symptomatique du fait qu’on ne peut absolument pas faire confiance à l’Etat et en particulier à l’Etat macroniste puisque derrière la communication millimétrée et les grands sourires, la parole de la préfète c’était qu’évidemment les projets agricoles ne seraient pas attaqués et ils les ont attaqués avec une force totalement délirante. C’est un gouvernement qui passe son temps à parler de dialogue et à planter le couteau dans le dos des gens. Donc il faut évidemment ne plus écouter ce qui dit ce gouvernement », dit-il.

Henri, lui, estime que malgré l'abandon de l'aéroport, rien n'est encore décidé pour ce territoire. Il est prêt à aller sur place pour le défendre : « Il y a eu tellement de malversations et de mensonges dans cette histoire. Est qu’on devrait croire les gens parce qu’ils se sont engagés à ne pas le faire cet aéroport. Rien n’a encore été fait sur ce territoire, donc il est encore bon à être protégé et surtout par les gens qui ont mené cette lutte et qui sont en fait les héros de l’histoire. »

La pluie et quelques jets de gaz lacrymogènes des CRS ont mis fin à ce rassemblement. Il y en aura d'autres si les expulsions se poursuivent.

Opération massive d’expulsions et heurts

Les forces de l'ordre ont déclenché lundi à l'aube dans la Zad de Notre-Dame-des-Landes une opération massive d'expulsions d'occupants illégaux, qui a donné lieu à des affrontements, près de trois mois après l'abandon d'un projet d'aéroport.

L'opération de grande ampleur entamée vise à expulser toute personne n'ayant pas régularisé sa situation en déclarant de nouveaux projets agricoles individuels. La quasi-totalité des quelque 250 zadistes ne l'ont pas fait, préférant une gestion collective du territoire et la possibilité de réaliser des projets non agricoles.

Des affrontements ont éclaté une demi-heure après le début de l'opération entre zadistes et gendarmes. Une dizaine de tracteurs barraient la route, ainsi que des meules de foin et des poteaux électriques. En milieu de matinée, des engins de chantier sont arrivés. Un mirador et un chapiteau ont été détruits par deux pelleteuses.

Un peu plus tard, c'est le squat des « 100 noms » dont les habitants ont été expulsés. Un lieu de vie qui « portait un vrai projet agricole, un projet solide et pérenne », déplore L'Acipa, la principale association d'opposants à l'ex-projet d'aéroport, parlant de « ligne rouge franchie ».

Les gendarmes ont dû déloger plusieurs dizaines de personnes présentes pour s'opposer pacifiquement à la destruction du lieu. « Les " 100 noms " n'ont pas déposé de projet agricole », a déclaré la préfète, assurant aussi que seules les installations précaires seraient détruites et « rien qui soit en dur ».

« Au moins neuf lieux de vie collectifs ont péri, avec leurs divers habitats particuliers brisés, leurs ateliers en miettes, leurs jardins piétinés », a indiqué le mouvement d’occupation.

Selon un bilan du ministère français de l'Intérieur, 13 squats ont été démantelés et dix personnes expulsées. Sept personnes ont été interpellées et placées en garde à vue. Un gendarme a été légèrement blessé.

La journée s’est terminée par des tirs de grenades de gaz lacrymogène de la police après de longues heures de résistance des zadistes. Des opposants qui entendent « empêcher » les forces de l'ordre de poursuivre leur intervention et de « s'enraciner » sur les lieux. Ils appellent « tous ceux qui le peuvent à se rendre sur place dès l'aube » mardi « pour leur faire obstacle ».

Rfi

France: Macron s'adresse aux catholiques et fait se lever la gauche

Invité par Conférence des évêques de France, lundi 9 avril 2018 au collège des Bernardins, Emmanuel Macron, dans un discours inédit, s'est livré à une longue réflexion sur la place de l’Eglise catholique au sein de la société, l'appelant à exprimer sa voix. Le chef de l'Etat a salué l'engagement des catholiques, qui a « fortifié la France ». Quitte à prêter le flanc sur sa conception de la laïcité.

Porté par la beauté des lieux de l’ancien couvent cistercien, le président Macron s’est livré à un exercice dans lequel il excelle, à la croisée du politique et de la philosophie, rythmé par des envolées lyriques mettant en avant son goût prononcé pour les questions métaphysiques et une solide culture humaniste d’inspiration chrétienne.

La question du sens, du bien commun, de l'aspiration de l'individu à la transcendance, une laïcité qui a pour fonction d’assurer la liberté religieuse et de conscience mais pas de déraciner la part sacrée qui peut nourrir le citoyen, c’est cette ligne étroite d’une laïcité refondée qu'a tenue pendant près d'une petite heure le chef de l'Etat français.

« Je suis, comme chef de l'Etat, garant de la liberté de croire et de ne pas croire. Mais je ne suis ni l'inventeur, ni le promoteur d'une religion d'Etat substituant à la transcendance divine un crédo républicain. » Et d'aller jusqu'à exprimer ce souhait : « Le lien entre l'Eglise et l'Etat s'est abîmé, il vous importe à vous comme à moi de le réparer. »

« Ce à quoi je veux vous appeler ce soir, c'est à vous engager politiquement »

En répondant à l'invitation de la Conférence des évêques et en s'exprimant ainsi au collège des Bernardins lundi soir, Emmanuel Macron a envoyé un message aux catholiques, notamment à l'évocation du sacrifice du gendarme Arnaud Beltrame. Il s'agissait même d'un long développement sur l'importance de la foi et sur leur engagement dans la société.

« Je sais que l'on a débattu, comme du sexe des anges, des racines chrétiennes de l'Europe, et que cette dénomination a été écartée par les parlementaires européens. Mais après tout, l'évidence historique se passe parfois de symboles. Et surtout, ce ne sont pas les racines qui nous importent, car elles peuvent aussi bien être mortes », estime le président.

« Ce qui importe, a-t-il poursuivi, c'est la sève. Et je suis convaincu que la sève catholique doit contribuer encore et toujours à faire vivre notre nation. » Le chef de l'Etat l'a répété plusieurs fois comment : « Ce à quoi je veux vous appeler ce soir, c'est à vous engager politiquement. » Un discours en rupture par rapport à son prédécesseur.

« Certains pourront considérer que de tels propos sont en infraction avec la laïcité »

Faisant l’éloge de « la part catholique de la France », Emmanuel Macron appelle l’Eglise à faire entendre sa voix sur des sujets où elle peut apparaître à contretemps. Il est allé jusqu'à toucher des sujets très polémiques, comme les questions de bioéthique, ou l’accueil des migrants, sur lequel le pape a développé une position très ouverte.

Emmanuel Macron est venu ouvrir une ère nouvelle entre l’Etat et l’Eglise, prenant tout de même clairement le risque d’ouvrir un nouveau front. Le chef de l'Etat s'est d'ailleurs interrogé en plein discours : « Certains pourront considérer que de tels propos sont en infraction avec la laïcité. Mais après tout, reconnaître les uns, ce n'est pas diminuer les autres. »

De fait, ses propos ont provoqué une levée de boucliers de la gauche, qui a dénoncé une mise en cause de la loi de 1905 sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, mais aussi le dirigeant du mouvement La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, et celui de la formation Génération.s, Benoît Hamon, ont réagi via le réseau Twitter.

« Cette voix de l'Eglise, nous savons au fond vous et moi qu'elle ne peut être injonctive »

« Macron en plein délire métaphysique. On attend un président, on entend un sous-curé », a lancé Jean-Luc Mélenchon, alors que le socialiste Emmanuel Maurel l'a trouvé « plus chanoine de Latran que président de la République laïque ». Même Manuel Valls, qui s'est pourtant rapproché du parti présidentiel, a jugé bon de rappeler que « la laïcité, c'est la France et qu'elle n'a qu'un fondement, la loi de 1905 ».

De son côté, Benoît Hamon a posé la question de savoir si le lien « abimé » devait être « réparé lors de la révision des lois bioéthiques » au sujet de la procréation médicalement assistée (PMA). Mais concernant les sujets politiques délicats sur lesquels les catholiques ont des revendications, Emmanuel Macron n'avait finalement pas fait de concessions.

Concernant les migrants, il a réaffirmé le fondement de sa politique : un « humanisme réaliste ». Une manière d'adresser une fin de non recevoir à ceux qui demandent plus d'humanité dans l'accueil. Et sur la bioéthique, s'il a affirmé qu'il entendait l'Eglise sur les questions de filiation, « cette voix de l'Eglise, nous savons au fond vous et moi qu'elle ne peut être injonctive », a-t-il lancé.

RFI

Lendemain de polémiques pour Emmanuel Macron après la Conférence des évêques

Les propos d'Emmanuel Macron devant la conférence des évêques de France font polémique. A l'Assemblée nationale, l'opposition de gauche dénonce une atteinte à la laïcité. La droite parle elle de  chasse aux électeurs catholiques.

Les élus de La France insoumise se disent sidérés. Ils ont attaqué dès lundi soir Emmanuel Macron, l’accusant de mettre en danger la loi de 1905 sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Le député Eric Coquerel est inquiet :« Vous connaissez son côté monarque. Maintenant, il se prend pour le pape. Ça fait un peu beaucoup. Et là, le chef de l’Etat, à mon avis, met le doigt dans un engrenage qui est vraiment problématique ».

C’est une pente dangereuse aussi aux yeux du député socialiste François Pupponi : « Que le président de la République parle de 'liens abîmés' entre l’Etat et la religion catholique, c’est tout simplement sidérant depuis la loi de 1905. Les relations n’ont pas été abîmées, les liens ont été rompus ».

La droite, au contraire, salue les propos du chef de l’Etat. Philippe Gosselin ne voit aucune raison de polémiquer, même s’il s’amuse de l’attitude du président Macron :« Il dit et il réaffirme que les religions ont des choses à dire. C’est assez amusant de voir comment Jupiter s’estime peut-être au-dessus de Dieu, en distribuant les bons et les mauvais points. C’est le décalogue, peut-être, ou le droit canon à la mode élyséenne. Ça ne manque pas de sel ».

Pour le député Les Républicains, l’opération séduction d’Emmanuel Macron auprès des évêques français est aussi un moyen de gagner des points dans l’électorat catholique, en vue des prochaines élections européennes.

Marine Le Pen, de son côté, a estimé que le discours d'Emmanuel Macron visait à « anesthésier » les catholiques pour « changer » la loi de 1905 de séparation des cultes et de l'État. « Il s'agit, dans l'esprit du président de la République, d'anesthésier les catholiques pour pouvoir s'attaquer demain à la loi de 1905 », a déclaré sur RTL la présidente du Front national, qui se dit catholique mais refuse qu'on « touche » à la loi de 1905. « Tout cela vise en réalité à changer la loi de 1905 et je peux dire aux catholiques (que) ce ne sont pas eux qui seront les bénéficiaires de ce changement », a ajouté la finaliste de la dernière présidentielle.

RFI

Brésil: Lula accepte de se rendre à la justice

L'ex-président brésilien Luis Inacio Lula Da Silva, visé par un mandat de dépôt dans le cadre de sa condamnation à douze ans de prison, a annoncé ce samedi qu'il accepterait d'être écroué. « Je ne suis pas au-dessus des lois », a-t-il dit à ses partisans, réunis au siège du syndicat des métallurgistes, près de Sao Paulo, le berceau de sa carrière politique.

Avant d'admettre qu'il était temps de se rendre aux autorités, l'ex-président avait assisté à une messe en plein air organisée en hommage à son épouse décédée l’an dernier, rapporte notre correspondant à Sao Paulo, Martin Bernard. Lula a ensuite prononcé un discours improvisé pendant près d’une heure, un discours de tribun dans lequel il s'est dit « indigné ». Il affirme avoir été lynché par l’opinion publique, il répète qu’il n’y pas de preuve contre lui, et que la justice et le ministère public ont cédé à la pression des médias. Plusieurs journaux se réjouissent, dit-il, de voir la photo de Lula en prison.

« Je l’ai dit clairement avant au sujet du procès de l’appartement :  je suis la seule personne au monde à être condamné pour un appartement qui ne lui appartient pas. La police fédérale du « Lava Jato » quand elle a fait son investigation a menti en affirmant qu’il était à moi. Le Parquet lors de son accusation a aussi menti en réitérant qu’il était à moi. Et moi, j’ai pensé que le juge Moro allait éclaircir le problème, mais non, il a aussi menti en disant que l’appartement était à moi et m’a condamné à 9 ans de prison. C’est pour ça que je suis un citoyen indigné. Pendant mes 72 ans de vie, j’ai déjà fait beaucoup des choses, mais pas ça, je ne leur pardonne pas de m’avoir publiquement présenté dans la société comme un voleur. »

Un discours de combat, donc, mais Lula veut également préparer l’avenir. Il a lancé plusieurs slogans, comme « la mort d’un combattant n’arrête pas la révolution » en promettant de sortir la tête haute.

Lula a également indiqué que plus on l'attaquait, plus ses liens avec le peuple brésilien grandissaient. Quelques heures plus tôt, le Tribunal suprême brésilien avait rejeté une nouvelle requête déposée par ses avocats qui demandaient la suspension du mandat de dépôt. L'ex-président, au pouvoir de 2003 à 2011, a été condamné à douze ans de prison pour corruption. Un juge fédéral lui avait donné jusqu'à 20h00 GMT vendredi pour se présenter de lui-même à la police et se constituer prisonnier afin de commencer à purger sa peine.

RFI

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