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Sonia Rolland : "Les femmes s'inscrivent clairement dans l'évolution du Rwanda" Un pays féministe et resilient

Mar 09, 2018
Sonia Rolland : "Les femmes s'inscrivent clairement dans l'évolution du Rwanda" Un pays féministe et resilient

Sonia Rolland miss France 2000 : "Les femmes s'inscrivent clairement dans l'évolution du Rwanda" Un pays féministe et resilient
Paris Match| Kahina Sekkai

Sonia Rolland dans son documentaire «Femmes du Rwanda». 2017 Upside Télévision


Sonia Rolland, qui est née et a passé une partie de son enfance au Rwanda, rend hommage aux femmes du pays dans un documentaire diffusé ce jeudi, sur Planète +.
Au Rwanda, «une société complètement nouvelle» fait la part belle aux femmes et est mise à l'honneur. Pour réaliser le documentaire «Femmes du Rwanda», diffusé à l'occasion de la Journée internationale des femmes, Sonia Rolland est allée à la rencontre de celles qui font le pays, que cela soit dans les affaires, comme la culture du café ou les nouvelles technologiques, la mode ou la politique. Pour l'ancienne Miss France, désormais à la tête de sa boîte de production, «les femmes s'inscrivent très clairement dans l'évolution» du Rwanda. Pour preuve, ce chiffre flagrant : 64% des députés rwandais sont des femmes, en faisant le Parlement le plus féminin du monde.


Elle a voulu s'intéresser à ces femmes qui appartiennent à «une société complètement nouvelle» dans «un pays qui défend quand même beaucoup de valeurs traditionnelles» : «Comment fait-on pour s'imposer avec sa modernité ? Au Rwanda, ils ont réussi à faire un savant mélange de tout ça, et nous l'exposent. Et j'avais besoin de le mettre en lumière», explique Sonia Rolland, qui a déjà consacré au pays le documentaire «Rwanda, du chaos au miracle», en 2014. «On peut comprendre l'évolution du Rwanda en grande partie grâce à leur combat à elles», résume-t-elle.


La bande-annonce de «Femmes du Rwanda» :


"L'envie de casser toute une structure sociale, sociétale"


Cette place importante prise par les femmes dans la société rwandaise s'explique notamment par le génocide des Tutsis, qui a fait un million de morts, laissant 800 000 veuves et 600 000 orphelins vivre dans une société complètement divisée et à reconstruire. Mais pas que, rappelle celle qui est née et a grandi en partie dans le pays : «Elles sont garantes des valeurs traditionnelles, de l'héritage culturel rwandais. Si les Rwandais ont réussi ce pari-là, c'est parce que c'était déjà dans l'ADN du Rwanda depuis bien longtemps.»


A lire :«Le jour où le génocide rwandais a déferlé dans ma vie», par Sonia Rolland


Les Rwandaises ont en effet puisé dans les traditions pour créer les bases d'un pays au dynamisme impressionnant : «Il a fallu convoquer les mémoires, se souvenir de ce qu'était le Rwanda avant la colonisation, avant l'arrivée des missionnaires, avant l'ordre établi. La femme avait autant de pouvoirs à l'époque, sauf qu'avec l'arrivée de la religion, elle s'est retrouvée très vite au second plan, bonne à rester à la maison, au foyer, avec les enfants. Il y avait l'envie de casser toute une structure sociale, sociétale.»


"La société est dans un challenge perpétuel"


Pour atteindre ce but, les Rwandais ont fait preuve de «beaucoup d'humilité et de résilience» et d'un travail acharné : «La société est dans un challenge perpétuel, ça n'arrête pas. Les chiffres, dithyrambiques soient-ils, sont le résultat d'un travail acharné. Ils ont la tête dans le guidon depuis 20 ans, ce sont des gens qui bossent, qui se lèvent le matin et qui n'ont qu'une ambition : que le pays avance.»
Ce qui explique l'attrait du retour au pays d'origine pour de nombreux exilés : «Il y a 70% de la diaspora qui rentre au pays, c'est inédit dans l'histoire de l'humanité», assure-t-elle.

«Ce sont des gens qui ont lâché leur boulot, le petit confort qu'ils avaient en Occident pour, souvent embrasser des métiers plus valorisants» dans un pays en perpétuel mouvement, que leurs parents ont fui et dans lequel ils espèrent se faire une place. «Ce sont des gens qui ont connu l'exil, mais qui ont préservé le noyau dur de la culture rwandaise, comme dans un écrin, pour le ramener quand le pays serait prêt à ce nouveau dialogue avec son histoire. Cela a été un grand moment pour nous, qui avons vécu toutes les étapes», assure-t-elle. «Je fais partie de cette jeunesse qui croit vraiment en un espoir rwandais».


Il y a 15 ans, Sonia Rolland a fondé l'association Maïsha Africa, qui a pour but «la reconstruction matérielle, sociale et psychologique des enfants d'Afrique». «Récemment, on a transformé un orphelinat de Gisimba, qui est dans un quartier populaire de Kigali. On l'a transformé en école de loisirs, qui devient une soupape de décompression pour tous ces enfants.»


http://www.parismatch.com/Actu/International/Sonia-Rolland-Les-femmes-


interview dans in lesinrocks


Après le génocide, le Rwanda est devenu l'un des pays les plus féministes au monde
Louise Hermant


Dans un documentaire diffusé sur Planète+ le 8 mars, Sonia Rolland dresse le portrait d'un Rwanda féministe et engagé. Ministre des Affaires étrangères, vétérinaire, gérante d'une coopérative de café, styliste ou encore présidente du parlement, des femmes racontent leur parcours, dans un pays où les femmes ont toute leur place. Rencontre avec la réalisatrice.
Au Rwanda, les femmes occupent des postes importants et stratégiques. Le pays des Mille Collines est devenu un modèle de parité après le génocide de 1994. Dans un documentaire de 52 minutes intitulé Femmes du Rwanda, Sonia Rolland, comédienne franco-rwandaise et ex-Miss France, donne la parole à ces Rwandaises qui font bouger les lignes de la société et occupent des postes généralement réservés à la gent masculine et qui ont du pouvoir. Là-bas, les femmes participent activement au développement économique du pays.


Ainsi, dans la Chambre des députés, 64% des élus sont des femmes. Il s'agit du Parlement le plus féminin au monde. Un pourcentage représentatif de la société rwandaise, où les femmes sont majoritaires. Le génocide des Tutsi a laissé derrière lui des centaines de milliers de femmes veuves. Ce sont elles qui ont pris en main le destin du pays et qui ont aidé à sa reconstruction. Entretien avec Sonia Rolland, qui a vécu au Rwanda jusqu'à ses 9 ans.


En 2014, vous aviez déjà réalisé un documentaire sur le Rwanda intitulé Rwanda, du chaos au miracle. Pourquoi avoir décidé de retourner filmer dans ce pays et de cette fois-ci vous concentrer sur le parcours de ces femmes ?


Sonia Rolland – Le documentaire précédent résumait en soixante minutes vingt ans de reconstruction du Rwanda depuis le génocide. J'avais ouvert pas mal de fenêtres, mais je ne pouvais pas approfondir tous les sujets. J'avais envie de parler de la place importante donnée aux femmes au Rwanda, un fait assez inédit en Afrique. Je me rends très régulièrement au Rwanda depuis dix-neuf ans, en moyenne deux à trois fois par an car j'ai une association pour les enfants, Maïsha Africa. J'ai rencontré toutes sortes de femmes dans toutes sortes d'activités, qui avaient l'air beaucoup plus épanouies que les femmes chez nous. Je me suis alors dit que j'aimerais comprendre leur regard sur la société. Je me suis rendu compte qu'il y avait énormément de femmes qui travaillaient dans des domaines généralement masculins.

Peut-on considérer le Rwanda comme l'un des pays les plus féministes au monde ?


Les pays scandinaves se débrouillent très bien aussi. En Afrique, c'est certainement un des pays qui œuvrent le mieux pour les femmes. Il se positionne très bien. C'est assez singulier dans un pays africain que des femmes aient des postes aussi importants dans des domaines assez fermés, comme le milieu des entrepreneurs. Il existe une modernité dans cette société. Elles n'ont peur de rien, elles partagent le pouvoir avec les hommes. Il fait bon vivre pour les femmes au Rwanda.


Quelles conséquences a eues le génocide sur la place des femmes dans la société ?


A l'issue du génocide, 800 000 femmes se sont retrouvées veuves et 650 000 enfants sont devenus orphelins. Il s'agit d'un pays très jeune et dont plus la moitié de la population sont des femmes. C'est très naturellement que les choses ont été envisagées. Le pays ne pouvait pas se reconstruire sans les femmes. Elles n'ont pas eu à se battre. Déjà dans la culture rwandaise, bien avant la colonisation et l'arrivée des missionnaires, les femmes avaient une place dans la société, qui n'était pas limitée au foyer. Après le génocide, leur place leur a été rendue.
Le Parlement rwandais est dirigé par une femme. Celui-ci est d'ailleurs composé à 64 % de femmes. Une première dans le monde.

La France, où la représentation féminine est seulement à 38 % à l'Assemblée, peut-elle s'inspirer du Rwanda ?


Pour que les choses changent en France, il faut imposer un dialogue entre les femmes et les hommes. Il faut imposer des femmes dans des postes de pouvoir, de vrai pouvoir. Au Rwanda, les Affaires étrangères sont occupées par une femme, la présidente du Parlement est une femme. J'aimerais bien voir des femmes à ce genre de poste en France. On pourrait déjà commencer par l'égalité des salaires, ce serait un premier pas. Et que ce soit les hommes qui défendent cette mesure. Au Rwanda, cela est très visible, beaucoup d'hommes prennent la parole en faveur des femmes. Le père de la Constitution est un homme, Tito Rutaremara. C'est lui qui a amené tous les textes concernant les femmes, c'est un vrai féministe.
"Les hommes ont l'impression que les femmes veulent leur place, mais il s'agit surtout de la partager. Penser que les femmes veulent les remplacer est complètement absurde"


Quelles sont les conséquences de cette majorité de femmes au Parlement ?


Qui mieux que les femmes peut proposer des projets de loi pour elles ? Ce ne sont pas les hommes qui vont réfléchir à la place des femmes. Le fait que les femmes soient majoritaires au Parlement permet de faire avancer à grand pas des sujets qui, par exemple chez nous en France, peuvent stagner. Nous buttons très souvent sur des choses totalement essentielles pour faire avancer notre société sans frustration, sans crispation. Les hommes ont l'impression que les femmes veulent leur place, mais il s'agit surtout de la partager. Penser que les femmes veulent les remplacer est complètement absurde. Il ne s'agit pas de créer une société d'amazones, mais bien d'avoir une égalité dans le dialogue national, une égalité des sexes dans la question des salaires... Ce sont des choses basiques. Pour qu'une société fonctionne bien, il faut inclure l'ensemble de la population. Non seulement des femmes, mais aussi de toutes les minorités. Nous sommes à côté de la plaque sur la visibilité de la diversité. C'est hallucinant, on est tellement en retard que ça devient affligeant. La population française n'est pas représentée dans son entièreté et dans toute sa diversité, par exemple au cinéma, dans les arts ou dans les médias. C'est problématique.


Dans le documentaire, à côté des témoignages de femmes, vous donnez également la parole à quelques hommes. Notamment à un petit garçon qui regarde un match de football féminin. Pour lui, il est totalement normal que des filles puissent jouer au foot, il ne fait pas de différences. Comment avez-vous perçu ces réactions masculines ?


J'étais super agréablement surprise. Les générations les plus âgées qui me paraissaient un peu plus vieux jeu sur ces questions-là, ne le sont pas du tout. Et pour les plus jeunes, comme ils ont grandi dans cette mentalité, il n'existe pas de clivage entre les hommes et les femmes. Quand je suis allée tendre le micro à ce petit garçon, je ne m'attendais pas du tout à sa réaction. C'était très naturel. Je lui ai dit en partant qu'il allait devenir président ! Il existe une jeunesse aujourd'hui qui défend cette idée qu'il faut partager le pouvoir. J'ai beaucoup voyagé en Afrique et j'ai pu constater que c'était rare d'entendre les gamins tenir ce genre de discours.

Tout passe par l'éducation, leurs mères ont inculqué à ces enfants que la femme était importante dans la société. En France, il y a un problème de transmission et de rapport à l'Histoire. Il y a une difficulté de reconnaissance des erreurs du passé. Je suis sûre qu'on avancerait beaucoup plus en France si nous nous penchions plus sur la période d'après-guerre, sur comment la France s'est reconstruite, comprendre comment les femmes ont eu le droit de vote... si on travaillait un peu plus sur ces questions là, ne serait-ce que dans le milieu scolaire, en revalorisant la place de la femme à travers l'Histoire, on y gagnerait beaucoup. Car les femmes a fait beaucoup pour la France, à cette époque elles se sont sacrifiées et elles ont remplacé les hommes dans les usines, on a tendance à l'oublier.
Le Rwanda défend l'idée que la première ressource du pays, c'est l'humain.


Vous parlez à plusieurs reprises dans le reportage d'un "état d'esprit" spécifique aux Rwandais. De quoi est-il fait ?


Au Rwanda, il existe un état d'esprit philosophique. Les citoyens ont effectué une vraie auto-analyse de leur drame : ils se sont remis en question et ont appris de leurs erreurs. Ce génocide n'a pas été fait par des voisins mais par eux-mêmes. Ce fut un génocide de proximité. Quand le nouveau pouvoir est arrivé avec Paul Kagame, les Rwandais n'ont pas attendu que des étrangers viennent reconstruire leur pays, ils ont assumé leur échec et ont assaini le terrain. Ils ont dû retrouver leur identité et la faire évoluer. Il y a une philosophie qui a été empruntée dans chaque politique sociale, économique et politique. Le peuple a revu toute la Constitution et a dû apprendre ce que c'était la politique. 80 % de la population à l'issue du génocide était analphabète. Aujourd'hui, ce n'est plus du tout le cas. Il y a eu une volonté d'éduquer ce peuple au libre arbitre, à ne plus commettre ce genre d'atrocité.
Le Rwanda défend l'idée que la première ressource du pays, c'est l'humain. Quand on mise sur l'humain, il y a des résultats très étonnants qui peuvent apparaître. Il faut aller sur place pour s'en rendre compte. Quand il y a une volonté politique, les gens suivent. Si en France nous ne prenons pas conscience des frustrations de toutes les communautés, il y a un moment où ces frustrations vont se transformer en haine et cette haine va transformer notre société en une société divisée. Pourtant, nous avons toutes les raisons d'être une très grande et très belle société française.


Vous avez gagné le concours Miss France en 2000. Certains disent que ce type de compétition est dégradant pour l'image de la femme. Que leur répondez-vous ?


Miss France, c'était loin de mes goûts, de mes envies, de mes aspirations. J'aimais le rap et le basket. Mais je me suis donné la chance. A l'époque, il n'y avait pas de place pour les femmes. En tant que femme, métisse, issue d'un milieu populaire, c'était terriblement difficile. En réussissant mon parcours, je dispose d'une responsabilité, j'inspire les plus jeunes, je dois donner l'exemple. C'est parfois contraignant. J'ai un devoir d'excellence pour leur dire qu'ils peuvent accéder à leurs rêves.
En devenant Miss France, ma vie a changé radicalement. Cette élection m'a permis de comprendre qu'il y avait un milieu social totalement inatteignable. Il existe un véritable problème d'inclusion en France. Grâce à ce concours, j'ai également découvert mon identité française, en visitant le pays dans toute sa variété et diversité, du Nord au Sud, d'Est en Ouest. J'aimerais que tous les jeunes issus de l'immigration puissent découvrir la France de la même manière que j'ai pu la parcourir.
Le plus difficile quand on est Miss France, c'est d'affronter les critiques des femmes. Elles ne sont vraiment pas tendres. Pourquoi est-ce que ça ne serait pas vu comme une forme de féminisme de dire que mon corps m'appartient et que j'en fais ce que je veux ? J'ai une manière de vivre mon féminisme autrement, en réalisant des documentaires sur les femmes, en montrant des sociétés qui réussissent à intégrer les femmes. Il faut arrêter des tirer sur des ambulances et s'installer dans une réflexion plus pérenne.


Les Femmes du Rwanda, documentaire réalisé par Sonia Rolland et Jacques-Olivier Benesse, diffusé le 8 mars 2018 à 20h55 sur Planète+

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