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Merkel : l'Allemagne d'abord, l'Europe ensuite

Fév 10, 2018
Merkel : l'Allemagne d'abord, l'Europe ensuite

L'accord de coalition CDU-SPD ouvre la porte à une relance franco-allemande de l'Europe, comme le souhaite Emmanuel Macron. Mais très prudemment.

Pourquoi, diable, Emmanuel Macron avait-il planifié de prononcer à la Sorbonne un discours sur l'Europe, qui se voulait fondateur, en choisissant la date du 26 septembre, soit seulement quatre jours après les élections allemandes ? Explication d'un spécialiste d'outre-Rhin : « Le président français ne voulait pas que le futur accord de coalition détermine la politique européenne franco-allemande. Il souhaitait rester maître de l'agenda. »

À l'époque, l'hypothèse qui paraissait probable était que les libéraux du FDP fassent partie du gouvernement. Un cauchemar pour les Français, qui redoutaient les positions économiques ultra-rigoristes de cette formation. Ils ont été très soulagés de voir l'affaire capoter et un accord finalement conclu avec les sociaux-démocrates du SPD. Ces derniers sont, en effet, réputés proches des conceptions européennes d'Emmanuel Macron.

Il convient toutefois de garder la tête froide. Les « fondamentaux » allemands ne changent guère. Le respect du pacte de stabilité et des critères de Maastricht (3 % maximum de déficit public, 60 % d'endettement) demeure la règle d'airain, dûment mentionnée dans le document de 177 pages signé par les partenaires. Le Bundestag reste l'alfa et l'oméga de la souveraineté allemande.

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La colère de Sarkozy

Le futur ministre des Finances SPD, Olaf Scholz, maire de Hambourg, n'a rien d'un dispendieux. Il fut ministre du Travail d'Angela Merkel lors de la deuxième grande coalition et refusa de revenir sur les réformes de l'ère Schröder.

L'appartenance au SPD n'est nullement une garantie de laxisme financier, Nicolas Sarkozy en fit l'expérience le 9 juillet 2009 lors d'une réunion de l'Eurogroupe. Une prise de bec demeurée célèbre l'opposa au ministre allemand – social-démocrate – des Finances de l'époque, le très rigide Peer Steinbrück. « Pour qui se prend ce gros c... ? » aurait – peu diplomatiquement – fulminé le président français face à l'intransigeance jugée arrogante du ministre allemand.

Il serait un peu hâtif d'opposer radicalement les conceptions, supposées plus souples, d'Olaf Scholz à celles de son prédécesseur, Wolfgang Schäuble, réputé le gardien de l'orthodoxie financière. Après tout, les dépenses publiques de l'Allemagne ont augmenté ces dernières années. Différence avec la France : les Allemands ont les moyens de les financer sans s'endetter avec un excédent budgétaire de 38,4 milliards d'euros en 2017.

Le document CDU-SPD mentionne, certes, la nécessité d'avancer sur l'Europe, de cibler les investissements, de faire évoluer le Mécanisme européen de stabilité (MES) vers un Fonds monétaire européen (FME). Mais motus et bouche cousue sur un éventuel ministre des Finances doté d'un hypothétique budget européen sur lequel nos voisins allemands demeurent dubitatifs. Ils ont un gros défaut : ils aiment savoir à quoi servira l'argent dépensé…

Chocs imprévisibles

 Le texte de l'accord CDU-SPD est méticuleusement ciselé et pesé au trébuchet pour que chaque parti puisse se prévaloir auprès de sa base d'avoir préservé l'essentiel ou réalisé des avancées. Mais, comme l'observe un diplomate, l'actualité bouleverse souvent les meilleurs plans, y compris européens.

La première coalition CDU-SPD d'Angela Merkel, en 2005, a pris de plein fouet la faillite de Lehman Brothers ; la coalition de 2009, avec les libéraux, a dû gérer la crise des dettes souveraines, dont celle de la Grèce ; la troisième coalition CDU-SPD, en 2013, s'est retrouvée face à la déferlante migratoire. Trois chocs imprévisibles.

Malgré les incertitudes et si les adhérents du SPD ratifient l'accord, il est probable qu'une initiative franco-allemande pour relancer l'Europe sera mise sur les rails lors du sommet européen de juin. Mais le trajet sera ensuite long, parsemé d'arrêts inopinés en rase campagne…

Le Point.fr

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