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Vie à Paris (France) : Le « stoïcisme » des immigrés. Malick Camara

Vie à Paris (France) : Le « stoïcisme » des immigrés. Malick Camara

Informer pour comprendre.


« Nous avons abordé la figure du stoïcisme et voici une variante. Ce n'est pas du stoïcisme c'est du suicide, il est préférable de vivre pauvre et digne que de subir toutes les humiliations du monde. Nous respectons le choix de chacun. » P B C


La France est un pays de rêve. Il faut y aller ! Y aller à tout prix, à la recherche d'une meilleure situation financière.


Hélas, pour beaucoup, tout n'est qu'illusion dans ce pays, véritable miroir aux alouettes.
Mal logés, sous employés ou simplement sans emploi, la plupart des immigrés en France, "souffrent et meurent sans parler".
Les premiers immigrés ayant bénéficié d'un titre de séjour ont pu avoir de modestes logements (2 à 3 pièces).
Ils sont généralement "naturalisés" et travaillent comme plongeurs (laveurs d'assiettes) ou techniciens de surface (balayeurs de rue).
Les autres vivent dans des foyers : foyer Soundiata, foyer de Montreuil, foyer de la commanderie, (foyer Rosny sous-bois) etc...
Les foyers ne sont autres que des bâtiments à étages construits spécialement pour les immigrés.
Dans ces bâtiments délabrés, crasseux et dont la couleur reste difficile à définir, ils vivent avec leurs familles dans des chambres qui ressemblent à des cellules de prison.


En effet, dans ces chambres préalablement affectées à une seule personne, les occupants dorment à même le sol.
Pire, nombre de couples et leurs enfants (7 à 8 personnes) dorment dans le même lit. Et, malgré leur étroitesse, ces chambres ne sont pas gratuites. Elles sont mensuellement payés entre 250 et 300 euros.


Dans les foyers, vivent principalement les noirs et les arabes.
Coupés du reste de la société, ils créent leur propre environnement.
Leur petit hall leur sert de "vestibule", un lieu de discussions, et de prières.


Ici, tout rappelle l'Afrique.


Les vieux, accoudés sur des nattes, écoutent autour du thé, la musique du pays.
Les marchands, installés devant l'entrée du bâtiment, vendent de la chique, du gombo, des colliers et des tissus africains.
Plusieurs autres vendent du maïs à la braise pour 1 euro (655 Fcfa) l'unité.
Selon ce jeune vendeur, "ça permet d'avoir de quoi manger et de rester sur place, afin d'échapper aux contrôles d'identité répétés des autorités (CRS).
En effet, les CRS ces "agents de poursuite" constituent de véritables bêtes noires pour les immigrés clandestins. Et pour cause, ils sont chargés de "pêcher" les clandos et de les remettre à la justice qui, à son tour se chargera de les expulser de la France de "nos ancêtres les Gaullois".
La crainte de contrôle a fait perdre à beaucoup de travailleurs leur emploi (également clandestin), car le "chef" ne tolère pas les absences et les retards.


L'exploitation de l'homme par l'homme


Les rémunérations des clandos qui ont la chance de travailler varient entre 300 et 400 euros. Des sommes d'argent qui paraissent colossales au Mali, mais en France, elles ne peuvent ni même servir à payer mensuellement une petite chambre. Surtout, quand on sait que les immigrés clandestins qui ont la chance de bénéficier mensuellement de 300 euros, doivent se nourrir, se vêtir, se rendre au travail, régler le foyer, les factures de téléphones, d'électricité et encore, épargner de l'argent pour les parents...


Mais, n'ayant pas le choix et ne pouvant guère se plaindre, à cause de leur situation irrégulière (absence de titre de séjour), les immigrés sont contraints d'accepter n'importe quelles conditions de travail.


Résignés, ils sont obligés de courber le dos pour survivre à "Bako", l'autre rive.


Quant aux dames immigrées, elles sont pour la plupart employées comme femmes de ménage dans les hôtels, les HLM (habitations à loyer modéré), ou font de la restauration dans les foyers des immigrés.


Là, elles vendent, (comme à Douertza) des plats de Sombaladji, de Tigadegué (maafe), de yassa, bref, des plats africains pour quelques... pièces de monnaie.
Par ailleurs, la France étant un pays de régime monogamique, les familles polygamiques africaines sont confrontées à divers problèmes.
La loi n'accorde le statut d'épouse légale qu'à la première femme, les autres (2è, 3è, 4è) n'existent pas. Elles ne peuvent à ce titre être considérées que comme des concubines.


Quand aux enfants, ils ont droit à l'instruction, quelle que soit la situation de leurs parents. Ils ne sont pas inquiétés dans leurs déplacements quotidiens.
Ce sont plutôt leurs parents qui ont la peur au ventre : peur d'être refoulé, peur de quitter le pays, miroir aux alouettes.
Ils se terrent alors dans leurs "abris" après le travail, pour n'en ressortir qu'en cas d'extrême besoin.
Ainsi, après des années de séjour, les lieux connus d'eux, se limitent à l'épicerie du coin ou à certains magasins.


Immigrés SDF


Le manque de confort des logements ou la recherche de l'abri ont poussé nombre d'immigrés à défoncer les portes des bâtiments en désuétude, ces vieux immeubles fermés par l'Etat français pour être démolis.
Les démolitions tardant à venir, les immigrés délogent rats et cafards pour prendre leurs places.
Malgré les coups de pinceaux, les murs restent lépreux et l'odeur de la moisissure persistante.


Ici, ils ne payent pas le loyer, seulement l'électricité et le téléphone, mais ; ils courent un grand danger, car ces immeubles peuvent s'effondrer à tout moment.
Ce ne sont là que quelques aspects des dures réalités que vivent en France, des milliers d'Africains appelés des "réfugiés économiques".
Sur la terre de "nos ancêtres, les Gaulois", ils ont rangé dans un coin du placard leur orgueil et leur dignité pour se vêtir du boubou de la résignation et de l'humiliation.

Malick Camara maliweb.net

Les migrants victimes d'un vaste trafic d'organes en Égypte -Par Sophie Anmuth avec Vinciane Jacquet (photos), l'express

 

La vie est un luxe rien ne vaut la vie. Arrêtez de trop miser sur vos enfants, les pesanteurs sopciales les envoient au suicide. Les Etats doivent jouer leurs rôles, former, éducquer, instruire et donner du travail. Pape CISSOKO

Les migrants victimes d'un vaste trafic d'organes en Égypte -Par Sophie Anmuth avec Vinciane Jacquet (photos), l'express

AFP PHOTO / ROBERTO SCHMIDT

Un rein, un bout de foie... Au Caire, un trafic lucratif s'est mis en place. Les réfugiés qui tentent de rejoindre l'Europe en sont les principales victimes.
Enquête. Dans les bas-fonds du Caire, les réfugiés qui rêvent de rejoindre l'Europe sont ciblés par les traficants. Les autorités n'arrivent pas à endiguer leur juteux marché.


Dans un appartement modeste de la grande périphérie du Caire, où il vit désormais, Wahib* rechigne à évoquer son histoire. Pour lui, le cauchemar a commencé il y a sept ans. Originaire du Soudan, il est alors fonctionnaire au ministère des Investissements, à Khartoum, la capitale. A son bureau, jour après jour, il découvre de multiples affaires de corruption. Devenu un témoin gênant, il est jeté en prison, où une connaissance lui propose un marché: Wahib sera muni de faux papiers et envoyé en Egypte s'il accepte de faire sortir trois femmes du pays avec lui, en avion. Il lui suffira de prétendre qu'elles sont ses épouses.


Vol d'organes pendant des opérations médicales


"Je n'avais pas le choix", explique Wahib. Il accepte et, quelques semaines plus tard, le voici au Caire. Libre, mais sans papiers. A peine arrivé, rongé par l'angoisse et pris de panique, il se plaint de maux de ventre et supplie son passeur de le transporter à l'hôpital: "D'examen en examen, j'ai reçu des explications auxquelles je n'ai rien compris. Ils ont fini par m'opérer." Quelques jours plus tard, il est abandonné dans un appartement miteux, d'où il est expulsé peu après.

Dans un bidonville du Caire, cette ville tentaculaire qu'il découvre, un compatriote lui apprend l'impensable :

"Tout le monde dans le quartier, sauf moi, savait ce qui s'était produit pendant l'opération... Ils m'avaient prélevé un rein." Des radiographies confirment la nouvelle.

Wahib, venu du Soudan, affirme s'être fait voler un rein pendant une opération médicale.


Vinciane Jaquet pour L'Express


Le problème est connu : depuis plusieurs années, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), l'Egypte est l'un des Etats le plus touchés au monde par le trafic d'organes, après la Chine, les Philippines et l'Inde. Mais l'enquête de L'Express jette une lumière crue sur cette pratique illégale. Située au carrefour du Maghreb, du Moyen-Orient, du Golfe et de l'Afrique subsaharienne, le pays attire des migrants de toutes ces régions, qui, seuls ou en famille, fuient la guerre ou la misère et rêvent d'une vie meilleure.


Depuis la fermeture de la route des Balkans, l'Egypte, au même titre que la Libye et le Maroc, est aussi devenue un point de départ privilégié vers l'Europe pour les candidats à l'exil. Il compterait 260000 réfugiés et plusieurs millions de migrants, selon le Haut Commissariat aux réfugiés. Nombre d'entre eux sont venus depuis le Soudan, l'Erythrée ou l'Ethiopie, et certains, comme les Ethiopiens et les Erythréens, ne parlent pas, ou peu, l'arabe. A la merci d'une expulsion, mal protégés par la police, victimes du racket, de violences racistes, de vols, et même de viols, beaucoup sont prêts à tout pour traverser la Méditerranée et gagner l'eldorado européen. Pour cela, toutes les idées sont bonnes. Même les plus radicales. Voilà pourquoi des milliers d'entre eux, chaque année, consentiraient à vendre un de leurs organes à des rabatteurs de laboratoires véreux, en quête de donneurs compatibles pour des patients en attente d'une greffe.
2000 dollars pour un rein


C'est le cas de Sameh, un Soudanais âgé de 37 ans, qui a fui la guerre dans le Darfour. Arrivé au Caire en juin 2015, il est accosté par un inconnu dans un café fréquenté par ses compatriotes. "L'homme prétendait travailler avec le Haut Commissariat aux réfugiés, se souvient Sameh. Il m'a proposé 10 000 dollars en échange d'un rein... C'est beaucoup d'argent, j'ai hésité. Puis j'ai dit oui. Mais à l'issue de l'opération, qui s'est plutôt bien passée, je n'ai reçu que 2000 dollars... et l'autorisation de rester dans un appartement pendant un mois de convalescence." Dans les semaines qui suivent, il s'obstine à réclamer le reste de la somme promise, mais un prétendu avocat parvient à le convaincre qu'il sera jeté en prison s'il parle...


D'autres récits affleurent, plus terribles encore. Nombre de "vendeurs" affirment avoir été enlevés et s'être fait voler un rein ou un bout de foie. C'est le cauchemar qu'a vécu Wahib, et celui auquel a échappé de justesse Nazih. Ce réfugié érythréen de 32 ans est parvenu, en 2011, à fuir la dictature d'Asmara avec sa femme et leurs quatre enfants.

Ensemble, ils se réfugient d'abord dans un camp au Soudan, puis s'en remettent à un passeur pour arriver au Caire, censé n'être qu'une étape sur la route vers la Méditerranée. Epuisés, Nazih et les siens abandonnent leur projet et s'établissent au Caire. Quelques mois après leur arrivée, pourtant, Nazih tombe dans un guet-apens tendu par son ancien passeur, un homme brutal, furieux de n'avoir pas récupéré la somme promise pour leur traversée en mer. "J'étais enfermé dans un appartement lorsque j'ai entendu des inconnus discuter du meilleur moyen d'organiser une opération afin de me prélever un rein, raconte Nazif. Ils espéraient toucher une commission. In extremis, je suis parvenu à m'enfuir..."

Il faut des années pour qu'une demande d'asile aboutisse, laissant les réfugiés sans ressources.


Certains réfugiés font même état de meurtres, pour prélever un coeur. Ces récits sont invérifiables, bien sûr, d'autant qu'une nouvelle loi, promulguée le 24 mai dernier par le président Abdel Fattah al-Sissi, a contraint la plupart des ONG étrangères à fermer leurs bureaux sur place.


Les recruteurs de vendeurs d'organes travaillent principalement au Caire, selon les représentants des communautés de migrants interrogés par L'Express. C'est là que se trouve la demande, avec des hôpitaux à la fois performants et peu regardants, qui accueillent de riches malades, souvent originaires du Golfe, prêts à payer le prix fort pour un organe sain. C'est là, aussi, que se trouve la plus grande partie de l'offre - les migrants et réfugiés qui attendent, souvent des années, le résultat de leur demande d'asile ou de relocalisation, mais aussi les Égyptiens les plus pauvres.

Le nord du Sinaï, lui aussi, a longtemps été un haut lieu de passage de la traite d'êtres humains; c'est moins le cas, depuis la fin de 2013, car la zone est devenue un lieu d'affrontements entre les djihadistes et l'armée égyptienne.


D'autres régions sont parfois évoquées comme des lieux de trafic d'organes, en particulier dans la presse anglo-saxonne.

Mais la plupart sont trop isolées et éloignées d'hôpitaux. Restent les routes de passage des migrants, comme le triangle à l'extrême sud-ouest de l'Egypte, dans le secteur montagneux et désertique à la frontière avec le Soudan et la Libye, à proximité du Tchad, ou encore la première étape libyenne sur cette route désertique bien connue, l'oasis de Koufra.


Un marché juteux


Rabatteurs, cliniques, chirurgiens : le marché est juteux.

Première étape, le malade à la recherche d'un nouveau rein verse environ 7000 euros à un hôpital ou à une clinique impliqué dans le trafic, selon Cofs (Coalition for Organ-Failure Solutions), une association spécialisée américano-égyptienne, dont les enquêteurs ont été chassés du Caire.

Dans un deuxième temps, l'établissement médical, qui garde la moitié de la somme, reverse l'autre à un laboratoire : à charge pour celui-ci, qui prélève au passage environ 1000 euros de commission, d'identifier un donneur compatible, grâce à un réseau d'intermédiaires, véritables courtiers spécialisés. Restent alors 2500 euros, que se partagent l'intermédiaire et le malheureux "vendeur" - un montant souvent trop faible pour permettre à ce dernier de vivre dans de bonnes conditions, d'autant qu'une personne porteuse d'un seul rein ne peut exercer un travail physiquement éprouvant. Au fil du temps, dans ce pays où 40 % de la population vit avec moins de 2 dollars par jour, un véritable marché s'est développé autour des organes du corps humain.


En principe, selon la loi égyptienne, la vente d'organes est interdite : seul le don à titre gracieux est autorisé. Mais de simples déclarations de bonne foi du demandeur et du donneur d'organe suffisent à établir les papiers demandés par le comité responsable des greffes au sein du ministère de la Santé. Souvent, aussi, quand le cas est trop suspect, l'hôpital ou la clinique "oublie" de le déclarer. "C'est un secret de Polichinelle", assurent les chirurgiens de l'hôpital universitaire de Mansourah, à 120 kilomètres de la capitale, des pionniers dans la transplantation du rein en Egypte, réputés pour leur déontologie impeccable. "La majorité des transplantations effectuées dans le pays utilisent des organes vendus", indiquent plusieurs d'entre eux, sous le couvert de l'anonymat. L'un de ces spécialistes, Mohamed Ghoneim, a fait des apparitions à la télévision égyptienne pour dénoncer l'ampleur du problème.

Des établissements publics seraient impliqués dans le trafic.
Vinciane Jacquet pour L'Express


Pour eux, l'explication est sociale et religieuse. Dans la plupart des pays, des organes sont prélevés sur les patients en état de mort cérébrale, avec l'accord des familles. En Egypte, cependant, la mort cérébrale n'est pas considérée comme une mort effective, et l'immense majorité des familles refuse le moindre prélèvement d'organes. En 2007, les enquêtes de plusieurs organisations égyptiennes et internationales ont entraîné une série d'arrestations et la fermeture de quelques hôpitaux incriminés. Mais ces établissements ont rouvert quelques mois plus tard, selon un représentant de Cofs. Une loi contre la traite d'êtres humains a bien été adoptée en 2010 au Parlement, mais nombre de médecins, selon nos sources, seraient hostiles à la criminalisation des ventes d'organes : si l'acheteur et le vendeur sont d'accord, estiment-ils, la justice ne devrait pas s'en mêler. Interrogés par L'Express, les ministères de l'Intérieur et de la Santé n'ont livré aucun commentaire.


Plusieurs coups de filet ont eu lieu au cours des derniers six mois, et ces opérations auraient permis de démanteler, selon les autorités égyptiennes, des réseaux de trafiquants. Les professeurs d'université et médecins arrêtés clament leur innocence. En attendant, ces jours-ci, au Caire, il est toujours courant de s'en remettre aux bons offices d'un laboratoire pour trouver un rein. Sans s'inquiéter de sa provenance.


https://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/

Chute du Prix du Pétrole : Une opportunité à mieux utiliser pour les pays importateurs-Moussa MARA-Ancien Premier Ministre du Mali


Chute du Prix du Pétrole : Une opportunité à mieux utiliser pour les pays importateurs


À Alger comme à Luanda, en passant par Abuja ou Pointe Noire, elle hante les nuits des dirigeants et inquiète fortement les populations qui, dans la foulée de leurs princes, avaient pris la mauvaise habitude de vivre presque exclusivement de la rente pétrolière, dans une certaine insouciance des lendemains. Elle, c'est la chute vertigineuse du prix du baril du pétrole et les perspectives moroses qui sont annoncées pour ce produit phare. Elle a plongé dans la crise financière de nombreux pays, prélude à une crise économique plus profonde et peut être, des difficultés sociales voire politiques dans certaines contrées. Cependant, conformément au vieil proverbe africain relatif à la mort du cabri de certains, profitant à la succulence de la sauce d'autres, tout le monde ne se lamente pas sur le sort du cours du brut, loin de là ! Les pays importateurs d'hydrocarbures qui suivent les prix de ce produit comme du lait sur le feu, sont grandement soulagés quand le cours du pétrole est clément.
Ces pays ont mis en place des dispositifs de gestion des prix des hydrocarbures utilisant l'ajustement de la fiscalité en fonction du cours pour assurer la stabilité des prix au détail. Ils régulent ainsi les prix à partir des taxes.

Quand les cours sont élevés, l'État réduit la fiscalité, préserve un peu les marges des fournisseurs et agit sur le prix à la pompe. Le même mécanisme fonctionne à la baisse, au bénéfice des taxes. La baisse continue des cours du pétrole a été une véritable aubaine pour leurs finances publiques. Des États n'ont pas répercuté la baisse sur les prix à la pompe, la fiscalité a été maintenue à un certain niveau et les ressources générées ont été significatives pour les trésors publics. Dans le contexte baissier des cours, les perspectives sont donc positives pour ces pays. Il se pose ainsi une question majeure pour eux : que faire de l'opportunité que constitue cette baisse structurelle des cours du pétrole ?

Faut-il simplement engranger des revenus supplémentaires et se contenter de les enregistrer parmi les recettes et couvrir des contre-performances éventuelles sur d'autres segments budgétaires ?

Faut-il les utiliser pour diminuer le déficit budgétaire et préserver quelques marges de manoeuvres pour le futur ? Faut-il faire autre chose ?


Il est indispensable au préalable que les décideurs publics de ces pays se penchent sur la question.

Autant les pays pétroliers, en proie à des difficultés, réfléchissent aux possibilités leur permettant de rebondir, autant les importateurs doivent analyser les opportunités actuelles tout en anticipant des retournements éventuels de conjoncture. Ils doivent considérer cette aubaine comme un facteur non prévu et non maitrisé et y accorder une attention majeure. Celle-ci conditionne l'adoption d'initiatives et de stratégies porteuses pour l'avenir à partager avec les populations. Dans cette optique, ils doivent mobiliser leurs outils d'anticipation et de suivi du marché et des grandes évolutions le concernant.


La première des postures à prendre rapidement est de veiller à ce que l'embellie sur le front de la fiscalité pétrolière ne masque pas les résultats insuffisants en matière de collecte des ressources intérieures, véritable talon d'Achille des pays africains (pression fiscale encore inférieure à 20% du PIB). Il faut que les autres recettes soient gérées avec un grand souci de performances et continuer à mettre la pression à ce niveau, avec pour objectif d'améliorer les ressources fiscales internes. Les reformes des administrations fiscales, la lutte contre la corruption, la modernisation et la simplification des procédures fiscales, l'amélioration des relations avec les contribuables, la mise en valeur de certains « gisements » fiscaux constituent des pistes qu'il faut continuer d'arpenter afin de réaliser les objectifs d'amélioration des performances fiscales des États.


La seconde posture est celle de la communication et du partenariat avec la société civile dans la gestion de ces ressources imprévues et non maitrisées. Il est souhaitable que les populations sachent comment fonctionne le dispositif de gestion des prix des hydrocarbures, son impact sur les prix sur le marché, ses effets stabilisateurs de prix.... La communication sera encore plus efficace si les décideurs associent les populations dans l'utilisation des ressources additionnelles dégagées, ce qui facilitera leurs tâches au moment d'adoption de mesures plus difficiles en cas de retournement de la conjoncture.
La posture suivante consistera à considérer ces revenus supplémentaires comme exceptionnels et de ce fait à les affecter vers le financement de dépenses d'investissement ou de dépenses opportunes ou porteuses d'avenir, au lieu de les laisser fondre parmi les recettes courantes destinées à couvrir des dépenses de fonctionnement. Les Gouvernements pourront, en rapport avec les populations, mettre en place un cadre partenarial pour suivre l'évolution de ces ressources, examiner les initiatives à conduire et les suivre. En la matière, plusieurs options s'offrent à elles.


La baisse substantielle du prix des carburants n'est pas à proprement parler une dépense publique mais constitue un manque à gagner dans la mesure où elle se fait au travers d'une baisse de la fiscalité. Le prix du carburant a un impact sur de nombreux autres facteurs économiques comme les transports ou encore l'énergie et donc sur les produits de consommation courante. Sa diminution significative (au moins 5%) donnera du pouvoir d'achat aux populations et pourra servir de levier à une embellie économique liée à la consommation. L'impact économique de cette mesure sera cependant limité. Elle bénéficiera principalement aux consommateurs de produits pétroliers et aux citadins dont l'énergie est en partie fournie par les centrales thermiques. Plus on sera éloigné des villes, moins on percevra nettement la portée de la baisse du prix du carburant.


L'allocation de subventions aux intrants agricoles (engrais, pesticides, semences) ainsi qu'aux matériels agricoles (tracteurs, charrues...), le soutien aux cantines scolaires ou encore la subvention aux frais de scolarité touchent directement les couches défavorisées et la production rurale et donc le plus grand nombre. Une partie des ressources additionnelles issues de la baisse du prix du pétrole peut être allouée à cette activité, soulageant grandement les populations rurales. On pourrait mieux orienter la subvention et l'affecter aux intrants qui ne bénéficient pas directement de la chute des cours (ceux qui ne sont pas dérivés des hydrocarbures) pour en améliorer encore l'impact.


La lutte contre le chômage des jeunes est une urgence continentale. L'entrepreneuriat est considéré comme un des moyens efficaces de promouvoir l'auto-emploi des jeunes et surtout l'innovation, la créativité et donc le développement. Nous devons faire nettement plus pour le soutien à la création d'entreprise par les jeunes, l'appui à leurs projets notamment dans la production (pisciculture, agro-industrie...). Il faut augmenter les budgets alloués à cela et utiliser pour ce faire une partie des ressources additionnelles dégagées par la baisse du prix du pétrole.


L'énergie solaire est une alternative de long terme aux hydrocarbures et dispose en Afrique, notamment dans les parties sahéliennes et sahariennes, d'une source d'approvisionnement inépuisable. Elle est renouvelable et surtout préserve l'environnement et le climat. Les pays africains ont prévu dans le cadre de l'Accord de Paris, des mesures d'adaptation dont la promotion du solaire.

On peut concrétiser cet engagement en investissant une partie des ressources additionnelles au développement du solaire et sa vulgarisation aussi bien dans les campagnes qu'en ville.


On pourrait soutenir la recherche dans ce domaine, promouvoir les innovations, encourager la réalisation de mini centrales, soutenir les entrepreneurs du secteur, faciliter l'accès aux matériels de production... La baisse du prix du pétrole menace le développement de cette industrie, il est donc tout à fait normal que les ressources additionnelles dégagées du fait de cette baisse soutiennent la promotion du secteur solaire.
L'accès aux soins reste problématique pour une bonne partie des Africains en raison de la qualité insuffisante du personnel de santé. Or, le développement humain, crucial pour le progrès socioéconomique de l'Afrique, repose d'abord et avant tout sur le système sanitaire. Le recrutement de personnels qualifiés, le renforcement des capacités du personnel sanitaire, les investissements en infrastructures et en équipements sont des initiatives qui peuvent bénéficier de l'utilisation des ressources additionnelles dégagées par la baisse du prix du pétrole.


Parallèlement aux activités à soutenir par les ressources additionnelles consécutives à la chute du cours de l'or noir, il est indispensable de mettre en place un véritable fonds de soutien aux cours des produits pétroliers qui sera alimenté par une partie de l'excèdent généré et qui sera géré avec la société civile dans le cadre du dispositif partenarial évoqué précédemment. Le fonds complètera la fiscalité flottante au cas où celle-ci menacerait de déséquilibrer les finances publiques en cas de hausse importante et durable des cours. Ce fonds sera régulièrement abondé en période favorable et pourrait même être utilisé pour financer certains investissements prioritaires (production d'énergie, maitrise de l'eau, ...) dont les revenus serviront à le rembourser et à le reconstituer. Il pourrait être utilisé comme fonds souverain, utilisé comme une structure privée essentiellement mue par la rentabilité. Ce dispositif complètera ainsi l'architecture à mettre en place pour permettre aux pays importateurs de mieux bénéficier de l'embellie actuelle des prix du pétrole. Cette architecture mettra définitivement ces pays à l'abri de pressions de la société civile pour mieux redistribuer les dividendes actuels sous forme d'augmentation de salaires, de subventions...Elle leur permettra de s'orienter vers des initiatives porteuses à moyen terme de prospérité économique et cela, dans un cadre de grande stabilité sociale.


Moussa MARA-Ancien Premier Ministre du Mali

Projet de loi sur l’immigration: les ONG se rendent à Matignon sans illusion

Le Premier ministre Edouard Philippe rencontre ce jeudi 11 janvier des associations et des ONG de défense des migrants pour discuter de la mise en place du projet de loi, déjà très polémique, sur l'immigration. Au menu des discussions, la réduction du temps d'instruction des demandes d'asile, ou la prolongation des délais de rétention pour les migrants déboutés de leur première demande, entre autres.

Les associations ont durci le ton hier, mercredi, à la veille d'un rendez-vous à Matignon sur leprojet de loi « asile et immigration » : elles vont contester devant le Conseil d'Etat une circulaire très controversée sur le recensement des migrants.

La réunion prévue ce jeudi avait été annoncée fin décembre, lorsque le Premier ministre Edouard Philippe avait repris en main le dossier du recensement des migrants dans les centres d'hébergement d'urgence. Mais la polémique vire désormais au bras de fer.

Les discussions de ce jeudi n'en seront sûrement que plus tendues. Yann Manzi est le fondateur de l'association Utopia 56, présente à Calais et à Paris. Il espère pourtant que cette rencontre serve réellement à quelque chose : « Ce qui est important, c’est d’avoir une réelle négociation et de ne pas arriver avec un projet de loi qui est déjà ficelé, inviter des associations autour d’une table pour dire qu’on les a reçues et en fait, avoir déjà calé tout ce qu’il faut, et que ce soit une parodie de discussion et une parodie de négociations en commun. »

C’est aussi la crainte de la Plateforme de Service aux migrants (PSM), qui regroupe plusieurs associations. « Cette rencontre nous semble [être] une caution, un prétexte pour dire qu’il a parlé aux associations parce que ce n’est pas en une heure ou deux qu’on peut envisager les différentes mesures à prendre parce que le sujet est extrêmement complexe », déplore Martine Devries, médecin.

C'est sûr, des propositions seront contestées, c'est le cas de celle portant sur les délais de rétention. « Allonger la durée de la rétention à 90 jours, c’est prendre le risque de renforcer la maltraitance et les difficultés que peuvent rencontrer ces personnes dans le centre de rétention qui vont le percevoir plus comme une punition que comme autre chose », explique Jean-Claude Mas, secrétaire général de la Cimade.

Après passage devant le Conseil des ministres, le projet de loi sur l'asile et l'immigration sera examiné par l'Assemblée nationale en avril prochain.

RFI

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