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Morgan Howen

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Ce qui se joue au Sahel ce sont nos valeurs, notre liberté et notre honneur.

Les treize militaires morts en opération au Sahel nous rappellent une fois de plus à cette cruelle réalité, la zone sahélienne est devenue, à son tour, la zone de tous les dangers. Grande comme l’Europe celle-ci réunit plusieurs pays où la nature est le plus souvent désertique : Le Niger, le Burkina Faso, la Mauritanie et Le Mali. En France, prenant à peine le temps du deuil le parti de Jean-Luc Mélenchon, La France insoumise à immédiatement créé la polémique en parlant d’attitude française « post-coloniale » et en exprimant le désir que nos troupes quittent la région. Il y  là, à la fois de l’indécence et de l’impudence.

Sur l’indécence point n’est besoin de s’attarder, chacun se fera son opinion sur cette intervention irrespectueuse à l’égard des victimes. J.L Mélenchon et ses lieutenants nous ont habitué à ce genre de foucade, ce n’est pas une surprise. A eux de gérer leur conscience.

L’impudence tient à plusieurs raisons. Ce parti semble ignorer quelques points cruciaux concernant la présence française au Sahel. Pour mémoire rappelons que c’est François Hollande, l’ancien président socialiste, qui a décidé en 2013 d’intervenir au Mali en raison du risque majeur de voir les djihadistes s’emparer de Bamako et d’instituer un califat dans ce pays. La réussite d’un tel coup de force aurait eu pour conséquence de déstabiliser toute la région et de menacer nos propres intérêts et nos valeurs démocratiques en raison de l’installation non loin des rives de la Méditerranée de bases arrières terroristes. Ce qui était vrai en 2013 reste d’actualité cinq ans plus tard en 2019. Le cancer est souvent présenté pudiquement comme une maladie de longue durée car différents traitements sont souvent nécessaires pour éradiquer les cellules agressives, radiothérapie, chirurgie, chimiothérapie, etc.  Il en va de même de la tumeur terroriste qu’on ne peut extirper d’un coup de baguette magique et il est démagogique de prétendre le contraire. Toute personne, un tant soit peu informée, sait qu’il s’agit d’un combat de longue haleine, d’une lutte tenace qui demande du temps, des moyens et se paie souvent au prix de vies humaines.

Retirer nos troupe du Sahel reviendrait à abandonner des pays qui comptent sur nous (des traités d’assistance, de sécurité et de défense ont d’ailleurs été signés depuis des années entre eux et la France) pour assurer leur protection car seuls ils ne le peuvent pas. Ce n’est pas parce que les américains ont abandonné les kurdes de Syrie (alors qu’ils ont été les artisans de la victoire sur Daesh) et les ont livrés  aux représailles des Turcs que nous devrions agir de la même façon. La France s’honore de respecter ses engagements, ses alliances et ses amis. Il faut croire que  « L’honneur » est une valeur désuète aux yeux de la France soumise.

Les amis de Mélenchon ne peuvent pas non plus ignorer que suivant le principe bien connu des dominos si le Mali venait à tomber aux mains des djihadistes tous ses pays voisins ne tarderaient pas à subir le même sort. Cette théorie fut naguère expérimentée avec le retrait américain au Vietnam qui bouleversa toute la géopolitique du Sud-Est Asiatique. Est-ce cela  que nous voulons ?

Certes en démocratie le débat est légitime et il ne doit pas y avoir de sujets tabous. On peut donc, on doit même pouvoir parler sereinement des objectifs politiques et de la stratégie militaire de la France au Sahel. Il y a toutefois une temps pour chaque chose et c’est ce que ne semble pas avoir compris La France insoumise.

La France insoumise a cru bon de faire allusion aux  » intérêts que la France entretiendrait dans la région », laissant  entendre que les militaires de l’opération Barkane seraient morts, non pas au bénéfice d’idéaux, mais pour de sordides questions économiques. Depuis que le monde existe chaque conflit qu’il soit idéologique ou territorial, porte en lui sa part économique, déjà parce que toute guerre coûte très cher. De ce point de vue la guerre du Golfe et la suivante en Irak en sont les meilleurs exemples, les Etats-Unis cherchant avant tout à s’assurer des réserves de pétrole du Moyen-Orient, sans oublier les marchés de reconstruction liés aux bombardements. Mais à qui fera-t-on croire que c’est là l’objectif premier de la France au Sahel. En revanche comme chaque pays dans le monde elle défend aussi, ici comme ailleurs, ses propres intérêts. Il en va de son existence et il n’y a rien là de honteux. Mélenchon semble tomber de la lune. Et en effet de ce point de vue ce ne sont pas les centaines de milliers de kilomètres carrés de sable au Mali qui présentent un intérêt stratégique pour la France. En revanche, au Niger, l’un des pays menacés de la zone,  la France est présente depuis plus de cinquante via le Commissariat à l’énergie atomique et Areva et l’exploitation de deux mines d’uranium, notamment celle d’Arlit.

Ce pays est en effet le 4ème pays producteur mondial et 60% de ses recettes à l’exportation proviennent de l’uranium. Il vient d’ailleurs de concéder à la Chine des droits pour un nouveau site d’extraction. Et l’uranium pour la France c’est le combustible qui lui permet d’entretenir son arsenal nucléaire qui fait d’elle une grande puissance en raison de sa présence au Conseil de sécurité de l’ONU mais c’est aussi le carburant indispensable au nucléaire civil autrement dit nos centrales électriques. Encore aujourd’hui 75% de l’électricité est d’origine nucléaire et chaque année EDF a besoin de 7000 tonnes d’uranium pour alimenter ses centrales.

Est-ce qu’il n’est pas de la responsabilité d’un Etat et de son gouvernement de s’assurer du bon approvisionnement de son pays en matière énergétique ? A moins que La France Insoumise ne préfère un retour aux chandelles pour s’éclairer et au charbon pour se chauffer ? Pas sûr que les français goutteraient longtemps ce romantisme démodé et la carricature qui illustre cet article se veut un contre-pied à la position de Jean-Luc Mélenchon;

Alors oui, la France au Sahel, défend et défend seule (l’Europe étant aux abonnés absents) la sécurité de nos compatriotes (et des européens plus généralement) car du cancer sahélien, s’il n’était traité au scalpel, les métastases ne tarderaient pas à se diffuser en France et chez nos voisins. Alors oui la France défend aussi, au-delà du terrorisme, son indépendance énergétique et il n’y a rien là de scandaleux, sauf peut-être pour La France insoumise. Et dire cela ce n’est pas dire des gros mots.

Il n’en reste pas moins qu’un mort est un mort de trop et à l’évidence l’armée à elle seule ne triomphera pas de l’islamisme radical qui nourrit les djihadistes du Sahel sans oublier les bandes criminelles. Il importe avant tout de poursuivre le développement de ces régions économiquement faibles, car le terrorisme prospère sur le terreau de la misère, de rendre opérationnelle l’institution qu’est le G5 Sahel créé récemment, de développer la formation des troupes locales maliennes, mauritaniennes, nigériennes, burkinabées et de les doter de l’armement nécessaire. La diplomatie va devoir aussi jouer tout son rôle pour apaiser les tensions dans la région, sans négliger personne en particulier les Touaregs qui exercent une influence historique sur tout ce secteur de l’Afrique. Et tout cela demande du temps. Et de l’argent. Et sans doute encore de nombreux sacrifices humains.

L’histoire récente nous a enseigné la fragilité des démocraties face aux idéologies totalitaires, et ce n’est pas en abandonnant au Sahel le terrain à nos adversaires, que nous éviterons des tragédies sur place et en Europe. L’occident ne peut se permettre le luxe de perdre la guerre du terrorisme et d’y ajouter le déshonneur.

Jean-Yves Duval, Directeur d’Ichrono, ancien auditeur au Centre d’Etudes Diplomatiques et Stratégiques.