International

Macron aux Etats-Unis: un peu de jardinage, avant d'aborder les dossiers chauds

Le président français a été reçu en grande pompe lundi 23 avril à Washington par Donald Trump au premier jour d'une visite d'Etat que la France et les Etats-Unis veulent riche en symboles et en démonstrations d'amitié en dépit des divergences persistantes sur l'Iran, le commerce et le climat. Dossiers qui ne seront abordés que ce mardi.

«Cette visite est très importante dans le contexte qui est le nôtre aujourd'hui, avec beaucoup d'incertitudes, beaucoup de troubles et parfois beaucoup de menaces », a souligné Emmanuel Macron à son arrivée à Washington, en début d'après-midi sur la base aérienne d'Andrews. « Nous avons les Etats-Unis comme la France une responsabilité toute particulière (...) nous sommes les garants du multilatéralisme contemporain et je crois que nous avons à travers ces échanges beaucoup de décisions à prendre et à préparer. »

Le déplacement présidentiel a commencé par un bain de foule au mémorial de Lincoln avant de se poursuivre à la Maison Blanche, en fin d'après-midi. Par une courte visite du Bureau ovale d'abord...

... Puis dans les jardins du lieu de pouvoir américain. Deux pelles dorées et un peu de terre remuée : Emmanuel Macron et Donald Trump ont endossé pour quelques secondes les habits de jardiniers pour planter un chêne offert par la France.

En tenue de soirée et accompagnés de leurs épouses, les deux présidents ont posé tout sourire devant les objectifs avant de « planter » ce chêne, d'1,30 mètre environ et issu du bois Belleau (Aisne) - lieu emblématique d'une bataille de 1918 des forces américaines contre les troupes allemandes.

Au-delà du symbole sur la « solidité de l'amitié franco-américaine », le chêne offert ce lundi est également un message adressé au président américain, selon l'entourage d'Emmanuel Macron, près d'un an après la décision de Donald Trump de quitter l'accord de Paris sur le climat.

→ RELIRE: Macron-Trump: une relation «spéciale»

Un prélude enchanté...

« La France est un pays vraiment spécial (...) c'est un grand honneur », a déclaré le président américain après avoir recouvert la jeune pousse. Des mots étaient recouverts par le bruit de l'hélicoptère présidentiel Marine One à bord duquel ils ont pris place pour rejoindre la résidence de Mount Vernon pour un dîner privé, après un survol de Washington.

Le circuit présidentiel s'est donc poursuivi dans la douceur de la résidence du premier président des Etats-Unis George Washington. Ce dîner privé en couple est un retour à celui offert par la présidence française à la tour Eiffel, en juillet 2017, deux mois après l'élection d'Emmanuel Macron.

« C’était vraiment fantastique, nous avons eu un très bon dîner », a simplement signalé le président américain en sortant de la demeure historique de Mount Vernon, à l'issue du repas. Les deux couples présidentiels se sont retrouvés avec l'intention manifeste d'afficher leur bonne entente.

...avant les discussions politiques

Ce mardi, l’accueil sera beaucoup plus protocolaire. Donald Trump et Emmanuel Macron se retrouveront une demi-heure en tête à tête dans le Bureau ovale, rapporte notre correspondante à Washington, Anne Corpet.

La question du maintien des Etats-Unis au sein de l’accord sur le nucléaire iranien sera abordée en priorité, mais il sera difficile de convaincre Donald Trump de ne pas prendre de nouvelles sanctions. « Le président pense que cela est un mauvais accord, il n’a certainement pas changé d’idée », a tranché la porte-parole de la Maison Blanche ce lundi après-midi.

Les deux hommes donneront ensuite une conférence de presse conjointe. Le soir aura lieu le premier dîner d’Etat de la présidence Trump. Le couvert est déjà mis : un superbe service en porcelaine dorée, et des tables parfumées de bouquets de pois de senteur. 130 couverts sont prévus, soit près de trois fois moins que les dîners des précédentes administrations.

Discours de Macron à Strasbourg: les eurodéputés très partagés

mmanuel Macron s'est exprimé mardi 17 avril devant les députés européens. L'exercice a duré près de trois heures. Le chef de l'Etat français a ensuite déjeuné avec le président du Parlement européen, de la Commission européenne et une trentaine de députés européens. Après le discours de la Sorbonne en septembre, le chef de l'Etat français est venu exposer sa vision pour la refondation de l'Europe devant un hémicycle bien rempli.

A la sortie de l'hémicycle, les avis sur la prestation d'Emmanuel Macron sont partagés. A droite, Nadine Morano, se dit déçue. « Je m’attendais avec ce jeune président très passionné et qui a de grandes qualités oratoires à ce qu’il puisse allier son sens de la parole avec des actes ambitieux. Ce n’est pas ce que j’ai trouvé », dit-elle.

Parmi les priorités d'Emmanuel Macron avant les Européennes de l'an prochain, la proposition de créer un programme européen pour financer les collectivités locales qui accueillent des réfugiés, la taxation des géants du numérique et la réforme de l'Union économique et monétaire.

Pour l'eurodéputé socialiste Emmanuel Maurel, il y a un manque d'ambition. « Il a été convenu avec des propositions très rares. Le rapport de force avec l’Allemagne nous est très défavorable et un président qui revoit ses ambitions à la baisse, c’est dommage », souligne-t-il.

Même son de cloche de la part de l'eurodéputé socialiste Guillaume Balas, qui estime que les projets sur la réforme de l'Union économique et monétaire d'Emmanuel Macron vont se heurter à ceux de l'Allemagne.

Le rapport de force avec l'Allemagne n'est peut-être pas si défavorable que ça, estime pour sa part l'eurodéputé Jean-Marie Cavada de l'Alliance des libéraux et des démocrates : « Les vrais sujets sont toujours sur la table. Oui, on a un ministre des Finances, oui, on a un budget, la chancellerie trouvera sans doute un moyen terme pour négocier, parce que n’oubliez pas que ce dit la CDU n’est qu’une jambe, si je puis dire droite,du gouvernement allemand qui a aussi une jambe gauche qui va compter dans la coalition. »

Avant le déplacement d'Emmanuel Macron à Berlin jeudi, le Parti social-démocrate allemand a rappelé à ses partenaires conservateurs de la coalition à soutenir les propositions de réforme de la zone euro.

France: le projet de loi asile et immigration divise les députés de la majorité

En France, l'Assemblée nationale a commencé lundi 16 avril à examiner le projet de loi asile et immigration. Un texte critiqué par les associations de défense des migrants, controversé jusque dans les rangs de la majorité. Malgré les réunions de conciliation organisées par Gérard Collomb, le ministre de l'Intérieur, et les discussions en commissions, une petite dizaine de députés En Marche ont déposé des amendements pour adoucir un projet qui à leurs yeux manque « d'humanité ».

« On ne fait jamais d'omelettes sans casser des oeufs, et s'il faut casser des oeufs, je le ferai ! » Voilà l'avertissement lancé la semaine dernière par Richard Ferrand à ses troupes. Le patron des députés La République en Marche veut garder la main sur son groupe pléthorique. Pas question d'avoir des voix discordantes. Le mot « exclusion » n'est pas prononcé, mais la menace est claire. Aurore Bergé, l'une des porte-parole du groupe, l'a redit ce mardi matin sur la chaine de radio Europe1.

« Les gens sont libres, mais s'ils veulent se mettre de fait à l'écart de la ligne qui est la nôtre, à l'écart de la ligne sur laquelle le président de la République a été élu, alors c'est à eux de prendre leurs responsabilités », a-t-elle déclaré.

Une trentaine d'amendements déposés

Si vous n'êtes pas avec nous, vous être contre nous. Une philosophie digne de la mafia. Gilles Legendre, un autre porte-parole En Marche, croit encore à la méthode douce. Il refuse de parler de sanctions. « Nous avons une grosse semaine de débat autour de ce texte avec de nombreuses journées et de nombreuses nuits, ça permettra à chacun de prendre ses responsabilités et franchement je pense qu'à l'arrivée, ce sujet n'en sera plus un », explique-t-il.

Malgré les pressions, le petit groupe de frondeurs a déposé une trentaine d'amendements, contre l'allongement de la durée de rétention par exemple.

Mais la plupart devraient s'abstenir lors du vote.

RFI

Macron dans une classe d'école pour faire la pédagogie de son action

Le président français a lancé sa grande opération communication de la semaine, ce jeudi 12 avril 2018 à Berd’huis. Dans une classe d'école de cette localité normande, Emmanuel Macron a répondu aux questions de Jean-Pierre Pernaut, en direct sur TF1, pendant une heure. Il était question de Syrie, d'éducation, d'impôts, d'emploi, mais aussi de la réforme en cours à la société des chemins de fer, la SNCF. Extraits.

C'est au sujet de l'actualité la plus brûlante que le chef de l'Etat s'est d'abord exprimé ce jeudi sur TF1. Il a promis qu'une décision serait prise en « temps voulu » pour riposter à la possible attaque chimique survenue samedi dernier à Douma, dans la Ghouta orientale. Emmanuel Macron a assuré que la France avait la preuve qu'une attaque avait eu lieu, et l'a clairement imputée au régime.

Le président français a plus tard été interrogé sur le rapport de la France avec l'islam et sur les radicalisations. « C'est un problème dans notre pays. Mais il ne faut pas confondre avec tous nos concitoyens qui croient dans l'islam », a-t-il lancé.

Et d'annoncer notamment une clarification des règles de fonctionnement et de financement de l'islam, notamment concernant l'argent venant de l'étranger.

Puis le chef de l'Etat a été invité à discuter de la grève en cours au sein de la SNCF. Emmanuel Macron a confirmé son intention d'aller jusqu'au bout sur l'ouverture à la concurrence, la réforme du statut de l'entreprise et celle du statut des cheminots à l'embauche. Il a aussi confirmé que l'Etat reprendrait la dette de la future entité, « progressivement » mais « pour partie ».

Autre sujet évoqué, les occupations sur le site de Notre-Dame-des-Landes, en Loire-Atlantique, où l'Etat a renoncé à construire un aéroport. Les forces de l'ordre sécurisaient jeudi les alentours de la ZAD, dans un calme inhabituel, afin de permettre le déblaiement de la trentaine de « squats » en cours de destruction depuis trois jours. Le président s'est montré sur ce sujet droit dans ses bottes.

Emmanuel Macron aura aussi eu l'opportunité de réexpliquer quel est le cap poursuivi dans les différentes réformes fiscales engagées au début de son mandat, rejettant notamment le quolibet de « président des riches », ou encore quelle est son ambition pour le système de soins français, qu'il a notamment promis de réorganiser et de doter en moyens supplémentaires dans les années à venir.

RFI

logotwitterFacebook